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Publié par Patrick Granet

ANARKISMO    COUP D ETAT  EN  TURQUIE

Traducteur: Fausto Giudice http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=18433 La
tentative de coup d'État, mal ficelée et ratée, a été décrite par le président turc
Erdogan "comme un don de Dieu". Certains sont mêmes allés jusqu'à dire que le président
turc avait finalement eu son "incendie du Reichstag", qu'il va utiliser comme un prétexte
parfait pour continuer à imposer son projet autoritaire et réduire au silence les voix
critiques dans le pays comme à l'étranger. ---- Le coup d'État raté, un "don de Dieu" pour
exacerber la dérive autoritaire en Turquie ---- La tentative de coup d'État menée un
groupe d'officiers de rang intermédiaire de l'armée turque dans la nuit du 15 au 16
juillet, qui a eu son épicentre à Istanbul et Ankara, et a été facilement déjouée par les
secteurs loyaux au président Recep Tayyip Erdogan, avec les forces de police comme fer de
lance, est une nouvelle démonstration de la profondeur de la crise qui traverse l'État
turc, un pays membre de l'OTAN et acteur clé dans la lutte pour l'hégémonie au Moyen-Orient.

Alors que les alliés d'Erdogan aux USA et dans l'UE appellent à défendre la «démocratie»
turque contre l'aventure putschiste, la vérité est que la militarisation du pays est un
fait depuis des mois, en particulier depuis l'intensification de la campagne militaire en
contre les Kurdes, qui a détruit des milliers de vies et des villages entiers dans la
région sud-est de l'État turc.

Et la démocratie à défendre s'est réduite comme peau de chagrin, vu qu'Erdogan a accru
toujours plus son pouvoir et son contrôle sur l'appareil d'État, en purgeant l'État et
l'armée de ses ennemis, en muselant la presse, en persécutant les opposants politiques et
en emprisonnant les critiques. Tout cela, alors que la peur s'est emparée des citoyens
devant l' augmentation des attentats à l'explosif qui ont fait des centaines de victimes
(le plus récent il y a à peine une semaine, à l'aéroport international d'Istanbul), pour
beaucoup d'entre eux du fait de la prolifération des islamistes, et d'une crise économique
sans précédent, exacerbée par la confrontation avec la Russie en novembre dernier, suite à
la destruction d'un avion militaire russe par les forces turques alors qu'il était en
opérations au-dessus de la Syrie. Suite à cela, la Russie a décrété une série de sanctions
économiques ravageuses pour l'économie turque, qui ont mis à genoux le président turc ;
celui-ci , après quelques mois de rodomontades, a fini par demander le pardon à Poutine
sans conditions. Erdogan et son parti l'AKP ont fomenté une atmosphère de terreur et de
violence, qui leur a permis de gagner les élections de 2015. La campagne électorale de
l'année dernière, loin d'être démocratique, a été marquée par la persécution de la gauche,
en particulier DU parti pro-kurde HDP, et la polarisation provoquée par le recours à la
terreur et à la peur.

Abdullah Gül, le prédécesseur d'Erdogan à la présidence et un de ses fidèles au sein de
l'AKP a déclaré, bêtement, en se référant au coup d'État militaire, que la Turquie n'est
pas un pays d'Amérique latine. Mais la réalité est que la Turquie a connu plus de coups
d'État que la plupart des républiques latino-américaines, caricaturées par son
commentaire: il y a eu des putschs en 1960, 1971, 1980 et le soi-disant coup d'État
"postmoderne" de 1997, lorsque le Conseil de sécurité nationale a poussé à la démission
Necmettin Erbakan, alors associé politique d'Erdogan, qui venait de remporter les
élections. L'armée, contrairement à la police qui est fidèles au gouvernement et plus
islamo-compatible, s'est considérée comme la gardienne des valeurs républicaines et
laïques à la base de la fondation de la République de Turquie en 1923 par Mustafa Kemal
Atatürk, et elle a toujours été méfiante envers l'islamisme politique qui a commencé à
relever la tête et à gagner en force à partir de 1990.

L'islamisme politique gagne en force avec l'irruption des "Tigres d'Anatolie", ces
entrepreneurs qui émergent avec la libéralisation économique à partir des années 1980, et
qui viennent des villes de la Turquie profonde, avec une rigide mentalité conservatrice et
religieuse. Cet Islam politique exacerbe les tensions avec l'élite laïque et
occidentalisante, établie dans les grandes villes turques (Izmir, Istanbul, Ankara) et
liée aux professions libérales, à la bureaucratie d'État et à l'armée. À partir de 2010
Erdogan a purgé les secteurs de l'armée, éliminant les kémalistes les plus récalcitrants
et les remplaçant par des secteurs mieux disposés à l'égard de son projet politique, qui
mêle l'autoritaire kémaliste, le conservatisme islamiste, avec une dose de néolibéralisme
et avec son rêve de devenir le Calife et de projeter à nouveau l'ombre de l'empire ottoman
sur le Moyen-Orient. Cela a donné lieu à l'ascension d'une série d'officiers liés au
"gourou" soufi Fethullah Gulen, alors allié d'Erdogan, mais les deux ont rompu en 2013. Ce
sont, apparemment, ces secteurs intermédiaires de l'armée, et non la vieille garde
kémaliste laïcarde, qui seraient derrière ce putsch.

La tentative de coup d'État, mal ficelée et ratée, a été décrite par le président turc
Erdogan "comme un don de Dieu". Il est facile de voir pourquoi il a dit cela : il a lancé
la purge dans l'armée, et s'il réussit à changer sa doctrine et sa composition, le pilier
central, bastion républicain de l'État turc, connaitrait une mutation pour imposer son
propre projet islamiste. Certains sont mêmes allés jusqu'à dire que le président turc
avait finalement eu son "incendie du Reichstag", qu'il va utiliser comme un prétexte
parfait pour continuer à imposer son projet autoritaire et réduire au silence les voix
critiques dans le pays comme à l'étranger. Alors que son attitude erratique et agressive
était en train de susciter une hostilité croissante de la communauté internationale, qui
craint que ses actions continuent à déstabiliser la région et à porter la crise du
Moyen-Orient aux portes mêmes de l'Europe, l'aventure militaire a réussi à lui gagner,
momentanément, le soutien sans équivoque de la «communauté internationale». Et il réussira
aussi à faire taire toute critique qui pourrait viser la militarisation, la censure, la
persécution et les purges qu'il engage en représailles, non pas contre les putschistes,
mais contre tous les secteurs susceptibles de représenter un contrepoids à son pouvoir
absolu. Mais si la «communauté internationale» est silencieuse, les peuples du monde ont
le devoir moral de faire preuve de solidarité avec le mouvement populaire turc et kurde et
d'élever la voix contre l'autoritarisme de l'État turc, qui bombarde, emprisonne,
assassine et bâillonne nos frères et sœurs. Nous avons une obligation morale : nous
solidariser avec ceux qui luttent pour une alternative au nationalisme militariste et
l'islamisme politique, et nous ne devons pas laisser cette alternative fondée sur la
liberté, la justice sociale et l'égalité, être noyée dans le sang. Erdogan se croit
désormais invincible, mais c'est une victoire à la Pyrrhus : sa barque file droit au
naufrage, et ce putsch de pieds nickelés n'était qu'un symptôme de cette crise.

José Antonio Gutiérrez D.
16 Juillet 2016
http://www.anarkismo.net/article/29452
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