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Publié par Patrick Granet

La Russie est le pays qui fournit le plus de combattants à l’Etat islamique, la plupart venus du Caucase: c'est l'une des raisons pour lesquelles Poutine a décidé de bombarder Daech. La réponse de l'Ei: «Ecoute Poutine, nous allons venir en Russie et vous tuer dans vos maisons».

Dans une vidéo diffusée dimanche 31 juillet sur Internet,l’Etat islamique menace la Russie:

«Ecoute Poutine, nous allons venir en Russie et vous tuer dans vos maisons. Frères, menez le djihad, tuez-les, combattez-les.»

Ce n’est pas la première fois que l’organisation terroriste s’en prend à la Russie. Elle est même déjà passée à l’acte le 31 octobre 2015. Un Airbus de la compagnie de Saint-Pétersbourg MetroJet qui transportait 224 touristes russes a explosé en vol peu après son décollage de l’aéroport de Charm el-Cheikh, en Egypte. Daech a revendiqué l’attentat tandis que Moscou mettait plusieurs jours à admettre qu’il s’agissait bien d’une attaque terroriste. Daech prétendait ainsi répondre à l’engagement de la Russie en Syrie annoncé par Vladimir Poutine à l’Assemblée générale de l’ONU.

Au cours des premiers mois pourtant, les bombardements russes ont visé essentiellement les rebelles syriens opposés au régime de Bachar el-Assad et soutenus par la coalition occidentale, plus que les positions de l’Etat islamique.

Un pays habitué au terrorisme islamique

Si Daech met ses menaces à exécution en Russie, ce ne sera pas non plus la première fois que le pays serait confronté au terrorisme islamique. Dans les années 2000, les séquelles de la guerre en Tchétchénie ont été à l’origine de plusieurs attentats. En 2002, un commando a pris 800 personnes en otages dans un théâtre de Moscou. 128 sont mortes, la plupart sous l’effet des gaz utilisés par les forces de l’ordre pour venir à bout des terroristes. Deux ans plus tard, plus de 300 personnes, dont une majorité d’enfants, étaient tuées après une prise d’otages dans une école de Beslan, en Ossétie du nord. Cette tragédie a offert à Poutine un prétexte pour une reprise en main politique. Il a notamment supprimé l’élection des gouverneurs au suffrage universel pour les remplacer par des envoyés du Kremlin.

En 2010 et 2011, des dizaines de voyageurs ont été victimes dans le métro de Moscou des «veuves noires», le nom donné aux femmes et aux sœurs qui voulaient venger les combattants tchétchènes tués par les forces russes. Tous ces attentats ont été suivis par un durcissement du régime, y compris vis-à-vis des opposants politiques, qualifiés indifféremment de «terroristes». En juin dernier, Vladimir Poutine a signé une nouvelle loi anti-terroriste qui restreint les libertés individuelles et élargit les possibilités pour les organes de sécurité d’intervenir dans les communications privées.

On se gardera d’ajouter à la liste des attentats à connotation islamiste qui ont frappé la Russie depuis le début du siècle la destruction de plusieurs immeubles à Moscou, en 1999 et en 2000, avec plus de 300 victimes. De fortes présomptions laissent à penser que ces attentats ont été organisés par le FSB, l’avatar postcommuniste du KGB, dans le but de lancer la deuxième guerre en Tchétchénie et de soutenir l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. La commission indépendante qui aurait pu faire la lumière sur ces drames n’a jamais été autorisée à travailler.

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La Russie est le pays qui fournit le plus de combattants à l’Etat islamique, environ 3000, la plupart venus du Caucase

S’il existe des liens entre Daech et les islamistes dans la Fédération de Russie, ces liens sont indirects. La Russie est certes le pays qui fournit le plus de combattants à l’Etat islamique, environ 3000, la plupart venus du Caucase. Dans ces républiques, notamment au Daghestan, des séparatistes continuent d’affronter la police et l’armée mais ils appartiennent plutôt à la mouvance wahhabite soutenue par l’Arabie saoudite qu’au califat d’Abou Bakr al-Baghdadi. Ce qui cependant ne peut exclure des actions coordonnées.

Cette présence nombreuse de ressortissants de la Fédération de Russie dans les rangs de l’EI est une des raisons pour lesquelles après avoir consacré 80% de ses frappes aux autres groupes rebelles, l’aviation russe a commencé à bombarder Daech. Une autre raison tient à la volonté du Kremlin de consolider le pouvoir de Bachar el-Assad, non seulement contre les opposants «modérés» ou contre les autres groupes islamistes, mais aussi contre Daech qui occupe une partie du territoire syrien. Enfin, c’est une manière de montrer aux Occidentaux que Poutine est sérieux quand il propose la création d’une «vaste coalition internationale» contre l’Etat islamique.

Les Russes ont monté une énorme mise en scène après la «victoire» de Palmyre quand, en mars, l’armée d’Assad, appuyée par l’aviation russe, a repris à Daech le contrôle de la cité antique. Ils ont organisé deux mois plus tard un concert symphonique au milieu des ruines avec l’orchestre du théâtre Mariinski, de Saint-Pétersbourg, sous la direction de Valeri Guerguiev. Le chef, un proche de Poutine, est originaire d’Ossétie du sud. Il a bruyamment soutenu la prise par la Russie de cette province à la Géorgie lors de la guerre de 2008.

La confusion semée par Poutine

Quelques semaines avant que les suites de Bach ne retentissent dans le désert, Vladimir Poutine avait surpris tout le monde en annonçant «un retrait partiel» des forces russes engagées en Syrie. Celles-ci avaient «atteint l’essentiel de leurs objectifs», avait-il dit. «C’était un coup de maître. C’était fantastique», explique Sergueï Karaganov, directeur du Conseil sur la politique étrangère et de défense, qui a conseillé tous les présidents russes de Gorbatchev à Poutine. Personne ne savait quelles forces et combien allaient être retirées, d’autant moins que jamais Moscou n’avait donné la moindre indication sur l’importance de son contingent en Syrie. Si l’objectif était de semer la confusion, c’était en effet une réussite.

L’annonce intervenait pendant que des négociations se préparaient à Genève entre le régime et l’opposition sous la double égide américano-russe et alors qu’un cessez-le-feu partiel était décrété. En principe les combats entre forces loyalistes et opposants auraient dû cesser alors que les bombardements des groupes djihadistes pouvaient continuer. Cette trêve n’a jamais été respectée. Elle a plutôt servi au régime d’Assad et à ses alliés iraniens et russes de renforcer leurs positions.

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Alep, monnaie d'échange

Sous couvert de lutte contre les islamistes radicaux, l’étau s’est resserré autour des bastions rebelles, en particulier à Alep

Sous couvert de lutte contre les islamistes radicaux, l’étau s’est resserré autour des bastions rebelles, en particulier à Alep. L’est de la ville où vivent encore près de 300.000 personnes est contrôlé par l’opposition. La principale force militaire, qui a tenté pendant le week-end du 31 juillet une percée pour briser l’encerclement, est le Front Al-Nosra, placé sur la liste des organisations terroristes de l’ONU. Il vient de changer de nom. Il s’appelle désormais Jabhat Fatah al Sham et a annoncé avoir rompu avec Al Qaïda.

Alep est sous le feu des aviations russe et syrienne qui sont accusées par les organisations humanitaires de jeter des fûts remplis de gaz et des bombes à fragmentation sur la population civile. Moscou dément mais la télévision russe a, par inadvertance, montré le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, en visite en Syrie près d’un missile destiné à lancer ces bombes à fragmentation. L’image a vite été retirée. Un accord international interdit ce type d’armes mais il n’a été signé ni par la Russie, ni par la Syrie, ni d’ailleurs par les Etats-Unis ou la Chine.

A Alep-Est, les réserves de carburant, de farine et de médicaments ne dépassent pas quelques mois voire quelques semaines. L’aide humanitaire de l’ONU ne parvient pas aux assiégés malgré les engagements de la Russie et de ses alliés locaux. Moscou a proposé la création de «couloirs humanitaires» pour permettre à la population civile de quitter les quartiers encerclés mais rebaptisés«couloirs de la mort» par les rebelles, ils ne sont pratiquement pas utilisés. Les Russes avaient utilisé la même tactique à Grozny, la capitale de la Tchétchénie, pendant la deuxième guerre (1999-2000). Les civils qui ne fuyaient pas étaient considérés comme des combattants et étaient voués à l’anéantissement sous le rouleau compresseur de l’aviation et de l’armée.

Iouri Barmine, expert russe du Moyen-Orient, doute cependant que le Kremlin ait pour objectif prioritaire de prendre le contrôle de toute la ville d’Alep. Contrairement à Assad qui ne pourrait que tirer profit d’une victoire symbolique. Encerclée, étouffée, à la merci du régime, la ville est, pour Poutine, une monnaie d’échange dans les discussions qui se poursuivent avec les Etats-Unis sur l’avenir de la Syrie.

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Les Occidentaux s’indignent mais ne font rien. Le ministre français des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a écrit à ses deux collègues russe et américain pour les prier de bien vouloir reprendre les négociations de Genève. Le secrétaire d’Etat américain John Kerry donne la priorité à l’action diplomatique mais envisage, sans plus de précisions, «des alternatives et d’autres options».

A la mi-juillet, il a mené plusieurs heures d’entretiens avec Vladimir Poutine et avec Sergueï Lavrov pour tenter de mettre au point un plan américano-russe de sortie de crise. L’objectif est de lutter ensemble contre Daech et Al Nosra –jusqu’à maintenant la coalition occidentale et la Russie s’entendent seulement sur la «déconfliction», c’est-à-dire les mesures minimales pour éviter des incidents entre les aviations respectives. En contrepartie, les Russes useraient de leur influence sur Assad pour qu’il relâche la pression sur les rebelles modérés soutenus par les Etats-Unis. Les diplomaties russe et américaine ne sont pour l’instant pas parvenues à se mettre d’accord, même si du côté de Washington, on ne fait plus du départ de Bachar el-Assad du pouvoir une condition à une solution négociée.

Vladimir Poutine joue la montre pour améliorer sa position de négociation, quitte à affamer Alep. Sa limite est l’éventuelle vulnérabilité à des attentats de Daech en Russie même, comme l’en menace l’organisation terroriste, et les pertes sur le terrain. En quelques jours, la Russie a perdu deux hélicoptères abattus par l’Etat islamique au-dessus de la Syrie, portant à dix-sept ou dix-huit le nombre des victimes russes depuis moins d’un an. Même s’il ne doit pas rendre des comptes à une opinion publique anesthésiée, le président russe ne peut pas ne pas en tenir compte.

Daniel Vernet

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