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Publié par Patrick Granet

Tu restes cette nuit d'accord Madame ?" Dans les yeux d'Andrada, 15 ans, comme dans ceux des autres habitants du squat Rom du boulevard Magallon (15e), il y a de la peur. Dans la soirée de mardi à mercredi, un déferlement de violences sans précédent s'est en effet abattu sur leur terrain, près du métro Bougainville."Tout le quartier l'a vu, on était tous aux fenêtres", confirme aussi cette voisine directe.

Des "assaillants", pour l'heure non-identifiés, auraient attaqué le campement à l'aide de projectiles, de cocktails Molotov, chevrotine, et peut-être d'une arme blanche "de type sabre" précisent les Roms: "C'est la plus grave agression de ce type survenue à Marseille", s'indigne Laurie Bertrand, coordinatrice technique de la Mission bidonvilles pour Médecins du monde. "Il y a beaucoup de confusion dans le déroulé des faits, nous réunissons encore les éléments", glissait, prudent, Laurent Nunez, préfet de police, qui ne confirmait "pas à cette heure les tirs". "Ils avaient des fusils", affirment pourtant les jeunes Roms tandis que les riverains témoignent avoir entendu "des coups de feu"au cours de la soirée. L'enquête a été confiée à la sûreté départementale de la DDSP, sous l'autorité du Parquet.

Sept Roms ont été hospitalisés pour des blessures causées, selon les rapports médicaux, par "polycriblage de chevrotine". Deux jeunes hommes, plus touchés, ont dû subir une intervention chirurgicale hier matin. Enfin, un autre homme, présenté par la police comme l'un des possibles "assaillants", a également été admis aux urgences de l'Hôpital européen. Il souffre d'un grave traumatisme crânien.

Des jets de bouteilles enflammées visibles sur une vidéo

Gonflé par les expulsions de campements voisins, le squat Rom de Magallon est depuis février, avec ses 160 occupants, le plus important de Marseille. Propriété de la Ville, qui escompte y déménager un jour l'UHU de la Madrague-Ville, le site faisait l'objet d'un arrêté d'expulsion qui n'a finalement pas été exécuté, le 21 juillet dernier.

Sollicité par les associations, le préfet à l'Égalité des chances Yves Rousset avait fait part de sa volonté d'étudier un"projet de stabilisation" des familles. Les voisins, eux, se plaignent des nuisances occasionnées par leur présence.

Alors, que s'est-il passé mardi soir ? Prudente, la police confirme seulement "deux attaques". Après la première, vers 21 h 30, un équipage de police a été dépêché sur place ; les voisins témoignent alors de la "dispersion" des assaillants dans les petites rues du quartier. "Et puis vers minuit, raconte une voisine, on a vu les jets de cocktails Molotov et appelé les pompiers. Il y a des tas de gosses là-dedans."

Dans une vidéo postée sur Youtube, que nous avons pu consulter, on distingue nettement des silhouettes lancer des projectiles enflammés à l'intérieur du squat. "Il aurait pu y avoir des morts", s'indigne Patrick, de l'association Just, familière des lieux. Vers 1 h du matin, et jusqu'au petit jour, la police est restée sur place sécuriser les lieux. Médecins du monde, qui va proposer un accompagnement psychologique aux familles après cette violente attaque, regrette "le pourrissement" des relations avec le voisinage, accentué par "l'absence de politique de fond" des autorités. Aux expulsions ne succèdent en effet que la création de nouveaux squats. Depuis 2012, une circulaire ministérielle impose pourtant aux préfets d'accompagner les évacuations de mesures de relogement. À Marseille, elles ne sont que marginalement proposées.

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