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Publié par Patrick Granet

, Organisation Communiste Libertarie (OCL): Courant Alternatif #262

La question de la répression à fortement alimentée les conversations des participants au
mouvement contre la loi travail, la résurgence d’une violence assumée, la militarisation
du maintien l’ordre, l’apparition de nouvelles techniques (la nasse) et la rupture avec
les traditions antérieures (intervention dans le cortège syndicales du Premier Mai) ont de
quoi effectivement interroger (1). ---- Mais se cantonner à une analyse de type
conflictuelle et/ou militaire c’est forcément se limiter dans la compréhension du
phénomène. Tout autant que sa violence la répression révèle l’état des relations sociales
(c’est-à-dire de la lutte des classes) et de la période à ce titre, la
social-démocratie-on serait tenter de dire la gauche, à toujours été en pointe pour
pouvoir manier carotte et très gros bâton à l’égard des mouvements sociaux, et dans ce
contexte de dislocation d’un modèle social et politique.

Il n’est pas inutile de revenir quelques faits historiques et d’élaborer quelques
hypothèses sur le moment en cours. Car mieux comprendre les raisons de la violence dans
les réponses policières, c’est se donner les moyens, collectivement, de mieux y résister
et ainsi de se conduire en politique, c’est-à-dire d’agir au lieu d’être agi, de faire la
politique au lieu d’être fait, d’être refait par elle.

LA GAUCHE ET LA RUE

La question de la rue et de ses usages constitue une véritable métaphore de la question
politique dans son ensemble. En elles se croisent les questions clefs de rapport de
l’ordre et de la violence, du légal et de l’informel. La rue est au carrefour des peurs et
des utopies, objet de conquête et source de défiance. Lieu de la fête, elle est liée aux
plaisirs partagés et au bonheur social mais associée à la foule incontrôlée, elle incarne
ce qui menace l’ordre institutionnel. Cet imaginaire est encore puissant et imprégné dans
les mentalités politiques contemporaines. En proclamant en 2003 que «la rue ne gouverne
pas», Raffarin soulignait de facto sa capacité conservée (et à ce titre combattue par lui)
à faire politique et, dès lors, histoire. De même lorsque que Lutte Ouvrière affirme sur
ces autocollants que ce que le parlement fait la rue peut le défaire ; les deux, bien que
se situant de deux cotés opposées de la barricade, procèdent de la même référence.

La barricade justement a constitué l’image d’Epinal de la révolution tout au cours du
19ème siècle et les «journées» telles qu’on les nommait alors ont rythmé la vie politique.
Si après la défaite de la Commune, la rue a cessé de faire et de défaire les régimes, la
République étant née de la rue, les républicains de gouvernement ne peuvent se contenter
d’en réprimer indistinctement toutes les apparitions. Vient alors le problème des formes
adéquates de l’expression démocratique: c’est le conflit entre les politiques afin de
savoir qui de l’urne ou de la rue est la plus légitime, dans un régime où le suffrage
«universel» (2) permet idéalement à chacun de s’exprimer librement. L’expression issue de
la rue devenue redondante et suspecte est disqualifiée et le vote devient le seul moyen
d’expression politique valable voire autorisée. L’usage de la rue est alors ritualisée et
participe du consensus démocratique et le gouvernement devient le garant de l’ordre public
qui s’apparente désormais à l’ordre social car l’ordre public n’est jamais que la marque
du pouvoir, d’un pouvoir ; il n’est pas en soi la Justice ou le Droit, ni non plus leur
contraire, il vaut simplement ce pouvoir.

La rue et donc l’espace public peut sont donc des enjeux primordiaux et certains moments
politiques et sociaux ont trouvé leurs traductions dans la rue et dans son contrôle.
Sous la IIIème République les mouvements de rue ne disparaissent pas mais se muent
progressivement en manifestations d’une autre espèce. On peut dater précisément ce
basculement avec l’année 1907. Sous prétexte de ne pas avoir rencontré les organisateurs,
Clemenceau interdit une manifestation de la CGT prévue pour le 20 janvier. Maintenu, le
défilé provoquera de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, ainsi
que la fermeture de la Bourse du travail de Paris. Une polémique s’engage sur le droit de
manifester ; les uns arguant du respect de l’ordre public, les autres des droits des
travailleurs. Commence alors un marchandage des conditions auxquelles les manifestations
peuvent être autorisées Clemenceau pose le préalable de la discipline et de l’organisation
sérieuse de la manifestation.

Cette exigence d’ordre se concrétisera deux ans plus tard, à la suite des émeutes de la
première manifestation de protestation contre l’exécution du militant espagnol Francisco
Ferrer (13 octobre 1909) (3). Afin de «prouver que la Fédération de la Seine est capable
d’organiser et de discipliner elle-même une manifestation» (4), la CGT et les socialistes
s’emploient à organiser un second défilé, cette fois négocié, préparé par voie de presse
et encadré par des hommes de confiance, dirigeants ou élus. On trouve là les prémisses des
futurs S.O et de l’institutionnalisation progressive des comportements légitimes (et donc
autorisés) des manifestants.

Dans ce rôle la social-démocratie au pouvoir (on serait tenté de dire la gauche) a
toujours su fixer les limites de ce qui étaient acceptables et le rappel à l’ordre est
parfois très violent. Ainsi si l’on se plaît en ces temps de commémoration du Front
Populaire à se souvenir de la journée du 6 février 1934 et des manifestations unitaires
qui en découlèrent, on peine plus souvent à se rappeler la fusillade de Clichy, le 16 mars
1937 en réponse à un meeting du PSF du Colonel, des antifascistes organise une
contre-manifestation déclaré illégale par le gouvernement et son ministre de l’intérieur
René Marx Dormoy. La police ouvre le feu sur une foule de plusieurs milliers de personnes
et six manifestants meurent, 276 autres sont blessés.

On pourrait multiplier les exemples (grèves de 1948, etc.) où les limites de l’expression
politique furent imposées dans la rue par la force et où les ministres de l’intérieur de
gauche ont sur endosser le costume de l’Etat sans frémir.

A chaque fois cette répression ci à servit à faire accepter soit le cours d’une politique,
soit à isoler la protestation en la poussant à des formes minoritaires et marginales de
protestation.

QUE SIGNIFIE LE TYPE DE MAINTIEN DE L ORDRE ACTUEL

Le maintien de l’ordre a ses instruments qui ont évolué au fil des tendances et des
nouvelles technologies. La sécurité même publique c’est d’abord un marché comme le
souligne Mathieu Rigouste (5). L’occasion pour tout un tas de charlatans de refiler leur
camelote (Taser, LDB et Flashballs) et l’idéologie qui va avec (un maximum d’effet pour un
minimum de coût) dans de multiples salons comme par exemple Milipol etc. Les manifestants
parisiens ont ainsi été survolés par un drone qui les filmait depuis le ciel. On imagine
le sentiment de toute puissance de la préfecture de police de Paris à s’amuser avec ces
nouveaux jouets c’est que les caméras remplacent les hommes et font faire des économies
.La restructuration de la main droite de L’Etats à donc entraîner une militarisation
progressive des forces policières, de leurs tactiques de maintien de l’ordre et une
’influence croissante du secteur privé.

Pourtant cela n’explique pas complètement pourquoi la violence d’État a été amplifiée et
que la pacification des foules ne semble plus être la norme. Bien au contraire,
l’affrontement et la conflictualité sociale sont assumés. Les nouvelles formes de
protestations (pétitions en ligne, rassemblement neuneu type tous en blanc de la CFE CGC
etc) sont tout a fait en adéquations avec le syndicalisme d’accompagnement). Il y à
également la volonté de tester le degré d’acceptabilité de la population, ainsi la mort
d’un jeune manifestant au cours d’une opération de maintien de l’ordre ne semble plus être
un casus belli et on peut voir un ministre de l’Interieur plastronner malgré un bilan de
cette sorte. Mais allons plus loin la gestion du maintien du maintien de l’ordre envoie un
message à toute une partie du mouvement social. Le cycle de luttes issu des grèves de 1995
en France et de l’altermondialisme est mort et enterré. Il n’y a plus d’autre avenir
possible, parce qu’il n’y a plus d’avenir: l’alternative est morte. L’absence d’avenir, ce
n’est pas seulement la disparition de la promesse de vivre mieux, mais encore le fait de
poser comme enjeu. Et ce message s’adresse à toute la gauche, l’Etat PS n’ayant plus
besoin de ses relais sociaux puisque qu’il n’y a plus rien à relayer, il faut désormais
choisir, marche ou crève. La guerre de classe a bien lieu et c’est eu eux qui la mène. La
phrase d’Engels «en dernière instance l’Etat c’est une bande d’hommes armés» résonne comme
une douloureuse actualité.

Jean-Mi

(1) On aurait tort de sous-estimer la connaissance des ce genre de données chez nos
élites, déjà il faut rappeler que cela fait partie du cursus minimal à Sciences Po mais
par ailleurs Valls n’a jamais cesser d’affirmer qu’il considérait Clemenceau comme faisant
partie de ses modèles. Enfin l’un de ses plus proches compagnons Alain Bauer était
responsable du service d’ordre de l’Unef en 1986.

(2) On rappellera aux cancres pacifistes et anti abstentionnistes qui n’ont pas été
attentifs aux cours d’éducation civique que le suffrage «universel» (excepté femmes et
étrangers bien sur) entre guillemet à été obtenues grâce aux journées émeutières de juin 1848.

(3) Humanité du 17 octobre 1909

(4) On lira avec profit sur toute cette période le goût de l’émeute d’Anne Steiner aux
éditions de l’Echappée

(5) Dans Mater la meute Lesley J.Wood editions Lux

P.-S.
La "nasse policière" n’est pas seulement une tactique honteuse de maintien du désordre,
c’est l’exacte métaphore de la vie qu’on nous fait mener partout, tout le temps, quand "le
spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l’économie les a totalement soumis."
Jerome Leroy

http://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article1870
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
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Jesus Belzunce sur

La question de la répression à fortement alimentée les conversations des participants au
mouvement contre la loi travail, la résurgence d’une violence assumée, la militarisation
du maintien l’ordre, l’apparition de nouvelles techniques (la nasse) et la rupture avec
les traditions antérieures (intervention dans le cortège syndicales du Premier Mai) ont de
quoi effectivement interroger (1). ---- Mais se cantonner à une analyse de type
conflictuelle et/ou militaire c’est forcément se limiter dans la compréhension du
phénomène. Tout autant que sa violence la répression révèle l’état des relations sociales
(c’est-à-dire de la lutte des classes) et de la période à ce titre, la
social-démocratie-on serait tenter de dire la gauche, à toujours été en pointe pour
pouvoir manier carotte et très gros bâton à l’égard des mouvements sociaux, et dans ce
contexte de dislocation d’un modèle social et politique.

Il n’est pas inutile de revenir quelques faits historiques et d’élaborer quelques
hypothèses sur le moment en cours. Car mieux comprendre les raisons de la violence dans
les réponses policières, c’est se donner les moyens, collectivement, de mieux y résister
et ainsi de se conduire en politique, c’est-à-dire d’agir au lieu d’être agi, de faire la
politique au lieu d’être fait, d’être refait par elle.

LA GAUCHE ET LA RUE

La question de la rue et de ses usages constitue une véritable métaphore de la question
politique dans son ensemble. En elles se croisent les questions clefs de rapport de
l’ordre et de la violence, du légal et de l’informel. La rue est au carrefour des peurs et
des utopies, objet de conquête et source de défiance. Lieu de la fête, elle est liée aux
plaisirs partagés et au bonheur social mais associée à la foule incontrôlée, elle incarne
ce qui menace l’ordre institutionnel. Cet imaginaire est encore puissant et imprégné dans
les mentalités politiques contemporaines. En proclamant en 2003 que «la rue ne gouverne
pas», Raffarin soulignait de facto sa capacité conservée (et à ce titre combattue par lui)
à faire politique et, dès lors, histoire. De même lorsque que Lutte Ouvrière affirme sur
ces autocollants que ce que le parlement fait la rue peut le défaire ; les deux, bien que
se situant de deux cotés opposées de la barricade, procèdent de la même référence.

La barricade justement a constitué l’image d’Epinal de la révolution tout au cours du
19ème siècle et les «journées» telles qu’on les nommait alors ont rythmé la vie politique.
Si après la défaite de la Commune, la rue a cessé de faire et de défaire les régimes, la
République étant née de la rue, les républicains de gouvernement ne peuvent se contenter
d’en réprimer indistinctement toutes les apparitions. Vient alors le problème des formes
adéquates de l’expression démocratique: c’est le conflit entre les politiques afin de
savoir qui de l’urne ou de la rue est la plus légitime, dans un régime où le suffrage
«universel» (2) permet idéalement à chacun de s’exprimer librement. L’expression issue de
la rue devenue redondante et suspecte est disqualifiée et le vote devient le seul moyen
d’expression politique valable voire autorisée. L’usage de la rue est alors ritualisée et
participe du consensus démocratique et le gouvernement devient le garant de l’ordre public
qui s’apparente désormais à l’ordre social car l’ordre public n’est jamais que la marque
du pouvoir, d’un pouvoir ; il n’est pas en soi la Justice ou le Droit, ni non plus leur
contraire, il vaut simplement ce pouvoir.

La rue et donc l’espace public peut sont donc des enjeux primordiaux et certains moments
politiques et sociaux ont trouvé leurs traductions dans la rue et dans son contrôle.
Sous la IIIème République les mouvements de rue ne disparaissent pas mais se muent
progressivement en manifestations d’une autre espèce. On peut dater précisément ce
basculement avec l’année 1907. Sous prétexte de ne pas avoir rencontré les organisateurs,
Clemenceau interdit une manifestation de la CGT prévue pour le 20 janvier. Maintenu, le
défilé provoquera de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, ainsi
que la fermeture de la Bourse du travail de Paris. Une polémique s’engage sur le droit de
manifester ; les uns arguant du respect de l’ordre public, les autres des droits des
travailleurs. Commence alors un marchandage des conditions auxquelles les manifestations
peuvent être autorisées Clemenceau pose le préalable de la discipline et de l’organisation
sérieuse de la manifestation.

Cette exigence d’ordre se concrétisera deux ans plus tard, à la suite des émeutes de la
première manifestation de protestation contre l’exécution du militant espagnol Francisco
Ferrer (13 octobre 1909) (3). Afin de «prouver que la Fédération de la Seine est capable
d’organiser et de discipliner elle-même une manifestation» (4), la CGT et les socialistes
s’emploient à organiser un second défilé, cette fois négocié, préparé par voie de presse
et encadré par des hommes de confiance, dirigeants ou élus. On trouve là les prémisses des
futurs S.O et de l’institutionnalisation progressive des comportements légitimes (et donc
autorisés) des manifestants.

Dans ce rôle la social-démocratie au pouvoir (on serait tenté de dire la gauche) a
toujours su fixer les limites de ce qui étaient acceptables et le rappel à l’ordre est
parfois très violent. Ainsi si l’on se plaît en ces temps de commémoration du Front
Populaire à se souvenir de la journée du 6 février 1934 et des manifestations unitaires
qui en découlèrent, on peine plus souvent à se rappeler la fusillade de Clichy, le 16 mars
1937 en réponse à un meeting du PSF du Colonel, des antifascistes organise une
contre-manifestation déclaré illégale par le gouvernement et son ministre de l’intérieur
René Marx Dormoy. La police ouvre le feu sur une foule de plusieurs milliers de personnes
et six manifestants meurent, 276 autres sont blessés.

On pourrait multiplier les exemples (grèves de 1948, etc.) où les limites de l’expression
politique furent imposées dans la rue par la force et où les ministres de l’intérieur de
gauche ont sur endosser le costume de l’Etat sans frémir.

A chaque fois cette répression ci à servit à faire accepter soit le cours d’une politique,
soit à isoler la protestation en la poussant à des formes minoritaires et marginales de
protestation.

QUE SIGNIFIE LE TYPE DE MAINTIEN DE L ORDRE ACTUEL

Le maintien de l’ordre a ses instruments qui ont évolué au fil des tendances et des
nouvelles technologies. La sécurité même publique c’est d’abord un marché comme le
souligne Mathieu Rigouste (5). L’occasion pour tout un tas de charlatans de refiler leur
camelote (Taser, LDB et Flashballs) et l’idéologie qui va avec (un maximum d’effet pour un
minimum de coût) dans de multiples salons comme par exemple Milipol etc. Les manifestants
parisiens ont ainsi été survolés par un drone qui les filmait depuis le ciel. On imagine
le sentiment de toute puissance de la préfecture de police de Paris à s’amuser avec ces
nouveaux jouets c’est que les caméras remplacent les hommes et font faire des économies
.La restructuration de la main droite de L’Etats à donc entraîner une militarisation
progressive des forces policières, de leurs tactiques de maintien de l’ordre et une
’influence croissante du secteur privé.

Pourtant cela n’explique pas complètement pourquoi la violence d’État a été amplifiée et
que la pacification des foules ne semble plus être la norme. Bien au contraire,
l’affrontement et la conflictualité sociale sont assumés. Les nouvelles formes de
protestations (pétitions en ligne, rassemblement neuneu type tous en blanc de la CFE CGC
etc) sont tout a fait en adéquations avec le syndicalisme d’accompagnement). Il y à
également la volonté de tester le degré d’acceptabilité de la population, ainsi la mort
d’un jeune manifestant au cours d’une opération de maintien de l’ordre ne semble plus être
un casus belli et on peut voir un ministre de l’Interieur plastronner malgré un bilan de
cette sorte. Mais allons plus loin la gestion du maintien du maintien de l’ordre envoie un
message à toute une partie du mouvement social. Le cycle de luttes issu des grèves de 1995
en France et de l’altermondialisme est mort et enterré. Il n’y a plus d’autre avenir
possible, parce qu’il n’y a plus d’avenir: l’alternative est morte. L’absence d’avenir, ce
n’est pas seulement la disparition de la promesse de vivre mieux, mais encore le fait de
poser comme enjeu. Et ce message s’adresse à toute la gauche, l’Etat PS n’ayant plus
besoin de ses relais sociaux puisque qu’il n’y a plus rien à relayer, il faut désormais
choisir, marche ou crève. La guerre de classe a bien lieu et c’est eu eux qui la mène. La
phrase d’Engels «en dernière instance l’Etat c’est une bande d’hommes armés» résonne comme
une douloureuse actualité.

Jean-Mi

(1) On aurait tort de sous-estimer la connaissance des ce genre de données chez nos
élites, déjà il faut rappeler que cela fait partie du cursus minimal à Sciences Po mais
par ailleurs Valls n’a jamais cesser d’affirmer qu’il considérait Clemenceau comme faisant
partie de ses modèles. Enfin l’un de ses plus proches compagnons Alain Bauer était
responsable du service d’ordre de l’Unef en 1986.

(2) On rappellera aux cancres pacifistes et anti abstentionnistes qui n’ont pas été
attentifs aux cours d’éducation civique que le suffrage «universel» (excepté femmes et
étrangers bien sur) entre guillemet à été obtenues grâce aux journées émeutières de juin 1848.

(3) Humanité du 17 octobre 1909

(4) On lira avec profit sur toute cette période le goût de l’émeute d’Anne Steiner aux
éditions de l’Echappée

(5) Dans Mater la meute Lesley J.Wood editions Lux

P.-S.
La "nasse policière" n’est pas seulement une tactique honteuse de maintien du désordre,
c’est l’exacte métaphore de la vie qu’on nous fait mener partout, tout le temps, quand "le
spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l’économie les a totalement soumis."
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La question de la répression à fortement alimentée les conversations des participants au
mouvement contre la loi travail, la résurgence d’une violence assumée, la militarisation
du maintien l’ordre, l’apparition de nouvelles techniques (la nasse) et la rupture avec
les traditions antérieures (intervention dans le cortège syndicales du Premier Mai) ont de
quoi effectivement interroger (1). ---- Mais se cantonner à une analyse de type
conflictuelle et/ou militaire c’est forcément se limiter dans la compréhension du
phénomène. Tout autant que sa violence la répression révèle l’état des relations sociales
(c’est-à-dire de la lutte des classes) et de la période à ce titre, la
social-démocratie-on serait tenter de dire la gauche, à toujours été en pointe pour
pouvoir manier carotte et très gros bâton à l’égard des mouvements sociaux, et dans ce
contexte de dislocation d’un modèle social et politique.


Il n’est pas inutile de revenir quelques faits historiques et d’élaborer quelques
hypothèses sur le moment en cours. Car mieux comprendre les raisons de la violence dans
les réponses policières, c’est se donner les moyens, collectivement, de mieux y résister
et ainsi de se conduire en politique, c’est-à-dire d’agir au lieu d’être agi, de faire la
politique au lieu d’être fait, d’être refait par elle.


LA GAUCHE ET LA RUE


La question de la rue et de ses usages constitue une véritable métaphore de la question
politique dans son ensemble. En elles se croisent les questions clefs de rapport de
l’ordre et de la violence, du légal et de l’informel. La rue est au carrefour des peurs et
des utopies, objet de conquête et source de défiance. Lieu de la fête, elle est liée aux
plaisirs partagés et au bonheur social mais associée à la foule incontrôlée, elle incarne
ce qui menace l’ordre institutionnel. Cet imaginaire est encore puissant et imprégné dans
les mentalités politiques contemporaines. En proclamant en 2003 que «la rue ne gouverne
pas», Raffarin soulignait de facto sa capacité conservée (et à ce titre combattue par lui)
à faire politique et, dès lors, histoire. De même lorsque que Lutte Ouvrière affirme sur
ces autocollants que ce que le parlement fait la rue peut le défaire ; les deux, bien que
se situant de deux cotés opposées de la barricade, procèdent de la même référence.


La barricade justement a constitué l’image d’Epinal de la révolution tout au cours du
19ème siècle et les «journées» telles qu’on les nommait alors ont rythmé la vie politique.
Si après la défaite de la Commune, la rue a cessé de faire et de défaire les régimes, la
République étant née de la rue, les républicains de gouvernement ne peuvent se contenter
d’en réprimer indistinctement toutes les apparitions. Vient alors le problème des formes
adéquates de l’expression démocratique: c’est le conflit entre les politiques afin de
savoir qui de l’urne ou de la rue est la plus légitime, dans un régime où le suffrage
«universel» (2) permet idéalement à chacun de s’exprimer librement. L’expression issue de
la rue devenue redondante et suspecte est disqualifiée et le vote devient le seul moyen
d’expression politique valable voire autorisée. L’usage de la rue est alors ritualisée et
participe du consensus démocratique et le gouvernement devient le garant de l’ordre public
qui s’apparente désormais à l’ordre social car l’ordre public n’est jamais que la marque
du pouvoir, d’un pouvoir ; il n’est pas en soi la Justice ou le Droit, ni non plus leur
contraire, il vaut simplement ce pouvoir.


La rue et donc l’espace public peut sont donc des enjeux primordiaux et certains moments
politiques et sociaux ont trouvé leurs traductions dans la rue et dans son contrôle.
Sous la IIIème République les mouvements de rue ne disparaissent pas mais se muent
progressivement en manifestations d’une autre espèce. On peut dater précisément ce
basculement avec l’année 1907. Sous prétexte de ne pas avoir rencontré les organisateurs,
Clemenceau interdit une manifestation de la CGT prévue pour le 20 janvier. Maintenu, le
défilé provoquera de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, ainsi
que la fermeture de la Bourse du travail de Paris. Une polémique s’engage sur le droit de
manifester ; les uns arguant du respect de l’ordre public, les autres des droits des
travailleurs. Commence alors un marchandage des conditions auxquelles les manifestations
peuvent être autorisées Clemenceau pose le préalable de la discipline et de l’organisation
sérieuse de la manifestation.


Cette exigence d’ordre se concrétisera deux ans plus tard, à la suite des émeutes de la
première manifestation de protestation contre l’exécution du militant espagnol Francisco
Ferrer (13 octobre 1909) (3). Afin de «prouver que la Fédération de la Seine est capable
d’organiser et de discipliner elle-même une manifestation» (4), la CGT et les socialistes
s’emploient à organiser un second défilé, cette fois négocié, préparé par voie de presse
et encadré par des hommes de confiance, dirigeants ou élus. On trouve là les prémisses des
futurs S.O et de l’institutionnalisation progressive des comportements légitimes (et donc
autorisés) des manifestants.


Dans ce rôle la social-démocratie au pouvoir (on serait tenté de dire la gauche) a
toujours su fixer les limites de ce qui étaient acceptables et le rappel à l’ordre est
parfois très violent. Ainsi si l’on se plaît en ces temps de commémoration du Front
Populaire à se souvenir de la journée du 6 février 1934 et des manifestations unitaires
qui en découlèrent, on peine plus souvent à se rappeler la fusillade de Clichy, le 16 mars
1937 en réponse à un meeting du PSF du Colonel, des antifascistes organise une
contre-manifestation déclaré illégale par le gouvernement et son ministre de l’intérieur
René Marx Dormoy. La police ouvre le feu sur une foule de plusieurs milliers de personnes
et six manifestants meurent, 276 autres sont blessés.


On pourrait multiplier les exemples (grèves de 1948, etc.) où les limites de l’expression
politique furent imposées dans la rue par la force et où les ministres de l’intérieur de
gauche ont sur endosser le costume de l’Etat sans frémir.


A chaque fois cette répression ci à servit à faire accepter soit le cours d’une politique,
soit à isoler la protestation en la poussant à des formes minoritaires et marginales de
protestation.


QUE SIGNIFIE LE TYPE DE MAINTIEN DE L ORDRE ACTUEL


Le maintien de l’ordre a ses instruments qui ont évolué au fil des tendances et des
nouvelles technologies. La sécurité même publique c’est d’abord un marché comme le
souligne Mathieu Rigouste (5). L’occasion pour tout un tas de charlatans de refiler leur
camelote (Taser, LDB et Flashballs) et l’idéologie qui va avec (un maximum d’effet pour un
minimum de coût) dans de multiples salons comme par exemple Milipol etc. Les manifestants
parisiens ont ainsi été survolés par un drone qui les filmait depuis le ciel. On imagine
le sentiment de toute puissance de la préfecture de police de Paris à s’amuser avec ces
nouveaux jouets c’est que les caméras remplacent les hommes et font faire des économies
.La restructuration de la main droite de L’Etats à donc entraîner une militarisation
progressive des forces policières, de leurs tactiques de maintien de l’ordre et une
’influence croissante du secteur privé.


Pourtant cela n’explique pas complètement pourquoi la violence d’État a été amplifiée et
que la pacification des foules ne semble plus être la norme. Bien au contraire,
l’affrontement et la conflictualité sociale sont assumés. Les nouvelles formes de
protestations (pétitions en ligne, rassemblement neuneu type tous en blanc de la CFE CGC
etc) sont tout a fait en adéquations avec le syndicalisme d’accompagnement). Il y à
également la volonté de tester le degré d’acceptabilité de la population, ainsi la mort
d’un jeune manifestant au cours d’une opération de maintien de l’ordre ne semble plus être
un casus belli et on peut voir un ministre de l’Interieur plastronner malgré un bilan de
cette sorte. Mais allons plus loin la gestion du maintien du maintien de l’ordre envoie un
message à toute une partie du mouvement social. Le cycle de luttes issu des grèves de 1995
en France et de l’altermondialisme est mort et enterré. Il n’y a plus d’autre avenir
possible, parce qu’il n’y a plus d’avenir: l’alternative est morte. L’absence d’avenir, ce
n’est pas seulement la disparition de la promesse de vivre mieux, mais encore le fait de
poser comme enjeu. Et ce message s’adresse à toute la gauche, l’Etat PS n’ayant plus
besoin de ses relais sociaux puisque qu’il n’y a plus rien à relayer, il faut désormais
choisir, marche ou crève. La guerre de classe a bien lieu et c’est eu eux qui la mène. La
phrase d’Engels «en dernière instance l’Etat c’est une bande d’hommes armés» résonne comme
une douloureuse actualité.


Jean-Mi


(1) On aurait tort de sous-estimer la connaissance des ce genre de données chez nos
élites, déjà il faut rappeler que cela fait partie du cursus minimal à Sciences Po mais
par ailleurs Valls n’a jamais cesser d’affirmer qu’il considérait Clemenceau comme faisant
partie de ses modèles. Enfin l’un de ses plus proches compagnons Alain Bauer était
responsable du service d’ordre de l’Unef en 1986.


(2) On rappellera aux cancres pacifistes et anti abstentionnistes qui n’ont pas été
attentifs aux cours d’éducation civique que le suffrage «universel» (excepté femmes et
étrangers bien sur) entre guillemet à été obtenues grâce aux journées émeutières de juin 1848.


(3) Humanité du 17 octobre 1909


(4) On lira avec profit sur toute cette période le goût de l’émeute d’Anne Steiner aux
éditions de l’Echappée


(5) Dans Mater la meute Lesley J.Wood editions Lux


P.-S.
La "nasse policière" n’est pas seulement une tactique honteuse de maintien du désordre,
c’est l’exacte métaphore de la vie qu’on nous fait mener partout, tout le temps, quand "le
spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l’économie les a totalement soumis."
Jerome Leroy


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