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Publié par Patrick Granet

Baptisée Proxima b, cette planète est déjà présentée comme «potentiellement habitable». Elle n'en reste pas moins un monde encore lointain, et très différent de notre Terre.

  • Une exoplanète découverte autour de l'étoile la plus proche du soleil

Une planète en orbite autour de Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche de notre système solaire, a été découverte par une équipe internationale d’astronomes, coordonnée par Guillem Anglada-Escudé de l’Université Queen Mary de Londres, et dont les travaux sont publiés ce mercredi dans la revueNature. Baptisée Proxima b, vraisemblablement rocheuse et dotée d’une masse proche de celle de la Terre, elle est située dans une zone dite «habitable» ou «tempérée». Les conditions qui règnent dans cette zone permettent en théorie la présence d’eau liquide en surface.

En raison de sa proximité, «Proxima b pourrait être la première exoplanète à recevoir la visite d’une sonde si l’homme parvient un jour à développer les technologies nécessaires», a déclaré, cité par l'AFP, Julien Morin, du Laboratoire Univers et Particules CNRS/Université de Montpellier, co-auteur de l'étude. Cette nouvelle exoplanète tourne autour de Proxima du Centaure, une étoile de type naine rouge bien connue des astronomes, et qui se trouve à seulement 4,2 années-lumière du Soleil. Une distance très courte au sein de la galaxie mais encore largement hors de portée à échelle humaine…

Quelques ombres au tableau

Proxima b met 11,2 jours pour faire le tour de l’astre. Elle n’est distante que d’environ 7 millions de kilomètres de son étoile (soit 5% de la distance Terre-Soleil) mais celle-ci est 700 fois moins lumineuse que le Soleil. Cela permet à Proxima b «de se trouver dans la zone habitable qui entoure son étoile, la température régnant à la surface permettant d’envisager la présence d’eau liquide» en surface, souligne l’ESO. Les scientifiques estiment que la masse de la planète Proxima b est au moins 1,3 fois celle de la Terre. «Il s’agit très probablement d’une planète rocheuse et non d’une planète gazeuse», note Pedro Amado, de l’Institut d’astrophysique d’Andalousie.

Pour autant, Proxima b est sans doute assez différente de la Terre. «Elle se trouve clairement dans un environnement assez exotique comparé à celui de notre planète», pointe Julien Morin. Pour commencer, il semble probable qu'un de ses hémisphères soit en permanence exposé au jour, tandis que l'autre est plongé dans une nuit éternelle. «La nouvelle planète orbitant très près de son étoile, nous pensons que les force de marées tendent à synchroniser la rotation de la planète sur elle-même avec sa révolution autour de son étoile, indique-t-il. Elle montre sans doute toujours la même face à son étoile, comme la Lune nous montre toujours la même face.»

Autre écueil: on ignore encore si Proxima b est dotée d'une atmosphère. Cette question est cruciale pour déterminer ses chances d’abriter une forme de vie. Avec une atmosphère, «il est plausible que les températures soient de l’ordre de -30 degrés Celsius sur le côté dans l’ombre et de +30 degrés sur le côté exposé à la lumière»,déclare Guillem Anglada-Escudé.

Autre ombre au tableau, et de taille : en raison de sa proximité avec son étoile qui est assez active, Proxima b subit beaucoup plus de rayons X et de rayons ultraviolets extrêmes que la Terre n’en reçoit du Soleil (environ 100 fois plus, selon les chercheurs). Et sur Terre, l’atmosphère et la présence d’un champ magnétique nous protègent des rayonnements et des particules solaires.

«Il n'y a pas de doute»

Depuis 1995, des milliers d’exoplanètes (des planètes situées en dehors de notre système solaire) ont été découvertes, quelques dizaines paraissant potentiellement habitables. Cette petite dernière est de loin la plus proche jamais découverte. L'équipe a découvert Proxima b grâce à une campagne de recherches menée sur deux ans, qui s’est intensifiée au premier semestre.

Elle a mobilisé notamment le spectrographe HARPS installé sur un télescope de l’ESO (Observatoire européen austral) au Chili. Les chercheurs se sont également appuyés sur une série de mesures réalisées entre 2000 et 2014 sur des télescopes de l’ESO. Les astronomes ont mis en évidence Proxima b en parvenant à détecter la très faible oscillation de l’étoile résultant de l’attraction gravitationnelle générée par la petite planète en orbite. A intervalles réguliers, Proxima du Centaure se rapproche de nous puis elle s’éloigne, à une vitesse proche de 5 km/heure, comme le pas d’un humain.

Les chercheurs ont pris le soin de vérifier que ce phénomène ne pouvait pas être lié à l’activité magnétique de l’étoile. «Le signal est périodique, il se répète», a indiqué Anglada-Escudé lors d’un point de presse. «Statistiquement, il n’y a pas de doute, a-t-il dit. Nous avons trouvé une planète autour de Proxima du Centaure».

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