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Publié par Patrick Granet

Noam Chomsky, Noam Chomsky, 1928- linguiste et philosophe américain. Il y a deux Noam Chomsky, le linguiste et l’intellectuel engagé. En tant que linguiste, Noam Chomsky est le promoteur de la « grammaire générative ». Il est partisan d’un certain innéisme, c'est-à-dire qu’il considère que les facultés langagières humaines s’expliquent par une structure innée, la « grammaire universelle », qui permet aux enfants d’avoir une connaissance spontanée de la grammaire élémentaire propre à toutes les langues humaine. On remarquera que malgré ce présupposé en faveur de l’innée, Chomsky n’est pas du tout un « conservateur » au sens politique du terme et se situe clairement à gauche de l’échiquier politique. En se référant notamment à l’usage queKropotkine fait du darwinisme, Chomsky a d’ailleurs combattu comme une idée reçue, l’opinion selon laquelle les partisans de l’innée seraient situés « plutôt à droite » et ceux de l’acquis « plutôt à gauche ». Ses propres conceptions innéistes, se concilient avec sa reconnaissance de la capacité des êtres humains à se mobiliser pour obtenir davantage de justice et une plus équitable répartition des richesses.
Les travaux de Chomsky ont eu un très grand impact dans le domaine de la linguistique et des sciences cognitives, en permettant notamment de dépasser les approches strictement « comportementalistes ».
En tant qu’intellectuel, Chomsky s’est surtout fait connaître par ses critiques féroces de la politique étrangère des états Unis, qui se sont notamment exprimées dans son opposition à la guerre du Vietnam, puis aux interventions en Irak ou au Kosovo, et par sa dénonciation des agissements anti-démocratiques en Amérique latine. Il a par ailleurs développé une théorie critique de la manière dont les média de masse manipulent l’opinion publique et « fabriquent son consentement » afin de justifier la position dominante des Etats-Unis et de garantir les intérêts financiers et marchands. Vous trouverez sur ce site deux films illustrant ses opinions : La fabrique du consentement et Chomsky et Cie.
Sympathisant du mouvement anarcho-syndicaliste et membre du syndicatIWW – Industrial Workers of the World – Chomsky se réfère souvent au mouvement anarchiste. Ce positionnement a été controversé, certain voyant en Chomsky un « anarchiste d’état », qui propagerait une fausse conception de l’anarchie. Il est vrai que Chomsky adopte une attitude que d’aucuns jugeront « réformiste » en admettant qu’il est nécessaire, au moins provisoirement, de sauvegarder certaines institutions étatiques pour protéger les populations des prédateurs féroces que sont le firmes multinationales.

La révolution est un moyen, pas un but. Si nous nous engageons en faveur d’objectifs donnés, quels qu’ils soient, nous chercherons à les réaliser pacifiquement, par la persuasion et le consensus si possible – du moins, si nous ne sommes pas fous et si nous avons un minimum de sens moral. Cela est vrai, notre but fût-il révolutionnaire ou pas. Il n’existe pas de formule générale pour savoir si – ou quand – d’autres moyens seraient nécessaires et appropriés. Même le révolutionnaire le plus ardent est d’accord avec cela – à supposer qu’il ne soit pas fou et qu’il possède un minimum de sens moral.

il nuance son propos, puisqu’il admet au moins que la révolution est un moyen, à n’employer – peut-être – qu’en cas d’échec du réformisme. Chomsky semble prétendre qu’on ne peut pas savoir quand la révolution se justifie. Il demeure cependant plutôt ambigu en la circonstance, notamment parce que, contrairement à son habitude, il n’a pas défini sérieusement ce qu’il entendant par « réformisme » et par « révolution ».

Lorsqu’il répond à la question de Jean Bricmont « Par contre, le réformisme n’est-il pas toujours récupéré par le système ? » :

Si par « récupération » on entend que demeurent certains aspects d’un ordre injuste, malgré les progrès humain, cela est sans doute vrai ? Mais personne ne pense sérieusement atteindre l’utopie d’un seul coup – ou même l’atteindre un jour. Le progrès dans les affaires humaines est un peu comme l’alpinisme.

il dévoile sa conception du « progrès humain » qui n’est pas sans rappeler l’idéal scientiste. Enfin, lorsqu’il avance :

Mais supposons qu’un jour, nous découvrions des preuves convaincantes montrant qu’il faille maintenir une certaine forme de gouvernement pour que la société puisse survivre. Dans ce cas-là, aucune personne sensée n’irait rejeter cette conclusion pour le plaisir de se dire « anarchiste ». Ce serait là une forme d’égocentrisme obsessionnel frôlant la démence. Il n’est pas très utile d’agiter des drapeaux et de crier des slogans. Nous devons essayer de découvrir quelles sont les formes d’interaction et d’organisation susceptibles de favoriser la liberté, la justice l’épanouissement de chacun, ainsi que de nos autres valeurs.

on pourrait se demander à quels types de « preuve » il fait allusion lui qui avait admis que lorsqu’on abordait de « l’humain », il n’existait pas de véritables théories. Certes, il n’est pas utile « d’agiter des drapeaux et de crier des slogans » pour le plaisir de se dire « anarchiste », mais c’est bien lui qui a revendiqué cette étiquette et agité ce tissu noir.

L’anarchisme, du moins tel que je le comprends …, est une tendance de la pensée et de l’action humaines qui cherche à identifier les structures d’autorité et de domination, et à les appeler à se justifier, et dès qu’elles s’en montrent incapables (ce qui arrive fréquemment), à travailler à les surmonter.

On remarquera qu’il ne s’agit plus de démanteler les structures d’autorité, mais de les surmonter ou peut-être tout simplement de « les appeler à se justifier », sans forcément les remettre en cause

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