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Publié par Patrick Granet

Dans la nuit du 2 septembre 1666, un feu se déclenche dans l'arrière-boutique d'un boulanger londonien du nom de Faryner. L'incendie s'étend très vite dans la rue Pudding Lane, près du pont de Londres. Les maisons en bois enduites de poix favorisent sa propagation.

Une métropole active et fragile

La capitale anglaise, qui compte à cette époque près de 500 000 habitants, est une métropole active et populeuse, à défaut d'être belle. Elle se relève d'une épidémie de peste qui l'a touchée l'année précédente, en 1665, et provoqué 70 000 décès.

Comme le sinistre a déjà gagné plusieurs maisons, le maire de la ville, sir Thomas Bludworth, est alerté et se rend sur place mais il ne voit pas de raison de s'alarmer outre mesure et laisse les sauveteurs à leur travail. C'est alors que le feu gagne des entrepôts de chanvre et de poix situés à Thames Street, au bord de la Tamise.

L'embrasement de ces entrepôts accélère la propagation de l'incendie le long du fleuve et les sauveteurs sont très vite dépassés. Dix mille maisons et près d'une centaine d'églises sont la proie des flammes. La cathédrale Saint-Paul s'écroule sous le poids de sa charpente (elle sera ensuite reconstruite avec le dôme qu'on lui connaît.

Le roi Charles II Stuart se joint bientôt aux sauveteurs. Des soldats entreprennent de faire sauter les maisons, rue par rue, pour mieux étouffer le feu. Celui-ci s'éteint enfin au bout de six jours. Grâce au sang-froid des habitants, il n'aura en définitive fait que huit victimes. Mais la plus grande partie de la capitale est à reconstruire et 100 000 personnes sont sans abri.

Un urbanisme en panne

Quand se produit le grand incendie de 1666, Londres bénéficie de la prospérité du royaume et de l'expansion du commerce maritime consécutive à la brève dictature d'Olivier Cromwell. Sa résurrection sera rapide et spectaculaire.

L'architecte Sir Christopher Wren propose une reconstruction ambitieuse avec une refonte complète de l'urbanisme et du tracé des rues. Mais dans cet État en voie de démocratisation qu'est l'Angleterre du XVIIe siècle, le roi doit tenir compte de la volonté populaire.

Il confie à l'architecte le soin de rebâtir Saint-Paul et d'ériger à Pudding Lane une très haute colonne de soixante mètres qui commémore l'événement. Les Londoniens l'appellent tout simplement « The Monument ». Sir Christopher construit au total une cinquantaine d'églises et, pour Saint-Paul, s'inspire du style baroque des églises parisiennes du Val de Grâce et de la Sorbonne. Saint-Paul, avec sa coupole sur colonnes, inspirera quant à elle le Panthéon de Soufflot.

Quand il mourra à 89 ans en 1723, Sir Christopher sera inhumé dans sa cathédrale. Son monument funéraire porte l'inscritption : « Lector, si monumentum requiris, circumspice » (Lecteur, si tu cherches le tombeau, regarde autour de toi).

Mais son plan d'urbanisme passe à la trappe. Les maisons sont rebâties au même endroit, non plus en bois mais en briques et en tuiles, de manière à mieux résister au feu... Ce qui fait que Londres ne s'honorera jamais des grandes avenues classiques qui caractérisent les capitales des États absolutistes : Paris, Saint-Pétersbourg ou encore Berlin.

En quelques années, Londres réparera les traces du « Grand Incendie » (Great Fire en anglais), s'offrant même le luxe d'accueillir de nombreux huguenots français chassés de leur pays par la révocation de l'Édit de Nantes. La cité se développe désormais vers l'Ouest, au-delà de la colonne commémorative.

Le récit du « Grand Incendie » est le passage le plus célèbre des Souvenirs de Samuel Pepys, un fonctionnaire londonien qui se fit le témoin avisé de son époque et participa à la lutte contre le sinistre.

Publié ou mis à jour le : 2016-08-27

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