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Publié par Patrick Granet

Quand Brice Hortefeux annonce que la menace terroriste est réelle, on se pose la question: peut-on lui faire confiance?

Le plus significatif, c’est que la question, cette question –info ou intox?– se pose. Que tout le monde la pose. Elle vient immanquablement à l’esprit à la seule vue du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, nous faire une déclaration dramatique sous la tour Eiffel, exactement là où une alerte à la bombe avait eue lieu quelques heures plutôt. Comme un lapsus, non pas linguae mais un lapsus de communication... Rendez-vous compte, prévenir l’opinion d’une menace terroriste sur les lieux d’une fausse alerte... On se demande quel est le conseiller du ministre de l’Intérieur qui a eu cette idée, au mieux absurde, au pire révélatrice.

Alors info ou intox? Par principe, on se doit de considérer, sans être dupe que le ministre dit vrai. Une sorte de principe de précaution obligatoire.

Donc admettons, le ministre dit vrai. Mais au fait, que dit-il? Qu’il y a une menace terroriste forte, que nous sommes au niveau rouge dans le cadre de Vigipirate (ça ne devientpas rouge, ça le reste). Certains médias ont sorti cette info: une femme aurait été repérée se préparant à commettre un attentat suicide. Pourquoi cette information est-elle sortie? Qu’est-ce que le grand public y peut? Il n’est pas question de fouilles de sac dans les grands magasins ni de discipline particulière, réclamées dans les transports en commun comme ce fut le cas en 1995. Pourquoi ne pas nous en dire plus? Ou moins? Doit-on faire quelque chose, exercer une vigilance particulière? Non, rien, c’est juste pour dire. Et du coup, l’hypothèse «intox» trouve des arguments...

L’opposition ne peut pas ouvertement hurler à l’intox parce qu’elle n’en sait pas plus. Elle demande davantage de précisions sur ces menaces au ministre de l’Intérieur et à l’Elysée. Pourquoi pas par le biais des commissions de la défense ou des affaires étrangères du parlement? L’opposition ne peut pas non plus surjouer le scandale de l’intox sous peine d’apparaître comme irresponsable et de manquer à la sacro-sainte union nationale devant la menace terroriste.

Mais plus généralement, le fait que cette interrogation –info ou intox– dépasse largement le cercle des habituels «conspirationnistes» qui voient la main de l’Etat manipulateur partout, est le signe d’une perte de confiance de la population envers les pouvoirs publics sur ces questions. Comme si trop d’années d’instrumentalisation du thème de l’insécurité commençaient sérieusement à lasser. De l’affaire de Tarnac qualifiée abusivement de terrorisme aux surenchères sécuritaires de l’été, il y a comme une atmosphère de suspicion en manipulation qui s’installe. On n’y croit plus, tout simplement.

La peur, de toute façon est un instrument politique des plus pratiques et des plus courants. Peur sociale pour la gauche, peur sécuritaire pour la droite. La campagne pour la réélection de George W. Bush (pourtant impopulaire) en 2004 avait été de modèle du genre, jusqu’à la caricature. La peur du terrorisme était facile à actionner après le 11 septembre 2001 et dans cette société irriguée par l’info continue. Les chaînes de télé d’infos en continu alimentaient leur antenne avec les inévitables «experts en la matière» et autres consultants et militaires en retraite qui n’en disaient pas plus mais fournissaient le carburant de l’angoisse. Le rôle très particulier de la peur en politique a été très bien décrit dans un livre passionnant (et pas du tout d’inspiration «complotiste» paranoïaque), La peur, histoire d’une idée politique de Corey Robin, professeur de sciences politiques au Brooklyn College à New York.

Thomas Legrand

Thomas Legrand

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