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Publié par Patrick Granet

Qui sont ces coptes, les maronites, les chaldéens dont nous fait écho l'actualité?

Chaldéens, coptes, maronites, grecs-melkites, assyriens, arméniens, etc. Comment se repérer dans la mosaïque des chrétiens d’Orient, où on peut distinguer jusqu’à une quinzaine de rites (byzantin, alexandrin, arménien, syrien, etc), de langues originelles (syriaque, arménienne, copte, arabe) et de juridictions?

Il faut d’abord se souvenir que le christianisme est né en… Orient. Dans cette Palestine, alors occupée par les Romains, où le juif Jésus a vécu –les historiens de l’Antiquité en attestent–, a enseigné et où il est mort, précisément à Jérusalem, en l’an 30 (environ) de l’ère chrétienne.

Il faut se souvenir aussi que cette nouvelle religion –issue du judaïsme donc– s’est d’abord répandue dans tout l’Orient, grâce aux disciples du Christ (ses premiers apôtres, comme Pierre, et le converti Paul, son persécuteur devenu son principal propagateur). Avant de s’étendre tout au long des frontières du vaste Empire romain, où le christianisme, d’abord martyrisé comme religion déviante, n’aura d’existence officielle que sous les empereurs Constantin et Théodose au milieu du IVe siècle.

Le christianisme s’est d’abord organisé autour des cinq grands «patriarcats» historiques: Jérusalem, Alexandrie (Egypte), Antioche (dans l’actuelle Syrie), Constantinople (capitale de l’empire byzantin, après la rupture de l’empire romain en deux parties occidentale et orientale), et Rome, dont le «pape» revendiquera ensuite, sans succès, le leadership (la «primauté») sur l’ensemble de la chrétienté.

Différends et rapprochements

Cette mosaïque de l’Orient chrétien tient d’abord à l’histoire mouvementée et aux schismes du premier millénaire.

Elle compte d’abord des Églises orthodoxes (orthodoxe: la vraie foi), dites «pré-chalcédoniennes», en référence au «concile» (assemblée délibérative) de 451 tenue dans la ville de Chalcédoine (actuelle Turquie). Elles n’ont pas approuvé les décisions de Chalcédoine sur la double nature du Christ, pleinement Dieu et pleinement homme, et croient à sa nature unique. D’on leur nom de «monophysites». Cette divergence au sein de la chrétienté, majeure à l’époque, s’est estompée aujourd’hui avec les rapprochements «œcuméniques» du XXe siècle. Mais il reste des rites, des langues (copte, syriaque), des juridictions différentes.

Ce sont les coptes (mot formé à partir du mot aegyptus) évangélisés par saint-Marc au Ier siècle, regroupés autour du patriarcat historique d’Alexandrie. Ils sont au moins 8 millions en Égypte, soit la plus grosse concentration chrétienne d’Orient. Leur patriarche, aussi appelé «pape», élu en 2012 est Tawadros II (Théodose) qui réside à Alexandrie et au Caire.

Les arméniens (6 millions), évangélisés dès le début du IIIe siècle par saint-Grégoire. L’Église apostolique arménienne est dirigée par le catholicicos Karénine II, élu en 1999 et siégeant à Etchmiadzine, près d’Erevan en Arménie.

Les syriaques (800.000), minorité présente au Syrie, au Liban, en Turquie, regroupée autour de l’historique patriarcat d’Antioche.

La rupture majeure au sein de la chrétienté est le schisme de 1054 entre le patriarcat de Rome (Occident latin) et le patriarcat de Constantinople, ex-Byzance (Orient grec et byzantin). Cette division demeure, malgré la levée des «anathèmes» réciproques en 1964 et le dialogue en cours entre orthodoxes d’Orient, catholiques et protestants d’Occident.

Les grecs-orthodoxes, représentés par les patriarcats de Contantinople, d’Antioche, de Jérusalem, sont de loin les plus nombreux en Palestine, en Israël, en Syrie, en Jordanie. Leurs sièges patriarcaux sont à Damas, à Beyrouth ou à Jérusalem. Mais ils ont perdu leur prestige et leur puissance numérique d’antan. L’émigration des chrétiens a fait du Proche-Orient le flanc démographiquement le plus fragile d’une orthodoxie qui aujourd’hui redevient puissante dans les pays slaves évangélisés par des missionnaires venus de Constantinople (Roumanie, Bulgarie, Serbie et surtout Russie et Ukraine). Une orthodoxie qui se mondialise aussi, au profit de communautés de diaspora en Amérique, en Australie, en Europe, jusqu’en Extrème-Orient.

Missions romaines

Les Églises catholiques sont très minoritaires au Proche-Orient. À l’exception bien sûr des maronites (3 millions), qui ont toujours été liés à Rome et au Vatican. Ce sont les héritiers des chrétiens qui, dans le Liban du Ve siècle, ont suivi un moine ermite du nom de Maron, mort en 410. Face aux incursions musulmanes, la «montagne» libanaise où les maronites se sont réfugiés est devenue le symbole de leur résistance à travers les siècles et de leur fidélité au pape. Ils gradent un poids dans la société et la politique libanaise. Leur patriarche, le cardinal Bechara Raï, réside à Bkerké, près de Beyrouth. Ils sont plus d’un million au Liban. Les autres ont émigré en Amérique du Nord, du Sud et en Europe (60.000 en France).

Les melkites catholiques (2 millions) vivent également au Liban, en Syrie, à Jérusalem et en diaspora. Le nom de «melkites» signifie «fidèles» à l’empereur de Constantinople, celui qui présidait les premiers conciles, fidèles aux conclusions du concile de Chalcédoine sur la double nature du Christ. En très grande majorité, leurs descendants sont devenus «orthodoxes» après le shisme Rome-Constantinople, mais une minorité est restée fidèle à Rome, d’où le nom d’Église melkite catholique, dont le patriarche, Grégoire III Laham, réside à Damas.

Les chaldéens majoritaires en Irak (1,5 millions et demi avant la première guerre du Golfe, 400.000 aujourd’hui) ) sont aussi des catholiques. Leur nom vient de la Chaldée antique (Babylone, Bagdad) et ils avaient fait sécession du reste de la chrétienté avant même le concile de Chalcédoine, dès 431, lors du concile d’Éphèse où ils avaient suivi le patriarche de Constantinople, Nestorius (d’où leur nom aussi de «nestoriens»), prônant la séparation des deux natures du Christ et niant la maternité divine de Marie. Leur chef est Mgr Louis Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens, élu en 2013 (approuvé par le pape François), résidant à Bagdad, qui déploie de nombreux efforts pour soulager ses fidèles.

Les autres petites Églises catholiques d’Orient sont le fruit de rattachements, plus ou moins pacifiques, obtenus entre les XVe et XIXe siècles par des «missions» venues de Rome. Ce sont les coptes catholiques d’Égypte (250.000), vivant près de la grande Église copte orthodoxe; puis lesarméniens catholiques (600.000), à l’ombre de la vieille Église apostolique arménienne; enfin, les syriens catholiques (100.000) de Syrie, du Liban, de Turquie, de Jordanie ou en diaspora.

Pour être complet, il faut citer les Églises anglicane et protestantes (luthériens, réformés, méthodistes, évagéliques), également présentes et actives au Proche-Orient.

Henri Tincq

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