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Publié par Patrick Granet

Inde : la plus grande grève de l’histoire

Photo DR

INDE

10 Octobre 2016

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5

Quentin Vanbaelen

Début septembre, environ 150 millions de travailleurs indiens ont participé à une grève massive. Parmi les revendications principales de ce large mouvement : la hausse du salaire minimum, l’instauration d’une sécurité sociale universelle et une ferme opposition aux privatisations de services publics.

En septembre 2015, ils étaient quelque 150 millions d’Indiens à avoir pris la rue pour protester contre les réformes néolibérales du gouvernement du Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre Narendra Modi. Un an plus tard, le 2 septembre 2016, ils étaient au moins autant à participer à ce que les syndicats indiens revendiquent comme la « plus grande grève de tous les temps ».

Il faut dire que ce chiffre de participation est impressionnant, même pour un pays qui compte plus d’1,2 milliard d’habitants. Tant les travailleurs des mines que ceux des transports ou des grandes banques, mais aussi des agriculteurs, des journaliers, voire des marchands ambulants, ont pris part au mouvement, lancé par une dizaine d’organisations syndicales au niveau national. L’économie informelle et les secteurs plus précaires ont en effet également été mobilisés.

Des revendications inclusives

Le gouvernement a été élu en 2014 sur la promesse de relancer la croissance et créer de l’emploi. Mais sa politique néolibérale prévoit notamment de privatiser des entreprises publiques. Cela explique notamment le haut taux de participation d’infirmiers, enseignants, fonctionnaires...

Le gouvernement propose également une hausse du salaire minimum pour les travailleurs non-qualifiés de 6 396 roupies à 9 100 roupies par mois (de 85 à 121 euros). Or les syndicats estiment que le salaire minimum doit se situer à 18 000 roupies pour permettre à un travailleur de vivre décemment, soit le double de ce que prévoit le gouvernement.

Par ailleurs, parmi les revendications syndicales, présentées en 12 points, se trouvaient aussi une régulation et un contrôle des prix, une politique d’harmonisation statutaire vers le haut dans les services publics ou encore une hausse des montants des pensions. Par ailleurs, les syndicats demandaient au gouvernement de garantir la liberté syndicale et la négociation collective.

D’après l’économiste Jayati Ghosh de l’Université de Delhi, « moins de 4 % des travailleurs en Inde sont soumis à la protection du travail, et celle-ci a été de plus en plus réduite. Il y a un sentiment général que, plutôt que de s’en prendre à la pauvreté, on s’en prend aux pauvres, et il y a eu une vraie diminution des investissements dans les services publics essentiels. » (The Guardian, 2/09/16) Elle pointe également du doigt la complicité du gouvernement central dans les pratiques antisyndicales des entreprises privées.

Face à cette situation, la stratégie des syndicats, qui présentent des revendications larges et s’adressent non seulement aux travailleurs des secteurs clés, mais aussi à ceux de l’économie informelle et aux précaires, semble s’être avérée payante.

Article publié dans le mensuel Solidaire d’octob

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