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Publié par Patrick Granet

« Ce ne sont pas des soldats, ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine - bouchers ou bétail. Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu'on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. Ils sont prêts. Ils attendent le signal de la mort et du meurtre ; mais on voit, en contemplant leurs figures entre les rayons verticaux des baïonnettes, que ce sont simplement des hommes. » Henri Barbusse, Le Feu, 1916.

• À toi les commémorations

les artifices et journées mortes

toi qui a brûlé les papiers

d'une médaille qu'il te fallait payer.

Sur les vraies agonies des onze novembre

au bruit des oublis, à la furie des clairons

les grondements tremblent mes fenêtres,

fumerolles d'une boucherie en bruyantes paillettes.

Devant tes yeux, derrière tes oreilles,

se souviennent-ils de ce peuple en armes

du quand, du comment, du pourquoi

les gens piétinent les vieilles dalles des mémoires ?

Partout des ombres, des poutres fumées

sur les visages silhouettes

les barrages vides d'électricité reine

dévalent au cordeau les souvenirs trop ridés.

Les gyrophares coupent la nuit en saignées bleues

un goût curieux sur le cadavre se répand

regards parallèles silences étouffés

se croisent dans les interstices de la scène.

Les habitudes ont fini de raidir vos rides

les flocons flottent comme un soudain incendie

au loin le ciel noir en contraste d'hiver

scande les lumières des partitions militaires. •

• Quitte à oublier les zones humides

face au béton guerrier des humanoïdes

leurs matraques sont des battes virtuoses

de baseball et leurs grenades explosent

et envoient au lointain les âmes vives pourtant vives des paroles papillonnantes des natures contrites dans le grand système des âges d'une colonisation de nos corps dématérialisés pixelisés chiffrés.

Quitte à oublier les statistiques anodines

Les mots ne sont plus qu'échos

le vivant dompté à vau-l'eau

de traçage en fichage d'officine

et ces corps traqués sont détraqués

ils occupent, comme magnétisés dans des explosions de constellations, une toile d'araignée nocturne aussi sombre que les étoiles noires qui ornent les branches gisantes d'une atmosphère de bulldozer.

Les espaces que l'on rince

à la manière de Sivens

sont autant de boomerang

sur leurs systèmes qui tanguent.

*

Combien de morts dans le corbillard démocratique, de cris perdus dans le ciel étourdi, de peines et de souffrances sur les dos anonymes, je me courbe, genou à terre, ma colère fait rage

Réveillé dans un cri étouffé en nage,

humeur trop lourde sur un frêle voligeage

dans la grisaille de l'aube les lames comme une alarme aiguisée

dans la buée du matin les larmes déversées sur mes joues creusées

*

Nous sommes des flux fous de nos sentiments

sur les étages jusque dans les parages

nous sommes des flux fous de nos sentiments

haletant chaque bouffée une voix en rage

j'ondule tu courbes et elle pense

vous imitez ils recommencent

en passion d'inertes apparences

dans les rétroviseurs nos enfances.

Nous n'avons pas commencé, titubant marchant,

courant sur une mer dansante.

Je ne suis pas une chair volante

furieuse boule fumante sa vitesse paravent,

songe cosmique qui t'emmerde à perdre haleine

et sur les sillons tracés par sa colère de vivre coulent les écumes ankylosées de sa haine.

Nous sommes les flux fous de nos sentiments, inconstants chasseurs d'un plaisir revendiqué, les vents solides d'une future turbulence. •

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