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Publié par Patrick Granet

li, époux de Fatima, l'une des filles du prophète Mahomet, est à l'origine des deux principales scissions qui ont affecté la communauté musulmane (le kharidjisme et lechiisme). En 656 après JC, il succède à Othman, le troisième calife (ou remplaçant du prophète Mahomet).

Le nouveau calife et ses partisans (en arabe, chiites ou chi'ites) prônent une grande rigueur dans la mise en pratique de l'islam et l'assimilation des populations conquises. Ils recommandent aussi que le califat revienne aux descendants en ligne directe du prophète. Ils s'opposent sur ces points aux orthodoxes ou sunnites, adeptes d'une application souple de la doctrine musulmane (la sunna).

Le kharidjisme, une scission à l'intérieur de la scission

Mais en acceptant de s'en remettre, sur ces points, à un arbitrage humain plutôt qu'à la justice divine (et à la force des armes), le calife Ali se met à dos une partie de ses partisans qui sortent de son camp et forment la secte des kharidjites (du verbe arabekharadja, sortir). L'un d'eux assassine Ali en 661.

La secte kharidjite va s'épanouir chez les Berbères d'Afrique du Nord, autour de Tahert (Algérie actuelle). Elle est aujourd'hui très marginale...

En attendant, les partisans d'Ali, conduits par le fils cadet de celui-ci, Al-Hussein, affrontent les sunnites à Kerbela en 680. Ils sont défaits et la mort d'Al-Hussein va consommer la rupture entre sunnites et chiites.

Les chiites dans le monde actuel

Cliquez sur la carte pour la voir
Les chiites duodécimains (ils reconnaissent douze imams) représentent aujourd'hui environ 15% de l'ensemble des musulmans (environ 150 millions de fidèles). Ils sont très majoritaires en Iran (60 millions sur 70 millions d'habitants). Ils sont aussi majoritaires en Irak (60% des 30 millions d'Irakiens) où ils ont été jusqu'à ces dernières années opprimés par les Arabes sunnites (15% de la population), d'où les désordres actuels.

Ils sont devenus au Liban, ces dernières années, la communauté religieuse la plus nombreuse, devant les chrétiens, ce qui explique là aussi les tensions politiques. Ils sont présents aussi dans le nord de l'Arabie séoudite et dans les émirats du Golfe (une dizaine de millions) ainsi qu'à l'est de la Turquie (environ 15% des 70 millions de Turcs).

N'oublions pas surtout que le deuxième pays chiite au monde après l'Iran est le... Pakistan, avec plus de 40 millions de chiites pour 120 millions de sunnites.

Les différentes branches du chiisme

Les musulmans chiites, restés fidèles à Ali, attribuent une importance cruciale au culte de l'imam (d'après le mot arabe amâma qui veut dire devant). Cet imam chiite n'a rien à voir avec l'imam qui, chez les sunnites, préside simplement à la prière dans les mosquées.

L'imam, selon les chiites, est un homme de la descendance d'Ali. Il est réputé infaillible dans l'interprétation du sens caché du Coran. Tous les fidèles lui doivent allégeance. Est de même réputée infaillible Fatima, la fille du Prophète et l'épouse d'Ali.

Malheureusement, les chiites ne s'accordent pas sur le nombre d'imams légitimes.

- La plus grande partie d'entre eux s'accordent sur l'existence de douze imams, y compris Ali et ses deux fils. Ce sont les chiites duodécimains ou imamites.

D'après eux, le douzième et dernier imam aurait disparu en 873, à l'âge de 8 ans, du côté de Samarra, près de Bagdad, pour fuir les persécutions et échapper à la mort violente qu'avaient connue tous ses prédécesseurs.

Cet «Imam caché» est appelé à revenir à la fin des temps pour juger les hommes. Leschiites duodécimains sont prédominants en Irak et en Iran mais aussi très présents au Liban où ils ont créé les milices du Hezbollah.

- Une autre branche très influente - quoique moins nombreuse - est le chiisme septimanien ou ismaélien, qui reconnaît l'existence de sept imams seulement, le dernier étant Ismaïl, disparu vers 765. Pour les ismaéliens, Mahomet s'inscrit dans une lignée de prophètes dont le dernier et le plus pur sera le Mahdi (guide suprême). Cesismaéliens sont quelques millions autour de l'océan Indien, en Inde et en Afrique.

Religion et politique chez les chiites

Les chiites se distinguent des sunnites par l'existence d'un clergé très hiérarchisé, proche de la population et indépendant du pouvoir politique.

La population suit des «ayatollah» (ou «signe de Dieu»), chefs religieux régionaux qui se signalent par leur charisme, leur science et leur foi. Ces ayatollah portent en Iran le nom de leur ville d'attache. Ainsi Rouhollah Mostafavi, mort en 1989, est-il plus connu sous le nom de Khomeiny (de la ville de Khomeyn) et Ali-Akbar Hâchemi sous celui deRafsandjâni (de Rafsandjân).

Au sommet de l'État, il s'ensuit des différences majeures quant au gouvernement. Tandis que les musulmans sunnites acceptent la confusion de l'autorité politique et de l'autorité religieuse en une même personne (autrefois le calife, aujourd'hui le souverain, comme au Maroc, ou plus trivialement le dictateur du moment), les chiites distinguent les deux sphères politique et religieuse.

Dans l'actuelle République islamique d'Iran, le président élu de la République (depuis 2005, Mahmoud Ahmadinejad) doit composer avec le «Guide de la Révolution»(l'ayatollah Khomeyni, jusqu'à sa mort en 1989, puis l'ayatollah Ali Khamenei). Il est nommé par un conseil de 80 religieux ou mollahs, le Conseil des experts.

Le Guide de la Révolution, qui est aussi le chef de l'État, possède d'importantes prérogatives (nominations...) et figure hiérarchiquement au-dessus du Président, ce qui confirme l'orientation théocratique du régime mais limite les risques de dérive autocratique.

Ismaéliens, Fatimides et Nizarites

Au début du Xe siècle, un prédicateur ismaélien du nom d'Obéïd Allah se présente comme le descendant de Fatima, la fille du Prophète, et l'héritier d'Ismaïl.

Reconnu en Afrique du Nord comme le Mahdi, il fonde en 909 un califat dissident du califat sunnite de Bagdad. Établi à Kairouan (Tunisie actuelle), ce califat fatimide va d'abord régner sur l'Afrique du Nord, avant qu'il n'en soit chassé par des soulèvements populaires.

Ayant conquis l'Égypte en 969, les Fatimides s'installent en 972 au Caire et, pendant deux siècles, vont faire la prospérité du pays. Aux alentours de l'An Mil, sous le règne du calife Hakim, des prédicateurs ismaéliens fondent la secte des Druzes.

Un siècle plus tard, une lutte de succession à la tête du califat occasionne la naissance d'une nouvelle dissidence à l'initiative d'Hassan ben Sabbah. Celui-ci établit à Alamout, au-dessus de la mer Caspienne, la secte des ismaéliens nizarites, du nom de Nizar, un Fatimide victime de la lutte successorale. Ses fidèles sont aussi connus sous le nom d'Assassins !

Établis au Liban, en Israël et en Syrie, au nombre d'environ 250.000, les Druzes occupent aujourd'hui une place à part dans le monde islamique. Leurs rites secrets font dire à certains observateurs qu'ils ne sont pas à proprement parler des musulmans.

Alban Dignat

Des «Assassins» à l'Aga Khan

Les ismaéliens nizarites d'aujourd'hui sont dirigés par l'Aga Khan. Celui-ci descend deBuzurg Umid, successeur d'Hassan ben Sabbah à la tête de l'État nizarite. Bien que n'ayant pas d'État territorial, ii est le chef respecté (et très riche) d'une communauté pacifique de quinze millions de personnes présentes principalement sur les bords de l'Océan indien, y compris en Afrique orientale. Sa femme porte le titre de Bégum, bien connu de la presse magazine. On est loin ici de la réputation sulfureuse des Assassins.

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Vie et mort de Mahomet

Publié ou mis à jour le : 2013-06-14 22:47:23

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Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Anonyme (25-01-201606:42:30)

"Chiites indépendants du pouvoir politique"mais qui tiennent le pouvoir politique comme le montre cet article en Iran .

Tonio (04-01-201408:53:11)

Quel intérêt de valider tous ces commentaires illisibles car bourrés de fautes en tous genres - sauf un - et donc sans aucune plus-value ? ...

jean Louis TAXIL (16-06-201312:07:08)

Oui, excellent article. Il fait bien comprendre les sentiments controversés de la croyance islamique. venue six sècles après une chrétienté très vite divisée puis organisée dans de nombreuse écoles de pensées,elles-même très hiérachisées,il paraît normal qu'une croyance aussi forte née dans une même région, soit alors divisée.

Gilbert Orsini (15-06-201311:30:06)

Excellent article. Il clarifie un tas de données dont il est dommage que seuls les lecteurs (amis) d'hérodote bén

Jean-Claude PETERS (14-06-201317:45:21)

Corriger: Au sommet de l'état ...
Ismaéliens, Fatimides ...

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