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Publié par Patrick Granet

Alors que les partis de gouvernement sont en crise, une refonte de la sociale-démocratie s’opère entre la gauche réformiste antilibérale et les formations écologistes. La majorité municipale grenobloise actuellement à l’épreuve du pouvoir, en est devenue la vitrine. Alors qu’elle impose à son tour l’austérité, il est nécessaire — du local au global — de dépasser l’impasse réformiste.

En mai 2014 la mairie de Grenoble passait entre les mains d’une coalition « rouge-verte ». Emmenée par le maire Europe écologie Eric Piolle, le parti de gauche et plusieurs réseaux « citoyens ». La nouvelle majorité municipale entendait « refonder la démocratie locale », résister aux politiques d’austérité et poser les bases d’une alternative sociale et environnementale au néo-libéralisme. Alternative Libertaire Grenoble était revenue en mai dernier sur la réalité municipale grenobloise loin du mythe médiatique à travers une série d’articles.

En 2016, et deux mois après nos articles, c’est à un énième reniement total des engagements de campagne que les grenoblois.e.s assistent. Dans la suite des politiques d’austérité imposées par l’État et l’Union européenne, la commune de Grenoble voit ses dotations baisser de 20 millions d’euros. Asphyxié, Éric Piolle annonce par conférence de presse - sans concertation, ni discussion préalable avec qui que ce soit- une saignée sans précédent dans le budget socio-culturel local : restructuration à la baisse du service de santé scolaire, fermeture de deux « maisons des habitants » ainsi que trois bibliothèques municipales sans compter la suppression de 150 postes d’ici 2018.

Celui qui s’engageait à « valoriser le service public »explique aujourd’hui que ce dernier a été « trop sacralisé »et n’hésite pas à minimiser la fermeture des équipements municipaux en proposant des « distributions de livres en vélo » par des bénévoles.

Ces mesures seront « vendues » aux habitant.e.s de la ville par l’envoi d’une Lettre aux grenoblois.e.s, où le maire défend son choix en rejetant la responsabilité de ces mesures sur la gestion municipale des précédents mandats et en maquillant par des pirouettes et des effets de mots leur propre manque de courage politique. La capitulation politique de la majorité est d’autant plus cuisante que ce plan ne sera pas suffisant pour rétablir l’équilibre du budget... Grenoble doit donc s’attendre à d’autres coupes franches.

Alors que plusieurs milliers de travailleurs/ses en grève défilent à Grenoble contre une loi travail imposée par le PS-MEDEF, Eric Piolle nomme comme chef de cabinet une ex-experte en restructuration (plan de licenciement) issue d’une multi-nationale américaine pour exécuter son plan. Grenoble sera donc managée comme une entreprise à capital financier : la stupeur est totale.

De droite, de gauche ou écolo , l’austérité on la combat

La réaction des syndicats et associations ne s’est pas faite attendre. Loin de tomber dans le piège d’une quelconque « union sacrée » ou « soutien critique » derrière l’équipe municipale, la mobilisation unitaire de l’intersyndicale aux côté des collectifs d’habitant.e.s va organiser des rassemblements notamment devant les services concernés ou les élu.e.s seront pris à partie, faire signer une pétition à des milliers d’usagers, et s’en prendre trois fois au conseil municipal appelé à adopter les différentes composantes du plan, retardant d’autant leur vote.

Refus total – toujours - de concertation et de dialogue de la majorité municipale, maire en tête. C’est donc derrière un cordon de CRS que les parangons du « renouveau de la démocratie locale » confirment leur alignement sur la doctrine austéritaire nationale, quand PS et LR pavoisent et jouent l’opposition comme on joue une mauvaise pièce de théâtre.

Communiqués de Solidaires Isère :

Si la résistance du mouvement social démontre le refus de se résigner à l’austérité qu’elle soit « de gauche, de droite ou écolo », le coup moral de cette trahison, annoncée qui plus est pendant le mouvement contre la loi travail, est dur à encaisser. Certes la surprise n’est pas totale, une situation similaire est notamment en cours à Montreuil.Europe écologie est loin d’être un parti en rupture avec l’ordre néo-libéral dominant, et à bien des égards la majorité municipale a déjà démontré ses ambiguïtés politiques sur de nombreux sujet.

Il n’en reste pas moins que ce nouveau type de formation de gauche dite « réformiste » se plaçant en concurrence électorale avec les partis sociaux-démocrates classiques apparaît comme la seule alternative visible et concrète à des millions d’hommes et de femmes en lutte en France et en Europe. Or qu’il s’agisse de Syriza en Grèce, dePodemos en Espagne et maintenant de l’expérience de gestion grenobloise portée en exemple dans les médias par Mélenchon et les cadres d’EELV, ces expériences politiques s’écrasent piteusement dès les premières confrontations avec L’État et le Capital.

La crise sociale et économique s’aggrave, la contestation populaire monte partout en Europe. Pour survivre, la classe capitaliste est déterminée à imposer l’austérité à tous les peuples par leurs propres gouvernements prétendument représentatifs. C’est la formule de socialisation des coûts et de privatisation des profits qui est dictée à tous les échelons. Il devient nécessaire de proposer une alternative politique adaptée à la période. Plus que de repoussoir, les capitulations politiques comme celle de Grenoble doivent servir de leçon pour le mouvement social.

Le cadenas institutionnel

Il ne suffit pas de remporter la majorité à un suffrage pour disposer à souhait de tous les leviers d’action publique. La majeure partie du patrimoine immobilier et foncier appartient au privé, la gestion des principaux services publics dépend soit de partenariats avec le privé indéboulonnables ou de dotations publiques fléchées fixées par un échelon institutionnel supérieur. Vouloir se donner les moyens d’une politique ambitieuse revient soit à augmenter les impôts locaux de manière notable - mais cette option est d’une part encadrée par la loi, d’autre part contestable – soit à exproprier entreprises et patrimoines immobilier…ce qui est aujourd’hui anti-constitutionnel !

La marge d’action des élu.e.s qui porteraient localement un projet politique alternatif augmente théoriquement en arrachant plus de sièges dans les institutions. Cependant des mécanismes administratifs, réglementaires et juridiques les cadenassent à chaque échelon : la communauté de communes, les sociétés d’économies mixtes, les régions, etc. Une logique politique antilibérale ou anticapitaliste serait inévitablement diluée ou verrouillée par la logique gestionnaire des différents niveaux. Vouloir infléchir l’orientation politique en respectant le cadre réglementaire est voué à l’échec.

Il ne s’agit pas de remettre en cause la bonne foi éventuelle d’un prétendant à une élection mais accéder au poste d’élu.e est aujourd’hui un travail en soi. La professionnalisation de ce type de poste impose un bon niveau de maîtrise administrative et juridique qui crée de fait une sélection sociale dans l’accès à la fonction. Aujourd’hui l’écrasante majorité des élu.e.s est issue soit de la classe bourgeoise soit des couches moyennes supérieures. Mêmes pour les rares élu.e.s issu.e.s d’autres catégories sociales plus populaires ou d’un passé militant,les habits de la fonction entraînent progressivement l’abandon de la logique politique au bénéfice de la logique gestionnaire. (à ce titre, lire aussi le texte "Mairie écologiste de Grenoble : une ville « managérée » publié par un syndicaliste grenoblois en ce mois d’Août).

Les élu.e.s ne représentent qu’eux/elles-mêmes.

Toutes les conquêtes sociales et politiques réelles ont été obtenues par la grève et la rue, c’est-à-dire précisément quand les travailleur.se.s ne se contentent plus d’abandonner ponctuellement un pouvoir de décision à des élu.e.s mais portent l’affrontement sur leur terrain et pas sur celui de l’adversaire : 1936 (congés payés), 1945 (sécurité sociale), 1968 (augmentation de salaires et droits syndicaux). Autrement dit les blocages budgétaires et légaux ont tendance à sauter miraculeusement quand la bourgeoisie prend peur et que les travailleur.se.s tapent au portefeuille.

Partout en Europe des masses de plus en plus importantes se battent pour imposer leurs propres organes démocratiques et donc retrouver une certaine souveraineté vis-à-vis de l’État et des patrons. Le mouvement d’occupation des places en Espagne, puis en Grèce, sans oublier la Guadeloupe et Mayotte où des assemblées de travailleur.se.s fonctionnant sur le mandat impératif et la démocratie directe sont allées jusqu’à formuler une liste de revendications embrassant l’ensemble des problématiques économiques et sociales en sont des exemples.

Localement ces luttes aboutissent parfois à des avancées en termes de prises de décisions collectives plus démocratiques et plus autonomes des institutions, commel’expérience de budgets participatifs à Porto-Alegre. Dans certains cas, elles peuvent aller jusqu’à la reprise en main de la commune sur de nouvelles bases économiques et sociales comme à Marinaleda en Andalousie. Ces îlots restent bien peu nombreux et confrontés à terme à la force de répression, de récupération et de réintégration du système. Quand les révolutionnaires voient ces expériences comme des paliers tendant vers un changement profond et irréversibles, les réformistes n’y voient qu’un aboutissement total voire une curiosité.

Il est de notre rôle en tant que forces anticapitalistes de porter une voix révolutionnaire face au discrédit des organisations dîtes réformistes. Ces dernières ne sont en réalité que les gestionnaires de l’austérité générale imposée par la classe capitaliste. Il ne faut pas que leur échec soit celui de l’ensemble des forces progressistes et qu’il profite à la caste politique habituelle.

Alternative Libertaire Grenoble

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