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Publié par Patrick Granet

Le «Uber» des moines bouddhistes met en relation des citadins qui souhaitent organiser une cérémonie funéraire et un religieux, à un prix raisonnable fixé à l'avance. Une désintermédiation qui laisse les temples sur la touche

Les cérémonies funéraires traditionnelles et religieuses sont en train d’être «disruptées» par l’économie numérique, nous raconte le New York Times, et c’est au Japon que le phénomène émerge. Le géant du e-commerce Amazon a mis en place un partenariat avec une start-up qui propose le service «Obo-san bin», littéralement livraison de moine. Le service se commande sur Amazon exactement de la même manière qu’une machine à jus ou une paire de baskets, et est utilisé par les Japonais qui recherchent un moine pour une cérémonie funéraire.

Dans un pays où le capital risque est rare et les secteurs installés sont peu menacés par les nouveaux entrants, la folie start-ups n'a pas décollé et la religion pourrait être le domaine qui fait exception à ce paysage d'une grande stabilité. Le principal atout du service est la fixation à l’avance du prix, qui met la transaction à l’abri des surprises, ce qui soulage le demandeur de l'indécision quant au juste montant à régler au prêtre pour la cérémonie. Une alternative qui permet de contourner les temples qui avaient jusqu’à présent un monopole sur les services religieux, et profitaient de cette rente de situation pour faire payer les croyants au prix fort. Le prix n'est pas fixé à l'avance par les temples, mais consiste en une donation dont le montant est laissé à l’appréciation du donateur qui, encouragé ou intimidé par la tradition, a tendance à donner beaucoup.

Illustration du service de moine à la demande sur Amazon.

Le modèle adopté par la start-up Minrevi à l'origine du service proposé en partenariat avec Amazon est comparable à celui des gros acteurs de l'économie à la demande: une plateforme pour recenser des professionnels disponibles, et une commission (30%) du prix du service pour son rôle d’intermédiaire obligé entre les familles endeuillées et le moine freelance. Dans un pays où l’exode rural a eu comme conséquence de couper les liens entre les nouveaux urbains après-guerre et la religion, cette mise en relation est un passage obligé pour les Japonais qui ne savent pas où se tourner en cas de besoin spirituel. Et peut-être un premier cas d'espèce de désintermédiation dans le domaine jusque-là indemne des services religieux.

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