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Publié par Patrick Granet

Pour tenter de contrer le siège de la ville, le conseil local a mis en place un plan de contre-attaque alimentaire, mais une catastrophe humanitaire pointe déjà à l’horizon.

Beyrouth (Liban)

Alors que l’ONU vient de déclarer Alep-Est «zone assiégée»et que les négociations russo-américaines sont désormais au point mort, en dépit des efforts menés pour ressusciter le processus en vue d’une nouvelle trêve, les bombardements intensifs des quartiers rebelles de la ville continuent de se succéder de manière incessante. Le régime syrien mène, avec l'aide de la Russie, une vaste offensive pour reprendre cette partie d'Alep où vivent encore quelque 300.000 personnes privées de nourriture et d’aide humanitaire depuis trois mois.

«Les gens n’ont plus de quoi manger ou boire. Il n’y a plus de médicaments, tandis que 97% des commerces ont fermé leurs portes», déplore Thaer Mohammad, un jeune de 23 ans, joint sur place. «Lorsque des denrées basiques, comme le sucre, le riz ou le bourghoul, se présentent, les prix sont en outre exorbitants.»

Selon le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l'homme, Rami Abdelrahmane, selon qui le nombre de morts frôle désormais les 500 personnes depuis le début de la nouvelle offensive, «l’objectif est de pousser les gens à la capitulation ou à une migration forcée vers les quartiers ouest de la ville, sous le contrôle du régime».

Distributions de pain, cultures de légumes...

Face à cette situation, certains commerçants engagés viennent en aide aux familles les plus démunies tandis que le conseil local a mis en application une stratégie alimentaire de «contre-attaque» visant à éviter une catastrophe humanitaire. «Nous travaillons d’arrache-pied pour assurer la sécurité alimentaire de nos habitants et avons mis en place un plan exceptionnel pour contrer le siège. […] Les Aleppins ne capituleront pas face à la barbarie et la brutalité d’Assad et des Russes», assure le président du Conseil local, Brita Hajj Hassan, joint par téléphone.

Trois commissions ont ainsi été crées, travaillant de concert avec plusieurs organisations civiles présentes sur le terrain ainsi que des commerçants. «La première distribue quotidiennement du pain aux habitants des quartiers assiégés, épaulée par un haut comité de secours visant à rationaliser le stock alimentaire, tandis qu’une commission agricole, formée d’ingénieurs et d’experts agricoles, est chargée de planter des légumes et des fruits dans les jardins, sur les terrasses des appartements et les toits d’immeubles dans le but de permettre aux habitants de se procurer le minimum vital», précise le responsable.

Ce plan remonte en réalité à février dernier. «Le siège a officiellement été imposé le 8 juillet mais le régime exerce une politique d’étouffement depuis le début de l’année. […] Nous avions élaboré cette stratégie à l’époque et pris des mesures préventives», y compris la distribution de semences, indique le président du conseil local.

«Enfer sur Terre»

La mise en œuvre du plan a néanmoins pris toute son importance depuis la fin de la trêve en raison d’une évolution des frappes aériennes, désormais dirigées davantage contre des quartiers civils, des boulangeries et des hôpitaux.

Le 3 octobre, le plus grand hôpital a été complètement détruit par des raids. «Sept personnes ont été tuées et 20 patients et personnels de santé ont été blessés», raconte Hassan, un infirmier de l’établissement joint sur place. «L’hôpital est désormais totalement hors service et nous avons dû dispatcher les malades et blessés sur les autres hôpitaux et dispensaires de la ville.»

Dans une tribune parue dans le Monde, la directrice juridique de Médecins sans frontières (MSF), Françoise Bouchet-Saulnier, soulignait que le bombardement de tout hôpital protégé constitue un «crime de guerre», établissant un parallèle avec l’épisode du bombardement, en octobre 2015, d’un hôpital de MSF par l’armée américaine à Kunduz, en Afghanistan.

Malgré les efforts menés sur le plan local pour atténuer l’impact du siège, le risque d’une famine plane dans les esprits, alors qu’aucune aide humanitaire de l’ONU n’a pu pénétrer les quartiers rebelles, y compris durant la courte période de trêve, qui a duré à peine une semaine. Récemment, l’ONU a qualifié d’«enfer sur Terre» la zone assiégée, évoquant «la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie».

Les femmes et enfants représentent 60% de la population

Brita Hajj Hassan ne cache d’ailleurs pas ses craintes. «Nous pouvons tenir encore quelque temps avec les provisions dont nous disposons mais nous manquons déjà de lait pour les 20.000 enfants âgés de moins de deux ans», sur les 100.000 qui vivent dans les quartiers assiégés, souligne-t-il. La partie est de la ville abrite également 155.000 femmes, précise le responsable: «Ces deux catégories représentent à elles seules 60% de la population locale.»

Pour Thaer, les perspectives sont tout aussi alarmantes. «Si les bombardements se poursuivent au même rythme au cours des prochains jours, le monde entier sera témoin d’images pires que celles ayant fait le tour du monde au lendemain du siège de Madaya», dit-il, inquiet. Cette bourgade située à 42 km de Damas avait fait l’objet, l’an dernier, d’un siège ayant duré plus de six mois, durant lequel plusieurs dizaines de personnes avaient péri de faim. Le jeune photographe dit craindre le pire: «En l’absence de toute action de la communauté internationale, Alep risque de devenir le plus grand tombeau de l’histoire du pays et du monde.»

Bachir El Khoury

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