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Publié par Patrick Granet

lle a eu lieu alors que les chefs des diplomaties russe et américaine étaient réunis à Genève pour tenter de trouver une issue politique à un conflit où tout le monde combat l'État islamique tout en poursuivant des objectifs incompatibles.

L’offensive terrestre de l’armée turque qui, avec l’appui aérien des F-16 américains, a permis de chasser Daech de la ville de Djarabulus, à la frontière entre la Syrie et la Turquie, illustre toutes les contradictions d’une guerre qui dure depuis plus de cinq ans et qui a fait plus de 300.000 morts. Au même moment, les chefs des diplomaties russe et américaine étaient réunis à Genève pour tenter de trouver une issue politique. Après dix heures d’entretiens, Sergueï Lavrov et John Kerry sont tombés d’accord sur la nécessité d’un cessez-le-feu mais les détails restent à préciser. Autant dire que rien n’est réglé. Au-delà d’un engagement parallèle, à défaut d’être vraiment commun, contre l’organisation État islamique en Syrie et en Irak, les divers protagonistes –puissances extérieures, gouvernements locaux et groupes rebelles–, poursuivent des objectifs incompatibles les uns avec les autres.

Exemple le plus récent, donc, la Turquie. Recep Tayyip Erdogan a lancé son armée dans le nord de la Syrie pour mettre fin à «l’instabilité» à sa frontière méridionale. Officiellement, il s’agit de mettre fin à l’implantation de Daech, qui contrôlait au sud de Gaziantep –la ville turque où un attentat a fait une cinquantaine de morts, il y a quelques jours– une zone assurant une continuité entre la frontière turque et sa «capitale» Raqqa. Mais le but véritable du pouvoir turc est d’empêcher les Kurdes de Syrie du parti PYD et leurs milices YPG de créer dans le nord de la Syrie une zone autonome contiguë de la Turquie. Ankara considère que le PYD est lié au PKK, le parti des rebelles kurdes de Turquie, contre lequel l’armée a repris ses opérations après la rupture des négociations entre le PKK et le gouvernement.

Depuis le début de la guerre civile, les Kurdes de Syrie ont eu une attitude ambiguë vis-à-vis de Bachar el-Assad. Le régime de Damas a tenté d’acheter leur soutien en leur promettant une forme d’autonomie. Mais leur hostilité envers l’État islamique leur a valu le soutien des Etats-Unis et de la coalition internationale, au grand déplaisir du président Erdogan. Ce n’est pas un hasard si l’offensive terrestre de l’armée turque a eu lieu au moment où le vice-président américain Joe Biden était à Ankara. Une visite destinée à compenser la tiédeur des réactions américaines après le putsch manqué contre Erdogan et la réaction spectaculaire du président turc avec Vladimir Poutine. Tout en se disant préoccupée par l’incursion armée de la Turquie en Syrie, la Russie a laissé faire alors que son aviation contrôle le ciel dans le nord du pays. Entre l’allié turc, membre de l’Otan, et les Kurdes de Syrie qui se battent contre Daech, Washington fait pencher la balance en faveur d’Ankara.

Les Etats-Unis et la coalition occidentale manquent pourtant d’alliés sur le terrain. Ils essaient de sauver les quelques groupes d’opposants à Bachar el-Assad qui n’ont pas été absorbés par les djihadistes. La définition des mouvements «terroristes» est d’ailleurs un des obstacles récurrent à un accord avec Moscou sur un cessez-le-feu.

Les Russes n’ont pas le même problème. Non seulement ils frappent indifféremment Daech et tous les opposants au régime quels qu’ils soient, mais ils disposent de relais sur le terrain: restes de l’armée de Damas, milices d’Assad, pasdarans iraniens, combattants du Hezbollah libanais, etc. Leurs frappes aériennes viennent à l’appui des opérations terrestres de ces différentes forces, même si la coordination entre ces dernières laisse parfois à désirer.

En bombardant des positions en Syrie avec des appareils partis d’Iran, Vladimir Poutine vient de montrer qu’il avait élargi ses alliances dans la région. Les Iraniens ne sont pas dupes, qui ont rapidement annoncé que les vols à partir de leur territoire avaient déjà pris fin. Le régime des mollahs et la Russie ont tous deux intérêt au maintien du régime syrien mais ils n’ont pas nécessairement la même attitude vis-à-vis d’Assad. Téhéran est plus intéressé par l’influence chiite –et alaouite– en Syrie et en Irak que par le sort personnel du dictateur. Pour Moscou, l’enjeu, c’est la survie du régime comme contre-exemple aux changements de pouvoir provoqués par des révoltes populaires et comme point d’appui de la stratégie russe dans la Méditerranée.

La Russie est proche de son objectif. Son engagement militaire, il y a un an, a réussi dans un premier temps à d’empêcher l‘effondrement du régime Assad puis à lui permettre de regagner du terrain. L’évacuation de Daraya, un faubourg de Damas haut lieu de la résistance à Assad depuis quatre ans, en est une nouvelle illustration. Elle a eu lieu à la suite d’une «reddition» forcée par un siège sans merci, selon Washington, à la suite d’un «accord», selon Moscou. Sergueï Lavrov le cite même comme exemple qui devrait être «reproduit». Le ministre russe des Affaires étrangères n’a pas donné plus de précision mais il pense certainement aux quartiers est d’Alep, tenus par les rebelles, assiégés et bombardés par les forces du régime, y compris avec des bombes au phosphore. Alors que Damas viole l’accord de 2013 sur la destruction des armes chimiques qu’elle avait elle-même garanti, la Russie bloque les résolutions de l’ONU condamnant son allié syrien. Elle gagne du temps, grignote la patience américaine et attend la chute d’Alep, ou à défaut de nouvelles concessions des Occidentaux.

La préoccupation de ces derniers n’est plus d’obtenir le départ du pouvoir de Bachar el-Assad mais de conjurer une catastrophe humanitaire à Alep, précipitée par l‘absence de solution politique dont ils se sentiraient coresponsables, et d’éviter la banalisation de l’utilisation des armes chimiques. Comme le reconnaît à demi-mot Jean-Marc Ayrault, le ministre français des Affaires étrangères, ils sont dépendants du bon vouloir de Vladimir Poutine.

Daniel Vernet

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