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Publié par Patrick Granet

Après un nouvel attentat, l’assassinat d’un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, mardi, Marion Maréchal-Le Pen était invitée de BFM-TV mercredi 27 juillet. La députée FN du Vaucluse a évidemment beaucoup évoqué la lutte contre le terrorisme djihadiste. Et aligné les contre-vérités.

Intox sur les binationaux

Première intox : l’affirmation que la majorité des djihadistes ayant frappé la France seraient binationaux.

Depuis 2012, la France a connu une dizaine d’attaques terroristes, commises par une vingtaine de djihadistes. Et « dans l’immense majorité des cas », ils étaient… français ou étrangers. Mais pas binationaux.

Lire aussi : Y a-t-il un « profil type » des djihadistes français ?

Les deux frères Abdeslam, les deux frères Kouachi, d’Amedy Coulibaly, le tueur de Magnanville, Larossi Abballa, celui de Saint-Quentin-Fallavier (Isère), ou les deux auteurs d’unattentat manqué en 2015 à Toulon étaient ainsi français.

Dans d’autres cas, les djihadistes étaient étrangers. Sid Ahmed Glam, meurtrier présumé d’Aurélie Chatelain et auteur d’un projet d’attentat avorté à Villejuif, est algérien. Ayoub El-Khazzani, auteur de la tentative d’attaque dans le Thalys en août 2015, est marocain, tandis que l’auteur de la tuerie de Nice, Mohammed Lahouaiej Bouhlel, était tunisien.

Parmi les complices présumés de Lahouaiej Bouhlel, on compte deux binationaux, Mohammed G. et Ramzi A. Le logisticien des attentats du 13 novembre 2015, Abdelhamid Abaaoud, était binational, mais non français : né en Belgique, il avait les nationalités belge et marocaine. Mohamed Merah était franco-algérien, tout comme Adel Kermiche, auteur du meurtre du Père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray.

En résumé, on compte quatre binationaux (cinq en ajoutant le Belgo-Marocain Abaaoud) parmi les djihadistes ayant frappé la France. Ce qui est donc bien loin d’être une « immense majorité ».

Intox sur le financement des imams

Seconde intox de Mme Maréchal-Le Pen : elle assure que les deux tiers des imams en France sont financés par l’étranger.

Là encore, l’affirmation est aussi péremptoire qu’erronée. La France ne finance pas les ministres du culte, à l’exception du cas particulier du concordat alsacien. Ce sont donc aux fidèles de payer les imams, quand ces derniers n’ont pas un travail en plus de leur ministère.

Il arrive, dans quelques cas, que des imams soient envoyés en France depuis l’étranger. Ils ont alors un statut public dans leur pays d’origine (Maroc, Algérie,Turquie), qui les rémunère. Enfin, parfois, les mosquées font appel à des fonds étrangers.

Selon un rapport sénatorial de 2016, on compte, sur environ 2 500 lieux de culte musulman en France, 800 imams bénévoles (travaillant généralement par ailleurs) et 301 payés par des Etats étrangers. Les imams rémunérés le sont généralement faiblement, la moitié d’entre eux déclarant gagner moins de 1 000 euros par mois.

Enfin, la venue d’imams étrangers se fait dans le cadre de conventions et d’échanges sous contrôle de l’Etat. Si on prend le chiffre de 301 imams étrangers, et qu’on le rapporte à 2 500 mosquées, le ratio est donc de 12 %. Loin des deux tiers.


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