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Publié par Patrick Granet

solidaritéS (CH) — Communiqué de presse — Jeudi 21 juillet 2016

Au vu de l’évolution de la situation et des développements politiques rapides en Turquie depuis la faillite du coup d’état militaire dans la nuit du vendredi 15 et samedi 16 juillet, le mouvement solidaritéS a décidé de diffuser ce deuxième communiqué.

Une condamnation nécessaire

Le mouvement solidaritéS réitère que malgré notre opposition profonde au régime autoritaire d’Erdogan, la condamnation du coup d'Etat militaire par une fraction de l’armée en Turquie était une nécessité absolue. En effet, l'armée n’est pas et n'a jamais été un allié des classes populaires dans le pays et aucune illusion ne doit exister sur la capacité de l’armée turque à jouer un rôle de libérateur de celles-ci.

Des actions antidémocratiques et criminel

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Nous avons également souligné dans notre premier communiqué que l’échec du coup d’Etat était une bonne nouvelle, en particulier parce qu'il a été le fait d’une mobilisation populaire. Cependant, le soutien aux manifestations contre le coup d’Etat ne signifie pas que nous acceptons les actions des manifestant•e•s qui ont suivi et condamnons même fermement certaines manifestations qui ont tourné au traitement humiliant et au lynchage.

Il faut encore préciser que nous n’avons aucune illusion sur la nature conservatrice et nationaliste de la très grande majorité des manifestant•e•s, membres de la base populaire de l’AKP, qui se sont mobilisés à la suite de l’appel du président Erdogan. Soyons clairs : cet appel n’était pas un appel en faveur de la démocratie, mais en faveur de son régime autoritaire.
Les attaques par ces mêmes secteurs mobilisés contre les bureaux du Parti démocratique des peuples (HDP) lors de la journée du samedi 16 Juillet dans trois villes, en plus des attaques contre la population syrienne et les tensions dans les quartiers alévis, confirment leurs soutiens aux politiques belliqueuses de l’AKP et non aux principes démocratiques et de co-existence.

Un gouvernement anti-démocratique et autoritaire

Le gouvernement de l’AKP s’est attaqué à tous les secteurs de la société et n’a pas hésité à recourir au chaos et à l'atmosphère de guerre civile dans le but de maintenir son hégémonie, en particulier depuis les élections du 7 juin 2015, lorsque l’AKP avait perdu sa majorité électorale, notamment à cause de la réussite du HDP (Parti démocratique des peuples). L'AKP avec le soutien des partis nationalistes (MHP et CHP) n’a pas hésité à modifier la constitution afin d’organiser une levée « temporaire » de l’immunité des députés, une opération visant les députés du HDP actuellement poursuivis en justice. La base populaire de l’AKP, a dans sa grande majorité accepté et soutenu ses politiques autoritaires.

Vers un coup d’Etat institutionnel

L’AKP n’a pas attendu l’échec complet du coup d’état militaire pour renforcer son pouvoir autoritaire et son emprise sur l’institution de l’Etat. Erdogan l’a d’ailleurs annoncé : « ce soulèvement est un don de Dieu pour nous parce que ce sera une raison pour nettoyer notre armée ».

Depuis le samedi 16 Juillet, les autorités ont suspendu ou arrêté près de 60’000 personnes (soldats, des policiers, des juges et des fonctionnaires). Le congé annuel a été suspendu pour plus de 3 millions de fonctionnaires, alors que près de 3000 juges et procureurs ont été suspendus. Des sites internet et chaines de télévisions considérées comme critique du gouvernement AKP ont été fermés. 20’000 fonctionnaires ont également été licenciées du ministère de l'éducation, 492 de la Direction des affaires religieuses, 257 du bureau du premier ministre, 100 responsables du renseignement et 300 fonctionnaires du ministère de l'énergie. La démission de 1557 doyens en service dans toutes les universités privées et publiques à travers le pays a aussi été exigé par Conseil de l’enseignement supérieur de la Turquie. Le Conseil de l'enseignement supérieur a aussi interdit, jusqu'à nouvel ordre, toutes les missions à l'étranger des universitaires.
Lorsque les partisans d’Erdogan se sont rassemblés devant sa maison à Istanbul, ils ont scandé des slogans en faveur de la peine de mort pour les putschistes, pourtant interdite en 2004. Erdogan a répondu à la foule en ces termes: « Nous entendons cette demande qui est la vôtre » et ajouté « Notre gouvernement va en discuter avec l'opposition et une décision sera sans aucun doute prise. »


Le gouvernement de l’AKP a comme on peut le voir et comme il fallait le craindre utilisé l’échec du coup d’état militaire pour renforcer son pouvoir autoritaire et éliminer toute forme d’opposition. Nous sommes passés d’une tentative de coup d’Etat militaire à un coup d’Etat institutionnel. L’annonce de l'instauration de l'Etat d'urgence pour trois mois par le président turc Recep Tayyip Erdogan le mercredi 20 juillet au soir en est une confirmation.

Continuons et renforçons les luttes

La lutte pour la démocratie, la justice sociale, la paix et l'autodétermination du peuple kurde est encore longue et sera probablement encore plus compliquée après cet épisode et les nouvelles offensives autoritaires et répressives du gouvernement de l’AKP qui suivront. Nous réitérons notre soutien et notre solidarité aux résistances et aux mouvements populaires qui s’engagent à poursuivre la lutte pour la démocratie, la justice sociale, la paix et l'autodétermination du peuple kurde en Turquie.

NON à l’armée et au coup d’Etat

NON aux renforcements des politiques belliqueuses, anti-démocratiques et autoritaires d’AKP

OUI à une alternative démocratique, socialiste et laïque ainsi qu’à l’auto-détermination du peuple kurde

solidaritéS (CH)

Contact : Joseph Daher

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