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Publié par Patrick Granet

Après l’attentat de Nice et l’assassinat du père Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray, l’ancien ministre de la Défense, Hervé Morin, en appelait « à l’israélisation de notre sécurité ». Depuis les attentats de Charlie-Hebdo, cette référence est de plus en plus brandie dans la course au tout sécuritaire. Mais sur quoi repose au juste le modèle israélien ? Cet été, CQFD avait un envoyé spécial à Tel-Aviv.

Au début du mois d’août, la Knesset, le parlement israélien, a abaissé de 14 à 12 ans l’âge minimum d’emprisonnement pour les auteurs « d’actes terroristes graves sur le territoire israélien », sachant que cette loi est déjà appliquée en Cisjordanie. C’est la réponse trouvée face aux attaques aux couteaux. Depuis octobre 2015, ces agressions à l’aveugle, perpétrées souvent par des gamins, ont fait 34 victimes israéliennes, deux américaines, une érythréenne et une soudanaise. On dénombre 219 Palestiniens abattus par les autorités israéliennes lors de ces attaques ou en représailles et régulièrement, les associations de défense des droits de l’homme accusent les soldats israéliens d’avoir exécuté de sang-froid certains d’entre eux alors qu’ils étaient ligotés à terre. Les quelques enquêtes ouvertes ont été rapidement classées, les autorités préférant évoquer « l’instinct de survie de la police ». Sans ambages, le chef de la police de Jérusalem, Moshe Edri, déclare ainsi : « Toute personne qui (...)

Introduction du dossier "Des livres et des luttes" : douze pages de reportages, d’analyses, de cartographie et de rencontres autour du livre, de ses travailleurs et de ses combats. A retrouver dans le numéro 146 (septembre 2016) de CQFD.

« J’ai appris à écrire, et bougrement bien. Des oiseaux et des trucs dans ce goût-là ; pas seulement de l’écriture de mots. Mon père serait pas content s’il me voyait sortir un oiseau comme ça d’un seul coup de crayon. (...) Les fantaisies de ce genre-là, ça lui plaît pas. Déjà l’écriture, il aime pas ça. J’ai idée qu’ça lui fait un peu peur. À chaque fois que Pa a vu de l’écriture, y a toujours eu quelqu’un qui lui a pris quelque chose. »

John Steinbeck, Les Raisins de la colère, 1939.

Lire et écrire sonne encore comme l’un des premiers marqueurs sociaux, élémentaire écrémage pour séparer les aptes des inaptes, les sachants des ignares, voire les barbares des civilisés. Plus encore que le nom des rues ou les documents administratifs, l’épaisseur des livres, et les jargons dont ils s’arment, exclut et divise. Selon l’Insee, en 2014, 70% des ouvriers et des agriculteurs, et 40% des employés contre 20% des cadres n’avaient ouvert aucun livre. La « démocratisation » de la culture tant désirée par la gauche post-68 a (...)

Comment réformer l’école de la République ? En formant mieux les enseignants ? En limitant le nombre d’élèves par classe ? En accompagnant les enfants vers la liberté, l’égalité et la fraternité ? Pas du tout. Pour le gouvernement, un seul plan de bataille : le tout numérique !

« Nous avons besoin d’un plan ambitieux dans le domaine du numérique. Il n’est pas dans l’habitude de la France de passer à côté des révolutions. Nous ne raterons pas celle-ci. »

Najat Vallaud-Belkacem. Salon international du numérique éducatif, 21 janvier 2016.

On était prévenus : en manque d’idées pour l’éducation, François Hollande avait – dès 2009 – tout misé sur l’innovation technique. Après avoir distribué des ordinateurs portables, il prit la décision d’équiper collèges et lycées de sa région de Corrèze en tablettes numériques. Sitôt pensé, sitôt acheté, une commande de 13 000 iPads fut passée en 2010 pour 1,5 million d’euros aux frais du contribuable. À défaut de changer quoi que ce soit aux conditions de travail des enseignants et faute de donner de la consistance aux enseignements, une telle action avait au moins le mérite de relancer l’économie et de se la jouer moderne. Un an après les effets d’annonce, une enquête de l’Inspection générale de l’éducation nationale faisait le tour des classes de Corrèze (...)

Qu’advient-il lorsqu’un brillant universitaire à l’œuvre déjà foisonnante accède au statut de référence internationale de la contestation, brinquebalé de colloques en conférences, d’émissions en manifestations ? On peut se le demander à la lecture de Bureaucratie, le dernier livre de David Graeber, figure du mouvement Occupy, traduit en français aux éditions Les liens qui libèrent.

Lecteur attentif de Graeber depuis assez longtemps maintenant, dès sa période « underground », pourrais-je dire, il m’a fallu revenir plusieurs fois sur ce livre, constitué principalement de trois articles datés de 2012, pour me rendre à cette fâcheuse évidence : notre « anthropologue-anarchiste » peut désormais tout se permettre, y compris exhumer ses fonds de tiroir de façon éhontée. Entendons-nous bien cependant : Bureaucratiecontient dans son premier article des développements intéressants qui manient le paradoxe avec goût. On pense d’ordinaire une opposition entre l’État et le marché ? Il n’en est rien : la rationalité marchande se coule parfaitement dans le principe d’efficacité de la bureaucratie. Efficacité seulement prétendue, car dans une société entièrement régie par des contrats (un rêve libertarien !), la nécessité de recourir à des rapports bureaucratiques serait multipliée et non limitée, segmentant les relations collectives entre dépôt de projets et réponse à des contrôles. Voilà des éléments indéniablement (...)

Quoi de plus naturel pour Uber que de s’installer au Royaume-Uni, pays du travail sans droit ? Après avoir cannibalisé les fameux black cabs et imposé son modèle de travailleur « liquide », la firme californienne a recruté environ 25 000 chauffeurs de taxi en quatre ans. Condamnés au statut de travailleurs indépendants, une poignée de mutins réclament des droits salariaux.

Mark, chauffeur flexible, n’avait clairement pas conscience de ses privilèges. Pire, le nanti s’en plaignait ! Au volant de sa Skoda grise, deux gros autocollants Uber plaqués sur les flancs, il enquillait les boulevards pollués de Manchester en ronchonnant. Ce n’étaient pas tellement les bouchons, ni la qualité discutable des routes, ni ses concurrents des compagnies de bus hors de prix qui l’agaçaient. Non, Mark allait peut-être manquer le match Manchester City - PSG, prévu ce jour-là à 19h45. « Si je fais une bonne journée, je pourrai le voir. Sinon, il faudra travailler plus longtemps et je finirai trop tard. Là, c’est mal parti. »

C’est que la frustration footballistique du Mancunien - ici, un mal inconsolable - avait réveillé une nature grincheuse. « On est tous à notre compte, mon pote. Mais je me suis habitué à ça, j’ai été taxi pendant 9 ans. J’ai pas de congés payés. Si t’es malade, t’as le droit à rien. Faut juste aller bosser. Je pars bientôt. Je pars trois semaines. Alors quand tu reviens de vacances, t’es (...)

En avril 1917, des Kanak du nord de la Grande-Terre se lancent dans une guerre contre les colons et les autorités françaises douze mois durant. Vaincus, c’est par la parole et l’écriture qu’ils prirent le soin de garder mémoire de cet événement essentiel dans l’affirmation de l’identité kanak. Depuis les années 1970, l’anthropologue français Alban Bensa s’attache à recueillir des récits, en langue paicî [5] décrivant et interprétant la guerre de 1917 – dont des ténô, longs poèmes de tradition orale et écrite. Les textes polyphoniques qui composent le livre bilingue Les Sanglots de l’aigle-pêcheur (Anacharsis, 2015) donnent la voix aux récits des colonisés. Entretien avec Alban Bensa.

tëmää cai tëmää

têrê cai têrê cai

tëmää-rî i pwärä-to

têrê i pwärä-ùù

têrê i pwärä-to kë Kowi

pwärä-ùù kë Apégu

pwärä-ùù mä pwa-au

pwârä-to mä pwa-wârî-co ùù mä pwa-täjii

to mä pwa méaa-ri gu

Traduction :

écoutez donc écoutez voir

entendez donc entendez voir

écoutez ensemble l’appel

entendez le cri poussé

entendez l’appel de Kowi

le cri lancé par Apégu

le cri et les lamentations

l’appel lancé et les regrets

les cris et les oppositions

l’appel heureux des fugitifs.

CQFD : Lorsqu’au début du XIXe siècle les colons européens et les Australiens blancs arrivent en Nouvelle-Calédonie, quelles pratiques de mémoire kanak rencontrent-ils ?

Alban Bensa : Autant qu’on puisse savoir, les Kanak n’avaient pas, alors, d’écriture. Leur univers social était relativement mobile, avec des fondations, des refondations et des éclatements de clans. La mémoire orale y jouait un rôle politique essentiel : elle permettait de savoir qui était arrivé le premier, qui avait été accueilli et comment. (...)

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Au-delà de Podemos, le pari municipaliste

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Boulots de merde ! Du cireur au trader. Nos bons amis Olivier Cyran et Julien Brygo publient à La Découverte leurEnquête sur l’utilité et la nuisance sociales des métiers. Ils nous embarquent de boulot de merde en boulot de merde, ne gardant au fond d’eux qu’un seul regret : « que ce livre ne soit pas assez lourd pour servir de pavé dans la figure de ce monde-là. » Dans toutes les bonnes librairies de ce monde de merde.

Mea culpa. On l’avait oublié, mais notre pote Aurel sortait en mars dernier La menuiserie, chronique d’une fermeture annoncée (Futuropolis). Une belle BD documentaire sur la fermeture de la menuiserie paternelle.

In extremis. L’indispensable revue Z « Bonnes femmes, mauvais genre » est en librairie le 14 septembre. On se le dit.

Suite au « refaire un dôme » de juin dernier, le gouvernement nous a donné rendez-vous en octobre sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Afin de répondre présent, un échauffement se prépare tous les week-ends de septembre et le premier week-end d’octobre : « Prêt-e-s pour défendre la zad ? » Objectif : mieux connaître le terrain, ses droits et réfléchir ensemble à des formes d’action créatives. Les formations se tiendront du samedi 11 h au dimanche 16 h. Les infos sont par là !

Le mouvement d’autodéfense de l’habitat léger Halem (habitants de logements éphémères ou mobiles) fait son tour de France en caravane à la rencontre des gens dits « du voyage », des travailleurs saisonniers, des intérimaires et prestataires, des habitants des champs et autres terrains de camping. Les 3, 4 septembre à Rouen (76), le 7 à Arpajon (91), les 10 et 11 dans les Monts d’Arrée (29), les 16, 17, 18 à Vaour (81) et le 23 à Frouzins (31). Plus d’infos sur par ici.

Pendant ce temps-là à Bure, du 5 au 10 septembre, c’est chantier collectif pour poursuivre l’aménagement de l’ancienne gare de Lumeville-en-Ormois. Lieu acheté par un groupe d’opposants à l’enfouissement et au transport des déchets nucléaires. Toutes les infos sont par là.

Le 15 septembre, c’est jour de fête : les cortèges de tête seront rentrés de vacances pour la grande journée de mobilisation contre la loi travail.

La Parole errante, ce grand lieu de fabrique du commun est menacé par son propriétaire, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Afin que les liens tissés durant toutes ces années ne s’évaporent pas,rendez-vous est pris les 18 et 19 septembre, à La Parole errante (9, rue François-Debergue, Montreuil).

Nantes, la ville qui lave plus vert que vert, accueillera du 26 au 28 le « Climate Chance », sommet mondial des acteurs – non étatiques – du climat. Alors que juillet 2016 a été le mois le plus chaud jamais enregistré à la surface de la Terre – quinzième record mensuel battu consécutivement ! –, ONG, Start-up, associations, en partenariat avec le gratin de l’économie capitaliste, se réuniront dans le but de préparer le contre-sommet de la COP 22 de Marrakech. Infospar ici.

Il y aura besoin de monde le 30 septembre au tribunal de Privas (07), pour soutenir deux faucheuses volontaires inculpées pour une action anti-glyphosate (type Roundup) ayant eu lieu dans les jardineries et autres supermarchés d’Ardèche le 19 mars dernier. Infos par ici.

Les 1er et 2 octobre se tiendra, à Siouville plage (50), le rassemblement contre l’EPR de Flamanville et le rafistolage du parc nucléaire. L’occasion d’aller se baquer à la Hague.

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