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Publié par Patrick Granet

Comme l’écrit Steven A. Reich, « La proclamation de l’Emancipation [des esclaves] en 1863 a mis un terme à l’esclavage mais n’a pas donné la citoyenneté aux Noirs. Les lois du travail édictées par le New Deal dans les années 30 ont protégé les droits des ouvriers mais ont exclu ceux des travailleurs agricoles et des domestiques, dont beaucoup étaient noirs. Durant la Seconde Guerre mondiale, le Comité pour des pratiques équitables en matière d’emploi (Fair Employment Practice Committee) a interdit la discrimination raciale dans les industries de la défense mais a été peu soutenu et financé par le gouvernement fédéral. Celui-ci n’avait pas les moyens [et j’ajouterai surtout qu’il n’avait pas la volonté politique, Y.C.] d’obliger les patrons et les syndicats à appliquer ses directives. La loi sur les droits civiques (Civil Rights Act) de 1964 a interdit la discrimination raciale dans l’emploi mais l’Etat fédéral ne s’est pas donné les moyens de l’appliquer du moins au départ. Les ouvriers noirs ont compris qu’ils ne pouvaient pas compter sur les agences gouvernementales et les fonctionnaires qui peuplaient ces administrations ni pour les protéger ni même pour identifier leurs intérêts. (…) Les travailleurs noirs ont dû déployer toute leur vigilance pour transformer les lois fédérales en instruments efficaces des politiques publiques décidées et pour forcer le gouvernement fédéral à agir en leur nom. »

La citation que je viens de vous lire résume assez bien les limites des progrès juridiques obtenus grâce aux lois fédérales et aux mouvements légalistes initiés par les Noirs américains, et notamment les partisans des droits civiques. Dans son livre non traduit intitulé « Un peuple de travailleurs. Histoire des travailleurs afro-américains depuis l’émancipation » (A working people, History of African American Workers Since Emancipation), l’auteur essaie de décrire les interactions et les principaux conflits, de 1863 à 2008, entre le mouvement ouvrier noir américain, les patrons et l’Etat central comme les Etats locaux. Plutôt que de mettre l’accent uniquement sur le mouvement des droits civiques, ou comme d’autres auteurs uniquement sur le mouvement pour le Pouvoir noir, les Black Panthers et les différents groupes nationalistes (l’UNIA de Marcus Garvey créée en 1914 et les deux Nations de l’Islam (celle d’Elijah Muhammad créée en 1930 par Wallace D. Fard Muhammad ; puis celle de Louis Farakhan fondée en 1978), Steven A. Reich souligne le rôle décisif des syndicalistes noirs et des travailleurs noirs à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des entreprises, dans les quartiers, pour obtenir l’égalité politique, économique et sociale. Cette démarche nous semble utile parce qu’elle offre un éclairage nouveau sur les rapports entre « race et classe

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* Autres articles sur le même sujet

* Petite bibliographie critique sur le « mouvement de libération noire » aux Etats-Unis
http://mondialisme.org/IMG/pdf/petite_bibliographie_critique_sur_le_aux_etats.pdf

* Camille Estienne ; A propos d’un livre sur l’histoire de la Ligue des ouvriers noirs révolutionnaires de Détroit
http://www.mondialisme.org/spip.php?article2422

* Camille Estienne : Annelise Orleck, A l’assaut du Caesars Palace, Comment des mères afro-américaines ont mené leur propre guerre contre la pauvreté
http://www.mondialisme.org/spip.php?article2516

* Trois textes de la Ligue des ouvriers noirs révolutionnaires de Détroit
http://mondialisme.org/spip.php?article2373

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