Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Patrick Granet

Ce soir, je me souviens de la vieille ville d'Alep (c'était en quelle année, 2004, 2005?), de sa citadelle, des ruelles du souk et juste à sa porte, des bains turcs, je me souviens de l'hôtel autrefois fréquenté par Lawrence d'Arabie, du quartier arménien, de la conversation avec un jeune qui parlait bien quatre ou cinq langues, relié par téléphone satellitaire avec sa famille étendue en France, aux Etats Unis, en Allemagne et en Australie, avec laquelle il brassait du fond de sa micro-boutique du souk d'obscures affaires internationales, je me souviens de n'avoir jamais eu à ce point-là la sensation d'Orient profond…
Je me souviens de l'espoir immense quand l'insurrection arabe s'est étendue à la Syrie, quand des jeunes plus jeunes encore que ce garçon d'Alep se sont fait arrêter et torturer à mort par les sbires de celui qui est en train de revenir au sein du concert des nations, lutte anti-Daesh oblige et qu'un moment, l'obstination admirable et sans armes des foules semblait devoir faire basculer l'ordre mondial… Je me souviens de la confessionalisation galopante de l'opposition au fur et à mesure que la férocité de la répression s'aggravait et du courage inouï de ceux qui s'obstinaient à rester laïcs (contre le pouvoir alaouite qui volait ce qualificatif)…
Je me souviens de mon effarement en découvrant les théories archéo-anti-impérialistes qui conduisaient certains à défendre l'intervention russe au secours d'un autocrate sanglant…
Je me souviens du thé bu avec Hassan et je me demande sous combien de mètres de décombres se trouvent maintenant les débris du verre si délicieusement brûlant entre mes doigts.
La paix des cimetières est pour bientôt.

Commenter cet article