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Publié par Patrick Granet

Cette pièce d’étoffe est au centre d’un débat depuis des générations entre scientifiques et représentants de l’église. Cette pièce a-t-elle enveloppé le corps du Christ, ou est-ce tout simplement une des premières grandes falsifications de l’histoire ? Les pros et antis se livrent une bataille rangée à coup de preuves scientifiques, de déductions et de contre vérités. Et pourtant l’église n’a jamais reconnu ce tissu comme linceul du Christ. Alors qu’en est-il ? D’où vient-il ? Et est-ce véritablement le suaire du Christ ou qu’une monstrueuse mise en scène ?

Qu’est-ce que ce Saint-Suaire ?

Tout d’abord, il convient de rectifier une erreur d’interprétation. La notion de suaire désigne en fait une pièce d’étoffe entourant le visage d’une dépouille. Dans notre cas, il serait plus sage de la désigner comme un linceul. Cette pièce de tissus d’une longueur approximative de 4 mètres et d’une largeur d’un peu plus d’un mètre aurait, semble-t-il enveloppé le corps de Jésus-Christ après sa crucifixion. Le plus incroyable dans cette histoire, c’est que sa silhouette se serait imprégnée dans le tissu comme un négatif. D’ailleurs en voyant la saint-suaire, on ne remarque pas grand-chose. Par contre, les premières photographies prises de cette relique laissent apparaitre sur les négatifs la silhouette d’un homme barbu avec les mains repliées sur son bas ventre. Des traces évidentes de blessures sont également visibles et elles coïncident étrangement avec les stigmates du Christ (crucifixion, couronne d’épine, flagellation, etc.)

L’histoire du linceul

On sait de source sure que le corps du Christ fut effectivement recouvert d’un linceul après sa crucifixion (apparition dans l’évangile de Jean). Ensuite le parcours de cette étoffe reste un mystère, malgré beaucoup de suppositions. En effet, il n’existe aucune preuve écrite de son trajet jusqu’en 1357. C’est à cette date qu’elle réapparait dans l’église de Lirey (Champagne), possédée par la famille Charny. Le Pape de l’époque, Clément VII, autorise son exposition au grand dam de l’évêque de Troyes qui refusait les ostensions de la relique. Ce même Pape décide en plus de la classer comme sainte relique l’année suivante sans pour autant l’authentifier. C’est au 15e siècle qu’elle prend la direction de Chambéry, passant par Dôle, Paris, Liège, Genève, Annecy, Bourg-en-Bresse et Nice entre autre, avant de se retrouver à Turin, rachetée par la famille de Savoie. Malheureusement elle subira quelques dommages lors de son passage à Chambéry en 1532, suite à un incendie à la Sainte-Chapelle. Sauvée de justesse d’un tragique destin, elle sera rafistolée tant bien que mal par les Clarisses. C’est ce qui explique les différences de couleur des petits triangles apparaissant sur le linceul. C’est en 1578 qu’il atterrit à Turin, où il y restera. Il est sauvé in extremis d’un autre incendie en 1997.

Le Saint-Suaire et l’Eglise

Contrairement à ce que beaucoup de gens supposent à tort, l’Eglise n’a jamais authentifié cette pièce d’étoffe comme étant le linceul ayant enveloppé le Christ après sa mort. Elle est toujours restée très réservée quant son authenticité. C’est pour cette raison qu’elle l’a toujours considéré comme une sainte relique, au même titre qu’une statue, un endroit ou un bâtiment. Ce linceul est juste un objet de vénération représentatif de la

Les études scientifiques

Avant tout chose, je ne vais entrer dans les détails techniques des études et des recherches scientifiques, car il faudrait une encyclopédie en 24 volumes pour tout comprendre. Donc, n’en déplaisent au puristes, je ne ferai qu’un survol des différentes études effectuées.

C’est 1898 qu’un photographe italien prend le premier cliché du saint suaire. Il découvre alors avec stupéfaction une image bien plus visible sur les négatifs que sur les photographies. Cela prouvait donc que le linceul était déjà une sorte de négatif en tant que tel, et non une peinture du moyen-âge comme souvent évoquée.

En 1978 la première étude scientifique est menée par une vingtaine de chercheurs américains du STURP et reconnue par le Vatican. Ils font des analyses de l’objet et prélèvent des échantillons de surface. Les conclusions de ces études ont permis de démontrer deux choses essentielles :

- La peinture n’est pas à l’origine de la formation de l’image sur l’étoffe. C’est un processus de déshydratation sur la structure du lin qui l’altère et qui donne un aspect plus foncé de l’image du corps.

- L’analyse de la densité de coloration du visage a permis de noter une formation de l’image de nature tridimensionnelle, ce qui exclue à nouveau une peinture, mais bien qu’elle s’est formée naturellement. Par contre, elle n’explique pas et ne démontre pas comment l’image a pu se transposer sur le tissu.

En 1988 une nouvelle étude est mise sur pied afin de dater le saint suaire. 3 universités (Arizona, Oxford et Zurich) sont chargées d’examiner des petits prélèvements du tissu et de le dater. Les 3 universités sont contrôlées par des 3 organismes indépendants, afin que rien ne soit laissé au hasard et que tout soit correctement effectué. Cette datation fut effectuée par le système du Carbone 14. Les résultats tombent en octobre et donnent une date évaluée entre 1260 et 1390 avec une certitude à 95%.

bien après avec d’autres civilisations. De ce fait, rien ne prouve que ce soit le corps du Christ. Et tant que nous n’aurons pas une datation fiable, le mystère restera entier.

Conclusion

L’énigme du Saint-Suaire de Turin reste entière même si nous pouvons donner quelques explications aujourd’hui. Trop de zones d’ombres ne nous permettent pas de confirmer ou non la véracité de l’étoffe. Ce linceul reste à l’heure actuelle une des énigmes les plus populaires et les plus relatées médiatiquement avec, bien évidemment, son lot d’âneries à la pelle et de contes à deux balles. Il est surtout important de faire le tri dans ce bazar.

Une chose est sure, le Saint-Suaire, même s’il n’est pas celui du Christ restera indubitablement un des objets les plus vénérés de la chrétienté. D’ailleurs l’église l’a déjà bien compris.

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