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Publié par Patrick Granet

La fin de l'été a été scandée par une série de faits divers, à commencer par l'affaire des burkinis, dont le retentissement sans commune mesure avec la réalité des faits. Le «vivre-ensemble» est fragile.

Un mois et demi après la tuerie de Nice, la cohésion de la société française est soumise à rude épreuve. Une série de faits divers, qui ont pour point commun un retentissement symbolique sans commune mesure avec la réalité des événements eux-mêmes, sont révélateurs d'une nervosité inquiétante.

Les commanditaires ou les inspirateurs des actes terroristes qui ont frappé la France depuis janvier 2015 se réjouiront assurément de ces tensions qui fragilisent le slogan du «vivre-ensemble». Ils ne pouvaient rêver mieux que l'absurde polémique sur l'interdiction du burkini pour faire croire que la France maltraiterait ses musulmans.

Quelle satisfaction pour eux de voir cette question mineure, mais lourde d'arrière-pensées, semer ses ferments de division jusqu'au sein du gouvernement français! Pour couronner le tout, l'annulation par le Conseil d'Etat de l'arrêté de la commune de Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-Maritimes, interdisant ce type de vêtement de bain, a donné le spectacle de pouvoirs publics ayant porté atteinte à des libertés fondamentales.

Faits divers distordus

Le plus extraordinaire reste le décalage inouï entre ces faits divers et leur écho en raison d'interprétations aussi hâtives qu'infondées. La mode de la glose nationale sur le burkini est partie, on s'en souvient, des graves incidents survenus sur la plage de Sisco (Haute-Corse) le 13 août.

Il est cependant vite apparu que les heurts opposant des hommes d'origine maghrébine à des habitants de cette commune n'avaient rien à voir avec un quelconque costume de bain. La violence avait eu pour origine l'agressivité de trois frères, tous connus des services de police pour des infractions de droit commun, qui s'employaient à privatiser la plage.

Par la suite, la trentaine d'arrêtés municipaux visant l'interdiction de ce fameux burkini pour de prétendues raisons d'ordre public a contrasté avec le faible nombre de ce type de tenues, au point de désespérer les photographes de presse. À rebours, c'est bien l'interpellation d'une femme portant un voile sur la plage de Nice, le 23 août, qui a créé une émotion au-delà même de nos frontières.

Surinterprétation qui en dit long

Là encore, la rumeur médiatique et politique a, semble-t-il, pris quelques libertés avec la réalité des faits. Cette dame n'a pas été importunée par les policiers municipaux parce qu’elle portait «le voile» sur le sable mais en raison de sa tunique. Et les policiers ne l'ont pas obligée à se déshabiller,c'est elle qui l'aurait ôté pour prouver qu'elle portait un maillot par-dessous. Mais comme elle refusait de se mettre en maillot pour rester à la plage, ainsi que les pandores l'exigeaient curieusement, elle a dû la quitter. Vous suivez?

La sur-interprétation dont font l'objet ces faits divers en dit long sur les préjugés et les peurs contradictoires qui la traversent

Difficile de hisser ces épisodes cocasses au rang d'événements significatifs des comportements à l’œuvre dans la société française. La surinterprétation dont ils font l'objet, de part en d'autres, en dit par contre long sur les préjugés et les peurs contradictoires qui la traversent.

Ce prisme vaut pour deux autres faits divers récents. Tout d'abord, ce restaurateur de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, qui a refusé de servir deux clientes voilées en leur assénant que «tous les musulmans sont terroristes». Ces propos ont légitimement provoqué une belle indignation sur les réseaux sociaux, même si la personne qui a lancé l'alerte sur Facebook a tout l'air d'avoir un beau profil intégriste. Le restaurateur s'est ensuite excusé en expliquant qu'il avait «pété un plomb» suite à la mort d'un de ses amis au Bataclan.

Terminons par l'affaire de la mère de famille violentée au Bain des Dames de Châteauneuf-sur-Charente (Charente), le 25 août. Dans un premier temps, on apprend qu'un«groupe de jeunes» aurait vivement interpellé une femme en monokini (cela nous change) et l'aurait molestée et dévêtue devant son refus de cacher ses seins. Ici aussi, les esprits s'échauffent et imaginent facilement des musulmans faisant à leur tour la police des mœurs et des tenues dans un espace de baignade.

Et puis, on apprend qu'aucun des protagonistes de cet incident fâcheux n'est musulman. Et qu'il s'agit plutôt d'une manifestation d'inconscience et d’agressivité où la mère de famille insultée en raison de sa superbe décontraction vestimentaire a cru bon de répliquer en montrant ses fesses. Selon d'autres témoignages, la dame aurait même baissé sa culotte de maillot devant un garçon de dix ans qui l'observait, après lui avoir lancé: «Tu veux voir le reste?»

Parti des méchants

On est loin ici, on l'admettra, de la très sérieuse question de la place de l'islam en France, de la défense de l'identité française et de nos modes de vie. Le retentissement médiatique et l'exploitation politique de ces incidents aboutissent néanmoins à les charger d'une portée qui pèse sur l'esprit public.

Comme d'habitude, la responsabilité des politiques est ici majeure. Ce sont des maires qui ont décidé de s'emparer de cette petite question balnéaire en édictant une règle juridiquement ô combien fragile. Et c'est surtout Nicolas Sarkozy qui a pris le parti de lancer sa campagne des primaires de la droite en brandissant l'étendard identitaire et en ciblant l'islam de manière transparente.

Si la France n'a heureusement pas basculé dans une nouvelle guerre de religion, la coexistence de modes de vie très différents ne va pas sans difficultés

Le président de LR est parfaitement clair dans son dernier livre Tout pour la France. Sans s'embarrasser de scrupules, il se veut le porte-parole de «l'angoisse de la France d'aujourd'hui». Alors que l'intégration des populations d'origine immigrée est parfois problématique, Sarkozy exige désormais leur pure et simple «assimilation» à ce qu'il ne craint pas d'appeler «la France éternelle».

«L'essentiel» en 2017, prévient-il, «se jouera sur l'identité française». Ce tropisme identitaire, destiné à séduire l'électorat frontiste, ne laisse pas insensible la mouvance du même nom. «Je suis désolé mais si on se base que sur le discours, celui de #Sarkozy me parle plus que celui du #FN», a même réagi Pierre Sautarel, l'animateur du site Fdesouche, à l'écoute du discours de Sarkozy à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône).

Parti des gentils

Sarkozy et ses soutiens vont désormais jusqu'à vouloirréviser la Constitution afin d'interdire le birkini sur les plages! De son côté, Manuel Valls a persisté dans sa condamnation de ce vêtement et même ciblé le voile, ce qui n'est pas forcément opportun dans le climat électrique actuel. Mais, à gauche, la défense de principe des musulmans conduit aussi parfois à des jugements aussi excessifs que contestables. C'est Jean-Luc Mélenchon qui ose: «Dans notre pays, on a persécuté les juifs, puis les protestants et aujourd'hui les musulmans. La solution, c'est la laïcité. #4Vérités». Dans les livres d'histoire, les amendes de plages feront quand même pâle figure face aux massacres de la Saint-Barthélémy ou à la rafle du Vel d'Hiv'.

On reste également confondus devant tous ceux quidéfendent le port du burkini au nom de la liberté individuelle en ignorant superbement sa signification religieuse, culturelle et politique. Les partisans du soit-disant «multiculturalisme» trahissent ainsi un coupable penchant «culturocentrique», projetant sur autrui leur propre mode de raisonnement. L'islamisme se fait fort, il est vrai, de retourner contre nos sociétés l'individualisme libéral qui les constitue.

«Nous, nous sommes le parti des gentils et des pacifistes face à ceux qui veulent recommencer les guerres de religion», a expliqué Mélenchon ce week-end à Toulouse. Fort bien. Mais cette gentillesse ne devrait pas empêcher un minimum de lucidité. Si la France n'a heureusement pas basculé dans une nouvelle guerre de religion, la coexistence de modes de vie et de pensée très différents en son sein ne va pas sans difficultés.

Ce n'est pas en répétant la formule magique du «vivre-ensemble», aussi souvent invoqué que rarement pratiqué, qu'on les résoudra. Il n'est pas aisé de «faire société», selon une autre formule à la mode, avec des rapports à la pudeur extrêmement divergents. Ou, par exemple, avec des gens pour qui l'homosexualité est une sexualité normale et d'autres qui la condamnent comme une abomination.

Eric Dupin

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