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Publié par Patrick Granet

Les pro-Erdoğan ont manifesté hier après-midi, place de la République, à Paris, contre le “terrorisme”…

La place était remplie de drapeaux turcs. On avait bien compris, ils étaient turcs. Pas un peu, pas assez, juste la dose identitaire qu’il fallait.

Non, il n’y avait pas de match de football opposant la Turquie à une autre équipe nationale. Il paraît qu’il faisait une manifestation “politique”.

On a pas vu de bière dans les stands et c’est dommage. Pendant une manifestation, ça fait toujours du bien, et ça désaltère, surtout, une bonne Efes Pilsen.

Des hommes et des femmes, accompagnéEs parfois de leurs enfants s’accrochaient au drapeau “turc” des deux mains. Il y avait du vent. Ils avaient sûrement peur qu’il s’envole. Le flottement d’un drapeau, c’est un symbole très fort pour les pro-Erdoğan. Dans leur langage, il s’agit d’une démonstration d’un Etat fort, c’est-à-dire frontalement opposé au “terrorisme”. De ce fait, il n’était pas question que le drapeau s’envole, et surtout pas sans doute sur la tête de Fetullah.

On ne pouvait pas le rater, le drapeau turc, sauf pour les aveugles. Eux ils n’ont rien vu, et ce n’est pas plus mal. Par contre, ils ont du entendre les cris et c’était sans doute très désagréable, car ils ont l’ouïe plus développée que la moyenne. Une cacophonie générale avec un tintamarre organisé résonnaient. On m’a même dit que dans ce grand bazar, avaient retenti des “marches de Janissaires” ottomanes.

Quand un des partisans hurla “Allah akbar”, la foule a repris en cœur avec énergie. Dieu omniscient et omnipotent, du haut de son nuage parisien, répondit à leur appel. L’eau, source de vie, symbole important, s’abattit d’un coup. C’était la pluie, mais pas n’importe quelle pluie. C’était une pluie divine. Elle répondait à leurs volontés et à leurs attentes. Les malheureux n’ont pas su comprendre ce symbole de cette manière. Ils se sont couverts de capuches pour les uns et de parapluies pour les autres.

Ils étaient excités comme des mouches dans un double-vitrage, tournant dans tous les sens. Comme le serpent, ils étaient prêts à bondir sur tout ce qui bouge. Quand un gendarme leur enleva les bâtons de bois qu’ils brandissaient, scandale illico presto. Toucher du bois permet à la chance ne va pas tourner, autant tenir une barre en bois.

En manque de tribun et manque de bergers, ils ont mis l’effigie d’Erdoğan au premier plan. Des drapeaux colossaux à l’Image leur “leader mondial”, ils voulaient peut-être faire concurrence au colosse de Rhodes ou à la statue de Marianne, mais c’était raté. En parlant de mise en concurrence, Erdoğan sait y faire. Il était installé entre les statues de l’Égalité et de la Fraternité. Ils auraient pu au moins lui faire toucher la liberté, afin que la théorie précède la pratique. Je suis assez déçu.

Face à cette mascarade, les affrontements qui ont eu lieu sur la place, venant de jeunes ou de moins jeunes, ont fait quelques manchettes dans les médias, suivant en cela l’attitude de la police parisienne. Auraient-ils peur, eux aussi, de critiquer Erdoğan ?

Pourtant les contre-manifestants, eux avaient des raisons d’être en colère, contrairement à cette foule venue là en carnaval pour célébrer son sultan.

Une situation plus que grotesque, pour un dimanche pluvieux encore sous état d’urgence.


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Pierre Le Bec
Auteur 

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Blog personnel : Révolution et libertés
 

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