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Publié par Patrick Granet

Convergence des luttes et concordances intellectuelles. C’est sous cette double constellation qu’était placé le meeting de lutte de mercredi soir organisé à Tolbiac. Parmi les messages lus, deux ont particulièrement attirés l’attention de l’amphi comble : ceux de Jacques Rancière et d’Etienne Balibar. Nous les reproduisons ci-dessous.

« Chers amis

Empêché d’être avec vous ce soir, je tiens à vous exprimer ma solidarité dans ce combat. Celui-ci ne concerne pas simplement les dispositions d’un texte législatif et ses conséquences pratiques. Une loi, c’est plus que des règles, c’est une manière de construire un monde commun. Ceux qui nous gouvernent ne veulent pas seulement que le travail soit meilleur marché. Ils veulent qu’il cesse d’être ce qu’il a été pendant près de deux siècles : un monde partagé d’expérience et de lutte et le sentiment d’une puissance commune. Ils veulent qu’il n’y ait, en face des puissances de la domination, que des individus gérant leur capital humain. De loi en loi, ce qu’ils cherchent à produire, ce ne sont pas seulement des instruments de pouvoir, c’est la résignation, le sentiment qu’il ne sert à rien de lutter et que le monde que nous subissons est celui que nous méritons. Ma pensée, ce soir, est avec ceux qui ont décidé de montrer qu’ils en méritaient un autre ».

Jacques Rancière

« Je ne peux malheureusement pas être présent à votre réunion de discussion et de préparation pour la journée d’action du 31 mars, qui je l’espère sera une réussite, mais je veux vous adresser un message de solidarité. Je le fais en tant que vieil universitaire et intellectuel engagé dans la politique depuis mes années d’étude, non pas pour vous donner des conseils, mais pour témoigner d’un passage entre les générations. La loi El Khomri menace des acquis fondamentaux du droit du travail sans offrir pour autant la moindre garantie de contribuer au recul du chômage, cette calamité qui frappe aujourd’hui la jeunesse (et notamment celle qui est issue des régions et quartiers déshérités), entretenant une désespérance grosse de tous les dangers. Au contraire, cette loi va augmenter l’insécurité sociale et la précarité de l’existence. Préparée par des négociations occultes avec le patronat, elle n’a tenu aucun compte ni des enquêtes sociologiques, ni des rapports officiels, ni des avis de la représentation parlementaire. C’est un déni de démocratie en même temps qu’une régression sociale. A quoi s’ajoutent aujourd’hui, prenant prétexte de l’état d’urgence, des formes d’interdiction de la liberté de réunion et de manifestation, et des violences policières qui rappellent de sinistres souvenirs. Une mobilisation massive, réfléchie, responsable, mais résolue, s’impose donc. Je suis heureux de voir qu’elle prend forme et je vous adresse un cordial salut ».

Etienne Balibar, ancien enseignant à Paris 1, professeur émérite (philosophie) à Paris-Ouest Nanterre.

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MOTS-CLÉS Loi El Khomri

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