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Publié par Patrick Granet

La photo ci-contre fut prise en septembre 1936 aux alentours de Huesca (province d’Aragon). Cet homme fut identifié comme un curé qui, quelques instants après avoir été photographié, allait être fusillé par des miliciens républicains dans le village de Sietamo. Durant des décennies, cette image de curé martyr fit l’objet d’un véritable culte à Huesca et dans ses environs. On édita de petites estampes, des calendriers, on l’invoquait dans des prières. Mais en 1995, Jean-Paul II franchit un pas supplémentaire et, dans l’une de ses fournées de béatification de martyrs de la guerre civile, sanctifia ce jeune et beau curé qui défiait la mort avec le sourire de celui qui sait se trouver dans le bon camp. Dieu soit loué !
Ce cliché avait été réalisé par Hans Guttman, membre des Brigades internationales et photographe professionnel, qui en Espagne changea son nom en Juan Guzman. Son problème était qu’il ne comprenait pas l’espagnol et pas toujours tout ce qui se passait autour de lui. Ainsi, lorsque les combattants républicains s’emparèrent du village de Pompenillo, sur la route de Huesca, Guttman ou Guzman, comme on voudra, réalisa une série de photos : un garde civil mort, un habitant prisonnier, le curé du village quelque temps avant d’être fusillé… et bien d’autres photos qu’il identifia à sa manière.
A la fin de la guerre civile, Guttman partit au Mexique où il vécut le reste de sa vie. Sans doute ne sut-il jamais que le pape avait sanctifié le martyr qu’il avait eu face à lui durant quelques instants. Le photographe mourut de vieillesse, et c’est en ordonnant ses papiers et ses négatifs qu’est apparue la surprise : le « curé » fusillé de la photo n’était pas du tout curé. Guttman s’était trompé en référençant son cliché. En réalité ce jeune homme était un brigadiste communiste allemand ! La preuve en est fournie par d’autres photos, prises quelques jours plus tard, où ce même jeune homme figure, en compagnie de ses camarades, avec la salopette typique que revêtaient alors les combattants républicains.
Ainsi donc, les bigots de la région du Haut-Aragon ont adoré durant des décennies les petites estampes et images sacrées d’un prétendu martyr qui, pour avoir été communiste et probablement mécréant, devait sans aucun doute séjourner en enfer. Et alors ? Va-t-on le faire redescendre des hauteurs célestes ? Peut-on déloger un saint de son poste ? Le pape n’est-il pas infaillible, et par là même censé ne pas s’être trompé en le sanctifiant ? Mon Dieu, que de questions sans réponses ! »

(D’après une info publiée dans le quotidien El Periodico de Catalunya.)

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Publié dans 04. Autres écrits | 3 commentaires

3 Réponses
  1. sur 14 septembre 2016 à 6:22 | Répondresalavador fernandez

    La prise de Siétamo aux troupes franquistes a lieu aux alentours du 20/25 septembre 1936. Elle est le fait d’un groupe de miliciens internationaux appartenant à la colonne Durruti. Ce groupe est composé pour l’essentiel de Français, d’Italiens et d’Allemands plutôt anarchisants, c’est ce que raconte Bruno Salvadori, anarchiste italien, alias Antoine Gimenez, dans son livre de souvenirs Les Fils de la nuit, éditions Libertalia.
    Avant la prise de Siétamo c’est une colonne du POUM qui affronte les franquistes sur cette partie du front. Il y a donc quelques chances pour que le saint communiste dont il est question ici ait été soit anarchiste, soit trotskiste. Enfin, ceux qui ont trouvé une figure de curé à l’homme sur la photo avaient la vue basse. En 1936, les curés espagnols ne se baladaient pas sans leur soutane et quand elle leur été retirée ça ne les faisait pas sourire surtout devant un « rouge », fut-il photographe.

    • sur 14 septembre 2016 à 6:39 | RépondreFloréal

      Merci pour ces utiles précisions. Il est peut-être possible d’expliquer le terme « communiste » par une mauvaise interprétation dans l’article d’origine du « Periodico de Catalunya », le mot « rouge » désignant pratiquement tous ceux qui se trouvaient dans le camp dit républicain.

  2. sur 14 septembre 2016 à 8:14 | RépondreEdith

    Pourquoi, puisque ce n’est pas cette image qu’affiche l’Eglise, celle de Martin Martinez Pascual, prêtre ouvrier catalan qui aurait crié avant de mourir « Viva Cristo Rey », l’appel de ralliement des cristeros au Mexique, a-t-elle laissé aussi longtemps planer ce doute ? Elle ignore cette image ou elle l’a changée depuis que l’on sait que ce n’était pas la même personne ? D’après ce que j’ai peut-être mal compris, ce prêtre aurait combattu aux côtés des membres du PSUC, ce qui signifie que Juan Guzman pouvait le connaître, ayant lui-même été membre de ce parti, et expliquer aussi, dans ce cas, pourquoi ce nom était mentionné dans les archives du photographe à la place de la personne photographiée, qui, selon ce texte, serait aussi membre du PSUC, un parti qui diffamait et réprimait les militants du POUM et la CNT ?
    http://www.elconfidencial.com/cultura/2016-09-06/ni-cura-ni-martir-miliciano-comunista-martin-martinez-pascual_1255883/

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