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Publié par Patrick Granet

 

Le 15 octobre dernier s’est tenu une réunion à la Bourse du travail de Paris qui a permis de faire un bilan d’étape autour de l’appel « On bloque tout ! ». Des syndicalistes CGT, SUD-Solidaires, FSU, CNT-SO… étaient là pour échanger et construire ensemble.

« On se bat toujours ». C’est sous cet intitulé qu’était convoquée la réunion du samedi 15 octobre. Si l’affluence a été modeste avec une cinquantaine de participantes et participants, les débats n’en ont pas pâti pour autant. Les camarades de SUD-Solidaires étaient les plus en nombre avec des membres de SUD-éducation et de SUD-PTT principalement mais aussi de SUD-Commerce, SUD-Rail et des représentants d’unions locales ou départementales (Nord, Paris, Saint-Denis).

Le caractère intersyndical de la rencontre était quand même réel grâce à la présence de militants et militantes de la CGT (correcteurs, énergie, étudiants et étudiantes, Ferc, Info’Com, territoriaux), de la FSU (tendance Émancipation) et de la CNT-SO. Enfin, si pour l’essentiel cette participation était francilienne, il faut noter que des camarades de Dijon, Lille, Grenoble (au titre du collectif local « On bloque tout » Isère), Mulhouse ou Orléans avaient fait le déplacement.

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  • cc Jim

Un premier tour de parole a permis de revenir sur la séquence de lutte contre la loi travail vécue entre le 9 mars et le 15 septembre. Partant des expériences concrètes et des écueils rencontrés, notamment sur la difficulté à enclencher la grève, à la reconduire… et plus encore à la généraliser, les échanges ont permis de constater que l’action syndicale restait belle et bien la colonne vertébrale de tout mouvement social.

Ne pas se substituer aux outils syndicaux existants

Ceci sans ignorer les autres cadres de mobilisation (notamment les Nuits debout, à la réalité très variée d’un lieu à l’autre) ou les modalités d’actions symboliques adossées à la grève (de type blocages), intéressantes quand elles ne remplaçaient pas cette dernière.

La discussion s’est ensuite concentrée sur la proposition de constituer un réseau intersyndical de lutte pour faire suite à l’appel « On bloque tout ! ». Si cette proposition a semble-t-il fait l’unanimité, elle a soulevé de nombreuses questions, sur ses objectifs comme sur sa structuration.

La volonté de ne pas se substituer aux outils syndicaux existants mais plutôt d’en être complémentaire a été rappelé. L’idée que ce réseau soit un espace de solidarité intersyndicale horizontale (contre la répression, en soutien aux grèves locales…) est revenue plusieurs fois. Traduction concrète de cette dernière préoccupation : un communiqué/tract de soutien aux Goodyear est sorti dans les jours qui ont suivi la rencontre. Le texte « On se bat toujours » a quant à lui été actualisé afin de continuer à échanger, notamment dans nos structures, en vue d’une prochaine réunion en décembre.

Théo Rival (AL Orléans)

  • Les textes « Solidarité sans faille avec les 8 de Goodyear » et « On se bat toujours » sont en ligne sur onbloquetout.org.
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« Le Bourg et l’Atelier », un livre sur le syndicalisme au quotidien

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Saisir le travail syndical « par le bas ». Tel est le projet du sociologue Julian Mischi dans cet ouvrage publié en début d’année chez Agone. « Pourquoi et comment les ouvriers continuent-ils à militer malgré la force des processus favorisant leur exclusion politique ? » C’est la question que pose le livre.

La réponse repose sur l’observation du syndicalisme de terrain dans son quotidien, à travers une immersion au niveau local et sur le long terme avec des cheminots et cheminotes cégétistes d’un atelier de maintenance SNCF de milieu rural dans l’Est de la France.

Le chercheur y analyse les multiples obstacles rencontrés par les militantes et militantes, tant dans le travail de sensibilisation de leurs collègues que dans l’affrontement avec la hiérarchie et les rapports parfois tendus avec les autres organisations syndicales. L’essai décrit avec minutie la conscience de classe en train de se construire, à l’heure où elle est en crise du fait, entre autres, des réorganisations du travail à l’œuvre à la SNCF (primes individuelles, promotion au « choix » induisant la mise en concurrence des salarié-e-s entre eux et, potentiellement, leur docilité) et au-delà.

La participation à un collectif fort, c’est-à-dire primant sur les velléités individuelles, fondé sur des idéaux et non sur un syndicalisme de services, apparaît comme un repoussoir puissant à l’individualisme dominant et en même temps comme un creuset, un espace de formation où les réflexes militants se mettent en place.

Certes, dans un atelier SNCF, la syndicalisation est rendue plus facile par l’appartenance des ouvriers et ouvrières à la catégorie des salarié-e-s à statut. Et, dans cet espace rural, l’autochtonie de nombreux cheminots, souvent fils ou fille de cheminots, rend aussi plus aisée l’engagement syndical. Pour autant, le sociologue mentionne des cas d’adhésion à la CGT d’ouvriers venant de milieux paysans catholiques et conservateurs, qui connaissent une conscientisation à l’occasion de leur syndicalisation.

Le syndicalisme est également montré comme un espace fort de politisation et d’apprentissage au contact du collectif militant. Par exemple, la condamnation au sein du collectif d’attitudes jugées sexistes (mais aussi racistes ou homophobes), si elle ne règle certes pas tous les problèmes automatiquement, a aussi des effets positifs à long terme sur la prise en compte par chacun de ce type de problématiques. Même si cela n’est pas contradictoire avec la persistance d’un certain virilisme dans les habitus militants.


 

 


Un autre point passionnant de l’ouvrage est l’étude précise de la formation d’un capital culturel militant chez des cadres syndicaux venus de milieux populaires et dotés d’un faible capital scolaire *(souvent de type CAP). Les savoirs et savoir-faire acquis au cours de leur trajectoire militante – maîtrise de l’écrit, de la lecture de textes juridiques ou réglementaires, prise de parole en public, sang-froid et maîtrise de soi face au patron, etc. – permettent à ces militants et militantes d’établir des relations plus égalitaires avec leur hiérarchie.

L’auteur décrit comment ce capital militant est parfois réinvesti dans l’accession à la maîtrise voire à l’encadrement dans l’entreprise, et également dans les jeux politiques locaux – de nombreux ouvriers cheminots sont impliqués, parfois en tant que maires ou conseillers municipaux, dans des communes de cet espace rural. Cependant, ces évolutions des cadres syndicaux sont mises en balance avec le risque d’éloignement du terrain des permanents.

En effet, ces derniers, devenus plus « compétents » par la force des choses, ont tendance à cumuler, parfois à leur corps défendant, les mandats syndicaux, et donc à ne plus être guère présents dans l’atelier. Cela suscite à la fois des critiques de leurs collègues sur une bureaucratisation réelle ou supposée, et une forme d’autocritique de leur part vis-à-vis de ce qu’ils ressentent comme un éloignement dommageable du terrain et des conditions de travail de leurs collègues. On voit que le risque de « bureaucratisation », souvent adressé aux cadres nationaux, est déjà une réalité à l’échelon local, et peut susciter des tensions entre syndicalistes « professionnalisé-e-s » et salarié-e-s.

Le sociologue constate une prise en compte de cette problématique et une volonté de construire un « syndicalisme d’adhérents » où le plus possible de syndiqué-e-s doivent être en mesure d’assumer une partie des tâches à effectuer. En somme, un travail utile tant pour les chercheurs et chercheuses en sciences sociales que pour les syndicalistes de terrain.

Vincent (AL Paris-Sud)

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