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Publié par Patrick Granet

Le travail : tout un métier…

Le blocage entre le gouvernement et une grande partie de la société au sujet de la réforme du code du travail se situe sur un autre plan que celui — largement traité — d’une volonté des uns d’améliorer la performance des entreprises (tout en offrant de nouveaux outils de dialogue et de protection sociale aux employés) et de l’autre d’un refus de changer quoi que ce soit aux règles qui régissent le travail. En réalité, ce sont deux mondes totalement hermétiques qui ne parlent pas de la même chose. Démonstration.

Le politique ne travaille pas, il gère

Le personnel politique n’a généralement pas de métier. Il ne possède pas un savoir-faire monnayable sur le marché du travail. Le politique est rémunéré pour occuper une fonction, laquelle est totalement détachée de tout corps de métier. Enarque n’est pas un métier. Pas plus que député, ministre ou sénateur.

Gérer, oui, mais gérer quoi au juste ? La société ? Les infrastructures ? Les budgets ? Toutes les actions que les politiques effectuent sont détachées d’une réalité professionnelle connue. Déjeuner pendant trois heures dans un restaurant de luxe est par exemple une activité reconnue comme faisant partie de la « fonction » d’un politique. Tout comme inaugurer des trucs et des bidules. Couper des rubans, serrer des mains. Donner des tapes sur le dos. Féliciter, sanctionner.

Le politique n’est pas un professionnel, tout en bénéficiant de protections, d’avantages, de privilèges que n’importe quel professionnel aimerait avoir, ne serait-ce qu’en une infime fraction.

Étrangement, toutes ces personnes sans métier déclaré, ces non-professionnels — écartés des lieux de production — sont ceux qui veulent réguler, modifier, changer le fonctionnement de ces mêmes lieux. Sans les connaître. Sans être assujétis au droit de ces lieux de production, à leurs contraintes…

Les professionnels et leurs métiers

De l’autre côté du miroir, les administrés sont majoritairement des professionnels, avec un métier. Ils gagnent leur vie non pas en occupant des « fonctions » tout en effectuant des « actions de gestion » plus ou moins floues, mais en exerçant une profession. Ils ont des compétences précises. Qui ont un prix sur le marché du travail. Ils sont assujétis à des règles professionnelles strictes, des horaires, des temps de pause, et peuvent se réunir en corps de métier pour défendre leur profession. [Remarquons que les politiques n’ont pas de syndicat, ni de corporation-métier déclarée : serait-ce parce que celles-ci existent, mais de façon officieuse ?]

« Le professionnel est quelqu’un qui a acquis à la fois un savoir-faire et un savoir-être lui permettant d’occuper un poste précis dans une activité précise, et qui offre une qualité de résultats — dans son activité, grâce à ses compétences — suffisante au regard des standards ayant cours dans la profession qu’il exerce. »

Cette petite définition de ce qu’est un professionnel permet d’envisager autrement le problème actuel sur la loi El Khormi. Les professionnels qui refusent de voir cette réforme se mettre en place, parlent de métiers exercés, de conditions de travail dans l’exercice de professions réglementées et cadrées par le droit du travail. En face, on ne parle pas du tout de la même chose.

Quand deux informaticiens se rencontrent qu’est-ce qu’ils se racontent ?

Myriam El Khomri, qui ce matin expliquait qu’elle « avait travaillé dans le magasin de son père de 16 à 18 ans, puis jusqu’à 23 ans (dans quoi, où, quel métier ?) », à la suite d’une question d’un auditeur — ne parle pas du « travail ». Cette ministre sans travail établi et sans profession (il est indiqué « juriste » dans sa déclaration, bien que n’ayant jamais exercé de métier réglementé reconnu), mais dotée d’une fonction, parle, elle, d’emploi. Elle parle de statistiques de l’emploi plus exactement. Des « salariés » et des « employeurs ». Les professionnels ne l’intéressent pas. Elle ne les connaît pas, et n’a jamais partagé leurs préoccupations. Toute la clique gouvernementale, les parlementaires dans leur quasi totalité sont dans le même état : il ne sont professionnels de rien. Ils n’ont jamais exercé de métier. Comment donc parvenir à échanger dans ces conditions ?

Ubu roi : et en plus ils voudraient qu’on les écoute ?

Le président Hollande est un personnage amusant qui, comme Chirac ou Sarkozy, mange sur la bête depuis plus de 30 ans. Sans profession reconnue. Juste animateur de parti politique (ce qui n’est pas un métier, sinon, ça se saurait), député par ci ou par là. Énarque. Sarkozy revendique être « avocat d’affaires », mais il n’a [pratiquement] jamais exercé en tant que tel.

C’est donc une situation parfaitement ubuesque que nous sommes en train de vivre : des assistés de la République, sans compétence professionnelle ni métier qui veulent imposer de nouvelles règles aux… professionnels et aux détenteurs de métiers.

Tout ça en refusant le débat parlementaire, et en menaçant sans cesse tous ceux qui oseraient contester « leurs » décisions — dans la rue ou au sein des entreprises.

Ubu roi.

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