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Publié par Patrick Granet

Et pourquoi accentue-t-elle ses dispositifs de sécurité après des explosions qui ont eu lieu à des milliers de kilomètres?

Après la double explosion survenue lundi 15 avril lors du marathon de Boston, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a demandé aux préfets et aux forces de sécurité intérieure de renforcer la présence des patrouilles autour des établissements publics du territoire français. Pourquoi la France renforce-t-elle sa sécurité nationale après un attentat qui a eu lieu à des milliers de kilomètres?

Par anticipation et par prudence face à des menaces potentielles contre la France. Dans ce sens, le ministre de l’Intérieur français, Manuel Valls, a demandé mardi aux forces de l’ordre de poursuivre la sécurisation des espaces publics.

C’est d’ailleurs le rôle même de l’Etat d’anticiper ce genre de risques et de ne pas se montrer vulnérable face à des menaces susceptibles de frapper à tout moment. En réponse aux explosions du marathon de Boston par exemple, les autorités britanniques ont pris des mesures de sécurité drastiques dans l’organisation du marathon de Londres.

Ces mesures sont aussi un moyen pour les Etats dedémontrer à l’opinion publique sa vigilance face aux menaces terroristes. Rappelez-vous des critiques formulées après les attentats du 11 septembre 2001 contre l’administration Bush, accusée d’avoir ignoré des informations capitales de la CIA sur une attaque à venir.

Principe de précaution

Lorsqu’un attentat survient dans le monde, les Etats sont amenés à réagir. Par prévention, après analyse des éventuelles menaces. Des attaques comme les explosions de Boston ou l’attentat de Bombay en 2008 —où il a fallu plusieurs jours pour identifier les revendications et les raisons de l’attaque—, demandent à la France d’envisager une menace large et globale. Une menace qui peut aussi survenir n’importe où et n’importe quand, mais il n’y a pas de protocole prédéfini à mettre en place lorsqu’un attentat se produit hors de nos frontières.

Le ministère de l’Intérieur, en concertation avec le Premier ministre et la Présidence, décide au cas par cas —selon le contexte et le profil des attaques terroristes— des mesures à mettre en oeuvre. Qu’elles surviennent en Europe (attentats de Madrid en 2004), aux Etats-Unis (attentats du 11 septembre 2001) ou encore en Asie (attentats de Bombay), les services de sécurité français évaluent le risque et l’anticipent.

Pour cela, la coopération bilatérale entre les pays en termes de sécurité est l’un des moyens privilégiés pour collecter des informations et adapter la réponse aux risques terroristes encourus. Parmi ces organes de coordination, on retrouve Europol et Interpol pour la police, Eurojust et les protocoles internationaux de la Direction des affaires criminelles et des grâces de la Chancellerie pour la justice.

Depuis une dizaine d’années, des actes terroristes commis hors des frontières françaises avaient déjà entraîné le renforcement de ses mesures de sécurité sur le territoire. Par exemple lors des attentats du World Trade Center, desattentats de Casablanca en 2003, des attentats de Madrid en 2004 ou ceux de Londres en 2005.

Des attaques dont la France avait prévenu d’éventuelles répercussions en augmentant le niveau d’alerte du plan vigipirate jusqu’au niveau rouge. Depuis les attentats du métro de Londres, l’alerte est toujours restée fixée au niveau rouge, le troisième seuil sur une échelle de quatre.

Niveau d’alerte du plan vigipirate inchangé

Quelques heures après la double explosion à Boston, les mesures annoncées par le ministère de l’Intérieur entendent durcir le dispositif Vigipirate sur le territoire français, signe que le gouvernement se prépare à toute menace potentielle, mais le seuil d’alerte, lui, n’a pas été réévalué.

Sur décision du Premier ministre, le niveau d’alerte rouge est passé au stade de rouge renforcé en janvier 2013, après les menaces proférées par les groupes islamistes lors de l’intervention française au Mali. A ce stade, le plan Vigipirate prévoit notamment des contrôles aléatoires d’accès aux trains, sur les personnes comme les bagages, des patrouilles dans les TGV, la restriction ou l’interdiction de vastes portions de l’espace aérien et la constitution de stocks d’eau potable.

Sans menace précise, il est alors difficile de déclencher le niveau écarlate (le plus élevé). Ce cas de figure correspond à un risque imminent d’actes terroristes aux effets dévastateurs selon des modes opératoires différents. Des éléments indispensables à la réévaluation du plan Vigipirate, mais absents du contexte actuel en France selon le protocole. Tant que l’origine des explosions de Boston n’est pas identifiée, le gouvernement se prépare à toute menace. Pour le moment, les États-Unis ne privilégient aucune piste, intérieure ou internationale.

Jusqu’à présent, le seuil maximal dit écarlate n’a été franchi qu’une seule fois en France en mars 2012 et sur une zone limitée: la région Midi-Pyrénées, lors des tueries perpétrées par Mohamed Merah à Toulouse et Montauban.

Celui-ci permet aux autorités françaises, en fonction de l’état de la menace, de suspendre des transports urbains, d’arrêter le trafic aérien civil ou encore de limiter la distribution de l’eau du robinet. Des mesures contraignantes et coûteuses. En 2010, le député PS Philippe Nauche soulignait que le plan Vigipirate entraînait un surcoût de 12,8 millions d’euros.

Robin Panfili

L’explication remercie André-Michel Ventre, directeur de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) et le ministère de l'Intérieur pour ses précisions.

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Robin Panfili

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