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Publié par Patrick Granet

rois syndicalistes libertaires répondent à Révolution permanente. Parce que la dénonciation rituelle des « bureaucraties syndicales » ne doit plus servir à masquer l’impuissance à agir.

Dans le mensuel Alternative libertairede juillet-août 2016, un article critiqueétait consacré au site web Révolution permanente (RP). Cet article a donné lieu à une réponse en ligne sur ledit site. S’y attarder permet de revenir sur des questions importantes concernant l’articulation entre militantisme politique et syndical, questions qui intéressent toutes celles et ceux convaincus de la nécessité de changer la société.

Si nous avons rédigé cet article, ça n’est pas pour le plaisir de polémiquer avec un autre courant révolutionnaire et encore moins pour prendre la défense des bureaucraties syndicales. Mais bien parce que, au-delà des divergences que nous pouvons avoir sur l’action syndicale (et nous ne nous retrouvons pas dans la vision que RP nous attribue, nous y reviendrons), une ligne rouge nous semble avoir été franchie avec la reprise acritique d’un communiqué de la préfecture de Police.

Hier, la chape de plomb stalinienne

Il faut d’abord revenir en arrière sur l’axe de rupture avec les directions syndicales considéré comme central par RP. Cet axe, nous le critiquions dans notre article et il est à nouveau assumé par RP dans sa réponse. Il y a effectivement une histoire de l’opposition aux bureaucraties syndicales, fortement marquée par la chape de plomb stalinienne. Il est intéressant d’y revenir pour mesurer justement la distance qui peut nous séparer de situations passées.

Dans les années 1970, l’appareil stalinien n’hésitait pas à briser des mobilisations pour ses intérêts politiques, et avait les moyens de le faire. L’affrontement parfois physique avec celui-ci, incarné notamment par le service d’ordre de la CGT de l’époque, était donc quelquefois nécessaire.

Aujourd’hui, des permanent.es peu politisé.es

Aujourd’hui cette hégémonie n’est plus qu’un lointain souvenir. Les directions syndicales sont plutôt composées de permanent.es peu politisé.es, qui n’impulsent pas grand chose et sont englué.es dans le dialogue social... Ils seraient même parfois bien incapables de briser un mouvement si l’idée leur en venait ! L’enjeu n’est donc pas tant de combattre ces directions que d’œuvrer à la participation la plus large des syndiqué.es à la réflexion et à l’action. Là où la démocratie syndicale est vivante, les bureaucraties syndicales sont vite balayées.

C’est en effet un sacré raccourci d’englober sous le vocable de « direction » l’ensemble des permanent.e.s voire même des militant.e.s exerçant un mandat syndical. Le terme nous semble être utilisé de manière un peu trop extensive par nos camarades de RP.

Des garde-fou à la bureaucratisation

Il existe ainsi parmi ce qu’on appelle les « directions » des militantes et des mlilitants anticapitalistes qui tentent de faire vivre un syndicalisme démocratique, de classe et de masse. Ils et elles ne sont pas plus que d’autres prémuni.es contre les risques de bureaucratisation, à ceci prêt qu’en avoir conscience constitue un premier garde-fou. Parce que des bureaucrates de gauche, qui rédigent des appels à la grève générale mais ne se posent pas la question de savoir s’ils sont diffusés et ce qu’en pensent les syndiqué.es, on en trouve à la pelle. Ce qui protège, c’est précisément la participation large des syndiqué.es à l’élaboration et aux prises de décision.

À ce sujet, plusieurs dirigeants syndicaux ont récemment transmis leurs salutations à RP à l’occasion de son premier anniversaire. Tous les dirigeants syndicaux ne semblent donc pas être des bureaucrates à combattre... mais alors où se situe la démarcation ? Et qui en juge ?

Vieux clivage entre léninistes et syndicalistes révolutionnaires

En l’occurrence, on en revient là à un très vieux débat entre léninistes et syndicalistes révolutionnaires. Les premiers considèrent historiquement que le mouvement syndical est forcément réformiste, donc incapable de se doter, par lui-même, de dirigeant.es révolutionnaires, et que la conscience révolutionnaire doit être apportée de l’extérieur par le parti politique.

Les seconds considèrent au contraire que le syndicalisme accompli une « double besogne » de défense immédiate des exploité.es et de construction des prémisses d’organes révolutionnaires. Qu’en conséquence il doit œuvrer à l’émergence de militant.es révolutionnaires conscient.es et capables de prendre leurs responsabilités.

Retour sur une manipulation

Pour en revenir à la reprise du communiqué policier, assumé par RP dans sa réponse : oui à ce moment, le risque de division était très élevée entre d’un côté le « cortège de tête » et de l’autre le mouvement syndical. Le mouvement contre la loi Travail peinait à décoller et les manifestations restaient très faibles.

À la fois l’intersyndicale était bien trop silencieuse concernant la répression policière, et en même temps, et c’est ce qu’oublie de rappeler RP, plusieurs communiqués syndicaux étaient sortis pour dénoncer celle-ci. Philippe Martinez était certes présent à la manifestation de flics du 18 mai, mais en même temps il refusait encore de dénoncer les « casseurs » face aux journalistes et politiciens qui l’en pressait.

Sur la démarche adoptée dans les relations entre les syndicats et la police, nous renvoyons ici au témoignage d’un syndicaliste qui a assisté aux différentes scènes dans un article que nous avons relayé sur notre site, et au communiqué d’AL essayant d’éviter la division.

Nous continuons d’affirmer encore une fois que retransmettre le communiqué de la préfecture de façon acritique ressemble à retransmettre les communiqués du patronat sans critique et cela contribue à la division dans un moment instable où la mobilisation n’en avait pas besoin. Et nous voyons là l’incapacité même de vouloir construire un mouvement de façon unitaire par la base. Aussi à trop focaliser son attention sur les bureaucraties syndicales on révèle surtout une certaine inaptitude à mobiliser les travailleuses et les travailleurs.

Qu’est-ce qu’un syndicat rouge, au juste ?

Concernant l’accusation de vouloir construire des « syndicats rouges », c’est exactement l’inverse que nous défendions dans l’article initial : « les syndicats doivent réaliser l’unité de classe par-delà les appartenances politiques des uns ou des autres ».

Non, être « syndicaliste révolutionnaire », cela ne signifie pas militer dans des syndicats où toutes et tous les syndiqué.es sont révolutionnaires, mais bien au contraire défendre une orientation anticapitaliste dans des syndicats de classe et de masse.

On désigne généralement par « syndicat rouge » un syndicat inféodé à une organisation révolutionnaire, et dont le noyau dirigeant se réduit aux membres de cette organisation. Il se caractérise généralement par ses maigres effectifs, par son révolutionnarisme verbal, et par un calendrier d’action soumis aux impératifs de l’organisation. C’est l’exact opposé du modèle prôné par les syndicalistes révolutionnaires.

Révolution permanente nous accuse donc de défendre un « syndicalisme rouge », bien qu’on s’en défende, sur la seule foi d’une allégation glissée au détour d’une phrase, selon laquelle des militant.es d’AL, auraient fait exclure des militants « réformistes » « dans certaines sections de la fédération Solidaires » (??). Il est malhonnête de lancer une telle accusation à la légère. Comment y répondre ?

En ce qui nous concerne, nous continuerons donc de travailler à l’affirmation d’un syndicalisme révolutionnaire contemporain en nous appuyant, non pas sur des positionnements idéologiques, mais bien sur des pratiques, quotidiennes et inscrites dans la durée, d’animation de luttes de masse et de structures syndicales.

Grégoire (AL Orléans), Martial (AL Saint-Denis), Théo (AL Orléans)

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