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Publié par Patrick Granet

Pendant que du côté de Bure, on se mobilise contre le projet fou CIGEO d’enfouissement de déchets radioactifs, le nucléaire est aussi source de questionnements et d’inquiétude plus près de chez nous.

Mardi 28 Juin a eu lieu une réunion publique d’information à Pontfaverger sur le PEM, organisée par l’ADEPR, Association de Défense de l’Environnement de Pontfaverger et de sa Région. René Petitprêtre, son président (qui, au passage, est auteur de 2 articles en 2007 et 2011 sur Riposte Laïque, facilement trouvables sur internet), a présenté devant une centaine de personnes un exposé référencé, accompagné d’un power-point et d’extraits vidéo, sur le PEM et son actualité. Cette réunion avait pour but de transmettre les infos recueillies lors d’une réunion organisée par le Préfet le 1 Avril 2016 suite aux demandes et inquiétudes du Maire de Pontfaverger, Damien Girard, ainsi qu’à un reportage de France 3 datant de Février, les autorités s’étant senties plus ou moins obligées de faire un exercice de transparence et de réassurance concernant le PEM. Etaient présents, entre autres, le président du CEA-DAM (Commissariat à l’énergie atomique, direction des applications militaires), des représentants-e- des collectivités territoriales, l’ADEPR, et Mr Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et directeur du laboratoire de la CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) invité et rémunéré par la municipalité de Pontfaverger pour apporter un regard critique et indépendant sur la situation. Les médias locaux n’étaient par contre pas les bienvenus.

Le PEM pour « Polygone d’Expérimentation de Moronvilliers » est un centre de recherche du Commissariat à l’Energie Atomique, créé en 1957 dans le contexte tendu de la Guerre Froide et ayant pour but d’étudier le fonctionnement de l’arme nucléaire. Sur le terrain militaire de 500 hectares de Moronvilliers (village qui n’existe plus depuis la 1ère Guerre Mondiale), tout proche du vignoble champenois, des centaines de tirs aériens et une soixante de tirs souterrains ont eu lieu dans la légalité la plus totale, libérant des matériaux tels que uranium, deutérium, tritium, béryllium, plutonium…, matériaux radioactifs et cancérigènes comme on peut l’imaginer. A partir de 2003, les tirs furent également effectués en cuve tout en conservant les essais en plein air ; le dernier tir –aérien- eut lieu en 2013. Les essais nucléaires étaient étudiés afin d’observer le comportement des matériaux lors des explosions, cela dans le but de mettre au point des bombes nucléaires de « qualité ». Ce site classé « secret défense » employait environ 200 salarié-e-s, et menait à bien ses activités dans l’indifférence presque générale des habitant-e-s des communes alentours. A noter que ce centre est relié à celui de Vaujours en Seine-Saint-Denis où les mêmes activités ont eu lieu, de 1955 à 1997. Les activités de ces deux centres ont à présent déménagé du côté de Valduc, près de Dijon.

Le CEA a tendance à relativiser ou même nier la pollution radioactive due aux activités du PEM. Le site n’est plus en activité depuis 2013 or la pollution est belle et bien toujours présente. Lors de la réunion du 1er Avril 2016, le CEA a convenu dans un premier temps qu’il restait quelques pointes de pollution radioactive due à de l’uranium appauvri. Cependant, après insistance des participants, le CEA a du révéler l’existence de 2.7 tonnes d’uranium appauvri dans les puits du site. Face à cela, le CEA annonce que le PEM ne sera jamais totalement dépollué. Les puits radioactifs ne le seront pas en tout cas mais une surveillance sera mise en place. Seulement, on peut douter de la qualité de cette surveillance quand on voit qu’il est faisable de s’introduire sur le PEM, ce qu’avait fait un journaliste amateur plus tôt dans l’année.

De même, concernant la pollution, d’autres sources montrent qu’une faible quantité d’uranium a atteint la nappe phréatique 40mètres en profondeur, contrairement au discours du CEA qui rassurait sur le fait que l’uranium s’oxydait et ne laissait aucune trace dans les sous-sols (Thèse d’Amélie Hubert datant de 2005 et dirigée par un membre du CEA de Bruyères-le-Châtel (!) ) L’uranium « appauvri » est contrairement à ce que son nom indique, un matériau fortement toxique, fortement concentré, qui, sans entrer dans les détails, peut être à l’origine de cancers et anomalies génétiques.

Du béryllium a pu aussi être respiré pendant tout le temps des expérimentations nucléaires ainsi que du tritium. D’autres substances non radioactives mais bel et bien dangereuses ont aussi été utilisées au PEM : du plomb et d’autres explosifs chimiques inconnus pour le moment. Ces matériaux polluent l’environnement aussi bien par leur présence dans l’air lors des essais nucléaires mais également par la contamination des eaux due au lessivage et la contamination des sols dus aux tirs aériens. On peut aussi s’inquiéter de la contamination via la chaine alimentaire (contamination de champignon ou de gibier qui impacterait ensuite les personnes les consommant). Pour plus d’informations sur les matériaux radioactifs et leurs effets, on peut consulter le bilan de la CRIIAD sur la réunion du 1 Avril 2016.

Malgré ces données inquiétantes et contrairement à ce qui avait été assuré auparavant, le CEA a informé que le PEM ne sera jamais totalement dépollué. Cela n’est d’ailleurs pas vraiment étonnant, le CEA semblant avoir toujours manqué d’intérêt pour l’étude et la prise en charge des conséquences sanitaires de ses activités nucléaires. Il n’y a en effet eu aucune étude épidémiologique de menée auprès de la population environnante, alors qu’on retrouve des traces de matériaux radioactifs dans les analyses de salarié-e-s décédé-e-s par exemple. Faute d’être dépollué, le PEM pourrait avoir une nouvelle activité selon le CEA : un projet de centrale photovoltaïque !

Face à cela, l’ADEPR essaie de sensibiliser médias et citoyen-e-s sur la problématique du PEM. Des communiqués de presse ont été réalisés et diffusés et d’autres actions sont envisagées : pétition sur internet, manifestations, mise en place d’une commission d’information et de suivi du site. Un rapprochement avec le Centre d’Etude de Vaujours qui rencontre les mêmes problématiques s’est aussi mis en place.

Au milieu des poubelles nucléaires du PEM et des centres de stockage de déchets de faible et moyenne activité de Soulaines-Dhuys et Morvilliers dans l’Aube, (et en plus de tous les produits phytosanitaires déversés dans les vignes) il est sur que notre « prestigieux » vignoble champenois parait moins luxueux...

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