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Publié par Patrick Granet

Paula Bronstein se rend en Afghanistan de façon régulière depuis le début des opérations militaires américaines en réponse au 11 septembre 2001. Elle vient de rassembler quinze ans de photographies réalisées pour le service news de Getty Images dans un livre intitulé Afghanistan: Between Hope and Fear (University of Texas Press). «Notre but avec mon éditeur était de faire un livre différent de ce qu'on a l'habitude de voir sur l'Afghanistan dans les médias», raconte la photographe.

J'ai mis un pied pour la première fois en Afghanistan en décembre 2001. Je suis arrivée par le sud du pays, en passant par la frontière avec le Pakistan. Les États-Unis avaient commencé leur “guerre contre le terrorismeet bombardaient le sud du pays. Aujourd’hui, ce serait impossible de repasser par le Pakistan, c'est devenu bien trop dangereux pour les étrangers. En Afghanistan, la situation sécuritaire n'est pas bonne non plus. En quinze ans, le pays est devenu méconnaissable de ce point de vue là. Or, sans sécurité, les gens n'ont pas de travail, les enfants en vont pas à l'école etc.»

Surobi, Province de Nangarhar, le 7 février 2009. Un homme et sa petite fille se trouvent dans leur tente dans un camp de réfugiés. Ils ont fui leur village bombardé par les États-Unis et l'OTAN qui pensaient que des Talibans s'y cachaient. | Paula Bronstein

«En 2004/2005, tout le monde s'est focalisé sur l'Irak et l'argent n'allait pas pour combattre les Talibans. Deux guerres américaines en même temps ,c'était trop. Alors les Talibans se sont emparés d'un nombre toujours plus important de territoires. Maintenant, lorsque je vais en Afghanistan, je ne voyage plus entre les villes par la route. Je n'emprunte plus ,par exemple, la route entre Kaboul et Kandahar, construite en 2004.»

Kaboul, le 10 avril 2015. Naiz Bibi, aveugle d'un œil, prétend avoir 68 ans, mais ne s'en souvient pas vraiment. À la suite d'une attaque aérienne de l'Otan qui a tué sept membres de sa famille, dont son mari, sa fille et deux fils, elle a fui avec les derniers membres de sa famille vers le nord et s'est installée dans le camp de Nasaji Bagrami avec des milliers d'autres réfugiés de guerre. | Paula Bronstein

«Pendant quinze ans, j'ai essentiellement travaillé sur les femmes afghanes. Elles peuvent être mariées à 14 ans et sont souvent abusées physiquement et mentalement. Je me penche aussi sur les victimes de cette guerre, c'est un sujet totalement sous-traité. Quand un attentat à lieu à Bruxelles, Paris ou Nice, on s’intéresse aux victimes un mois plus tard, trois plus tard etc mais pas en Afghanistan. Ici, les victimes sont devenues des statistiques, comme en Irak.»

«J'ai pris cette photo après la mort de Farkhunda Malikzada, tuée par une foule dans le centre de Kaboul, accusée d'avoir brûlé un Coran. Les femmes ont décidé d’essayer de créer un changement en refusant que les hommes portent le corps jusqu’à la tombe. Habituellement, les femmes doivent rester dans les maisons pour les funérailles, elles ne vont pas au cimetière. Je n’avais jamais vu ça avant, jamais.»

Cette photo montre Mahbooba qui se tient devant un mur criblé d'impact de balles en attendant un rendez-vous médical dans une clinique spécialisée dans les maladies de peau. La fillette de 7 ans souffre de leishmaniose, une infection parasitaire. Quand j'ai fait cette image, les immeubles étaient encore détruits, rien n’avait été reconstruit.»

«Je ne pars jamais en reportage avec l'armée, sauf avec les équipes médicales d’évacuation. Avec mon éditeur, on a choisi d'inclure dans le livre cette photo du sergent américain Kenney (à droite) qui aide un soldat blessé de l'armée nationale afghane à sortir d'un hélicoptère. L’éditeur ne voulait pas montrer trop de photos des lignes de front, par exemple, car ce sont les images d'Afghanistan que l’on voit habituellement dans les médias.»

«Le culturisme est un sport très populaire dans les villes d'Afghanistan, un pays où les hommes aiment l'idée d'être forts physiquement. Des photos d'Arnold Schwarzenegger se trouvent toujours sur les murs de nombreux gymnases comme icône de l'homme musclé. Sur cette photo, il s'agit de culturistes de la catégorie des 55-60 kg lors d'une compétition régionale.»

«Eid Muhammad, 70 ans, vit dans une maison qui surplombe les collines de la capitale. Il occupe, comme des milliers d'autres Afghans, une terre et une maison sans actes formels de propriété. J'ai rencontré cet homme en effectuant un sujet pour le Wall street journal, et il est devenu le cœur du sujet. Il descend et monte la colline tous les jours, même en hiver.»

«C'est l'un des six lacs du parc seul parc national du pays, Band-e-Amir (créé le 22 avril 2009), situé au centre du pays, à deux heures des Bouddhas de Bâmiyân. C'est la partie la plus belle du pays, la région de la minorité ethnique des Hazaras. Une nouvelle route qui mène à ce parc magnifique a été construite récemment. Les gens y vont le week-end pour pique-niquer ou faire du pédalo.»

«Cette salle de classe de fortune se situe dans une région montagneuse du nord est du pays, le corridor du Wakhan. Après 2001 de nombreuses écoles ont été détruites. D’autres ont fait l’objet de projet construction avec les ONG mais n’ont jamais vues le jour. Pendant des années l'enjeu a aussi été de développer des écoles pour les filles, spécialement à Kaboul. Mais la situation sécuritaire se détériore et des écoles ferment à nouveau.»

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JD

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