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Publié par Patrick Granet

Ce lundi 12 septembre, les musulmans célèbrent l’Aïd el-Adha ou« fête du sacrifice », que l’on désigne aussi parfois en France, de manière inappropriée, par l’expression « fête du mouton ». Appelée aussi Tabaski en Afrique subsaharienne, il s’agit de la plus importante fête musulmane et elle commémore l’acte de soumission du prophète Ibrahim (Abraham) envers Dieu. Selon le récit coranique et les dits du Prophète, c’est sur ordre divin qu’Ibrahim a accepté de sacrifier son fils Ismaïl (Ismaël), mais le Créateur a envoyé Dgibril, l’archange Gabriel, pour remplacer l’enfant par un bélier. Contrairement à une idée reçue, le sacrifice du mouton ou d’un autre animal (chèvre, bovin ou chameau) ne fait pas partie des cinq piliers de l’islam et n’est pas non plus une obligation formelle, même si la grande majorité des musulmans considèrent que c’est le cas.

De fait, cet acte à la fois religieux, mais aussi culturel relève plutôt de la sunna,c’est-à-dire l’ensemble des normes et traditions reconnues, approuvées ou initiées par le Prophète et qui constituent la deuxième source écrite du droit musulman après le Coran. Plusieurs versets du livre saint font tout de même référence à ce sacrifice, dont ceux de la sourate Al-Hajj (le Pèlerinage) ainsi que le deuxième de la sourate Al-Kawthar (l’Abondance) qui dit : « Prie ton Seigneur et sacrifie. »

AÏD EL-ADHA

L’Aïd el-Adha, que l’on appelle aussi Aïd el-Kebir (« la grande fête ») par opposition à l’Aïd esseghir ou Aïd el-Fitr, « la petite fête » qui marque la fin du jeûne du mois de ramadan, intervient le dixième jour du mois de dhoul hijja, le douzième du calendrier lunaire musulman. Il est célébré alors que s’achève le pèlerinage à La Mecque.

La veille de l’Aïd est aussi un jour important, car il commémore le jour où le dernier verset du Coran a été révélé, jour aussi du sermon d’adieu du Prophète. La tradition encourage le croyant à jeûner ce jour-là. Puis, la journée commence par une prière collective matinale qui peut avoir lieu dans une mosquée ou dans des esplanades plus vastes. Ce n’est qu’après qu’intervient le sacrifice de l’animal qui s’accomplit en suivant le rite musulman. Selon la tradition, une partie de la viande de l’animal doit être offerte aux pauvres et aux nécessiteux. Cette fête est aussi un jour de pardon et de réconciliation, ainsi qu’une occasion de gâter les enfants et de confectionner des gâteaux et des plats spéciaux, en utilisant notamment les abats de la bête sacrifiée.

Fête à caractère universel au sein de l’oumma, l’Aïd el-Adha fait l’objet de deux préoccupations majeures et récurrentes. La première est d’ordre économique. Dans les pays musulmans, les autorités sont obligées de prendre les mesures nécessaires pour éviter la pénurie de moutons. Dans certains d’entre eux, notamment ceux du Golfe,on procède même à des importations massives de troupeaux en provenance d’Europe, d’Amérique latine ou de Nouvelle-Zélande. De temps à autre, des polémiques éclatent quant au caractère licite (halal) de telles importations ou bien alors sur l’état sanitaire des bêtes importées dont certaines ont voyagé plusieurs semaines dans des navires. Par ailleurs, l’achat d’un mouton constitue une grosse dépense pour de nombreux ménages. À l’approche de l’Aïd, les prix des animaux augmentent et les États doivent veiller au grain pour limiter la spéculation. Le fait de ne pouvoir accomplir le sacrifice est le révélateur d’un pouvoir d’achat limité et cela peut accentuer les tensions sociales. Cette année, la presse arabe a d’ailleurs relevé que l’Aïd intervenait en même temps que la rentrée scolaire, un autre moment où les ressources financières des ménages sont très sollicitées.

De manière régulière, des voix se font entendre pour que le sacrifice d’un animal soit remplacé par un don d’argent ou de viande aux plus nécessiteux, et cela afin d’épargner les cheptels, surtout quand ces derniers ont été affectés par la sécheresse ou des catastrophes naturelles. Mais ces appels se heurtent au poids de la tradition et le sacrifice reste considéré comme une obligation religieuse, du moins pour celui qui en a les moyens. À la fin des années 1980, feu le roi Hassan II avait proposé aux Marocains un sacrifice symbolique qui serait assuré par le Palais pour l’ensemble de la population. Dans toutes les couches de la population, les réactions négatives furent nombreuses et le souverain dut renoncer à renouveler cette proposition.

L’autre préoccupation concerne les pays où vivent d’importantes minorités musulmanes. La question du lieu d’abattage et des conditions sanitaires dans lequel il s’effectue est souvent source de polémiques et de tentatives de récupérations politiciennes islamophobes. En France, au fil du temps, les pouvoirs publics ont adopté des mesures permettant la mise en place de lieux temporaires d’abattage, mais de nombreux militants de la cause animale critiquent les conditions dans lesquelles s’effectuent les sacrifices, notamment en ce qui concerne la souffrance de l’animal.

AÏD EL-FITR

Après vingt-neuf ou trente jours d’ascèse, les musulmans célèbrent l’Aïd el-Fitr ou fête de la rupture du jeûne du mois de ramadan. Ce jour, qui est aussi le premier du mois lunaire de chawwal, est l’occasion de retrouvailles familiales, de célébrations et de festivités diverses selon les pays. Mais partout, pour le pratiquant, cela passe d’abord par une prière collective matinale qui peut avoir lieu dans une mosquée ou dans des esplanades plus vastes. Le rite musulman interdit strictement de jeûner ce jour-là et la coutume est de prendre un léger petit déjeuner avant de se rendre à la prière (dans de nombreux pays, cette collation consiste en une poignée de dattes et du lait). Après la fin des festivités de l’Aïd, les croyants sont encouragés — mais ce n’est pas une obligation — à jeûner six jours durant le mois de chawwal (à la suite ou séparément). Ainsi, et selon plusieurs hadiths, ce jeûne ajouté à celui du mois de ramadan équivaut au jeûne d’une année entière.

S’il ne l’a pas fait à compter de la veille du vingt-septième jour du ramadan, le croyant doit s’acquitter, pour lui et sa famille, de la zakat el-fitr, autrement dit l’aumône de fin de jeûne et cela avant la prière de l’Aïd. En France, selon la Mosquée de Paris, ce don, qui peut être fait aux nécessiteux ou aux mosquées, est cette année de 5 euros. En attendant le début de cette prière qui, contrairement aux cinq quotidiennes, n’est pas appelée par le muezzin, les fidèles pratiquent le takbir, qui consiste à psalmodier ou à chanter la glorification, les louanges et l’unicité de Dieu. En s’adressant à l’assemblée, l’imam rappelle l’importance du jeûne dû à Dieu et, sous toutes les latitudes, son prêche fera référence à un hadith du Prophète pour qui « le jeûneur connaît deux joies : une joie lorsqu’il rompt son jeûne [du mois de ramadan] et une joie quand il rencontrera son Seigneur ».

Avec l’Aïd el-Adha (jour du sacrifice du mouton), l’Aïd el-Fitr est l’une des deux plus importantes fêtes musulmanes, car sa dimension humaine, sociale et communautaire est très importante. Après la prière collective, il est ainsi de tradition de visiter (ou d’appeler au téléphone) ses proches et ses parents et de leur souhaiter un « Aïd moubarak ». La coutume veut aussi qu’il s’agisse d’un jour de pardon et de réconciliation. Dans plusieurs pays arabes, notamment au Maghreb, mais aussi en Indonésie ou en Malaisie, cette notion du pardon voire d’une « remise des compteurs à zéro » dans ses relations avec les autres est très importante. Mais cette fête est aussi, et surtout, celle des enfants. Ils portent des habits neufs achetés durant les derniers jours de ramadan et on leur offre des jouets, des confiseries et de l’argent de poche. Au Machrek, les commerçants qui ouvrent ce jour-là se doivent d’être généreux et attentionnés avec leurs clients, particulièrement les plus jeunes. Un peu partout, comme lors de la veille du mawlid ennabaoui (célébration de la naissance du Prophète), les enfants ont le droit de faire éclater des pétards. L’Aïd el-Fitr est aussi l’occasion pour confectionner des gâteaux et des plats spéciaux. La tradition veut que ces friandises soient en partie offertes et que de la nourriture soit donnée aux plus pauvres.

Comme l’Aïd el-Adha, l’Aïd el-Fitr revêt un caractère universel au sein de l’oumma. Même dans le très austère royaume wahhabite d’Arabie saoudite, c’est un jour où l’idée de fête, de joie et de partage prévaut. Les maisons ont été nettoyées et, une fois la prière matinale accomplie, l’idée qui prime est celle de la communion avec les autres. Les morts ne sont pas oubliés et les visites au cimetière sont fréquentes, y compris le lendemain de l’Aïd qui est aussi un jour férié. Dans certains pays, comme ceux du Golfe, les gouvernements vont même jusqu’à attribuer une semaine de congé aux fonctionnaires et le secteur privé est plus ou moins encouragé à en faire de même. Enfin, l’Aïd el-Fitr est appelé de différentes manières selon le pays où l’on se trouve. Au Maghreb, il est souvent désigné par l’expression « aïd esseghir », le petit aïd par opposition à l’ « aïd el-kebir » le grand aïd, celui du sacrifice du mouton. En Afrique subsaharienne, on l’appelle Korité, tandis que les Turcs le nomment Ramazan bayrani. Toutefois, quelle que soit l’appellation, les principes sont les mêmes : prière matinale puis moments de joie et de partage avec les autres, y compris les non-jeûneurs. Pour ces derniers, l’aïd signifie un retour à la normale et la fermeture d’une parenthèse d’un mois où le fait de ne pas jeûner pouvait les placer dans des situations des plus inconfortables.

AKRAM BELKAID

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