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Publié par Patrick Granet

Le risque politique que court l’Allemagne, c’est une confusion croissante entre accueil des réfugiés et montée éventuelle du terrorisme.

Samedi 23 juillet au matin, il n’y avait que peu de certitudes sur la fusillade qui a fait au moins dix morts et vingt et un blessés dans le centre commercial Olympia de Munich. Le tireur, un jeune germano-iranien de 18 ans, qui a ouvert le feu, d’abord dans un McDonald puis dans le centre commercial, a été retrouvé mort quelques instants plus tard dans les parages. La police parle d’un suicide. Il aurait poussé des cris au moment de faire feu sur les passants mais ces cris n’ont pas encore pu être décryptés. Il était jusqu’alors inconnu des services de police. Tout le reste est spéculation.

Mais une chose est sûre, comme l’écrit Joachim Käppner dans un commentaire de la Süddeutsche Zeitung, le grand journal libéral de Munich:

«Même si les circonstances précises restent floues, en tous cas la peur d’un attentat s’est installée en Allemagne, ce vendredi. Définitivement.»

Situation aigüe de terrorisme

Les conséquences pratiques se sont fait immédiatement sentir. Une «situation aigüe de terrorisme» a été décrétée pendant plusieurs heures par la police. Les habitants de Munich ont été invités à rester chez eux. Les transports en commun ont été arrêtés. La gare principale de la capitale bavaroise a été évacuée. Les Munichois ont lancé une opération de solidarité «portes ouvertes» pour ceux qui ne pouvaient pas regagner leur domicile. La méfiance régnait partout. Des passants ont même arrêté, dans le centre-ville, des policiers en civil parce qu’ils avaient aperçu leurs armes et les avaient confondus avec des suspects…

La psychose était d’autant plus grande qu’au début de la semaine, déjà en Bavière, un jeune homme avait attaqué à la hache les passagers d’un train près de Wurtzbourg, en criant «Allah Akbar!». Il avait été abattu peu après par la police. Les informations sur son identité sont contradictoires. On ne sait s’il était afghan ou pakistanais et s’il était seulement âgé de 17 ans, arrivé depuis peu en Allemagne comme mineur non-accompagné et placé dans une famille d’accueil. Depuis l’agression d’un bus de l’armée américaine qui fit deux morts près de Francfort en 2011 et un attentat manqué à la gare de Bonn en 2014, c’était la première fois qu’une attaque à connotation islamique était enregistrée en Allemagne.

La menace lancinante

Contrairement à la France, l’Espagne ou la Grande-Bretagne le pays a été épargné par les attentats terroristes depuis le 11 septembre 2001. Le ministre fédéral de l’intérieur, Thomas de Maiziere, a beau répéter que la menace est permanente et près de 80% des Allemands ont beau le croire.

Certes des citoyens allemands ont péri dans des attentats, mais c’était à l’étranger. En Tunisie, notamment, à plusieurs reprises. Trois jeunes lycéens de Berlin sont parmi les victimes de Nice. Mais les autorités ont eu plus souvent l’occasion de manifester leur solidarité avec leurs partenaires et voisins européens. On se souvient d’Angela Merkel posant sa tête sur l’épaule de François Hollande avant la grande manifestation du 11 janvier 2015, suite à l’attaque contre Charlie Hebdo et l’Hypercasher de la porte de Saint-Mandé.

François Hollande et Angela Merkel à l'Elysee le 11 janvier 2015. DOMINIQUE FAGET / AFP

La République fédérale, alors confinée à l’ouest, avait eu son lot de débats sur l’avenir de l’Etat de droit et le juste équilibre entre liberté et sécurité, après la vague d’attentats de la Fraction armée rouge (RAF), dire aussi bande à Baader, dans les années 1970 et 1980. La discussion sur les prérogatives des polices, régionales et fédérale, sur l’utilisation de l’armée à l’intérieur en cas de péril terroriste, sur les écoutes et la conservation des données, etc., risque d’être relancée.

Le risque: la confustion

Comme sera sans doute relancée la polémique sur l’engagement de l’Allemagne sur des théâtres extérieurs d’opérations, aux côtés de ses alliés américains ou européens. Jusqu’à maintenant, les Allemands pouvaient croire ne pas être des cibles privilégiés d’un terrorisme venu du Moyen-Orient, grâce à sa prudence diplomatique et plus encore militaire dans la région. En 2003, le chancelier Gerhard Schröder s’était joint à Jacques Chirac et à Vladimir Poutine pour critiquer l’intervention américaine en Irak. En 2011, l’Allemagne s’est abstenue –avec la Russie et la Chine– au Conseil de sécurité de l’ONU à propos de l’engagement en Libye. Dans la coalition anti-Daech aujourd’hui, elle ne joue qu’un rôle très modeste, avec quelques avions de simple reconnaissance.

Plus que par la menace terroriste, la politique allemande a été dominée au cours des derniers mois par l’immigration. La politique d’ouverture des frontières aux réfugiés syriens, irakiens, afghans, menée par Angela Merkel a d’abord été suivie avec enthousiasme par une majorité de la population allemande. Les élans de solidarité se sont multipliés, y compris à Munich et en Bavière, malgré l’opposition du gouvernement régional. «Nous y arriverons», avait dit la chancelière, à intégrer plus d’un million de réfugiés. Elle n’en a pas moins été à l’origine de l’accord avec la Turquie pour limiter le flux, tandis que le climat politique en Allemagne était en train de tourner. Manifestations d’extrême-droite, attaques de groupes néonazis contre des foyers d’immigrés, incidents dans ces mêmes lieux d’hébergement entre réfugiés d’origine et de confession diverses, et surtout les agressions de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne ont eu une influence néfaste sur l’opinion.

Le risque politique que court l’Allemagne, c’est une confusion croissante entre accueil des réfugiés et montée éventuelle du terrorisme. Quel que soit l’arrière-plan de la fusillade de Munich, la crainte de l’attentat pourrait être plus lourde d’effets que la réalité de la menace elle-même.

Daniel Vernet

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