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Publié par Patrick Granet

ormidable nouvelle : une parodie de justice en Turquie a décidé de mettre en liberté quelques “otages”, pour quelques jours, en attente d’un nouveau “jugement” le 2 janvier. Non, le ton n’est pas ironique, c’est bien une victoire…

C’est une victoire si on mesure le rapport des forces. Une victoire sur l’absurde, une victoire contre la machine à condamner qu’est devenue l’injustice en Turquie, privée des magistrats qui refuseraient d’être aux ordres, et désormais dotée de lois “anti-terroristes” pour condamner sur mesure tout opposantE au régime.
Alors, obtenir des libérations à la marge, arracher quelques otages de la prison, vider ces trous à rats, c’est dans ces conditions là, une victoire.

Et comme il est réjouissant de voir d’un coup fleurir des articles de presse, même sous des appellations, des titres que nous “ignorions” jusqu’ici, tant ils avaient été discrets sur la Turquie et le Moyen-Orient depuis des années, sauf pour sombrer dans des “orientalismes” convenus.

Il est aussi amusant de devoir répondre à des “rédactions” qui avant le procès ne donnaient pas cher pour un pronostic de libération possible, et refusèrent de financer le voyage de journalistes, pourtant prêtEs à accompagner les délégations d’auteurEs vers Istanbul. Encore une occasion de voir de près le fonctionnement de la machine des médias mainstream.
Les mêmes hier, voulaient à tout prix savoir si Aslı avait été réellement arrêtée “alors qu’elle arrosait ses fleurs”, (remarquez bien le soucis sexiste du détail… Important… le détail qui fait tout l’article…). Fort heureusement d’autres ont fait davantage que de la broderie autour de dépêches, et ne sont pas allés à Istanbul pour le “scoop”, ou la couleur des rideaux de justice…

Mais savoir que c’est au préalable un réveil de consciences, hors de ces tambours médiatiques qui se crèveront à la première diversion, qui a entraîné les regards vers l’univers carcéral de la Turquie, est rassurant. Aslı n’est plus seule, Aslı n’est plus la seule… à pointer la bête…

Difficile de savoir si le régime n’a fait lui aussi qu’une diversion, en remettant en liberté provisoire des otages dont le nom s’était murmuré, écrit, crié, montré sur des vidéos, partagé sur les réseaux dits sociaux. Oui, il faut le rappeler, et cela sur différents continents… Difficile même de devoir penser au 2 janvier.

Alors, puisque le son du tambour résonne, que cette presse qui n’avait parfois pas daigné publier les lettres d’appel d’Aslı découvre que son nom peut faire vendre du papier, c’est le moment de déchirer le rideau de fumée, de battre nous aussi tambour, et faire sortir d’autres noms, d’autres visages, d’autres Aslı… jusqu’à les faire sortir des geôles, eux et elles aussi.

Puisque la “pensée” est attaquée, empêchée, que la création est menacée, muselée, et que sans elle toute résistance devient impossible, mobilisons-là !

Des écrivains, novellistes, poètes, cinéastes, musiciens, universitaires, chercheurEs, intellectuels, qui déjà se sont levés, découvrent peu à peu l’étendue des crimes commis, l’étendue des purges, des emprisonnements, et le mur construit autour de l’Europe, qui à la fois a fait se noyer la migration, et dissimule le paysage dévasté du Moyen-Orient.

Et ces prises de conscience n’ont créé qu’une lézarde pourtant… Dussions nous l’élargir avec les ongles, il ne se peut que chacunE retourne à ses inhibitions et sa part de néant, à sa marchandisation de consommateur.

Et si nous en sommes réduits à mener ces escarmouches avec ces fascismes qui germent, avec ceux éclos, c’est aussi parce que, chacun avec ses drapeaux, ses marottes, ses “politiquement corrects”, nous sommes engoncés dans ce costume étroit des souverainismes nationaux censés nous “protéger” de la perte de nos “valeurs”, somme toute totalement marchandes.

Une rengaine de télé noir et blanc disait “le poète aaa dit laa vééérité, il doit être exécutééé“. Belle rengaine pour cour d’injustice.

Mais j’ai plus ringard encore sans doute pour notre beau siècle… Les propos d’un gars qui n’avait rien compris paraît-il au “post modernisme”, à l’épanouissement individuel, à la valeur travail et à l’objectivité journalistique obligatoire… Un gars qui se mêlait des “affaires” des autres. Il y a 60 ans déjà, ce gars-là nous disait de ne rien laisser tomber, “sous les huées des enfants prodiges”…

C’est aussi lui qui a signé la pétition pour Aslı et ses compagn(on)es… cherchez bien, à la lettre A.


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