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Publié par Patrick Granet

Le 30 novembre 99, plusieurs groupes d'individus du Black Bloc ont attaqué différents objectifs dans le centre ville de Seattle. Parmi eux (pour n’en citer qu’une partie), on trouve : Fidelity Investment(principal investisseur dans le pétrole occidental, l’oppresseur de la tribu U’Wa en Colombie), Bank of America, US Bancorp, Key Bank et Washington Mutual Bank(institutions financières clés dans l’expansion des grands groupes), Old Navy, Banana Republic et GAP(entreprises familiales qui pillent les forêts du Nord-Ouest et exploitent les ouvriers dans des sweatshops(1)), NikeTown et Levi’s(dont les produits hors de prix sont fabriqués en sweatshops), McDonald’s(fast-food esclavagiste responsable de la destruction de forêts tropicales en pour en faire des paturages à bétail, responsable du massacre d’animaux), Starbucks(fabricant d’une matière première dont les produits sont récoltés par des paysans sous-payés et obligés de détruire leurs forêts),Warner Bros(monopole médiatique), Planet Hollywood(par le simple fait d’être ce qu’ils sont)...

Cette activité dura plus de 5 heures et entraîna la destruction de vitrines et de portes de magasins ainsi que la dégradation de façades. Des frondes, des distributeurs de journaux, des marteaux, des maillets, des pinces ont été utilisés pour détruire de façon stratégique la propriété privée et de pouvoir y rentrer (un des trois Starbuckset Niketownont été pillés). Des jets d'œufs remplis de colorant, des boules et pistolets de peinture ont également été utilisés.

Le Black Bloc est un ensemble plus ou moins organisé de groupes et individus réunis par affinité qui se baladent dans le centre ville, attirés parfois par des devantures de magasins vulnérables et éminents, parfois par la vue d'un groupe de policiers. Contrairement à la majeure partie des activistes qui ont été gazés et atteints par des balles de caoutchouc à plusieurs occasions, la plupart des membres du BB ont évité les blessures graves en restant constamment en mouvement et en évitant la bagarre avec la police. Nous sommes restés groupés et nous regardions toujours derrière nous. Ceux qui étaient attaqués par les bandits fédéraux ont été rapidement libérés par des membres du BB, organisés et préparés. Le sens de la solidarité était impressionnant.

Les activistes "gardiens de la paix"

Malheureusement, la présence et la persistance de services d'ordre a été perturbante. Au moins à six occasions, des soi-disant activistes "non violents" ont attaqué physiquement des individus qui voulaient s'en prendre à la propriété privée. Certains sont même allés jusqu'à se tenir devant la grand magasin NikeTownpour attaquer et repousser le BB. En fait, ces "gardiens de la paix" comme ils se nomment eux-mêmes ont été bien plus menaçants vis-à-vis du BB que les chiens de garde de l'État en uniforme, notoirement violents (des policiers ont même utilisé la couverture des activistes "gardiens de la paix" pour stopper ceux qui commençaient à détruire la propriété privée).

La réaction contre le Black Bloc

La réaction contre le BB a mis en lumière certaines des contradictions et des oppressions internes présentes parmi les "activistes non violents". En dehors de l'hypocrisie évidente de ceux qui se sont montrés violents avec des membres du BB (nombre d'entre eux ont été frappés bien qu'ils n'avaient pas l'intention de s'en prendre à la propriété privée), il apparaît aussi un racisme d'activistes privilégiés qui peuvent ignorer la violence perpétrée contre la société et la nature au nom de la propriété privée. L'attaque des vitrines a concerné et inspiré beaucoup des personnes parmi les plus opprimées de la ville de Seattle, et ce bien plus que n'importe quelles marionnettes géantes ou costumes de tortues de mer (ce qui ne remet pas en cause leur utilisation par d'autres groupes).

Quelques mythes à propos du Black Bloc

Voici un petit quelque chose dont l’objet est d’aller à l’encontre des mythes qui circulent à propos du Black Bloc :

1. « Ils sont tous des anarchistes d’Eugene ». Bien que certains soient effectivement des anars de Eugene, nous venons pour le reste de tous les Etats-Unis, y compris Seattle. Dans tous les cas, la plupart d’entre nous connaissent les environs (par exemple, la récente occupation du centre ville par certains des plus infâmes commerçants multinationaux).

2. « Ils sont tous adeptes de John Zerzan » (2). De nombreuses rumeurs courent, qui nous présentent comme des adeptes de J. Zerzan, un auteur anarcho-primitiviste de Eugene qui prône le destruction de la propriété. Bien que certains d’entre nous apprécient ses écrits et analyses, il n’est en aucun cas notre leader, directement, indirectement, philosophiquement ou d’une autre manière.

3. « Le grand squat public est le quartier général des anarchistes qui s’en sont pris à la propriété le 30 novembre ». En réalité, la plupart des personnes du squat ‘Zone autonome’ sont des habitants de Seattle qui ont passé la plus grande partie de leur temps, depuis l’ouverture le 28, à l’intérieur du squat. Bien qu’ils puissent se connaître, les deux groupes ne font pas un et en aucun cas les gens du squat ne doivent être considérés comme s’étant attaqués à la propriété.

4. « Ils ont transformé un manifestation pacifiste en une guerre ce qui a mené au gazage des manifestants non violents ». Notez que les tirs de grenades lacrymo, les jets de poivre et les tirs de balles en caoutchouc ont tous commencé avant les actions du BB. En plus, nous devons aller à l'encontre d'une tendance qui établit une relation de cause à effet entre la répression policière et la protestation sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de s'attaquer à la propriété ou non. La police a chargé dans le but de protéger les intérêts de quelques possédants et ceux qui s'attaquent à ces intérêts ne peuvent être accusés de violence.

5. Inversement : « Ils ont agi en réponse à la répression policière ». Bien que cela puisse constituer une meilleure image de ce qu'est le BB, c'est faux dans tous les cas. Nous refusons d'être désignés comme une simple force de réaction. Bien que la logique du BB puisse échapper à certains, c'est dans tous les cas une logique en faveur de l'action.

6. « Ils sont un groupe de jeunes garçons en colère ». En dehors du fait que dire cela revient à faire preuve de condescendance de l'âge et de sexisme, c'est faux. La destruction de la propriété n'est pas une libération fondée sur une agitation machiste et nourrie de testostérone. Ce n'est pas non plus une colère réactionnaire et en décalage. C'est stratégiquement et spécifiquement de l'action directe dirigée contre des intérêts privés.

7. « Ils ne recherchent que la bagarre ». C'est proprement absurde et c'est une façon commode d'ignorer l'ardeur des activistes "gardiens de la paix" à nous attaquer. De tous les groupes engagés dans l'action directe, le BB était peut-être le moins enclin à provoquer les flics et nous n'avions certainement aucun intérêt à nous battre contre les autres militants anti-OMC (malgré de grands désaccords dans la tactique à mener).

8. « C'est un groupe chaotique, désorganisé et opportuniste ». Bien que nombre d'entre nous pourraient passer des jours à discuter du terme chaotique, nous n'étions certainement pas désorganisés. L'organisation est peut-être apparue comme fluide et dynamique, mais elle était serrée. Quant à l'accusation d'opportunisme, il serait difficile d'imaginer qui parmi tous ceux qui participaient n'a pas essayer de tirer avantage de l'opportunité créée à Seattle et d'avancer ses idées. La question devient alors : avons-nous créé cette opportunité ?... et la plupart d'entre nous l'ont certainement fait (ce qui mène au mythe suivant).

9. « Ils ne connaissent rien à ce qui se passe » ou « Ce ne sont pas des militants qui s'intéressent à la question ». Bien que nous ne soyons pas des militants professionnels, nous avions préparé ces actions depuis des mois à Seattle. Certains ont réfléchi chez eux, d'autres se sont rendus à Seattle plusieurs mois à l'avance pour se préparer. Il est certain que nous revendiquons la présence de centaine de personnes sorties dans les rues le 30 novembre : seule une petit partie n'avait rien avoir avec le BB. La plupart d'entre nous avaient déjà réfléchi aux effets de la mondialisation de l'économie, du génie génétique, du pillage des ressources naturelles, des transports, des conditions de travail, de la suppression de l'autonomie des indigènes, des droits des animaux et des hommes et nous faisons des actions sur ces thèmes depuis des années. Nous ne sommes ni mal informés ou inexpérimentés.

10. « Les anarchistes masqués sont anti-démocratiques et camouflés parce qu'ils veulent cacher leur identité ». Bon, soyons clairs (avec ou sans masque), nous ne vivons pas actuellement en démocratie. Si cette semaine n'a pas rendu les choses très claires, laissez-nous vous rappeler que nous vivons dans un État policier. Il y a des gens qui disent que si nous étions sûrs de ce que nous avons raison, nous ne nous cacherions pas derrière des masques. Cela sous entend que La vérité vaincra. Si c'est un juste et noble but, cela ne marche pas dans l'actuelle réalité. Ceux qui menacent sérieusement les intérêts du capital et de l'État seront persécutés. Certains pacifistes voudraient nous voir accepter cela joyeusement. D'autres nous diraient que c'est un sacrifice qui en vaut la peine. Nous ne sommes pas aussi moroses. Nous ne croyons pas que nous avons le privilège d'accepter la persécution comme un sacrifice : la persécution est pour nous quotidienne et inévitable et nous tenons à nos maigres libertés. Accepter l'incarcération comme une sorte de flatterie est l'apanage d'un privilège d'"occidentaux". Nous pensons qu'une attaque de la propriété privée est nécessaire si nous voulons reconstruire un monde qui soit utile, sain et joyeux pour tous. Et ce malgré le fait que les droits concernant la propriété privée sont surabondants dans ce pays et font passer toute destruction de propriété supérieure à 250 $ pour un crime.

Sur la violence de la propriété

Nous affirmons que la destruction de la propriété n'est pas un geste violent si cela ne met pas en cause de vie ou n'entraîne aucune blessure.

La propriété privée - en particulier la propriété privée collective - est infiniment plus violente que toute action portée à son encontre. On doit distinguer la propriété privée de la propriété personnelle. En effet, la seconde est basée sur l'usage alors que la première est basée sur l'idée d'échange. L'intérêt de la propriété personnelle est que chacun d'entre nous dispose de ce dont il a besoin ou désire.

Dans une société fondée sur le droit de la propriété privée, ceux qui ont la possibilité d'accumuler plus que les autres disposent de plus de pouvoir. Par extension, ils exercent un contrôle plus important sur ce que les autres perçoivent comme des besoins et des désirs, en général pour accroître leur seul profit personnel. Les défenseurs du "libre échange" prolongent ce raisonnement jusqu'à sa conclusion logique : un réseau de quelques monopoles d'industrie disposant d'un pouvoir total sur la vie de toutes et tous. Les défenseurs du "commerce équitable" souhaiteraient que ce processus soit tempéré par un contrôle des gouvernements dont le but serait d'imposer superficiellement des normes de base en matière de droits humains.

En tant qu'anarchistes, nous récusons ces deux positions. La propriété privée - et le capitalisme par extension - est intrinsèquement violente et répressive et ne peut donc être ni réformée ni atténuée. Que le pouvoir de toutes et tous soit dans les mains de quelques groupes ou réparti par un système de régulation dont le seul but est d'atténuer les désastres causés par les précédents, personne ne peut être libre comme ce serait le cas dans une société sans hiérarchie. Quand nous brisons une vitrine, notre but est de détruire le vernis de la légitimité qui recouvre la propriété privée. Dans le même temps, nous exorcisons toutes les formes de relations violentes et destructives qui imprègnent tout autour de nous.

En "brisant" la propriété privée, nous transformons sa valeur d'échange limitée en une valeur d'utilité plus large. Une devanture brisée devient un trou laissant passer de l'air frais dans une atmosphère oppressive, celui de la vente de marchandises (au moins jusqu'à ce que la police ne décide de lancer des lacrymos sur une barricade toute proche). Un distributeur automatique de journaux devient un outil pour percer de tels "trous", ou un petit blocus pour revendiquer l'espace public ou nous donner un avantage sur le terrain. Une benne à ordures empêche les flics anti-émeutes d'avancer et devient une source de chaleur et de lumière.

Une façade d'immeuble devient un tableau sur lequel on peut écrire des idées en vue d'un monde meilleur. Après le 30 novembre, beaucoup de gens ne regarderont plus une vitrine ou un marteau de la même manière qu'avant. Les utilisations possibles de l'espace urbain se sont multipliées par 100. Le nombre de vitrines éclatées est ridicule comparé au nombre de vies brisées - vies bousillées par l'hégémonie qui nous écrase et qui nous pousse à oublier toutes les violences commises au nom de la propriété privée et tout ce qui serait possible si elle n'existait pas.

Les vitres brisées peuvent être rebouchées (avec un gâchis en bois toujours plus grand) et éventuellement remplacées, mais le fracas de notre arrogance et de nos espoirs persistera heureusement pour quelque temps.

Contre le capital et l'État

Le collectif ACME
5 décembre 1999

Contact P.O. box 563, Morgantown, wv, 26 507, Etats-Unis
jeff@tao.ca
NB : ces observations et analyses sont énoncées par le collectif ACME et ne doivent pas être jugées représentatives du reste du BB ou de toute autre personne qui aurait participé à l'émeute ou à la destruction de la propriété le 30 novembre.

1 Sweatshop: Littéralement « usine à sueur ». Il s’agit par exemple des usines installées dans les maquiladoras, ces zones franches situées à la frontière américano-mexicaine. Par extension, notamment en Asie du sud-est, il s’agit d’entreprises où les conditions d’exploitation sont particulièrement ignobles.
2 NDLR : On peut, par exemple, se reporter Aux sources de l’aliénation, l’Insomniaque, octobre 1999, 128 p. et à Futur primitif,l’Insomniaque, décembre 1998, 94 p.

Ceci est un compte-rendu individuel des événements vécus dans et aux alentours du black bloc durant les manifestations à Washington le 16 et 17 avril dernier. En aucun cas ceci peut représenter la totalité de ce qui s’est passé durant ces deux jours. Tout de même , ça donne une bonne idée…

Dimanche 16 avril 2000, 6h A.M.

Rassemblement

Ce n’était qu’un petit groupe (30) d’anarchistes* qui s’était rassembléEs au Rock Creek Park à Washington pour débuter, en black bloc, ce qui allait s’avérer à être une longue et épuisante journée de militantisme. Non loin de là se tenait un autre rassemblement des sympathiques membres non-violentEs** de Reclaim the streetsde New York city. Il semblait avoir une appréciation mutuelle entre les deux groupes , mais aucune alliance tactique précise existait.

Après avoir marché pas plus qu’une centaine de mètres , un autre groupe (20) de femmes et d’hommes habilléEs en noir s’est joint au groupe original. Ce groupe avait en sa compagnie deux banderoles ; une lisant : Revolutionnary Anti-Capitalist Blocet l’autre abordant une sorcière anarchiste sur son balai et la citation d’Emma Goldmann : To those who dare belongs the futur.C’est de cette façon que le black bloc s’est formé : des groupes organisés s’attachant au bloc au fur et à mesure qu’il avancait. Ceci continua pendant près d’une demi-heure jusqu’à ce que le bloc soit fort d’à peu près 500 personnes. Notez que ceci n’est pas du à la fameuse habitude retardataire commune à la scène anarchiste montréalaise mais bien à cause d’une stratégie consciente de se rassembler sans attirer l’attention des flics, et grossir, en sauts quantitatifs, pour les déstabiliser.

*pourquoi anarchistes ? : parce que c’était en majorité des anars et puis le débat sur — et la peur du — mot commence à me faire chier. Le bloc s’appellait : Revolutionnary Anti-Capitalist blocet des libertaires de d’autres tendances, communistes, verts, etc. , étaient bienvenues.

**aucune idée si Reclaim the streetsen tant qu’organisation, est non-violente, mais les gens qui étaient à Washington s’en réclamait. Heureusement de façon non-dogmatique et amical.

Visites des groupes de blocage

Nous avons commencé notre journée en faisant le tour du périmètre délimité par plusieurs groupes qui s’avaient donné comme but de bloquer l’entrée des déléguéEs de la Banque Mondiale et du F.MI. à leur conférence. La plupart des gens que l’on rencontrait étaient contents de nous voir, particulièrement quand ils ont connu nos buts de la journée : apporter un appui physique au lignes menacées par les flics, regagner du terrain perdu, bref occuper et épuiser les forces porcines pour que le blocage soit une réussite. Bien sûr, quelques unEs étaient un peu choquéEs, il faut dire que quelques centaines de femmes et d’hommes masquéEs, arméEs (de boucliers, drapeaux et d’objets de tout genre dans les sacs à dos) et enragéEs laissent une impression forte. Pour s’occuper, pendant cette période calme, nous avons joué au soccer,certainEs ont rythmé la marche avec des tambours et des chants et d’autres grimpaient les lampadaires de la ville pour laisser voler leurs drapeaux. Les boeufs commençaient à s’impatienter : ils avaient maintenant déployé, en quasi-permanence, un de leurs hélicoptères au-dessus du black bloc et devenaient de plus en plus aggressifs le long de leur propre lignes qu’ils avaient depuis peu érigées.

Graffitis !!!

Quelques instants plus tard, un téméraire anarchiste (montréalais!) a posé le premier geste de défiance : un de ces gros @ directement sur le capot d’un char de flic. Le black bloc, en signe d’appui, a lâché des cris de joie spontanés qui ont stimulés l’ambiance. Ensuite, des camarades de Londres sont venuEs vister le mini-bloc de Montréal pour féliciter l’auteur du graf et nous ont donné un petit cadeau : deux cannettes de spray-paint,une noire et une rouge! Remarquez que ceci étaient très apprécié car nous avions auparavant seulement un crayon feutre pour graffiter. D’autres @ ont apparus rapidement sur des boites postales… ensuite les murs : Impossibility is not a revolutionnary reality(quelque chose comme ça , hé la mémoire…) et ensuite, avec du recul, le passablement chauvin Pain et Liberté , @ Montréalet finalement le graff de la journée selon Chuck-O (anar de Washington qui écrit souvent sur @-infos : tao.ca/a-infos), Fucking WhiteHouse.La mèche étaient maintenant allumée, la police rougissait d’impuissance.

Première ligne policière…à intervenir

À quelques coins de rue d’où les graffitis ont été peints , les flics ont passé à l’action. Munis de longues matraques en bois ils ont tenté de barrer la route au black bloc, en vain!!! Des personnes à l’avant du bloc, ayant vu la manoeuvre ont crié : Fill the gap!,tighten up!, Le bloc a réagi assez vite, au pas de course nous avons contourner la ligne policière en passant par le trottoir et en tournant à droite pour prendre une autre rue. Quelques coups de matraques ont été portés, aucune arrestation ; les flics n’avaient pas la force du nombre pour effectuer une opération d’envergure. Ayant réussi à échapper à sa première menace, le black bloc était heureux mais encore plus enragé qu’au départ. Avec détermination, nous avons scandé aux flics : Whose streets , our streets! … Les rues de Washington était les nôtres et nous étions acharnéEs à les garder.

Barricades

Sachant très bien qu’on ne pourrait pas seulement jouer à la souris avec le chat policier toute la journée, nous avons décidé qu’il fallait passer à l’offensive. Des barricades ont été érigées, avec des boîtes de journaux, des boîtes postales, des clôtures de chantiers de construction, etc.. Plusieurs coins de rues ont été barrés de cette façon, ce qui ralentissait souvent la progression des flics mais qui malheureusement a aussi été nuisible pour d’autres groupes de manifestantEs. Enfin, malgré leurs torts, les barricades ont eu le mérite d’impliquer un plus grand de participantEs du black bloc à l’action. Une camarade du groupe "six" de Détroit s’est exclamé à mon oreille : «Jamais je m’ai senti aussi libérée, convaincue et décidée que nous allons vaincre la police… ensuite viendra le Capital et l’État».

Charge avec la barricade… et la réponse des flics

20 minutes et un demi-tour plus tard , nous sommes revenuEs pour apercevoir les flics en train de refaire «l'ordre» aux intersections les plus barricadées. Pensant paraître comme des bienfaisants, les flics ont tenté de remettre doucement, sans attirer l’attention, les clôtures des chantiers de construction. Par contre, pas dupe, ceci a quand même provoqué chez la foule des réactions de résistance. Plusieurs manifestantEs ont entouré les poulets-boeufs-flics-porcs-sales-coches-cochons-policiers (appelez les comme vous le voulez) les repoussant jusqu’à reprendre la clotûre entre mains militantes. Et vint la charge ; rempliEs de détermination, nous avons fait reculer les flics en question au pas de course pendant deux coins de rue jusqu’à ce qu’une rangée de policiers en motos barre le chemin. Sans hésitation, par contre, la charge poursuivit… pour frapper un mur. Les motos furent trop solides et en plus les motards détenteurs de la loi ont même eu la sale idée de peser sur le gaz! Des combattantEs ont croupi sous la clôture, subissant des blessures et perdant de l’équipement (masques et autres) aux mains des flics. Tout de suite il y a eu des gazs lacrymogènes lancés par la poulisse qui ont plutôt eu un effet de surprise et de dispersion qu’une véritable frappe physique. Aux gaz, les combattantEs ont répliqué avec des pierres et des bouteilles de bières vides… une caisse de douze s’est vidée sous mes pieds en quelques secondes. Le ruff stuffs’est passé dans un parc tout près de la rue où poivre de cayenne et matraques ont rudement réprimées les plus combatif-VEs non sans des moments de résistance assez fortes. De la furie intense de charger contre des flics apeurés à la réalisation plus que convaincante et angoissante de l’extrême force répressive de l’État via son bras armé la police, nous avons vécu dans ces trentes minutes de combat un exemple probant de la bataille de Washington et fort probablement de bien d’autres batailles qui ont lieu partout dans le monde et en tout temps entre révoltéEs et policiers.

Repos, dislocation

Après ces moments éprouvants, le black bloc s’est arrêté pour un repos bien mérité. Il était maintenant près de midi, ce qui faisait déjà un total de six heures de manifestation active pour les femmes et les hommes en noir. Personnellement toujours fringant d’action, j’avais envie de poursuivre malgré ma fatigue intense. Le black bloc ne pouvait pas déjà être à bout de souffle!!! Heureusement, ces minutes de repos ont pu être une occasion de faire la rencontre de camarades de d’autres villes. Nous avons rencontré des gens d’Oakland en Californie, des gens de Détroit, des gens de Washington et plus tard lors des conseils de guerre(assemblées du black bloc) des camarades de Eugene (Oregon) et de New york. Nous avons pu jaser avec des combattantEs de la bataille de Seattle et même faire la connaissance du gars qui avaient la jambe remplie de marques de balles de caoutchouc venant des flics.

Rassemblement no.2, recul des flics

Nous avons repris la marche une trentaine de minutes plus tard… Après avoir parcouru quelques coins de rues on s’est joint à un autre contingent anarchiste fort de 500 personnes aussi ! Si l’on fait le calcul , cela amenait le total d’enragéEs libertaires à près de mille combattantEs. Pendant une dizaine de minutes nous avons songé, cette fois-ci de façon désorganisée, à notre prochain coup. Un camarade a alors mentionné que ce n’était plus des manifestantEs qui bloquaient la plupart des intersections, mais bien la police. Il était clair qu’il fallait reprendre le terrain perdu. Nous avons attaqué une ligne des plus faibles, un peu à l’écart des intersections plus critiques. En arrivant, des flics à peine armés attendaient de pied mi-ferme. À chaque opportunité, des combattantEs sont venuEs porter des coups, avec leurs drapeaux, bâtons et poings, pour affirmer notre insoumission généralisée. Aussi, un fumigène, à la boucane colorée, fut lancé. Les flics, en réponse, ne pouvaient que se contenter de faire des fausses charges sans jamais penser d’affronter sérieusement le black bloc et ses amiEs de combat. Complétement enragéEs, on ne pouvait plus se retenir… Insultes, crachats et menaces pleuvaient en direction de la police qui reculait de plus en plus. Finalement, les flics se sont sauvés la peau grâce à un camion policier qui les attendait au bout de la rue. (petite) Victoire ! Nous avions réussi non pas seulement à reprendre un coin de rue (victoire tactique) mais aussi à repousser clairement et sans contre-attaque les agents de la répression (victoire morale).

Discours dans un container

Un container, (grosse poubelle pour ceux qui savent pas c’est quoi) qui avait été réaproprié lors du dernier affrontement était devenu non seulement la locomotive du train révolutionnaire mais aussi un stage, une boîte à savon pour ceux qui voulaient addressé le bloc. Tout de suite après avoir repoussé les flics, un homme en noir ultra-masqué (il était un de ceux qui avait un masque complet genre en broche recouvert de tissu) a fait savoir aux combattantEs que notre victoire n’était pas un hasard, qu’elle pouvait se reproduire si seulement on gardait le momentum gagné et si l’on poursuivait avec la même détermination. Il était temps d’attaquer d’autres lignes de flics, car d’autres victoires du black bloc pouvaient possiblement gagner encore plus la sympathie des autres manifestantEs. Plein d’espoir et rechargéEs d’énergie , nous avons poursuivi en cherchant la prochaine ligne de flics à casser.

Ligne de flics no. 2

À seulement quelques pas de notre dernier arrêt, nous avons trouvé notre prochaine cible. Par contre, cette fois-ci la police nous attendait de pied ferme. Ils étaient plus nombreux et plus équipés… Parmi les munitions… de la poivre de cayenne, des fusils pour lancer les gazs lacrymogènes, des fusils pour balles en caoutchouc etc. enfin bien d’autres armes que je ne connais même pas mais qui étaient tous pointées vers les combattantEs. Une longue période de regards menaçants de la part des deux côtés a eu lieu, la tension était insupportable. À l’avant avec mon masque à gaz pour me protéger oui des gaz mais aussi pour protéger mes yeux d’une éventuelle balle de caoutchouc projetée dans la figure, je chiais dans mes culottes non pas sans rêver, de façon absurde, que je pourrais déposer ma crotte en plein visage d’un flic. Nous avons testé la ligne en envoyant le container vers eux, aucun effet. Nous avons crié, nous avons dansé, on s’est resserré en attente d’une confrontation majeure… qui n’a jamais eu lieu. Des personnes à l’arrière ont demandé le retrait du black bloc, ce qui fut un soulagement mais en même temps une (petite) déception pour moi et les autres combattantEs à l’avant qui avaient accepté de sacrifier leurs corps au combat. Les flics seront mangés une prochaine fois.

Repos , assemblée

Après l’attaque avortée, nous nous sommes dirigéEs vers un parc tout près de l’intersection où avait eu lieu le ‘stand off entre flics et combattantEs. Il était maintenant près de 15 heures, le soleil d’après-midi plombait sur le linge noir des black blocistes. On a appris plus tard que des boeufs (2 ou 3) avaient succombés à la chaleur sous leur armature anti-émeute… pas surprenant, il faisait près de trente degrés celcius. Ce fut un moment opportun de prendre un repos et de se rassembler. Des personnes de chaque sous-groupe (la plupart des sous-groupes se formaient de camarades de la même ville) se sont rencontréEs pour discuter de stratégie et de la prochaine étape de notre journée de combat. Des anarchistes de Washington, de New York, de Détroit, de Eugene, de Montréal et d’ailleurs ont pu jasé ensemble de la journée mais aussi d’un paquet d’autres affaires. Nous avons échangé des histoires de manifs dans nos villes, partagé nos différentes conceptions théoriques et généralement on a eu du plaisir à se connaître et à établir des liens affinitaires. Mais ces assemblées n’étaient pas seulement des lieux de rencontre. Ils ont été qualifiés par des camarades de Montréal comme étant des conseils de guerre,ce qui est assez précis comme description. Nous recevions de l’information venant des cyclistes qui parcouraient le secteur occupé par les manifestantEs et les flics pour savoir où l’aide du black bloc était le plus nécessaire. Il fallait juger la situation et prendre des décisions collectivement. À ce moment précis , des manifestantEs non-violentEs qui avaient utilisé des lock-boxes(boîtes munies de cadenas) pour s’attacher et former une ligne de bloquage solide fasse aux flics avaient besoin d’appui pour pouvoir amener leurs boîtes à une destination précise sans se faire prendre par les flics (les lock-boxesétant illégales). Le black bloc a alors décidé qu’il était important de solidariser avec ces manifestantEs et nous avons entrepris une marche de solidarité entourant les non-violentEs pour les protéger des assauts porcines probables. Des slogans communs ont été scandé, certains faisant rougir les non-violentEs comme No justice no peace , kill the fascist police !Tout de même, l’expérience fut positive pour les deux groupes et la marche s’est terminé sans arrestations… Mission accomplie !

Marche légale et intervention de la cavalerie policière

Pendant que le black bloc et les manifestantEs du blocage marchaient en solidarité, la marche légale du nombre de près de 50 000 personnes, regroupant un ensemble très large de syndicats, groupes de défense de l’environnement, groupes d’appui aux prisoniers politiques etc., finissait son parcours à un grand parc non loin de l’Élipse , le monument phalloïde des U.S.A. Le black bloc a traversé le parc non sans être l’objet d’insultes venant de social-médiocrates frustrés : «Le problème avec les anarchistes c’est que vous faites jamais rien dans les communautés». Sûrement que l’homme qui a vomi cette phrase ne connaît pas le travail de nombreux groupes anars dans les communautés : du travail des groupes de Food not Bombspour nourrir sur une base autonome les plus démuniEs, au travail des activistes de Cop Watchqui dans bien des villes risquent arrestation et brutalité policière en surveillant la police et en intervenant au besoin, sans oublier les combattantEs de A.R.A (action anti-raciste) qui affrontent et confrontent le racisme, le fascisme et le sexisme de façon directe là où il sont le plus menaçants : dans les rues de nos communautés. C’était bien drôle d’entendre des sociaux-démocrates parler d’implication communautaire ; eux qui ont l’habitude de faire du lobbying au près des législations, à mille lieux de la communauté bien sûr, pour avancer leurs projets. Bon, en tout cas, ce n’est pas le temps de creuser la tombe de la social-démocratie et de toute façon ce n’est pas tout le monde au parc et loin de là qui avaient des réactions négatives au black bloc ; preuve que le problème avec les syndicats n’est pas les syndiquéEs mais bien les buts que ces organisations ont, qui se résument essentiellement dans la réforme du travail, et les petits-chefs-collabos qui les dirigent.

Une fois avoir traversé le parc pour se réfugier à l’arrière, le black bloc s’est à nouveau reposé sous des arbres, à l’abri d’un soleil toujours plombant même s’il était près de 18 heures. Mais avant même qu’on ait eu le temps de se décontracter, les flics préparaient déjà une autre intervention , cette fois montés sur des chevaux. Il n’est pas clair s’ils nous poursuivaient ou s’ils voulaient empêcher la poursuite d’une manif regoupant des groupes de socialisme internationalou bien s’ils voulaient carrément réprimer les deux, mais une chose est sûre : ils se sont heurtés à deux contigents très hostiles. Le black bloc bondit collectivement sur ses pieds pour faire face à la menace pendant qu’à quelques pas de là la baston avait déjà commencé entre la poulisse et les soussialisses. Pendant près de dix minutes un combat de basse intensité se poursuivait alors que de plus en plus de gens qui relaxaient dans le parc commençaient à se rendre compte des événements. Les chevaux étaient déstabilisés à cause de toute la brasse camarade qui se passait sous leurs gueules ; un fumigène a été lancé mais n’a pas eu l’effet désiré faute d’assez de boucane. À ce moment, les flics avaient réussi à arrêter seulement une poignée de combattantEs. Mais c’est lors du retrait des chevaux, sous les applaudissements de la grand foule maintenant présente, que d’autres flics, en uniforme complet d’anti-émeute , sont venus cueillir au moins 10 à 15 combattantEs de plus pour leur panier à salade. Ce n’est qu’une minorité des personnes présentes qui ont vu cette dernière opération policière, la plupart trop enjouéEs par le départ des flics à cheval. Triste spectacle d’une société justement basé sur le spectacle ; je suis resté paralysé de frustration sachant que seulement quelques unEs avaient réellement agi devant tout le déroulement de cette scène. Simultanément, les chevaux et les combattantEs arrêtéEs partaient, sûrement à des destinations différentes, pendant que la foule se dispersait n’ayant plus rien "à voir", le rideau s’était fermé.

Quelques instants plus tard, j’ai retrouvé des camarades de Montréal et nous avons décidé de retourner à notre lieu de dodo, le très bourgeois (mais supposément moins bourgeois que d’autres… ha!) American Universitysitué dans un quartier quasiment aristocratique, où l’on trouvait les embassades de la plupart des États-nations du monde. Sur notre chemin nous avons vu des non-violentEs entourréEs par des flics qui scandaient : Ceci est une manif non-violente ! , Ceci est une manif non-violente! Peace with the police, Peace with the police! Ouais, ouais, je le sais, on le sait… vous êtes non-violentEs. Mais les manifs étaient loin d’être non violentes (par auto-défense) et la répression encore plus ; la journée fut remplie de coups de matraques, de gaz, d’intimidation et d’arrestations. Tout comme le capitalisme a perduré en cette journée du 16 avril 2000, ce système violent raciste et sexiste basé sur l’exploitation et défendu par les États à travers le monde, par tous les États du monde par le biais de leurs forces répressives : polices, armées et institutions. C’est bien beau des idéaux de non-violence, à chacun ses idées, mais de ne pas voir la violence dans ce monde, dans les États qui nous dominent, dans l’expression de sa répression lors des manifs que nous fréquentons est de se mettre la tête dans le sable. Les manifestations du 16 avril à Washington était belles et bien violentes, si ce n’est que dans la réponse de l’État au pouvoir populaire.

……………..Fin de la journée……………

Lundi 17 avril , 6h30 A.M.

Petit rassemblement

Le début du jour 2 des activités s’est fait plus calmement que la veille. Nous étions qu’une quarantaine à s’être rassembléEs pour former à nouveau un black bloc. L’allure du bloc avait changé : les banderoles n’y était plus, les combattantEs muniEs de boucliers non plus. On pouvait trancher au couteau la pesanteur amené par le spectre de la répression sévère qui nos attendaient à quelques coins de rues de où nous étions. Une pluie d’automne avait remplaçé le soleil estival du jour précédent. Les flics, habillés, préparés et armés jusqu’au dents étaient à peine perceptibles dans leurs uniformes bleu foncés derrière l’écran de brouillard matinal. Par contre, l’ardeur de chacun restait et l’attitude collective était positive malgré l’ampleur des événements qui nous attendaient. C’est au pas de course et en scandant 1-2-3-4 , eat the rich and feed the poor! , 5-6-7-8 organise and smash the state!que nous avons activement débuté la journée. Comme il fallait s’y attendre, un hélicoptère policier suivait déjà notre chemin.

Il y a eu un autre rassemblement du black bloc au même endroit à peu près une demi-heure plus tard. Les personnes qui s’y étaient rassembléEs n’ont pas eu de chance. À peine quelques minutes après avoir débuté leur marche, des flics les ont surpris en les entourant pour ensuite les arrêter à cause qu’ils prenaient trop de place sur le trottoir…

Voiture de délégués , intervention porcine féroce

8h30 A.M.

Quelques minutes après avoir joint à notre marche des gens de socialisme internationalet après avoir fait le tour du périmètre policier une ou deux fois une opportunité d’action se présenta : l’arrivée d’une voiture de délégués tentant de se rendre à leurs réunions. La voiture fut aussitôt encerclé par les manifestantEs à l’avant ; mais une fraction de seconde plus tard des flics d’assaut sont sortis du véhicule pour réprimer l’action. Au moins deux coups de "tonnerre" ont retenti, ce n’était peut être que des coups de dispersion (seulement du bruit) mais j’ai un gros doute que c’était des grenades de concussion où se logeait à l’intérieur des balles de caoutchouc. La blessure à la jambe d’un camarade de Montréal peut possiblement confirmer ceci. Après quelques instants de confusion, le black bloc se resserra quelque peu aux cris de Tighten up , Tighten up ! Let’s stay and fight !mais ce n’est pas tout le monde qui avait l’envie (moi compris) d’affronter une équipe de choc de la police de Washington. Pendant qu’un petit groupe de combattantEs en noir est resté pour mener le combat jusqu’à sa fin , nous avons fui à travers un labyrinthe de flics undercoverqui avaient soudainement apparus sur les trottoirs matraques aux mains. En désespérance j’ai couru et couru , non pas content de m’avoir sauvé du périmètre plus chaud. je me suis rendu, avec trois camarades de Montréal, jusque dans une tour à bureaux où on a pu enlever nos masques de tissu et serrer nos masques à gaz. C’est à bord d’un taxi que nous avons quitté le centre des activités millitantes et policières. Triste paysage. Plus tard, assisEs devant une télé à écran géant dans l’université de bourges où l’on couchait, nous avons vu les combattantEs qui avaient affronté les flics se faire arrêtéEs et désarméEs de leurs possessions de combat. Des femmes et des hommes en noir couchéEs sur le sol écraséEs par des porcs sales en bleu… Quelle fin dégoutante à deux jours de résistance anti-capitaliste, anti-patriarcale et anti-étatique. À MORT LES CHIENS , À MORT LE F.M.I ET LA BANQUE MONDIALE , À MORT L’ÉTAT… À MORT TOUS LES ÉTATS , LE PATRIARCAT ET LE CAPITALISME!

CONSTRUISONS LE POUVOIR POULAIRE ET CRÉONS LA SOCIÉTÉ LIBERTAIRE!!!

Bilan

Il reste à faire un bilan de cette expérience dans un "bloc révolutionaire anti-capitaliste".

Un premier point à mentionner est la camaraderie qui règnait majoritairement au sein du contingent révolutionnaire-libertaire. Ceci permettait une communication agréable et une efficacité maximale. ChacunE (en tout cas la plupart*) se sentait confortable et acceptéE dans le groupe. Il était ouvert aux manifestantEs qui n’avaient pas l’allure officieux du black clad fighter; pas question de faire de l’exclusion basé sur la tenue vestimentaire. Aussi, comme il a été mentionné sur A-infos (www.tao.ca/a-infos) , il y avait une diversité ethnique beaucoup plus grande dans le black bloc que dans les autres regroupements participant aux manifestations. De même que la présence de femmes était aussi plus forte qu’ailleurs… Dommage que les masques cachaient l’hétérogénéité du groupe… mais une chance qu’ils nous cachaient des caméras des flics!!! Petite preuve que l’anarchie regroupe davantage que tout petit réformisme blanc-bec mâle de la classe moyenne voulant que l’État-providence lui rende sa bien-aisance.

*Il faut mentionner que quelques personnes (que plusieurs pensaient être les réputéEs anarchistes de Eugene) avaient une attitude disons un peu plus sérieuse, à la limite "militaire". Ils étaient assez silencieux, se parlant qu’entre eux lors des moments de marche ou d’action. On peut comprendre que tout ceci était bon pour leur propre sécurité, mais on aurait aimer plus de so euh… soso…solidarité ? En tout cas, malgré tout ils étaient organiséEs en criss!!!

Mais on peut pas oublier ses moments d’impuissance devant la machine répressive que nous affrontions. Faut dire qu’il n’est certainement pas accepté par l’Empire que l’on s’attaque aux institutions de tête du capitalisme mondial ; une victoire populaire comme à Seattle aurait pu faire sauter davantage le couvert sur la marmite. Voilà pourquoi les flics étaient aussi bien préparés. Par contre, certaines situations aurait mérités un front plus solide du black bloc ; il avait des faiblesses du côté des flics, certaines ont été utilisées mais d’autres perdues. En même temps, il est assez facile après fait de dire que telle ou telle autre chose aurait pu être faite. Il faut se replonger dans le moment pour comprendre que la flicaille nous tenait "en contrôle" : en haut et à leur vue avec leurs hélicoptères et au sol avec la quantité de pions anti-émeutes frais et dispos qui n’attendaient que l’ordre de leurs chefs de balayer la surface. Parce qu’il faut en prendre compte… On se sent très fortEs lorsque nous agissons à l’écart ou sous les yeux irrités de flics passifs par commande. Mais quand la machine répressive se met en marche pour effectuer des arrestations c’est une toute autre histoire. Nous fuyons (ce qui est O.K.) ou bien nous restons (aussi O.K.) , nous combattons (O.k.O.k.) et nous perdons (ce qui fait chier)… C’est ce qui est arrivée le matin du 17 avril à Washington… c’est ce qui est arrivée à Montréal le premier mai… C’est ce qui arrive partout , tout le temps… Maintenant , je vous demande , QU’EST QU’ON FAIT ?

Salut à vous soeurs et frères ,

Charly Temper alias Bitch Ass NiKaSS

Non ce n'est pas l'incipit d'un roman de guerre, ce n'est pas la première scène d'un de ces films catastrophes en vogue il y a quelques années et ce ne sont pas non plus les mots d'un ancien qui évoque les difficiles années 40. Nous sommes dans la Ligurie des vacances à la plage, à un pas des parasols.

Nous sommes à Gênes et nous sommes en juillet 2001. Nous sommes en pleine démocratie !

.....Des policiers et des soldats surveillent les rues, effectuent des contrôles minutieux, des perquisitions dans les maisons et les voitures, imposent des feuilles de route aux indésirables, tandis que les tireurs d'élite prennent position sur les toits et que les Renseignements font le tour des hôtels.

Non, nous ne sommes pas dans un policier à l'américaine, même si c'est pour l'arrivée de 8 gangsters internationaux qu'ont été prises ces mesures " ordinaires " de sécurité.

.....Nous sommes en Italie et nous sommes en juillet 2001.

.....Nous sommes en pleine démocratie !

.....Frontières bloquées, personnes refoulées, prisons vidées et magistrats prêts pour les extras. Non il n'y a pas eu de coup d'Etat militaire, nous ne sommes pas dans un régime totalitaire ou dans un film dystopique sur un avenir de cauchemar.

.....Nous sommes en Europe et nous sommes en juillet 2001.

.....Nous sommes en pleine démocratie !

.....Certains prétendent démocratiser la globalisation, démocratiser les FMI, BM, OMC, G8, mais ne s'aperçoivent-ils pas que ceux-ci sont pleinement démocratiques ? Ce que nous voyons à l'œuvre à Gênes est la démocratie réelle, pas la démocratie en toc revendiquée par les bonnes âmes de la gauche pleine de bons sentiments. La démocratie, système raffiné de reproduction des élites, qualifie de " pluraliste " seulement les voix en accord avec le statu quo, mais réprime toujours sans trop de formalités ceux qui chantent en dehors du chœur.

.....La démocratie accomplit aujourd'hui comme toujours son devoir : garantir la liberté… de circulation des capitaux, d'exploitation brutale du travail, de destruction de l'environnement, de sauvegarde des puissants et de leurs sommets.

.....Les libertés démocratiques sont comme l'heure de promenade dans les prisons : une pause encadrée dans une forêt de barreaux, les barreaux qui quotidiennement nous séparent de ceux qui, avec le bâton et la carotte, défendent leurs privilèges, leur pouvoir de décider pour tous d'un avenir toujours plus sombre.

Ceux qui parlent de " dénaturation " de la démocratie, qui en appellent aux constitutions et aux textes ne voient pas que ces constitutions et ces textes sont ceux qui garantissent un navire de luxe à Bush et associés, pendant que le long de nos côtes, sur les plages envahies de baigneurs, se présentent des cargos remplis de désespérés, sans droits, sans papiers, sans liberté.

.....A chaque coin de la planète depuis l'instauration des régimes démocratiques, prisons, répression, matraques, et coups de feu ont été la réponse démocratique aux demandes de justice sociale, d'égal accès aux ressources, de pleine liberté d'expression et de développement individuel.

Ceux qui parlent de démocratie " trahie " ne voient pas que les nombreux textes de droit ne sont que de belles paroles dont on fait étalage pendant les cérémonies officielles et qui sont réduits en lambeaux quand les places et les rues se remplissent de gens convaincus que la liberté n'est pas seulement une expression rituelle, mais le principe d'une organisation sociale plus juste pour tous et pour chacun, humus fertile dans lequel germeront les graines d'un monde nouveau. Le monde que nous voulons et pour lequel nous descendons dans la rue ne tire pas sa légitimité de textes et de traités mais tire sa force d'une capacité d'autogestion et d'autonomie. Sans barrières, sans frontières, sans Etats. Un monde où l'on vivrait solidairement, non un territoire à contrôler, à saccager, à asservir aux intérêts d'une minorité. Une utopie bien plus concrète que celle qui prétend conjuguer liberté et démocratie.

Eleonora
Extrait du journal de la Fédération Anarchiste italienne Umanità Nova, anno 81, n° 27, 22 juillet 2001 (traduit par Thierry, groupe La Commune - Fédération Anarchiste de Rennes).

5. — Déclaration d'activistes du Black Bloc...

.....Nous parlons au nom d'une partie du black bloc. Nous ne voulons pas nous soumettre en vain à la politique des puissants. Nous sommes venu-e-s pour entrer de façon militante dans la zone rouge et stopper la réunion du G8.

Hier, la police a agi brutalement contre les manifestant-e-s. Des manifestant-e-s ont été frappé-e-s, attaqué-e-s avec des lacrymos et des balles, emprisonné-e-s et torturé-e-s. La brutalité de la police a atteint son sommet avec le meurtre d'un manifestant.

Pour l'opinion publique, le black bloc a été rendu responsable de toute cette violence.

.....Jour après jour, l'ordre du monde capitaliste produit diverses sortes de violence. Pauvreté, faim, expulsions, exclusion, la mort de millions de personnes et la destruction d'espaces vivants font partie de sa politique.

C'est exactement ce que nous rejetons.

La casse de vitrines de banques et de multinationales sont des actions symboliques. Néanmoins, nous ne sommes pas d'accord avec la destruction et le pillage de petits magasins et de petites voitures. Ce n'est pas dans nos pratiques.

.....Cependant, nous ne nous laisserons pas diviser. Diviser la résistance est le moyen habituel pour l'affaiblir. Nous apprécions les critiques constructives et comptons sur elles.

.....Nous sommes en colère et tristes au sujet de la mort de Carlo Giuliani. Transformons notre chagrin et notre colère en résistance.

Si des vitrines tremblent, vous pleurez, mais vous restez silencieux quand des gens meurent. L'histoire ne s'achève jamais. Vive la révolution !

Gênes, 21 juillet 2001,

Des participant-e-s au Black Bloc - [Traduit de l'anglais par Zanzara athée]

Communiqué d'un groupe affinitaire actif au sein d'un Black Bloc lors de la journée d'actions et de la manifestation des 20 et 21 juillet 2001 à Gênes

POURQUOI ETIONS-NOUS A GENES ?

Pour mettre en pratique massivement notre contestation d'un monde que nous refusons dans sa totalité (le monde de toutes les dominations, de toutes les oppressions, de toutes les exploitations).

QU'AVONS NOUS FAIT A GENES ?

Nous nous sommes attaquéEs à ce qui faisait partie intégrante de la bonne marche des dominations étatiques, capitalistes et patriarcales : banques, agences immobilières, concessionnaires automobiles, stations essence, agences de voyages, panneaux publicitaires (en particulier, mais pas seulement, ceux utilisant le corps des femmes comme des vecteurs de marchandisation), etc.

Nous avons ici et là empêché la police de prendre le dessus sur les manifestantEs, de façon à ce que les rues soient nôtres, soient celles de la subversion, le plus longtemps possible au cours de ces journées.

QUE VOULONS NOUS ?

Nous pensons que la mise en place d'une société dans laquelle chacunE aurait le pouvoir de diriger sa propre vie comme il/elle l'entend (ou en tout cas, une société qui le permette, une société sans hiérarchie, une société qui soit vecteur d'émancipation collective et individuelle) n'est pas envisageable sans la destruction complète des oppressions qui sont à la base des sociétés patriarcales et capitalistes occidentales. Si nous avons conscience que casser des vitrines, brûler des banques, même pour plus de cent millions de francs français de dégâts, ne révolutionnera pas le monde, nous pensons que c'est un moyen concret de déstabilisation des pouvoirs en place, et nous espérons également que cela puisse être la démonstration d'une colère qui doit se généraliser si nous voulons un jour ou l'autre vivre pleinement nos idées.

Nous ne cherchons pas à trouver une place au sein des discussions entre les maîtres du monde, nous voulons qu'il n'y ait plus de maîtres du monde. Nous ne reconnaissons aucune légitimité aux protagonistes du G8, comme nous n'en reconnaissons aucune à ceux de l'Union Européenne, de l'OMC, du FMI, de la Banque Mondiale, etc. Les chefs d'Etats ou de multinationales sont les plus hauts responsables de la dépossession de notre propre pouvoir sur nos vies. Ce n'est pas avec eux que l'on doit discuter de nos envies et de nos désirs puisqu'ils représentent des remparts à ceux-ci.

Nous ne voulons pas une amélioration du système politique, social et économique en place, nous voulons son remplacement par un ou des systèmes de vie collective autogérés, au sein desquels chacunE a son mot à dire, dans lesquels l'entraide est le but (et non la concurrence). A notre avis, les propositions de réformes du système capitaliste mondial ne sont que de naïves illusions qui permettent à celui-ci de perdurer grace à quelques semblants de "démocratie". Concrètement, les réformes proposées par quelques groupes politiques et/ou associatifs (taxe Tobin, revenu garanti, etc.) ne changent rien aux rapports sociaux actuels et ne font qu'accroître la soumission massive des populations aux pouvoirs politiques.

CE QUE NOS DETRACTEURS ONT TOUT INTERET A FAIRE CROIRE

Que nous sommes des irrésponsables haineux-haineuses venuEs sans aucun autre objectif que "tout casser". Que nous ne sommes que des jeunes hommes en manque d'émotions fortes, de décharges d'adrénaline, etc.

Nous pourrions nous contenter de répondre qu'il y avait une présence importante de femmes dans les black blocs, mais là n'est pas vraiment le propos : au sommet du G8, il n'y avait pas beaucoup de femmes et personne n'a semblé s'en plaindre. Le propos de telles critiques est de sous-entendre qu'en dehors de la destruction de biens matériels nous n'avons rien à proposer. Pourtant, en tant que groupe d'action au sein d'un black bloc, nous avons exprimé de nombreuses idées à l'aide de bombes de peintures sur les murs de la ville, et nous en avons lu énormément, écrites par d'autres : anarchie, autonomie ouvrière, lutte des classes, autogestion, refus du capitalisme, des banques, des frontières et des Etats, du patriarcat, du sexisme, de la marchandisation des femmes, de l'homophobie et de la lesbophobie, pour la libération animale, les squats, la libération de la Palestine, l'action directe, slogans "straight-edge" (refus de l'alcool, du tabac et de toutes autres drogues), etc.

Lors de ces journées émeutières, au sein de notre groupe d'affinité, nous avons voulu fonctionner sur un mode égalitaire. Les médias, comme les grandes organisations pacifistes, nous disent "casseurs aux méthodes masculines ou militaires". Curieusement, il y avait dans notre groupe affinitaire plus de femmes que d'hommes, et nous ne pourrions dire qui aurait pu faire office de Général... Même si beaucoup de décisions avaient à être prises rapidement, nous avons tenté d'écouter la voix de touTEs, en particulier de celles et ceux qui se sentaient le moins rassuréEs. Quant au discours pseudo-féministe tentant de nous convaincre que la "casse" est une affaire d'hommes, que veut-il dire exactement ? Que la manière non-violente d'utiliser son corps est bien plus cohérente pour des antisexistes ? Etre passive et victime, douce et modérée, sont pourtant des clichés féminins contre lesquels beaucoup de femmes se battent depuis très longtemps. En tant qu'oppriméEs, notre moyen de lutter n'est pas de nous noyer encore plus dans notre misère et d'adopter un discours misérabiliste qui attendrira éventuellement l'opinion publique pendant une semaine.

Si nous avions des raisons politiques bien précises de pratiquer la destruction de biens matériels, nous ne cacherons pas que briser directement les obstacles quotidiens à notre bien-être est un sentiment jouissif. Nous n'attendons pas le Grand soir ; nous voulons dépasser les plaisirs normés et les peurs que ce vieux monde nous impose, et c'est bien parce que nous vivons dans un monde monotone et effrayant, composé de devoirs, de "droits", de supermarchés et de flics, que le détruire se doit d'être jouissif. La destruction de biens matériels est la démonstration en actes qu'il y a des problèmes politiques et sociaux. De toute façon, la "casse" est pour nous une tactique réfléchie et adaptée à la situation, elle va bien au-delà du "défouloir pour violents". Les objets, vitrines, enseignes cassés ne sont pas pris au hasard. Ils sont ciblés en fonction de l'impact qu'ils ont sur notre vie quotidienne. Nous les détruisons parce qu'ils sont parmi les atouts de nos sociétés "spectaculaires marchandes", parce qu'ils représentent notre propre destruction.

Que nous avons été manipuléEs, par des forces politiques "au-dessus" de nous, notamment par la police. Que nous avons été infiltréEs par la police.

Ce que nous avons fait à Gênes, nous avions prévu de le faire. Et manifestement, comme prévu, la police ne nous a pas aidé. Dès qu'elle en avait la possibilité, la police s'attaquait violemment aux black blocs. C'est grâce à des réactions tactiques, stratégiques, que nous avons pu éviter de nous faire massacrer (solidarité de groupe, jets d'objets sur la police, barricades, mobilité et mouvements de foule, etc.). Nous ne nions pas la possibilité que des policiers "déguisés" se soient infiltrés dans certains black blocs. Il semblerait logique qu'il y ait eu des policiers infiltrés dans tous les cortèges. Certains, par exemple, se faisaient passer pour des journalistes ou des ambulanciers. C'est un moyen de contrôle bien connu pour identifier et étudier les manifestantEs et leurs agissements. Par rapport à cela, notre but est bien évidemment de les repérer et de les faire dégager.

A Gênes, nous avions prévu de nous attaquer à des bâtiments représentant diverses formes de pouvoir. Nous nous sommes exécutéEs avant que de quelconques provocations policières puissent avoir lieu. Nous l'assumons entièrement et tenons à faire remarquer que si la police a bien évidemment participé directement aux violences de ces deux jours, c'est en s'attaquant aux manifestantEs, de toutes parts. La violence policière s'est exprimée massivement sur quelques km2 à Gênes, de la même manière qu'elle le fait quotidiennement partout ailleurs. Pas besoin de manifester contre le sommet du G8 pour ça.

Que les blacks blocs, "une minorité de manifestantEs", ont gâché la fête.

Le but des manifestantEs était, pour la quasi-totalité, de rentrer dans la zone rouge, de perturber le sommet du G8. Nous avons à notre façon perturbé le sommet du G8. A Gênes, les maîtres du monde voulaient être tranquilles. Vingt mille policiers devaient leur assurer la paix sociale. Cela n'a pas fonctionné du tout puisque ces milliers de sbires n'ont pu s'empêcher de tuer une personne, d'en blesser plus de six cents, d'en arrêter et d'en torturer des centaines... Diaboliser les black blocs est très utile pour certains partis et organisations politiques, qui par contre coup sont les seuls détenteurs d'une légitimité à manifester. Mais la division manichéenne des manifestantEs en "gentilLEs pacifistes" et en "méchantEs casseurs et casseuses" ne peut que faire le jeu du pouvoir, qui n'a pourtant pas fait de détail quand il s'est agi de réprimer le plus brutalement possible. Cette division est d'autant plus incohérente lorsqu'elle provient de personnes dites de gauche, qui soutiennent certaines luttes armées comme celle au Chiapas. Est-ce que c'est parce que nous, occidentaux et occidentales, nous souffrons moins du capitalisme que d'autres et que certaines femmes sont moins ouvertement opprimées, que notre tentative d'ébrécher le système est moins légitime ?

D'autre part, nous tenons à rappeler que plusieurs milliers de manifestantEs ont pris part à la destruction de biens matériels et aux affrontements avec la police, que ce soit de façon préméditée ou spontanée. Il ne s'agit pas d'une "minorité" de personnes, pas plus en tout cas que les autres cortèges n'étaient des "minorités", chaque groupe ayant sa manière d'agir.

Enfin, Bush a reproché aux manifestantEs de prétendre représenter les pauvres. Pour ce qui nous concerne, qu'il se rassure, nous ne représentons que nous-mêmes. Mais c'est déjà énorme, et plus nous serons nombreux et nombreuses à parler et à agir contre ce vieux monde, plus Bush aura de raisons de trembler au fond de sa Maison blanche... La révolte contre ce monde n'est pas minoritaire, encore moins anecdotique, elle s'exprime partout à travers le monde, dans les écoles, les cités, les rues, etc.

(Rédigé début août 2001)

http://www.cedetim.org/genova/BB.html

Par un auteur anonyme

Ce sont les Tute Bianche et le GSF qui ont décidé de clouer le mouvement dans cette impasse en pratiquant la bonne vieille méthode stalinienne, la calomnie, affirmant sans en apporter aucune preuve que les Black Blocs seraient manipulés par les services secrets. Ce mensonge a une triple fonction :

— disqualifier comme "extrêmement dangereux", "sujets à toute les manipulations" (toujours et partout), tous ceux qui posent de façon radicale et pratique la question du renversement de l'ordre du monde (de manière violente ou non-violente) ;
— renforcer la croyance selon laquelle l'action directe auto-organisée serait inatteignable : cela serait affaire de spécialistes ou de flics (de sujets mythiques, mais en tout cas pas de "tout un chacun") ;
— ramener l'ensemble des pratiques, et donc des théories, dans le cadre du jeu démocratique : les calculs politiciens, la délégation aux leaders.

Dès le 20 juillet au soir, les "leaders du mouvement" (Casarini des Tute Bianche et Agnolleto du GSF) déclaraient qu'ils avaient des preuves irréfutables de la collusion entre Black Blocs et police, que ces preuves étaient en lieu sûr. Ils dévoilaient une photo et un film vidéo.

— La photo : sept personnes en civil, agressifs, qui gardent le portail entrouvert d'une caserne de carabiniers. L'un est armé d'un bâton, un autre est casqué (casque, de moto) et deux d'entre eux ont le visage masqué par un foulard. Il s'agit de carabiniers qui sont sortis en civil pour protéger leur caserne au passage de la manif, d'ailleurs les deux foulards sont des foulards d'uniforme en dotation chez les carabiniers, facilement reconnaissables.

  • — La vidéo : sur une place tout à fait calme, un type balèze - blue-jean, T-shirt noir, un foulard blanc (un bout de drap visiblement) sur le bas du visage, un manche de pioche à la main - discute avec un flic en tenue anti-émeute. Le premier est un flic en civil, indéniablement. Deux jeunes en scooter s'arrêtent à leur hauteur et leur adressent la parole, puis repartent. C'est tout ! (2)

    Des appels à témoin sont lancés par tous les "leaders" du "peuple de Seattle" : il faut à tout prix des preuves, des témoignages, des dépôts de plaintes (sic) pour prouver la collusion Black Blocs/police. Tous les journaux reproduisent cet appel, les télés s'en font l'écho, des sites Internet sont ouverts à cette fin.
    Cette assurance dans le ton et ce martelage médiatique ont atteint leur but, ça y est la manipulation des "violents" est considérée comme acquise, presque un "fait historique".

    Plus le mensonge est gros et plus il se pose comme une évidence qui n'aurait pas besoin d'être étayée par des faits. Impossible de parler de Gênes avec qui que ce soit sans que l'on entende : c'est prouvé, les Black Blocs étaient infiltrés. Prouvé par qui, par quoi ? On ne sait pas.

    Et chacun de raconter son anecdote. Pour ma part j'en ai entendu des salées, mais absolument jamais une seule de sérieuse. "J'ai bien vu que les première personnes qui ont chargé les flics sur la place Kennedy n'étaient pas masquées, c'est bien la preuve que c'étaient des flics", j'imagine que s'ils avaient été masqué cela aurait également constitué une preuve.

    Je suis allé éplucher les "témoignages" recueillis sur internet et j'ai remarqué que tous les récits faits à la première personne, dès qu'ils abordent la question des "violents", deviennent indirects (on m'a dit que... des gens m'ont dit qu'ils avaient vu que... je sais de source sure que... etc.) et généraux (on ne précise jamais le lieu ni le moment). Beaucoup, par ignorance, ne décrivent que l'activité classique des flics en civil : infiltrer les cortèges pour renseigner et éventuellement procéder à des interpellations (j'ai vu des flics en civils traverser le rang de flics en uniforme, j'ai vu des flics en civil portant des bâtons, etc.). Quand ce n'est pas un mélange des deux : "on m'a dit que quelqu'un avait vu des civils charger des bâtons dans un fourgon de flic".

    On trouve surtout des délires paranoïaques (3) :
    — l'un a vu des casseurs vêtus de noir parler avec un type habillé avec des vêtements clairs ;
    — plusieurs témoignages font mention de gens habillés en noir qui se cachent pour changer de vêtements et se fondre dans la foule ;
    — beaucoup s'étonnent que les "casseurs armés jusqu'aux dents" aient pu traverser les frontières avec "tout leur matériel"... (oui, toutes ces pierres qu'ils ont ramenées d'Angleterre et ces bâtons qu'ils ont taillés dans la Forêt Noire !) ;
    — plus nombreux encore sont ceux qui, ayant tellement intériorisé leur impuissance, trouvent probant que "les violents arrivent à s'en tirer" alors que les pacifistes (qui refusent de s'enfuir devant les charges de police) se font matraquer ;
    — un perspicace a reconnu des "nazi-skin" à leur "crâne rasé".

    On trouve quelques faits troublant, mais assez délirants et très peu étayés (en fait des mensonges grossiers), quand on dit des grosses conneries on s'arrange pour le faire dans le style indirect (on m'a dit que) :

    —"des amis belges m'ont dit avoir vu un groupe de Black Bloc avec des transmetteurs et des microphones installés dans leur casque de moto, ils se déplaçaient de manière coordonnée après avoir reçu des ordres via les transmetteurs...";
    — "j'ai échangé quelques mots avec un gars du Bici-G8 [...] il me dit avoir vu des policiers [en uniforme] casser des cabines téléphoniques...";
    — "des témoins directs ont déclaré avoir vu des Black Blocs parler tranquillement avec la police...".

    Des témoignage criant de vérité (mais pas d'intelligence) :

    — "pour repartir de Gènes, les trains étaient complètement désorganisés et volontairement désorganisés pour augmenter la tension [...] il y a eu de l'obstructionnisme de la part des cheminots, eux aussi alignés sur la stratégie de la terreur...";
    — [dans le cortège pacifiste, aux abords de la zone rouge] "un jeune homme commence à insulter les policiers en allemand. [...] Je le regarde dans les yeux et je lui demande pourquoi il fait ça. Aucune réponse. Il continue imperturbable. [...] Il s'éloigne [...] Je le suis, lui tape sur l'épaule et lui demande comment il s'appelle. Il ne me répond pas [...] me dit de ne pas le toucher. [...] Il s'en va. Toute relation est impossible, il est clair qu'il récite un rôle. [... le lendemain] B. me dit "regarde, ce sont des types du Black Bloc qui descendent de cette camionnette". [...] Parmi eux il y a le type [que j'ai vu la veille], maintenant c'est clair : ce n'est pas un manifestant."

    Ce qui me stupéfait c'est que ce vieux tour de passe-passe stalinien fonctionne aussi bien, y compris dans "nos" rangs. De nombreux camarades qui ont participé aux Black Blocs à Gênes me disent en gros : "il n'y a pas de fumée sans feu, si autant de gens l'affirment, cela est certainement vrai. Qu'il y ait eu une poignée de provocateurs ne change pas grand chose à l'affaire vu que ce sont des milliers de personnes qui ont participé aux affrontements".

    En dehors de toute considération sur le rôle de la "vérité", ce point de vue me semble dangereux car il ne prend pas en compte le rôle stratégique que cette calomnie occupe. Ce mensonge va jouer un rôle prépondérant dans les débats qui vont suivre la "fracture de Gênes", un rôle de disqualification à priori de toute prise de position radicale. De plus ce mensonge joue un rôle également (et paradoxalement) dans le dispositif répressif qui va se mettre en place contre les "violents". Paradoxalement parce que, suivant une étrange logique, si les Black Blocs sont de mèche avec les flics il n'y a aucune raison de leur affirmer une quelconque solidarité. Sans remarquer la contradiction : si les Black Blocs étaient de mèche avec les flics, ils ne subiraient pas la répression.

    Déjà cette logique a servi à mettre en place des instruments de délations, des sites Internet ("Notre recueil de témoignages et de plaintes sur les violences visent autant les forces de l'Ordre que les groupes d'extrémistes violents. Si nous pouvions aider à mettre en prison ceux qui ont dévasté des rues entières de Gênes nous en serions très heureux : les violents sont nos ennemis"- Peacelink). Certains qui, jusqu'à présent, pouvaient passer pour "être du mouvement", ont d'ores et déjà choisi de se positionner contre les "forces du désordre", de rajouter à la confusion en alimentant la calomnie. Par exemple Serge Q; qui aurait "remarqué un trio de types masqués, sportifs à la petite quarantaine qui s'agitaient beaucoup et que les autres BB, manifestement évitaient." (4) Ce ne serait que bouffon si notre ex-camarade n'était pas conscient que ce sont ces genres de saloperies qui ont permis de former les pelotons d'exécution tout au long de l'histoire du stalinisme.

    Je joins ici quelques éléments afin de comprendre quels sont les enjeux et la situation en Italie.

    1- Les Tute Bianche

    Les Tute Bianche ne sont pas des "autonomes", à moins de considérer que Serge July est toujours maoïste et Jospin trotskiste. Ce ne sont que (sous diverses appellations) des ex de l'Autonomia Operaia,héritiers de la dissociation, ayant virés au gauchisme (type trotskard) dans les années 80 et qui, depuis dix ans, pratiquent l'entrisme chez les Verts et le PCI (refondation). Une sorte de Gauche Socialiste, un mélange entre SOS racisme, Motivé et Droit Devant, pratiquant tant un simulacre d'action directe médiatique que l'organisation de mégaconcert frites-merguez.

    Les Tute Bianche constituent en premier lieu une très grosse entreprise commerciale, avec les plus grosses salles de concert et les plus grands débits de boissons du pays (accompagnés bien sûr du monopole des substances illicites qui se vendent dans leurs "espaces libérés", libérés de tout sauf du rapport marchand). Un "Centre Social" Tute Bianche est un hybride entre le Zénith (pour la taille et le SO) et un bar branché de la rue Oberkampf (pour les rapports sociaux qui s'y développent), c'est un lieu auprès duquel la moindre MJC de banlieue passerait pour un antre de la subversion. Leur énorme richesse financière s'accompagne évidemment d'un système de clientélisme puisqu'elle représente un nombre considérable d'emplois salariés.

    Les Tute Bianche sont une institution (aux deux sens du terme) elles sont complètement imbriquées dans la gauche parlementaire, elles possèdent des conseillers municipaux dans certaines grandes villes et font partie de la majorité municipale aux côtés de la coalition de l'Olivo (ex-communistes, démocrates chrétiens de gauche, verts, centre gauche). Aux élections les Tute Bianche appellent à voter PC (refondation).

    Les Tute Bianche, pour tout ce qui précède et aussi pour leurs pratiques staliniennes du manche de pioche à l'encontre des radicaux (5) réussissent à faire l'unanimité du mouvement contre elles. Chose intéressante puisque la critique de leur crapulerie tend à produire une radicalisation et une homogénéisation de l'ensemble du mouvement, dans un espèce de "front du refus". A tel point qu'au rassemblement de Naples en avril, où l'on a vu pour la première fois depuis dix ans des assemblées communes autonomes, anti-impérialistes et anarchistes (insurrectionnalistes ou non), les Tute Bianche on été exclus de la manif.

    Ceci étant posé, les Tute Bianche étaient en osmose avec le GSF (un autre nom d'ATTAC-international, c'est à dire de l'Internationale Socialiste) et elles ont formé un cortège commun avec les jeunesses communistes (refondation) et la LCR (6). La "stratégie" de tout ce beau monde était de faire massacrer leurs troupes pour se poser en victime devant les caméras et ainsi dénoncer la violence unilatérale de l'Etat ("créer du consensus" comme dirait le lèche-botte Casarini). Ceci au seul profit électoraliste de la gauche qui a intérêt à diaboliser Berlusconi (ponctuellement, car ils peuvent être copains comme cochon). Leur illusion a été de penser qu'ils allaient pouvoir rejouer l'affrontement simulé (et négocié auparavant avec la police, comme ils avaient l'habitude de le faire avec la gauche (7)), franchir les cordons de flics par un usage modéré de la force et que ces derniers réagiraient avec une violence proportionnée, reconnaissant avec fair-play leur défaite (?).

    L' "objectif militaire" étant posé, regardons maintenant l'objectif politique, le discours. Contrairement à ce que beaucoup croient en France, le discours des Tute Bianche n'est en rien différent du discours social-chrétien que l'on peut trouver dans Le Monde Diplomatique,mélange de démagogie et de bons sentiments : abandon de la Dette (on aimerait bien savoir ce que ça va changer pour les prolétaires de l'hémisphère sud, que leurs dirigeants s'en mettent encore plus plein les fouilles), taxe Tobin et citoyennisme à tout crin. Des conneries du genre "les 8 grands qui dirigent la planète et que l'on va influencer".

    2 - Les Black Blocs à Gênes

    Pour ce qui regarde la fraction radicale, les nombreuses discussions préalables ont mis en lumière deux approches différentes. D'un côté ceux qui voulaient coller au mouvement et donc participer à l'attaque de la "zone rouge", mais avec du matériel et des méthodes adaptées, de l'autre ceux qui pensaient que cela signifiait rentrer dans un piège, non seulement militaire mais aussi politique (le capitalisme est un échafaudage de rapports sociaux et de dispositifs et non pas 8 chefs d'Etat qu'il faudrait changer). Les propositions de porter l'attaque sur divers objectifs symbolisant l'Etat et le Capital furent bien accueillies, en revanche celle de mettre une raclée aux journalistes a soulevé des objections. Tous ont cependant fonctionné solidairement. Le Black Bloc, constitué principalement par les étrangers, a rejoint les autonomes et anarchistes des Centre Sociaux au lieu où ils s'étaient fixé rendez-vous (à midi, place Nuovi) et où nous attendions les trains du Sud Rebelle. Les cortèges (1500 des Black Blocs et 2000 des Centres Sociaux) ont fusionné. Mais le retard des trains a eu raison de notre patience et après les premières banques attaquées les charges de flics (vers 12h 30) ont fait que 500 d'entre nous se sont perdus sur le front de mer. Ils ont rejoint les COBAS (syndicat de base) qui les ont acceptés (malgré quelques tensions) dans leur cortège, ont attaqué une caserne, monté des barricades et ont réussi à rejoindre la zone-est deux heures après. Durant ce temps, le gros de la troupe, poursuivie par la flicaille et des nuages de lacrymogènes est parvenue à occuper une zone d'à peu près 1 km? autour de la Piazza Giusti (8) en bloquant un tunnel et en dressant systématiquement des barricades partout où cela était nécessaire.(9)

    Alors que nous étions continuellement rejoint par de nouveaux groupes de manifestants et des jeunes prolétaires du coin (des "casseurs"), une épicerie, un tabac, un magasin d'accessoires de moto et une station service (qui n'ont pas pu être mises en route pour fabriquer des molotovs mais où nous avons trouvé des ballons, ce qui nous a permis d'improviser quelques parties de Foot) ont été pillés. Tous les édifices administratifs ainsi que les banques ont été saccagés.

    Cela faisait déjà deux heures que nous combattions et courrions, alors nous avons pris quelques répits et pique-niqué (en oubliant de payer l'addition, il est vrai). De là, un cortège s'est formé pour partir à l'assaut de la "zone rouge", et un autre pour attaquer la prison, de nombreux camarades restaient à l'arrière pour garder les barricades.

    Après avoir mis les carabiniers en déroute, le groupe d'assaillants de la prison a incendié le bâtiment administratif puis a été obligé de se replier vers l'Ouest, les renforts de flics ayant réussi à le couper de sa base arrière. Il s'est donc retrouvé dans la zone dévolue aux pacifistes où les flics l'ont poursuivi. Finalement il s'est dissous pour revenir, "en civil", vers la Piazza Giusti. Vers 16h les affrontements se concentraient au sud-est de "notre" zone (Corso Torino, Piazza Alimondi) où luttaient au coude à coude, black blocs, autonomes, anarchistes, racailles et Tute Bianche de base (au grand dam de leurs chefaillons qui courraient partout en tentant désespérément d'arracher les pierres et les bâtons des mains de "leurs" petits soldats).

    Cette bataille a débuté vers 15h et a duré plus de trois heures, les flics en ont pris pour leurs grades, plusieurs fois ils ont dû battre en retraite, laissant des fourgons à la proie des flammes... pour s'achever par l'assassinat de notre compagnon Carlo (à 17h30). Il n'y a rien à raconter sur ce fait que vous ne sachiez déjà.

    Ensuite ce fut l'amère défaite...

    En guise de conclusion

    Aujourd'hui en Italie, la rupture entre tenant de la participation citoyenne au capitalisme et mouvement radical est consommée. Alors que les "de gauche" continuent leur œuvre de criminalisation, la principale activité actuelle du mouvement s'est recentrée sur la solidarité avec les emprisonnés de Gênes. La campagne de diabolisation du Black Bloc n'a pas fonctioné puisqu' anarchiste et autonomes travaillent ensemble contre la répression.
    A Venise, les Tute Bianche ont d'ores et déjà attaqué à coups de manche de pioche un stand de solidarité.
    Pas de doute, qu'en France aussi les débats vont être apres. Il doit être clair que la rupture est inévitable à très court terme, autant "la gauche de la gauche" a l'intention de donner toujours plus de gages de respectabilité au Pouvoir, autant il est exclu que le mouvement radical se contente du rôle de mercenaire au service du jeu politicien. La seule question est de savoir dans quel camp chacun va se ranger. Qui d'entre les soi-disant "anti-capitalistes" va considérer que sa tâche prioritaire est de déclarer la guerre aux subversifs ?

    Notes :

    1- Pour une documentation plus complète, cf. les débats en cours sur http://web.tiscalinet.it/anticitoyennisme
    2- Cf., dans Le Monde du 24 Juillet, un article qui tourne en dérision cette conférence de presse
    3- toutes les citations qui suivent sont extraites du site proche des Tute Bianche : http://www.ecn.org/contropotere. Je n'en ai omise aucune.
    4- Dans un texte "Les multiples visages de la révolte globale et la face assassine de Big Brother", où il fait l'apologie des Tute Bianche, dont il aime "la façon de faire respecter leurs propres principes en respectant ceux des autres". Il doit surtout apprécier leurs appels à la délation et leurs pleurnicheries sur la trahison de la gauche. Lire à ce propos le texte "Répression et géométrie euclidienne", traduit et diffusé par Serge Q; sur samizdat.net.
    5- A Gênes, l'année dernière, les Tute Bianche ont chargé le cortège qui s'affrontait avec les flics, sans parler des escarmouches quasi quotidiennes ni de la violence débile que peuvent déployer ces "militants" quand ils accomplissent leur tâche habituelle c'est à dire celle de videurs de concert.
    6- Sud Ribelle par contre a refusé de fonctionner avec les Tute Bianche, ainsi que la grande majorité des Centres Sociaux italiens. Les autonomes n'ont plus aucun rapport avec ces gens là. Voir le communiqué, du Ska de Naples, du 25 juillet où ils affirment "nous sommes tous des Black Blocs" ce qui est le contre-pied des Tute Bianche qui eux réclament à grands cris l'arrestation des "casseurs" et déplorent la faiblesse de la répression à leur encontre.
    7- "Quand à l'intérieur des régimes démocratiques se manifestent des mouvements collectifs de contestations, un quota de violence est physiologique et constitue un coût incontournable.. Il s'agit de décider si il faut le réprimer de manière indiscriminée, ce quota, au risque de radicaliser la violence et de l'éteindre ; ou alors justement "de la contenir". [...] Au cours d'une réunion à la préfecture d'une ville du Nord, les responsables de l'ordre public et certains leaders du mouvement [des Tute Bianche] discutèrent pointilleusement et enfin convinrent minutieusement tant du trajet que de la destination finale du cortège. Et nous nous sommes mis d'accord sur le fait qu'il y avait une limite, matérialisée par un numéro de rue, atteignable avec le consensus des forces de l'ordre, et un autre point délimité par un autre numéro de rue plus élevé, non "consenti", mais "toléré". L'espace entre ces deux lignes imaginaires - une centaine de mètres - fut ensuite le "champs de bataille" d'un affrontement non sanglant et presque entièrement simulé (mais il n'apparaissait pas ainsi sur les retransmissions télévisées) entre les manifestants et la police". In La Republica du 14 juillet 2001, interview de Luigi Manconi, ex responsable du SO de Lotta Continua, porte-parole des Verts jusqu'en 2000, actuellement sénateur du Centre Gauche et sociologue.
    8- Contrairement aux Tute Bianche, les radicaux ont évité de pénétrer au cœur du dispositif policier (la zone orange) sans assurer leurs arrières.
    9- D'après un ex-camarade (Serge Q.), dresser des barricades et répondre aux lancers de grenades lacrymogènes envoyées à tirs tendus par des jets de pavasse serait "tomber dans le piège de la violence spectaculaire".

.....Je cours aussi vite que mes poumons asthmatiques me le permettent, au milieu de la cohue. Mon ami et moi nous tenons la main pour qu'on ne se perde pas de vue, mais je suis un peu à la traîne. Il tient une bien meilleure forme que moi, et il serait sûrement déjà loin des lacrymos si je ne le ralentissais pas.

.....Un groupe de flics anti-émeute se rapproche et je lâche la main de mon ami, pour qu'au moins l'un de nous puisse s'échapper. Il file vers une rue adjacente. Je suis petite, et seule maintenant, les flics me remarquent beaucoup moins. Je lève les mains, signe que je me rends, et laisse les flics me pousser là où ils nous mènent touTEs - émeutierEs vêtuEs de noir tout autant que manifestantEs "conventionnelLEs" -, au bout d'une impasse.

.....Il n'y a sûrement aucune issue, c'est un piège, mais le nuage de lacrymo est trop épais, ici, pour que je résiste. Je tâtonne, je cherche mon masque à gaz, mais je vais là où on me dit d'aller. Je me rends compte que certaines personnes avec lesquelles j'ai manifesté sont mises de côté par les keufs et jetées au sol. Des manifestantEs essayent de les arracher des mains de la police. Un mec est délivré des flics et se met à courir ; il s'en sort, mais l'ami avec lequel je suis venu est arrêté. La dernière fois que je le vois, ce jour là, il est allongé à plat ventre sur le goudron, deux énormes flics en civil accroupis sur lui. Comme la plupart des gens autour de moi, je fuis.

Nous battons en retraite, mais juste autant que nécessaire. Et dans quelques minutes, nous retrouverons notre cortège et avancerons de nouveau sur la zone déclarée interdite par la police ; interdite à touTEs, sauf à un petit groupe composé majoritairement d'hommes blancs, extrêmement riches, extrêmement puissants.

.....Si des expressions comme "avancer sur" ont une consonance militariste, c'est peut-être parce que je fais partie d'un groupe qui a au moins des apparences paramilitaires. Nous sommes vêtuEs d'une espèce d'uniforme et paraissons volontairement menaçantEs : bandanas noirs, pantalons de treillis noirs plus ou moins en loques, sweats à capuche noirs (avec les patches à slogan optionnels), et chaussures du style docs noires (ou pour les veganNEs, des Converse noires délabrées).

.....Je fais partie du "black bloc", un groupe international d'individuEs plus ou moins proches. Nous ne représentons aucun parti, et il ne faut pas cotiser ou participer à des réunions pour nous rejoindre. Nous apparaissons lors de toutes sortes de manifestations, des actions pour la libération de Mumia Abu-Jamal jusqu'aux manifestations contre les sanctions infligées à l'Irak, et lors de tous les sommets internationaux d'institutions financières et politiques comme l'OMC ou le G8. Même si la plupart des anarchistes ne se camoufleraient pas le visage avec des foulards noirs ou ne briseraient pas les vitrines des Mc Donald's, dans les black blocs nous sommes presque touTEs anarchistes.

.....La plupart des personnes que je connais au sein des black blocs travaillent dans une logique "non-profit", dans des milieux associatifs. CertainEs sont profEs, syndicalistes ou étudiantEs. CertainEs n'ont pas de boulot à plein temps, mais passent beaucoup de temps à essayer de changer la vie localement. Elles/ils lancent des projets de jardins collectifs, d'ateliers-vélos ou de bibliothèques. Elles-ils cuisinent pour des groupes comme Food Not Bombs. Ce sont des personnes réfléchies qui, si elles n'avaient pas des idées et des occupations politiques et sociales si radicales, pourraient être comparées à des religieux/ses, ou disons, à des personnes qui en général cherchent à rendre service...

.....Il y a tout de même beaucoup de différences entre nous, notamment au niveau politique. J'ai connu dans les black blocs des personnes qui venaient de Mexico et d'autres de Montréal. Je pense que le stéréotype qui veut que l'on soit majoritairement jeunes et blancHEs est recevable, mais je ne suis pas d'accord pour dire que nous sommes surtout des hommes. Evidemment, quand je m'habille avec de larges habits noirs, et que mon visage est dissmulé, beaucoup pensent que je suis un garçon. Le comportement des black blocs n'est pas assimilé à celui de femmes, les journalistes présument donc souvent que nous ne sommes que des gars.

.....Les personnes qui se joignent au black bloc peuvent manifester avec le reste du groupe, mettant en valeur notre solidarité et apportant une visibilité aux anarchistes ; nous pouvons réveiller l'ambiance de la manif, intensifier l'atmosphère pour encourager les autres à exiger bien plus que de simples réformes de ce système pourri. Bomber des messages politiques sur le murs, détruire la propriété de grandes entreprises et créer des barricades avec du matériel trouvé sur le chemin font partie des tactiques habituelles des black blocs.

.....Les black blocs sont un phénomène assez récent, peut-être vu aux Etats-Unis pour la première fois au début des années 1990, inspiré des tactiques protestataires allemandes des années 1980. Les black blocs peuvent être en partie une réponse à l'énorme répression du FBI durant les années 1960,70 et 80, à l'encontre des groupes activistes. Il est quasi impossible, aujourd'hui, de créer un groupe d'activistes radicales et radicaux, sans craindre l'infiltration de la police. Pour beaucoup, mener l'action directe dans les rues avec très peu de préparation, et uniquement avec un petit cercle d'amiEs, semble être une des seules formes possibles de contestation pratique.

..... Même s'il n'y a pas de consensus clair entre nous sur nos idées politiques, je pense pouvoir avancer quelques idées communes à touTEs. La première est la philosophie anarchiste de base ; nous ne voulons ni ne nécessitons de gouvernements et de lois pour décider de nos vies. Au lieu de ça, nous imaginons une société de vraie liberté pour touTEs, où le travail comme le jeu seraient partagés par touTEs, et où les rapports seraient basés sur l'entraide. Au-delà de cette vision d'une société idéale, nous pensons que l'espace public est pour tout le monde. Nous devrions avoir le droit d'aller où nous voulons, quand nous voulons, et aucun gouvernement ne devrait décider de nos mouvements, surtout lorsqu'il s'agit d'avoir des sommets secrets comme ceux de l'OMC, qui prennent des décisions qui influent sur la vie de millions de personnes.

..... Nous pensons que détruire les propriétés de multinationales comme The Gap, qui oppriment et exploitent, est légitime et utile. Nous considérons qu'il est légitime de se défendre quand nous sommes physiquement misES en danger par des lacrymogènes, matraques, armes de service et autres technologies policières. Nous rejetons entièrement l'idée que la police soit autorisée à contrôler chacun de nos actes. Lorsqu'on observe les cas de Rodney King, Amadu Dialo, Abner Ruima, le scandale des Ramparts à Los Angeles et des Riders à Oakland, on peut conclure que les abus de la police ne sont pas seulement endémiques, mais permanents.

..... Nous vivons dans une société raciste, homophobe et sexiste, et tant que cela fera partie du système, cela existera à l'intérieur de son bras armé, la police. D'un point de vue plus large, notre société permet à quelques unEs de contrôler ce que d'autres font. Ceci crée un pouvoir inégalitaire qui ne peut être remédié par des réformes de la police. Le problème n'est pas seulement que les policiers abusent de leurs pouvoirs, nous pensons que c'est l'existence de la police qui est un abus de pouvoir. La plupart d'entre nous pensons que les flics sont de trop sur nos chemins et dans nos actions, et que nous avons de fait le droit de nous confronter à eux directement. CertainEs d'entre nous incluent la possibilité d'attaquer physiquement les flics. Je tiens à souligner que ce point est controversé même au sein du black bloc, mais explique aussi que nous sommes beaucoup à envisager la lutte armée pour la révolution, et que dans ce contexte, attaquer la police ne semble pas déplacé.

.....Il y a eu des heures de débats, autant dans les médias conventionnels que dans ceux de gauche, sur les black blocs. La majorité des médias s'accorde à dire que le black bloc, c'est mal. Le consensus des médias conventionnels est de nous dire méchantEs et extrêmement dangeureux/ses. Les médias progressistes trouvent, en général, que nous sommes mauvaisES, mais qu'au moins, nous sommes peu nombreux/ses. Tout le monde semble nous trouver violentEs. La violence est un concept ambigu. Je ne sais pas vraiment quelles actions sont violentes et lesquelles ne le sont pas. Et quand peut-on considérer un acte violent comme un acte de légitime défense ? Je trouve que définir le bris d'une vitrine d'un magasin Nike comme étant violent enlève du sens au mot. Nike fabrique des chaussures avec des produits chimiques toxiques dans des pays pauvres, en exploitant la main d'œuvre locale. Puis il vendent ces chaussures à des prix élevés à des jeunes noirEs pauvres vivant en Occident. Pour moi, ils pillent les ressources des communautés pauvres, au Nord comme au Sud, accentuant la misère et la souffrance partout. Je pense que la misère et la souffrance pourraient être considérées comme violentes, ou tout au moins comme déclencheurs de violence.

.....Quelle violence causons-nous lorsque nous brisons une vitrine de magasin Nike ? Du bruit, c'est peut-être ce qui est pris pour violent. Du verre brisé, ce qui peut blesser des gens, mais ce sont souvent uniquement des membres du black bloc qui entourent ces vitrines, et celles/ceux-ci ont déjà envisagé ce risque. Cela force une multinationale multimilliardaire à remplacer leurs vitres. Est-ce ceci qui est violent ? Il est vrai qu'unE de leurs employéEs sous-payéEs devra nettoyer tout ce bordel, ce qui est dommage ; mais d'un autre côté ça fera aussi un extra pour unE vitrierE…

..... En tant que tactique de contestation, l'utilité de la destruction de biens est peut-être limitée, mais importante. Elle attire les médias et démontre que les multinationales ne sont pas aussi intouchables qu'elles en ont l'air. Les personnes qui manifestent, et celles qui regardent la télévision, peuvent voir qu'un petit pavé dans une main peut détruire un mur symbolique. Une vitrine détruite d'un magasin Nike ne menace aucunE individuE, mais essaye d'exprimer que nous ne voulons pas que Nike améliore son fonctionnement mais que nous voulons sa destruction complète. Et je n'ai pas peur de le dire.

..... La plus importante plainte exprimée par la gauche au sujet des black blocs consiste à dire que nous donnerions une mauvaise image des manifestations. La frustration est compréhensible pour des gens qui ont passé des mois à planifier l'organisation des manifestations, lorsqu'elles/ils s'aperçoivent qu'un groupe assez effrayant de jeunes gens attire toute l'attention en mettant simplement le feu à quelques endroits. Bien sûr, dans cette critique, manque l'évident constat que les mass-médias ne couvrent jamais le réel contenu des manifestations. Les manifs militantes et les actions pacifiques de protestation sont rarement évoquées par les médias. Même si j'aimerais que les médias rendent compte de toutes les sortes de manifestations, et surtout de ce qui inspire profondément et politiquement ces manifestations, je suis aussi consciente que certaines tactiques militantes attirent l'attention des médias.

..... J'ai commencé à m'investir dans l'activisme pendant la guerre du Golfe, et j'ai vite appris que beaucoup de monde dans une manif, ça ne suffit pas toujours pour que les médias en parlent. J'ai passé des semaines à organiser des manifs contre la guerre. Nous étions parfois plusieurs milliers à manifester. Mais les journaux comme les chaînes de télévision nous ignoraient toujours. C'est devenu complètement différent le jour où j'ai vu quelqu'unE casser une vitrine lors d'une manifestation. Nous étions soudainement présentEs dans toute la presse, écrite et télévisée. Cet état d'esprit combatif au sein des manifestations anti-mondialisation lors de ces deux dernières années a indéniablement contribué à hausser le niveau d'attention accordé par les médias à la mondialisation. Et bien que le black bloc ne soit pas l'unique raison à cela (une myriade de stratégies créatives et innovatrices ont aidé à apporter l'œil inconstant des médias en direction de la gauche), je pense que George Bush 2 s'est senti contraint de s'adresser directement aux manifestantEs lors du sommet du G8 à Gênes à cause de l'importance médiatique que prend notre mouvement.

.....Une des plaintes de la gauche, et en particulier des autres manifestantEs, à l'encontre du black bloc, est qu'elles/ils n'aiment pas nos masques. Je me suis fait hurler dessus par un manifestant, style flic, qui m'ordonnait d'enlever le mien. Cette idée ne peut nous convenir. Ce que nous faisons est illégal. Nous faisons de l'action directe militante. Nous sommes bien conscientEs que la police photographie et filme ces manifs, même lorsque la loi ne le leur permet pas. Enlever nos masques signifierait nous jeter dans la gueule du loup.

..... Les masques servent un autre but, symbolique cette fois. Même s'il y en a qui aiment imposer leur visions, ou se populariser dans le milieu anarchiste, le black bloc maintient l'idée de placer le groupe avant l'individuE. Nous accordons rarement d'interviews à la presse (et celles/ceux d'entre nous qui le font sont généralement désapprouvéEs ou considéréEs avec suspicion). Nous fonctionnons en groupe car la masse procure la sécurité et permet d'accomplir plus que des actes isolés. Par ailleurs, nous ne voulons pas que ce combat profite à unE individuE plus qu'à unE autre. Nous ne voulons pas de stars, ni de porte-parole Je pense que l'anonymat du black bloc est en partie une réponse aux problèmes rencontrés lors des grandes mobilisations pour les droits civiques, féministes, contre le nucléaire et contre la guerre. Dépendre de leaders/leadeuses charismatiques n'a pas seulement mené à des combats internes et à de la hiérarchisation, mais a aussi permis à la police et au FBI de trouver des cibles faciles, qui, tuées ou arrêtées, laissaient les militantEs désemparéEs. Les anarchistes refusent la hiérarchie et espèrent créer un mouvement qui soit pour la police difficile à infiltrer et à détruire.

..... Certaines critiques de la gauche viennent de notre prétendue acceptation des valeurs corrompues de notre société. On crie au scandale quand des jeunes bougent une benne au milieu de la route et y mettent le feu. La plupart des gens en concluent simplement que le black bloc agit ainsi pour les émotions que cela procure, et je ne peux pas nier que je me tape une petite montée d'adrénaline à chaque fois que je me risque à agir de cette manière. Mais combien d'entre nous ont réellement mauvaise conscience lorsqu'elles/ils achètent un tee-shirt chez The Gap, même quand nous savons que notre fric va directement dans les caisses d'une entreprise qui exploite violemment les travailleuses/eurs ? Pourquoi la "thérapie du shopping" serait-elle plus acceptable que les plaisirs suscités par des actes militants, même si ceux-ci restent limités dans leur utilité ? Je pense que même si les actions du black bloc ne servaient qu'à épicer la vie de celles/ceux qui les font, elles resteraient bien meilleures que de dépenser de l'argent au multiplexe, se bourrer la gueule, ou d'autres formes de divertissement et de détente culturellement acceptées.

..... J'ai mes propres critiques de mes actes et de leur efficacité. La destruction de biens, les bombages et l'apparence menaçante à la télé ne suffisent évidemment pas pour mener à une révolution. Les black blocs ne changeront pas le monde à eux seuls. Je n'aime pas la sensation de danger, ou au moins, je déteste imposer la peur du danger à celles/ceux qui ne veulent pas la subir ou ne l'attendent pas, en particulier à celles/ceux qui physiquement peuvent difficilement échapper aux policiers. Je déteste aussi le jargon pseudo-militaire, comme "communiqué", "bloc" ou "camarade". Mais ce que je hais par dessus tout, c'est me faire cracher dessus les grosses orgas, comme l'AFL-CIO ou Global Exchange, par les torchons de gauche comme Mother Jones, ou par la bien aimée Indymedia.org. Même si ça n'est pas le cas pour tout le monde dans les black blocs, je respecte les stratégies de la plupart des autres groupes contestataires. Souvent, d'ailleurs, j'essaie de faire en sorte que les black blocs permettent de détourner l'attention de la police des manifestantEs non-violentEs. Et quand ce n'est pas possible, j'essaie au moins de me tenir à l'écart des autres manifestantEs.

..... Malgré mes inquiétudes, je continue à croire que les actions du black bloc valent le coup. Et lorsque je constate l'accroissement des mobilisations et des mortelles violences policières dans le monde (trois manifestantEs abattuEs lors d'une manif contre l'OMC en Papouasie-Nouvelle-Guinée en juin, deux manifestantEs tuéEs par balle lors d'une manifestation anti-mondialisation l'année passée au Venezuela, et Carlo Giuliani, 23 ans, assassiné par la police lors du sommet du G8, à Gênes), il me semble pour le moins ironique de considérer mes actions comme étant violentes et dangereuses quand même la gauche semble penser que les policiers "font juste leur boulot".

..... Je continuerai à protester de cette manière, et celles/ceux qui veulent s'y mettre aussi sont les bienvenuEs. Les pavés sont faciles à trouver et les cibles sont aussi proches que le Mc Donald's de votre quartier.

Mary Black, 25 juillet 2001 - Traduit de l'anglais par Couette & Zanzara athée.
Titre original : Letter from Inside the Black Bloc - Version originale (en anglais) sur : http://www.alternet.org/story.html?StoryID=11230

.....Le réformisme radicalo-mouvementiste : encore, toujours, jusqu'à quand ?

.....Malgré la focalisation des politiciens et des media sur les groupes de la mouvance autonome et anarchiste, la "tendance lourde" (pour parler comme les journalistes et les professeurs) du mouvement anti-mondialisation est constituée par une multitude d'organisations réformistes et post-staliniennes, toutes à la recherche d'un second souffle après le fiasco historique de leur idéal proclamé : le capitalisme bureaucratique d'Etat. A Gênes, il suffisait de voir défiler l'interminable cortège de partis, de syndicats, de groupuscules gauchistes et la masse pratico-inerte de leurs petits soldats pour s'en convaincre. Après le "mouvement social" (grèves de 95 ; sans-papiers ; chômeurs), voilà le nouveau créneau de ces carriéristes et autres experts de la contestation intégrée : l'antimondialisme.

.....Pour la France, cette tendance est représentée pour l'essentiel par Attac, qui a réussi en peu de temps à fédérer autour de son programme citoyenniste toutes les composantes politiques de la gauche et de l'extrême-gauche du capital, depuis les socialistes au gouvernement de la gauche plurielle et leurs satellites associatifs du "mouvement social" jusqu'aux partis et groupes de jeunesse trotskistes, et obtenant la sympathie de certaines organisations autoproclamées radicales, notamment dans la mouvance antifasciste et parmi l'anarchisme officiel… Soyons sûrs qu'Attac, laboratoire de la néo-social-démocratie ayant habilement intégré les concepts et les revendications des révoltes éthiques de mai 68 et ses suites (municipalisme, démocratie directe, autogestion, autonomie, etc.) dans un discours démocratique, droit-de-lhommiste et progressiste bien policé, jouera demain le même rôle politique que son illustre ancêtre, sa grand-mère social démocrate : l'écrasement, au nom même des travailleurs voire de la "révolution", de tout mouvement autonome de la classe exploitée (salariés précaires ou stables, RMIstes, chômeurs, en "liberté" ou en taule, avec ou sans papiers…).

.....A côté de cette tendance dominante (dans tous les sens du terme), on retrouvait dans les rues de Gênes une minorité agissante composée d'anarchistes et d'autonomes (auxquels vinrent se joindre, pendant les affrontements, des éléments de base d'autres organisations, par exemple du syndicalisme autonome (COBAS, etc.) ou des tute bianche, refusant la logique de négociation et d'intégration et ayant opté pour l'utilisation directe de la violence, soit contre la "zone rouge" (mais une minorité, du fait que cette zone constituait une forteresse imprenable dans l'état du rapport de force existant, mais aussi et surtout avec l'idée que le capital ne se limite pas à 8 maîtres de cérémonie officiant dans leur temple converti en forteresse, mais que, structurant la totalité des rapports sociaux, il étend sa mainmise sur tout le territoire), soit contre toutes les structures du capital et du pouvoir politique à la périphérie de cette zone. Cependant, bien que les "positions" avancées par ces groupes se démarquent clairement du radical-réformisme des organisateurs officiels du sommet (lutte contre le capitalisme global, et non seulement contre la "mondialisation" ; auto-organisation et autonomie de la lutte…) on peut se demander - et la question est posée sans prétendre y apporter une réponse claire et définitive - dans quelle mesure les actions de type insurrectionnel menées par ces groupes ne servaient pas objectivement à renforcer la légitimité de la tendance réformiste dominante, qui, dans sa stratégie de négociation et de dialogue, voulait précisément apparaître comme le seul interlocuteur légitime du G8, le raisonnement de ces crapules étant le suivant : soit vous (le G8) acceptez de nous reconnaître comme interlocuteurs représentatifs, de prendre en compte nos revendications et de nous faire participer aux négociations (démarche du contrôle citoyen, du "mouvement social européen"…), soit vous vous exposez au risque de plus en plus menaçant d'un débordement par une horde de casseurs surexcités et antidémocratiques…

Pour autant, ce questionnement ne signifie pas que toute stratégie violente et, disons, d'action directe et autonome, soit condamnée à l'échec en raison d'un risque inéluctable de récupération par les organisations social-démocrates ; il s'agit uniquement de prendre acte de cette réalité et de réfléchir à de nouvelles formes de stratégies violentes…

Violence/non-violence : faux débat, vraie mystification…

.....La violence et la légitimité (ou l'illégitimité) d'y recourir a été au centre des débats. Elle constituait en même temps le cœur de l'orchestration médiatique des affrontements. Un exemple entre mille : les chaînes de télévision diffusaient en continu et quasiment en direct des images d'affrontements et utilisaient d'habiles séquences de montage (par exemple des plans insistants et passant quasiment en boucles sur quelques barres de fer ou quelques bâtons pour faire croire à l'existence de caches d'armes ultra-secrètes) pour amplifier au maximum la violence des manifestants et, a contrario, minimiser la violence des flics et des militaires sur-armés, le tout afin de justifier idéologiquement la répression d'Etat et de la faire accepter par la population en entretenant en permanence un climat de psychose généralisée. Et les politiciens, de gauche ou de droite, n'avaient que ce mot à la bouche s'égosillant sur les casseurs ! Les voyous ! Les anarchistes !

.....Dans le même ordre d'idées, mais avec quelques précautions supplémentaires, les officiels du contre-sommet (le G.S.F. : Genoa Social Forum) ne se privèrent pas d'utiliser ces mêmes arguments contre la violence qualifiée d'aveugle pour isoler les franges radicales agissant lors des affrontements qui venaient perturber les démonstrations pacifiques aux airs de parade militaire et se poser ainsi comme les interlocuteurs légitimes à l'occasion des procédures institutionnelles de la démocratie bourgeoise représentative.

Dans un cas comme dans l'autre, on est au cœur de la même illusion, sciemment entretenue ou naïvement reproduite : présenter la violence comme un choix, une option, un enjeu stratégique et comme une ligne de clivage entre bons et mauvais manifestants, entre casseurs et militants, ou, d'un autre point de vue, entre révolutionnaires et réformistes… Or, la réalité des événements des vendredi 20 et samedi 21 à Gênes a démontré pratiquement la stupidité de cette argumentation : un grand nombre de participants, appartenant à des organisations ayant condamné explicitement la violence ou ayant appelé à une violence purement symbolique et spectaculaire, en firent usage dès les premières charges de carabiniers; et le niveau de violence des combats de rue ne fit qu'augmenter à mesure que s'intensifiait une répression qui visait indistinctement les "pacifistes", "les insurrectionnels" et les "hésitants".

Cette réalité démontre, s'il en était encore besoin, que le recours à la violence n'est jamais, sauf peut-être dans les têtes des militants, le résultat d'une volonté consciente, planifiée et rationnellement mise en pratique, ou, en d'autres termes , un choix politico-militaire ou même éthique, mais le produit d'une situation d'affrontement (de classe) bien déterminée qui mobilise tout un chacun, quelles que soient ses représentations idéologiques ou ses "convictions éthiques". En d'autres termes, la violence ne se choisit pas mais s'impose comme une nécessité pratique inhérente à un stade déterminé de la lutte de classe, dans la seule mesure où la domination d'Etat et l'exploitation capitaliste ne reposent que sur la violence, réelle ou symbolique. Ou, si l'on veut, la violence n'est pas une question théorique, mais une question pratique.

Militantisme contre lutte de classe...

.....Le mouvement anti-mondialisation, y compris dans ses franges les plus radicales, reste enfermé jusqu'à présent dans une logique de militantisme politique et se situe dans une extériorité absolue à la lutte réelle de la classe ouvrière, entendue comme la lutte menée par les producteurs selon des modes d'organisation et par des moyens d'action qu'ils définissent eux-mêmes, souverainement, dans le but de s'emparer de l'appareil productif et de le faire fonctionner collectivement en vue, non de l'accumulation de plus-value, mais de la satisfaction de besoins sociaux.

.....Ce constat amène à s'interroger sur les perspectives et les potentialités de ce mouvement dans une finalité rupturiste, révolutionnaire et ses capacités à s'arracher à la logique militante-activiste. On peut envisager, me semble-t-il, deux directions possibles au mouvement anti-mondialisation :

- soit le mouvement reste tel qu'il est et l'affrontement se situera alors sur le terrain purement politicien du conflit de représentativité et de légitimité, terrain sur lequel se plaçaient volontiers, au moment du sommet, les dirigeants politiques, par exemple un président américain déclarant que le mouvement de Gênes n'était pas représentatif de la population. Il ne sera alors pas autre chose qu'un mouvement d'accompagnement et d'intégration dans le cadre des transformations actuelles du capitalisme et de ses représentations politiques : déclin des Etats-nations, émergence de modes de régulation politique de dimensions régionales…

- soit le mouvement trouve une base de classe en réalisant une jonction avec la lutte menée par les travailleurs sur les lieux de production, par les exploités sur les lieux de leur exploitation : prendre pour cibles les moyens de production plutôt que la marchandise (en ce sens, des actes comme le bris de vitrines, l'incendie de voitures et de banques ou les blessures infligées à la flicaille, s'ils peuvent être jouissifs et grisants, paraissent être d'une efficacité subversive relativement limitée) ; s'attaquer au capital en tant que système productif et rapport social plutôt qu'à l'hégémonie de quelques multinationales diabolisées et au capital spéculatif; détruire le mode de production capitaliste plutôt que de quémander une meilleure répartition de la richesse mondiale. En ce sens, ne pourrait-on pas imaginer, au cours de ces sommets, des occupations d'usines, la participation à des grèves locales de travailleurs et une liaison organisée entre ces multiples mouvements de lutte.

.....L'orientation du mouvement vers une base de classe grâce à la lutte autonome des prolétaires (et, par conséquent, l'anéantissement du militantisme) ne résultera en aucun cas de la seule politique volontariste menée par quelques organisations dites révolutionnaires et de leur propagande (on peut même affirmer que, comme par le passé, celle-ci ne jouera qu'un rôle infime) mais de l'évolution du capitalisme, de ses conditions objectives, et, en riposte à l'intensification de l'exploitation de la force de travail et à l'appauvrissement de pans entiers du prolétariat expulsés de la sphère productive, du degré de conscience de classe atteint par la classe ouvrière.

P.R.O.L. 25/09/01 - Texte trouvé sur la liste de discussion du Cercle Socialcerclesocial@yahoogroups.com - envoyé par elincontrolado@yahoo.fr

Communiqué d’une des sections du Black Bloc  concernant les événements du 30 novembre 99 à Seattle

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