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Publié par Patrick Granet

Recep Tayyip Erdogan a écrasé haut la main le coup d’Etat fomenté par une frange minoritaire de l’armée turque, réaffirmant son emprise et son pouvoir sur un pays clé dans la région. Contrairement à ce qu’il cherchait à afficher, le sultan ne tenait pas l’appareil d’Etat autant qu’on le pensait. Le plus difficile est donc à venir : cette faille apparue au grand jour pourrait déstabiliser la société turque et les relations d’Ankara avec ses partenaires. En interne, l’orgueil blessé du Président risque de se traduire par des règlements de compte sanglants. Ses propos, dimanche, évoquant le «virus» qui «comme un cancer, s’est propagé à tout l’Etat» montrent que l’homme sera sans pitié et sa vengeance terrible : l’armée et la justice, les deux institutions qui ont fourni le plus de putschistes, vont être éviscérées. Sachant que le pouvoir de l’armée a déjà été fragilisé par quinze ans d’AKP au pouvoir, que va-t-il en rester alors que le rôle des militaires est plus important que jamais dans une région livrée à la guerre, ou plutôt aux guerres ? Les alliés d’Ankara ont beau envoyer des messages qui sont autant de mises en garde, Erdogan n’en a que faire. C’est là le drame. Le président turc était déjà enclin à la dérive autoritaire, il va l’être plus que jamais, accusant tous ceux qui oseront le critiquer de vouloir sa perte. Or, son rôle est crucial dans le monde en furie de 2016, notamment dans la guerre qui oppose la coalition internationale à l’Etat islamique en Syrie et en Irak, deux pays voisins. Dans ce contexte, la tension croissante entre Ankara et Washington, accusé d’abriter l’instigateur du coup d’Etat voire de l’avoir couvert, est préoccupante. Surtout quand, dans le même temps, Vladimir Poutine profite de l’occasion pour se rapprocher encore d’Erdogan. Il est vrai que le tsar russe n’est pas homme à s’émouvoir de quelques purges.

Alexandra Schwartzbrod

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