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Publié par Patrick Granet

Un réseau est, comme un groupe ou une collectivité, un organisme ayant sa propre vie dont l’évolution se rattache à celle de la société. Depuis 1975, certains l’ont quitté pour différentes raisons et d’autres l’ont rejoint qui n’avaient pas la même approche que les premiers participants. En 1980, quelques-uns d’entre nous proposèrent un texte exprimant plus clairement les positions communes d’Echanges. Ces thèmes ne peuvent être considérés comme la « plate-forme » d’Echanges, mais plutôt comme une incitation à la discussion. Ce qui suit n’est pas le texte d’origine mais son état remis à jour à la fin de 2002 :

1) Dans la société capitaliste, la contradiction réelle n’est pas dans les idées (révolutionnaires, réformistes, conservatrices, réactionnaires, etc.) mais dans les intérêts. La production marchande ne pourra être renversée et le salariat aboli par l’effet d’une volonté ou d’un désir, quelle qu’en soit la détermination, mais résultera de la lutte de classe qui se développe à partir de la position des travailleurs dans le système capitaliste de production ;

2) une opinion très largement répandue soutient que la condition essentielle et nécessaire de ce qui est défini comme une attitude révolutionnaire ou une action ouvrière est l’existence d’une conscience de classe et d’une unité chez les travailleurs. Ce point de vue ou bien ignore, ou bien considère d’une manière erronée, comment action et conscience s’influencent mutuellement. Les travailleurs n’agissent pas comme une classe révolutionnaire parce qu’ils seraient conscients et unis ; conscience et unité ne préexistent pas à la lutte, mais surgissent avec elle. Le combat social transforme la mentalité de ceux qui y sont impliqués. Leur place en tant que classe à l’intérieur du système les conduit de la simple défense de leurs propres intérêts à un affrontement direct avec les intérêts de l’ordre existant. De telles luttes surgissent continuellement, et potentiellement elles sont révolutionnaires ;

3) le développement de la lutte de classe avec toutes ses formes changeantes est par suite beaucoup plus important que le développement des groupes ou mouvements soi-disant révolutionnaires, quel que soit le contenu que l’on donne à ce dernier mot ;

4) toute pensée ou pratique de rupture avec toute forme d’exploitation n’est nullement une question de discussion théorique et d’opinions, mais une question de lutte de classe et d’action des ouvriers, action découlant directement de leurs conditions quotidiennes d’exploitation ;

5) les syndicats sont des institutions de la société capitaliste qui assurent une fonction de régulation du marché de la force de travail. Pour pouvoir accomplir au mieux cette fonction, ils doivent maintenir l’équilibre entre, d’une part, les intérêts des travailleurs, afin de conserver leur soutien, et d’autre part, les intérêts du capital, afin de conserver la confiance des capitalistes et leur être de quelque utilité. L’évolution du capitalisme fait que la régulation du marché de la force de travail oblige de plus en plus fréquemment les syndicats à jouer un rôle disciplinaire répressif contre les travailleurs.
Lancer des appels pour rejeter les syndicats, les soutenir ou les réformer n’a aucun sens. Il est plus important d’analyser leur rôle concret et spécifique dans et avec le développement de la lutte de classe, en sachant que ces mêmes travailleurs qui soutiennent les syndicats, quand ils les servent à cause de leur fonction dans le système, seront les premiers à s’y opposer dans la pratique, lorsqu’ils seront contraints d’agir contre l’ordre social.

En général, on peut dire que, particulièrement dans les pays avancés, le développement de la lutte de classe a considérablement réduit la capacité de médiation des syndicats et créé des situations dans lesquelles les travailleurs s’opposent directement aux syndicats. Ce développement de la lutte de classe rend complètement anachronique tout nouveau projet syndical ;

6) pour des raisons similaires, lancer des appels au rejet ou au soutien du parlementarisme n’a aucun sens. Son sort dans le système capitaliste dépend totalement de la lutte de classe. Quelles que puissent être les raisons données par les soi-disant révolutionnaires pour ne pas participer au travail parlementaire ou ne pas voter, elles sont bien éloignées de celles des travailleurs. Lorsque ces derniers refusent d’aller voter et restent à la maison le jour des élections, c’est parce que le parlementarisme et les politiciens n’ont plus rien à leur dire, parce qu’ils ont compris qu’aucun des partis politiques ne défend leurs intérêts et que cela ne fait guère de différence qu’un parti ou un autre soit au gouvernement. Quant à ceux qui se déplacent pour aller voter parce qu’ils partagent certaines illusions parlementaires, ils participeront tout autant que les abstentionnistes à des grèves sauvages ou à des occupations d’usine, en pleine illégalité. Ces deux catégories de travailleurs se comporteront alors de la même manière indépendamment de leurs opinions et attitudes dans les élections, et le feront sans avancer de théorie révolutionnaire à propos du Parlement ;

7) les soi-disant mouvements révolutionnaires et groupes révolutionnaires apparaissent aujourd’hui comme de plus en plus faibles et atomisés. Ils sont faibles parce que les travailleurs agissent par eux-mêmes et pour eux-mêmes, parce que ces derniers ne veulent pas que leurs moyens d’action et leurs méthodes de lutte leur soient prescrits ou enseignés par un mouvement ou un groupe quelconque formé dans ce but en dehors, ni même à l’intérieur, de la classe ouvrière. La lutte de classe existe et se développe indépendamment de ces mouvements ou groupes révolutionnaires. Le niveau et la dimension de ce qui est alors appelé « intervention des groupes révolutionnaires dans les luttes » ne détermine ou n’influence jamais fondamentalement le niveau et la dimension des luttes. On ne participe individuellement à une lutte que parce qu’on appartient soit à la collectivité qui y est impliquée, soit à l’un ou l’autre des organismes temporaires créés durant celle-ci. Nous considérons qu’à l’extérieur de ces luttes, notre activité peut être éventuellement utile par l’échange d’informations, la discussion et la recherche d’explications théoriques, mais pas par des interventions intempestives ;

8) si nous devions caractériser la révolution, nous dirions que le renversement du capitalisme ne se fera que par un démantèlement total des forces de domination du système et la formation d’organes autonomes dans les luttes ouvrières, par le déclin et la disparition de toutes les pratiques organisationnelles ayant pour but de représenter les intérêts des travailleurs et de toutes les tentatives de donner à celles-ci une expression idéologique.

Qu’est-ce qu’Echanges aujourd’hui ?

Nous ne sommes pas intéressés par la conquête de quelque chose ou la
direction de quiconque. Nous sommes un petit nombre de participants dispersés qui écrivons et diffusons des publications touchant entre 300 et 500 lecteurs. Parmi ces derniers, il n’y a sans doute pas beaucoup d’ouvriers et plusieurs auront certainement des désaccords avec quelques-uns ou divers points développés dans ce texte de présentation.
Ainsi que nous l’avons souligné ci-dessus, un groupe est le produit d’une situation historique. Le destin d’Echanges ne résulte pas simplement de notre engagement ou de notre activité, mais de l’évolution de la lutte de classe. Essayer de construire autre chose en nous rapportant à notre seule volonté serait contradictoire avec ce que nous pensons. Une critique souvent entendue prétend que nous ne sommes que des spectateurs de la lutte de classe. Ce que nous avons développé contredit cette affirmation ; nous ajouterons qu’être constamment impliqué ou non dans le développement des antagonismes de classe n’est nullement une question de choix.
Actuellement, les éléments les plus actifs dans Echanges sont répartis en
Belgique, en Espagne, en France, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis.

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