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Publié par Patrick Granet

Tolède a une vocation naturelle à devenir la capitale d'un grand État. Elle est idéalement perchée sur un promontoire granitique dans une boucle du Tage, grand fleuve qui traverse la péninsule ibérique jusqu'à Lisbonne. Elle regarde au nord vers une vaste plaine propice à son développement.

Capitale, elle l'a été dès le VIe siècle avec les Wisigoths puis avec les musulmans d'Espagne, avant d'accueillir les rois de Castille et Léon. Mais il a suffi d'un caprice de Philippe II, un monarque quelque peu teigneux, pour qu'elle soit abandonnée en 1561 au profit d'une bourgade rivale, Madrid.

Aujourd'hui, Tolède n'est plus que la capitale de la Castille-La Manche, l'une des 17communautés autonomes d'Espagne. C'est une ville d'à peine cent mille habitants qui prend ses aises dans la plaine.

Mais sur son promontoire de moins d'un kilomètre de rayon, la ville médiévale témoigne encore d'un fabuleux patrimoine architectural, artistique et spirituel. Accueillante à toutes les religions de la péninsule, le christianisme des Wisigoths dans sa version arienne, puis l'islam des envahisseurs et le judaïsme, enfin le catholicisme, elle a mérité d'être appelée la « ville des trois cu

Une capitale très disputée

Les Romains annexent la cité en 192 av. J.-C. et lui donnent le nom de Toletum.

Après la disparition de l'empire romain d'Occident, les Wisigoths, chassés de Gaule par les Francs, traversent les Pyrénées. Leur roi Leovigild fait alors de Tolède sa capitale. À sa mort, en 586, sous l'égide de son fils et successeur Réccarède, un concile national se réunit dans la ville et proclame l'abandon de l'arianisme pour le catholicisme.

Tolède va rester la capitale du royaume wisigoth pendant près de deux siècles, jusqu'à la conquête arabe. Elle devient plus tard, vers l'An Mil, la capitale de l'un des petits royaumes musulmans issus de la décomposition de l'émirat de Cordoue mais n'en tire guère de profit.

En mai 1085, le roi Alphonse VI « le Vaillant » reprend Tolède aux musulmans et se proclame emperador de las dos religiones, « empereur des deux religions », la chrétienne et la musulmane. Il laisse aux musulmans leurs biens, leur statut personnel, leur langue et bien sûr leurs mosquées. Mais il érige aussi au centre de la ville une solide forteresse, l'Alcázar, dont il confie le commandement à Rodrigue, plus connu sous le nom de Cid Campeador. Celui-ci, avide de bagarre, ne va pas s'y éterniser et aura tôt fait d'aller se tailler un royaume sur mesure à Valence.

Cinquante ans plus tard, les Almoravides, surgis du Maroc, refoulent les chrétiens mais pas pour très longtemps. Ils sont défaits à Las Navas de Tolosa en 1212. Triomphants, les rois de Castille et Léon s'établissent solidement dans l'Alcázar de Tolède, au cœur de leur royaume. Ils vont y rester trois à quatre siècles.

Un havre culturel

Tolède connaît alors une prospérité inédite du fait du climat de tolérance dans lequel vivent chrétiens, musulmans et également juifs, avec une oligarchie israélite riche et influente.

Des savants juifs réputés (Abraham ibn Ezra, Juda Halevi) animent d'importants foyers de discussion autour des synagogues.

La plus belle et la plus importante de celles-ci, plus tard transformée en église, est connue sous le nom de Santa-Maria la Blanca. Aujourd'hui accessible à la visite, elle offre un décor très épuré, remarquable d'élégance et de beauté austère, chef d'œuvre de l'art andalou.

Les musulmans ont également laissé plusieurs mosquées à Tolède, plus tard transformées en églises, aujourd'hui accessibles à la visite.

Leurs artisans apportent à l'aristocratie chrétienne une sensibilité originale qui puise ses racines dans l'art andalou ou islamique. On le qualifie d'art mudéjar...

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