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Publié par Patrick Granet

Préfecture de police. Cabinet du préfet

Paris le 29 mars 1888

Le meeting de la Bourse du travail

Aujourd’hui a eu lieu, à la Bourse du travail, le meeting organisé par la chambre syndicale des hommes de peine contre les bureaux de placement.

La suppression de ces agences était depuis longtemps à l’ordre du jour des réunions anarchistes ; dans leurs séances privées de chaque jour, les plus violents, dédaignant les démarches faites par les corporations auprès des corps constitués pour faire faire droit à leurs revendications, préconisaient le pillage et l’incendie comme les seuls remèdes efficaces, et hier encore, dans une réunion de la Ligue Cosmopolite, 23, rue Basfroi, les compagnons s’étaient donné rendez-vous au meeting d’aujourd’hui en se promettant d’être énergiques et de passer cette fois des paroles à l’action.

Le plan des anarchistes était le suivant : organiser une grande réunion, faire l’apologie du meurtre et du pillage comme moyen d’action, entrainer les assistants par leur discours incendiaires, et aller dévaliser une ou deux agences. Le meeting d’aujourd’hui avait été organisé dans ce but.

Près de 800 personnes se pressaient à la salle de la rue J.J. Rousseau. La tribune surmontée de drapeaux rouges était entourée par l’état-major anarchiste au grand complet. Le reste de l’assistance se composait en majeur partie de garçons coiffeurs.

Tous les orateurs inscrits étaient anarchistes.

Le premier, le sieur Espagnacq a fait l’historique de la campagne contre les bureaux de placement pour les ouvriers de toutes les corporations. Il a rappelé les meetings organisés par les groupes révolutionnaires en faveur des travailleurs exploités, les délégations envoyées au Conseil municipal, à la Chambre et aux ministres même, pour faire cesser les abus des placeurs et toutes ces tentatives échouant devant le même mauvais vouloir.

« Les candidats aux sièges électoraux, municipaux ou autres, viennent mendier vos suffrages et vous promettent de réformer les abus et de se consacrer au bonheur de leurs électeurs ; chacun d’eux doit, s’il est élu, vous donner aussitôt les libertés, les droits que promet son programme ; et chaque fois, le peuple confiant donne ses voix, et reste dupe.

Travailleurs, vous n’avez rien à attendre que de vous-même. Les placeurs sont des bourgeois, et tous ces exploiteurs se soutiennent ensemble. Si vous voulez vous émanciper, si vous voulez obtenir justice, suivez nos avis. Nous sommes anarchistes, c’est à dire des hommes libres, ne relevant que de nous-mêmes. Nos pères, les prolétaires de 1789, ont fait la Révolution, en promenant la torche incendiaire dans les châteaux. Imitez leur exemple, et vous ferez aussi votre révolution ».

Après lui, Lutz et Leprince ont prêché le pillage dans des termes les plus violents.

Ces théories ont provoqué de nombreuses protestations dans l’auditoire devenu tumultueux.

Le compagnon Louiche jugeant (illisible) dangereux pour le succès de la manifestation de prolonger davantage la réunion, s’est alors élancé à la tribune :

« Assez de discours, il est temps d’agir ! Les placeurs sont des infâmes qu’il faut « watriner ». Que les travailleurs s’insurgent ! Nous ne sommes ici que 500 : nous serons bientôt mille ! ».

En même temps, les anarchistes quittent la salle, essayant d’entraîner avec eux les assistants mais un groupe d’une centaine d’individus seulement se forma et se dirigea vers l’agence de la rue d’Orléans St Honoré dont ils arrachèrent les écussons, puis vers le bureau de la rue St Honoré n°123, mais ce groupe fut facilement dissipé par une quinzaine d’agents.

Deux individus, les sieurs Carriat, âgé de 26 ans, cuisinier, et Lebourbasquet, âgé de 19 ans, garçon coiffeur furent arrêtés au moment où ils arrachaient les plaques du bureau de la rue St Honoré. Lebourbasquet seul a été gardé à la disposition de la justice.

Un autre groupe composé d’une soixantaine de garçons coiffeurs se dirigea vers l’Hôtel de ville où ils tentèrent de pénétrer.

Sur l’injonction des agents, ils consentirent à choisir quatre délégués qui furent reçus par le bureau du Conseil municipal. Quelques instants après, ces délégués sortirent et le groupe s’éloigna sans nouvel incident.

En ce moment la manifestation est complètement terminée. Le bureau de la rue Villedo vers lequel se sont portés les groupes, lors des meetings précédents n’a été l’objet d’aucune manifestation.

P. Po. Ba 99

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Préfecture de police. Cabinet du préfet

Paris le 29 mars 1888

Le meeting de la Bourse du travail

Aujourd’hui a eu lieu, à la Bourse du travail, le meeting organisé par la chambre syndicale des hommes de peine contre les bureaux de placement.

La suppression de ces agences était depuis longtemps à l’ordre du jour des réunions anarchistes ; dans leurs séances privées de chaque jour, les plus violents, dédaignant les démarches faites par les corporations auprès des corps constitués pour faire faire droit à leurs revendications, préconisaient le pillage et l’incendie comme les seuls remèdes efficaces, et hier encore, dans une réunion de la Ligue Cosmopolite, 23, rue Basfroi, les compagnons s’étaient donné rendez-vous au meeting d’aujourd’hui en se promettant d’être énergiques et de passer cette fois des paroles à l’action.

Le plan des anarchistes était le suivant : organiser une grande réunion, faire l’apologie du meurtre et du pillage comme moyen d’action, entrainer les assistants par leur discours incendiaires, et aller dévaliser une ou deux agences. Le meeting d’aujourd’hui avait été organisé dans ce but.

Près de 800 personnes se pressaient à la salle de la rue J.J. Rousseau. La tribune surmontée de drapeaux rouges était entourée par l’état-major anarchiste au grand complet. Le reste de l’assistance se composait en majeur partie de garçons coiffeurs.

Tous les orateurs inscrits étaient anarchistes.

Le premier, le sieur Espagnacq a fait l’historique de la campagne contre les bureaux de placement pour les ouvriers de toutes les corporations. Il a rappelé les meetings organisés par les groupes révolutionnaires en faveur des travailleurs exploités, les délégations envoyées au Conseil municipal, à la Chambre et aux ministres même, pour faire cesser les abus des placeurs et toutes ces tentatives échouant devant le même mauvais vouloir.

« Les candidats aux sièges électoraux, municipaux ou autres, viennent mendier vos suffrages et vous promettent de réformer les abus et de se consacrer au bonheur de leurs électeurs ; chacun d’eux doit, s’il est élu, vous donner aussitôt les libertés, les droits que promet son programme ; et chaque fois, le peuple confiant donne ses voix, et reste dupe.

Travailleurs, vous n’avez rien à attendre que de vous-même. Les placeurs sont des bourgeois, et tous ces exploiteurs se soutiennent ensemble. Si vous voulez vous émanciper, si vous voulez obtenir justice, suivez nos avis. Nous sommes anarchistes, c’est à dire des hommes libres, ne relevant que de nous-mêmes. Nos pères, les prolétaires de 1789, ont fait la Révolution, en promenant la torche incendiaire dans les châteaux. Imitez leur exemple, et vous ferez aussi votre révolution ».

Après lui, Lutz et Leprince ont prêché le pillage dans des termes les plus violents.

Ces théories ont provoqué de nombreuses protestations dans l’auditoire devenu tumultueux.

Le compagnon Louiche jugeant (illisible) dangereux pour le succès de la manifestation de prolonger davantage la réunion, s’est alors élancé à la tribune :

« Assez de discours, il est temps d’agir ! Les placeurs sont des infâmes qu’il faut « watriner ». Que les travailleurs s’insurgent ! Nous ne sommes ici que 500 : nous serons bientôt mille ! ».

En même temps, les anarchistes quittent la salle, essayant d’entraîner avec eux les assistants mais un groupe d’une centaine d’individus seulement se forma et se dirigea vers l’agence de la rue d’Orléans St Honoré dont ils arrachèrent les écussons, puis vers le bureau de la rue St Honoré n°123, mais ce groupe fut facilement dissipé par une quinzaine d’agents.

Deux individus, les sieurs Carriat, âgé de 26 ans, cuisinier, et Lebourbasquet, âgé de 19 ans, garçon coiffeur furent arrêtés au moment où ils arrachaient les plaques du bureau de la rue St Honoré. Lebourbasquet seul a été gardé à la disposition de la justice.

Un autre groupe composé d’une soixantaine de garçons coiffeurs se dirigea vers l’Hôtel de ville où ils tentèrent de pénétrer.

Sur l’injonction des agents, ils consentirent à choisir quatre délégués qui furent reçus par le bureau du Conseil municipal. Quelques instants après, ces délégués sortirent et le groupe s’éloigna sans nouvel incident.

En ce moment la manifestation est complètement terminée. Le bureau de la rue Villedo vers lequel se sont portés les groupes, lors des meetings précédents n’a été l’objet d’aucune manifestation.

P. Po. Ba 99

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