Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Patrick Granet

Brexit: les fruits amers d'une campagne raciste

La nomination de Theresa May comme nouvelle chef du gouvernement britannique constitue un symbole de la situation créée par la campagne du Brexit et ses conséquences.

Celle qui a été été six années d'affilée au poste de ministre de l'Intérieur a déjà annoncé qu'elle allait réduire drastiquement le nombre de visas d'entrée au Royaume-Uni. Elle veut aussi remettre en cause la convention européenne des droits de l'homme qui offre des garanties aux migrants. Elle poursuit ainsi la ligne qu'elle a mis en oeuvre dans son ministère et celle de David Cameron qui n'a jamais hésité à reprendre le thème de l"identité nationale".

Nigel Farage, chef du parti d'extrême-droite Ukip, a donc pu se retirer avec la satisfaction d'avoir gagné. Il a réussi a diffuser le poison du racisme dans de nombreux secteurs de la société britannique et à renforcer la xénophobie organisée dans toute l'Europe.

Le premier ministre hongrois Orban s'est immédiatement engouffré dans la brèche et a annoncé l'organisation d'un référendum anti-immigration le 2 octobre prochain. Le même jour se tiendra aussi l'élection présidentielle en Autriche, avec à nouveau un risque de victoire du parti d'extrême-droite FpÖ.

L'explosion de joie de toute l'extrême-droite européenne et mondiale après le vote britannique montre bien l'ampleur des défis de la situation actuelle; deschefs du FN à Orban, de Trump au gouvernment ultra-réactionnaire polonais, de l'AfD allemande à Wilders aux Pays-Bas, ils ont tous exulté.

En Grande-Bretagne même, la multiplication des paroles et discours xénophobes durant la campagne a conduit à une explosion des actes de violence durant celle-ci et au lendemain du scrutin.

Violences racistes et assassinat politique

Durant les semaines qui ont précédé le scrutin, la haine a été attisée en permanence et une députée a été assassinée par un fasciste criant «la Grande-Bretagne d’abord!» (Britain First), soit l’un des principaux thèmes de la campagne dominante pour la sortie de l’UE.

L’assassinat de Jo Cox est le le résultat direct du climat provoqué par la campagne du référendum.

Jo Cox défendait les réfugiés et était partisane de la campagne pour rester au sein de l’UE.

L'atmosphère et la tension créés par la campagne de Nigel Frage et Boris Johnson ont non seulement renvoyé la Grande-Bretagne des décennies en arrière en termes de racisme et de xénophobie, mais ont aussi créé les conditions pour qu’un fanatique d’extrême droite, qui était en lien avec des néos-nazis et suprématistes blancs, abatte Jo Cox

Dans les quatre jours suivant le scrutin, la police a enregistré une hausse de 57 % des plaintes pour des délits liés à la haine xénophobe ou raciale. A Huntingdon, dans le centre de l'Angleterre, quelque deux cents Polonais ont reçu un message glaçant : « Halte à la vermine polonaise. ».

La façade du centre culturel polonais de Hammersmith, à Londres, était barbouillée d’un grand « Go home ! » à la peinture jaune. « Ce centre existe depuis les années 1960. Pourquoi maintenant ?, s’interroge Elzbieta Pagor, la bibliothécaire. Le référendum a tout simplement fait exploser les gens. »

Les services de police eux-même alertent : « Les procès-verbaux qui nous remontent témoignent d’une recrudescence des tensions locales visant directement des communautés de migrants depuis le référendum », a confirmé Sara Thornton, chef du Conseil national des responsables policiers.

Les ressorts de la campagne

Le « non » britannique représente un motif d'inquiétude pour les antiracistes, car il signe une victoire des forces xénophobes à l’œuvre aujourd’hui en Europe.

Le débarquement des « hordes de migrants » a représenté un argument déterminanat des tenants du Brexit, comme le montre l'affiche ci-dessus du parti Ukip dirigé par Nigel Farage.

La droite conservatrice et l’extrême droite ont réussi à convaincre une majorité de votants que leurs difficultés sociales étaient provoquées par les immigrés plutôt que par leur propres classes dominantes.

C'est une nouvelle mouture de la propagande classique du nationalisme. Celui-ci désigne les étrangers et les habitants des autres pays comme responsables des maux d'une société déchirée par les inégalités .

Ainsi, selon ces démagogues, les bas salaires et la précarité imposée ne relèveraient- ils pas de la responsabilité du patronat mais de celle de ceux et celles, souvent étrangers, qui sont contraints de les accepter.

Ainsi la crise du système de santé britanique (NHS) ne relèverait pas des choix du gouvernement Cameron qui a taillé dans les dépenses publiques mais d'un prétendu afflux d'Européens de l'Est venus se soigner, voire apportant des maladies. On retrouvait dans ce cas un thème mis en avant par le Front National.

Des millions de personnes qui ont voté pour le Brexit l’ont fait parce qu’elles ont intégré l’argument selon lequel la détérioration des niveaux de vie et des services publics étaient provoqués par l’immigration et non par l’austérité imposée par le gouvernement.

A ce titre on peut considérer que la campagne nationale du Brexit a été la plus réactionnaire de l’histoire politique britannique.

Le référendum a rendu légitimes le racisme et la xénophobie comme jamais auparavant.

En d’autres termes, des millions de travailleurs souffrant de la pauvreté et des inégalités croissantes ont été amenés lors de la campagne à une conclusion entièrement fausse: sévir contre les immigrants leur permettrait de «reprendre le contrôle» et de résoudre leurs problèmes.

Le slogan phare pro-« Brexit » se résumait à deux mots : « Take Control » c'est à dire « Reprenons le contrôle de notre pays » en l'occurence des frontières.

La presse dite "populaire", a joué un rôle énorme dans ce sens. Les tabloïds qui s'adressent aux couches populaires mènent depuis des années une campagne nationaliste et xénophobe.

Ainsi par exemple Le Daily Express, qui tire à plus de 430000 exemplaires par jour, a titré en une pendant 17 jours successifs sur le «thème» de l'envahissement par la migration.

Il est dramatique de voir des courants de gauche minimiser les composantes racistes de la campagne pour le Brexit et de son résultat. On retrouve ici l'aveuglement qui a parfois conduit certains à gauche à confondre l'antisémitisme avec un sentiment anticapitaliste.

La gauche française en particulier est traversée par cette dérive qui pactise avec le nationalisme et le rejet des minorités, au nom d'un combat contre le "système".

Face aux résultats du référendum, d'importantes mobilisations de solidarité antiraciste se mettent en place en Grande-Bretagne, afin notamment de protéger les 3 millions de personnes issues d'Europe de l'Est et qui sont menacées.

Dans d'autres pays, il semble que se fasse jour une prise de conscience des dangers d'une vague raciste. Ainsi en Allemagne, le parti d'extrême-droite AfD retombe sous la barre des 10% dans les sondages alors qu'il se trouvait en développement constant.

Néanmoins, faute d'une rupture et d'une réorientation européenne vers des solutions de solidarité, de justice sociale, de démocratie, d'accueil des migrants, les nationalistes et les fascistes (faussement baptisés "populistes") continueront à prospérer.

La catastrophe deviendrait alors possible.

Memorial 98

Commenter cet article