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Publié par Patrick Granet

ar Soeren Kern 8 août 2016 Gatestone Institute

Traduction du texte original: Turkey Sets Ultimatum for EU Migrant Deal

  • La Turquie a menacé de rompre l’accord par lequel elle s’est engagée à endiguer le flux des migrants en direction de l’Union européenne si les ressortissants turcs ne bénéficient pas d’une exemption de visa pour l’Europe d’ici octobre.
  • L’Europe est prise au piège. Les responsables européens reconnaissent que la Turquie a rempli la plupart des conditions, à l’exception des lois antiterroristes qu’Erdogan utilise pour bâillonner ses opposants, surtout depuis le coup d’Etat manqué du 15 Juillet.
  • Le journal allemand Bild a fait état d’un plan confidentiel pour cantonner tous les migrants en provenance de Turquie sur les îles grecques. Tous les modes de transport entre ces îles et la Grèce continentale seraient bloqués pour empêcher les migrants de se déplacer librement au sein de l’UE.
  • « Peu importe les méthodes grossières, impitoyables et sans scrupules des pays occidentaux ; ils n’ont aucune chance de réussir à contrôler les flux migratoires. » — Le président turc Recep Tayyip Erdogan, Cité par le journaliste allemand Wolfram Weimer.

La Turquie exige que l’Union européenne exempte les ressortissants turcs de visa. Si une décision en ce sens n’est pas prise d’ici octobre, la Turquie rompra l’accord par lequel elle s’est engagée à endiguer le flux des migrants en direction de l’Union européenne.

Les responsables turcs ont menacé à plusieurs reprises de revenir sur l‘accord UE-Turquiesigné le 18 mars ; mais là, pour la première fois ils fixent une date butoir.

Si l’UE approuve le programme d’exemption de visas, des dizaines de millions de Turcs seront autorisés à voyager sans entrave dans chacun des 26 pays membres de l’UE. Si le programme d’exemption de visa n’est pas signé, la Turquie rouvrira en représailles, les vannes de l’immigration autorisant ainsi des millions de migrants en provenance d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient à gagner la Grèce dès l’automne 2016. L’Europe prise au piège est perdante dans tous les cas…

L’accord migratoire entré en vigueur au 1er Juin, a été négocié à la hâte par des dirigeants européens désespérés d’avoir perdu le contrôle d’une crise migratoire qui a vu plus d’un million de migrants se déverser sur l’Europe en 2015.

L’accord prévoit que l’UE indemnise la Turquie à hauteur de 3 milliards €, exonère 78 millions de citoyens turcs d’une obligation de visa pour tous les pays membres de l’Union européenne et relance les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. En échange, la Turquie récupèrera tous les migrants et réfugiés qui arrivent en Grèce au départ de la Turquie.

À plusieurs reprises, les responsables turcs ont accusé l’UE de ne pas respecter sa part du marché.

Le 25 juillet, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré à la chaîne de télévision allemande ARD, que la Turquie n’avait encaissé que 2 milliards € sur les 3 milliards qui ont été promis : « Les dirigeants européens sont malhonnêtes, » a-t –il expliqué. « Nous avons tenu notre promesse. Les Européens tiendront-ils les leurs ? »

L’UE insiste de son côté sur le fait que les 3 milliards € ne peuvent être transférés qu’à travers les Nations Unies et diverses agences d’aide internationales, conformément aux accords internationaux : « le financement au titre du Programme d’aide aux réfugiés a pour but de venir en aide aux réfugiés de Turquie », a déclaré l’UE dans un communiqué. « Il s’agit de financer les réfugiés et pas la Turquie ».

Le 31 juillet, Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères, a déclaré auFrankfurter Allgemeine Zeitung, que le gouvernement turc attend de l’UE qu’elle fixe une « date butoir » sur le programme d’exemption de visa : « ça peut être au début ou à la mi-Octobre, mais nous attendons une date précise », a-t-il dit.

Cavusoglu a ajouté que ses déclarations « ne représentaient en aucun cas une menace », mais que « sans l’exemption de visa, la Turquie se sentirait dégagée de toute contrainte vis-à-vis de l’accord migratoire conclu le 18 Mars ».

Selon l’accord, les responsables européens ont promis d’accélérer l’exemption de visas pour les ressortissants turcs désireux d’accéder à l’espace Schengen (sans frontières) d’ici au 30 Juin, et de relancer les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE dès la fin juillet 2016.

Concernant le programme d’exemption de visas, la Turquie avait jusqu’au 30 avril pour satisfaire à 72 conditions : sécurisation des passeports turcs aux normes européennes ; partage des informations sur les documents falsifiés et frauduleux utilisés pour voyager dans l’UE ou l’octroi de permis de travail aux migrants non-syriens en Turquie etc.

Les responsables européens reconnaissent que la Turquie a rempli la plupart des conditions, sauf la plus importante : desserrer l’étreinte des sévères lois antiterroristes qu’Erdogan utilise contre ses opposants, notamment depuis le coup d’Etat manqué du 15 Juillet

Le commissaire européen Günther Oettinger a récemment déclaré qu’il n’estimait pas possible d’exonérer de visa les citoyens turcs désireux d’accéder à l’Union européenne en raison de la répression exercée par Erdogan après le coup d’Etat raté.

Les autorités turques ont arrêté plus de 15.000 personnes et pas moins de 60.000 fonctionnaires, enseignants, journalistes, policiers et soldats ont été licenciés ou suspendus de leurs fonctions par différentes institutions et ministères publics.

Les négociations relatives à l’adhésion de la Turquie à l’UE ont également été stoppées après qu’Erdogan ait menacé de rétablir la peine de mort en Turquie. Oettinger a déclaré: « la peine de mort est incompatible avec notre hiérarchie des valeurs et nos traités. Aucun Etat ne peut devenir membre de l’UE s’il introduit la peine de mort ».

Erdogan a alors indiqué que l’adhésion à l’UE ne présentait plus d’intérêt pour lui : « nous irons notre chemin, vous irez le vôtre » a-t-il dit.

Parallèlement, les responsables grecs ont signalé que, depuis la tentative de coup d’Etat, le nombre de migrants débarquant en Grèce en provenance de Turquie est en augmentation significative. Les observateurs disent qu’Erdogan utilise les migrants pour faire pression sur la Grèce afin que ce pays extrade huit officiers turcs qui ont participé au coup d’Etat et ont fui vers la Grèce. Athènes a jusqu’à présent refusé de les extrader en Turquie.

L’accord sur les migrants menaçant de capoter, les responsables européens tentent d’élaborer un « Plan B ». Le journal allemand Bild a récemment fait état d’un plan confidentiel pour cantonner les migrants en provenance de Turquie sur les îles grecques de la mer Égée. Tous les transports entre les îles et la Grèce continentale seraient coupés pour empêcher les migrants de se répandre au sein de l’Union européenne.

Ce plan, qui selon Bild serait discuté au plus haut niveau de l’exécutif européen, aurait pour effet de transformer des pans entiers de la Grèce en un immense camp de réfugiés sur une période indéterminée. Il est difficile de savoir si les dirigeants grecs auront leur mot à dire sur le sujet.

L’Union européenne se trouve aujourd’hui dans une situation sans issue. Un grand nombre de migrants musulmans iront en Europe, que l’UE approuve ou non un quelconque programme d’exemption de visa.

Les détracteurs du programme d’exemption de visas craignent que des millions de ressortissants turcs ne finissent par migrer vers l’Europe. Le magazine autrichien,Wochenblick, a récemmentindiqué que 11 millions de Turcs vivent sous le seuil de pauvreté et « nombre d’entre eux rêvent de déménager en Europe centrale ».

D’autres analystes pensent qu’Erdogan voit l’exemption de visa comme une opportunité d’ « exporter » le « problème kurde » de la Turquie en direction de l’Allemagne. Selon Markus Söder, ministre des Finances de Bavière, des millions de Kurdes n’attendent que l’exemption de visa pour gagner l’Allemagne et échapper aux persécutions d’Erdogan : « Nous risquons d’importer un conflit interne à la Turquie, a-t-il prévenu . « En fin de compte, moins de migrants arriveront par la mer, mais beaucoup plus débarqueront par avion ».

Dans un essai rafraîchissant et perspicace, Wolfram Weimer, journaliste allemand bien connu, a écrit qu’Erdogan exploite les faiblesses stratégiques de l’Europe pour avancer les pions de l’impérialisme turc et islamiser le continent :

Il y a quelques jours Erdogan a déclaré : « Peu importe les agissements grossiers, impitoyables, et sans scrupules des pays occidentaux, ils n’ont aucune chance de maintenir les flux migratoires sous contrôle ». En résumé, le dirigeant turc utilise la migration de masse comme une arme politique contre l’Europe. Dans les milieux diplomatiques et militaires, le mot le plus couramment employé pendant des mois était « arme migratoire » parce que les services secrets turcs ont délibérément et massivement encouragé les réfugiés musulmans à migrer vers l’Europe.

La Turquie gagne énormément d’argent sur toutes sortes de services liés aux flux migratoires au point d’avoir fait fleurir une industrie du réfugié. Parallèlement, Erdogan poursuit ouvertement l’islamisation de l’Europe. Avec son bras arméDiyanet[une direction gouvernementale turque chargée des Affaires religieuses qui réalise des centaines de mosquées en Europe], l’Europe (et en particulier l’Allemagne) subissent une islamisation planifiée. Dans ce processus, les réfugiés jouent un rôle clé, comme les mosquées, pour donner une « maison » aux fidèles en terre étrangère.

La citation préférée d’Erdogan est un vers tiré d’un poème de Ziya Gökalp [1876-1924, un père du nationalisme turc] : « Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes ». Erdogan se voit à l’échelle nationale et internationale comme un guerrier culturel religieux – comme le saint patron de l’expansion islamis

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