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Publié par Patrick Granet

Murray Bookchin. Pour une écologie sociale et radicale de Vincent Gerber et Floréal Romero. Les trois textes rassemblés dans cet ouvrage ont un point commun, qu’il s’agisse des écrits de Murray Bookchin — articles et extraits —, ou des nouvelles de science-fiction, c’est une vision écologique, prémonitoire et ironique des sociétés capitalistes.

La décroissance, on en dit beaucoup de choses, et ses zélateurs montent rapidement au créneau afin de pourfendre des pistes de réflexions qui envisagent, imaginent, proposent d’autres manières de vivre, et surtout de consommer. Vivre sans être aliéné.e à une consommation forcenée et compulsive qui permette à chacun et à chacune de vivre mieux… Le programme est séduisant. Seulement voilà, la société capitaliste ne s’est pas construite sur les notions de partage, de solidarité, de justice sociale et de respect de l’autre… L’entraide… Ce serait l’anarchie !

La société capitaliste repose avant tout sur la domination et la hiérarchie… Ce qui entraine évidemment l’exploitation, la compétition et autres calamités qui institutionnalisent une justice à deux vitesses et divisent les populations en classes possédantes et classes démunies.

Contrairement à ce qu’avait déclaré Alain Touraine, dans une revue de « gauche », la société française ne ressemble pas à un ballon de rugby, comprenant une immense classe moyenne, avec quelques pauvres « en bas » et des riches « en haut » ! Les différences de classes existent et elles s’aggravent encore depuis quelques années. À voir des familles entières qui n’ont plus les moyens de vivre décemment, sans possibilités de se loger, de se nourrir ou de se soigner, de même que des salarié.es qui dorment dehors ou dans leur voiture faute d’accéder à un appartement, il faut vraiment demeurer dans une bulle pour avancer de telles inepties. Nier les problèmes sociaux et les problèmes écologiques, alors que d’innombrables alertes sont lancées quotidiennement, cela revient à foncer tout droit dans le mur, c’est partir à la catastrophe.

La décroissance ne signifie pas « récession », bien au contraire, elle laisse entrevoir une « société d’abondance frugale ». Dans ce but, il faut évidemment distinguer entre les besoins réels et ceux, créés de toute pièce, par la société de marché, qui structure les comportements et assujettit les êtres humains jusqu’à leurs désirs et leurs sentiments intimes. D’où la nécessité de rupture « vis-à-vis de toutes les formes de domination — que ce soit celles de la marchandise, de la valeur, de l’argent, du marché, de la concurrence, de l’État-nation, mais aussi celles du patriarcat et des fétichismes multiples ».

Murray Bookchin est-il un précurseur de la décroissance ? À la lecture de Murray Bookchin. Pour une écologie sociale et radicale présentée par Vincent Gerber et Floréal Roméro, il est possible de dépasser les clichés habituels et de cerner une question qui est et sera de plus en plus cruciale.

La pensée de Murray Bookchin, quelque peu écartée ou ignorée dans les années 1980, est aujourd’hui reprise à la lumière d’une certaine prise de conscience des risques écologiques difficiles à dissimuler. Sa proposition de municipalisme libertaire offre ainsi une perspective pratique de gestion à l’échelle humaine. C’est ce que soulignent les deux auteurs de cette présentation des textes de Murray Bookchin.

« L’écologie sociale de Bookchin est bien de placer la cause des problèmes écologiques au sein de nos sociétés humaines, de nos institutions, de nos valeurs et de nos relations sociales. […] Ce n’est qu’en résolvant les dominations induites dans nos sociétés — socialement et institutionnellement — que l’on peut espérer développer un autre rapport avec notre environnement. Cette vision radicale condamne comme un leurre toute réforme qui ne toucherait pas aux racines du système. » Autrement dit, « Les tentatives de rendre le capitalisme “vert” ou “écologique” sont condamnées d’avance par la nature même du système. »

Aujourd’hui, « Le projet de libération de l’être humain est devenu un projet écologique, tout comme le projet de protection de la terre est devenu un projet social. »

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