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Publié par Patrick Granet

Voler de ses propres mains

S’agit pas de faire notre mea culpa, pas de saint esprit dans nos coeurs ; s’agit pas de faire se lever les poings, la hargne est déjà vivace. Et pas question non plus de plonger dans l’argumentaire scolaire qui fait plaisir à la maîtresse. Mais tout de même, à parler techniques de chouchou, on en profite pour placer deux mots, sur ce qui loge dans les viscères.

Nous partons de ce constat simple : il n’y a plus d’intérieur et d’extérieur. La fuite est impossible, d’ailleurs elle ne nous intéresse pas. Nous, ce qu’on aime, c’est les brèches, qu’on sculpte, qu’on taille dans la masse. On rit d’aller se péter le front sur les murs d’un monde hôpital, au carrelage blanc ou beige fade, éclairé au néon tungstène. Il s’impose à nous comme une brutale évidence, et nous considérons chacune de ses injonctions comme une manifestation de son expansion. Le voleur manigance, découpe les mailles du filet, pose des barricades pour défendre ses terrains de jeu.

Parce qu’on a bouffé et qu’on bouffe encore de la pub tous les jours, que ces images subliminales qui sabotent notre imaginaire, à côté de l’impossibilité financière d’accéder aux trucs que la société industrielle pseudo-luxueuse nous brandit devant le pif, créent des frustrations. Sans toutefois écarter la nécessité de s’affranchir de ces faux besoins, on chourre pour desserrer les mâchoires. Avec en plus le luxe de ne pas recréer une frustration supplémentaire : celle qui te fait culpabiliser lorsque tu as dépensé compulsivement pour un achat absolument inutile.

Et pourtant, on nous fait encore croire que le consommateur garde une marge de manœuvre, tel l’appât embroché à l’hameçon qui espère ne pas être mangé par la truite. Que l’antre de la liberté se situe dans ce pouvoir ridicule : celui de choisir un produit suivant un rapport qualité-prix ; entre le moins cher et le moins dégueulasse. À UFC Que Choisir de taper du poing sur la table quand cette liberté n’est pas respectée... Le consommateur, pour peu qu’il en ait les moyens, peut toujours se donner bonne conscience en achetant dans des biocoop et en privilégiant les circuits courts, il perd en réalité tout pouvoir lorsqu’il fout la main dans sa bourse. Il consomme, point barre. Il participe à la grande entourloupe. Mettre en avant l’idée qu’il puisse y avoir une autre façon de consommer omet que la fin du processus est le même : tu sors des biftons, et les réinfecte dans l’économie – fusse-t-elle alter ou néo ou macro.

Ici-bas, la fuite est impossible. Ne restent guère que la fierté, la dignité, et l’acceptation pragmatique de la situation. En d’autres termes : on esquive le statut de victime et, même dans les cordes, on ne baisse ni la garde ni les bras. On est fauché comme rarement on l’a été, comme toujours on le sera, comme on a à coeur de le rester, mais on compte bien rendre les coups. Il n’est pas question de se contenter des miettes que les seigneurs du pognon nous laissent.

On a bu du café Robusta premier prix par hectolitre et on s’en est fait des ulcères à l’estomac. Pour mettre fin à la décomposition de notre propre intérieur, on a acté que nous n’étions pas malades. La pauvreté n’est pas une MST. Il a donc fallu chourrer le beurre, l’argent du beurre, la crémière ligotée dans le coffre de la Twingo, et du kawa que seuls les bourges peuvent s’offrir.

La piraterie traverse les époques. Aujourd’hui, elle ne se donne pas toujours à voir, mais s’active quand même en souterrain. Ainsi du hacker qui bidouille tout ce qui lui passe dans les mains. Ainsi du voleur qui se pare d’un costard-cravate et d’un cabas avec un double fond. Sur ce monolithe lisse et glacial que constitue notre société, il faut parfois plisser les yeux pour apercevoir les tâches de rouille qui se répandent sur le métal comme une tâche d’huile dans la flotte.

Au-delà du sentiment valeureux de les avoir niqués, nous aimons ressusciter ce cancre du fond de la classe qui pisse sur les règles et se joue des ordres. Celui-là même qui rie à gorge déployé ; ce rire absolu qui s’auto-alimente semblant ne jamais prendre fin. Le gosse qui brave les interdits n’est pas mort ; il est quelque part, par là, autour de nous ou à l’intérieur, à souffler sur des braises qui défient l’autorité.

Puisque l’économie s’insère dans tous les pans de nos existences, la gratuité reste inévitablement un geste politique. Elle est un élément de notre organisation. La pratique du vol est un élément de la caisse à outil, comme la clé à molette qui pète les serrures, comme la fougue qui habite les tripes .

C’est en volant dans les magasins que ce gamin espiègle désacralise le produit et l’argent tout à la fois : il ne valent plus rien.

Et le gosse sait rester simple, il vole dans les magasins parce qu’il y a trop de magasins.

Flashback pour tous !

Petit clin d’oeil amical aux bonbons Haribo de l’épicier du tiéquar, du village, non loin des barreaux de l’école. Ces bonbecs qui déclarent que l’on n’a pas besoin de faire de chaîne humaine pour constater qu’on est lié, car comme un fait universel, ils sont notre premier délit. Nos premières ingéniosités contre la fatalité des thunes. Crocodiles et langues de chat ont fini dans une poche de jogging ou dans un recoin d’un cartable à l’effigie de Denver ou Mario Bros, et ont passé les portes du magasin sans être payés. Alors, kasdédi Haribo, tu fus l’invitation à danser.

La brochourre n’est pas un ramassis de scoops, de révélations. Elle donne des informations, des techniques déjà répandues. Elle explore des vices de forme, l’art et les méthodes de passer entre les mailles du filet. Ces détournements sont connus, et ils finissent d’ailleurs toujours par être contrés. Le jeu perpétuel du chat noir en uniforme et des souris galeuses. La technique des doubles-fonds, par exemple, commence déjà à prendre quelques rides. Alors oui, nous mettons noir sur blanc nos astuces, mais nous ne pensons pas accélérer leur désuétude. Et puis, le rythme accéléré est coutume, voilà notre époque. La création et l’évolution des armes et des parades sont permanentes.

Les propos qui suivent désignent une attitude ou des conseils à suivre idéalement. Tu ne respecteras jamais tout. C’est une sorte d’optimum de la chourre. Et il s’agit de conseils, non d’injonctions.

Et n’oublie pas... on n’est pas des héros ! On n’est pas des pros !

Modus Operandi

- On s’détend !

Pétons gaiement un coup.

La diabolisation du voleur est balaise, c’est un concept solidement ficelé pour le reléguer au rang de parasite, bien ancrée dans les torpeurs de la culpabilité. Ce concept doit donc être remis à sa juste place dans ton cerveau. N’oublie pas que tes victimes font pour la plupart partie du CAC 40, alors comme on dit : « NIQUE ! ». C’est l’idée que tu fais quelque chose de mal qui rend tes jambes cotonneuses et tremblantes. Bref, une fois les vieux jugement moraux déconstruits, te voilà libéré de quelques mourons et agréé d’un peu plus d’aisance.

Pour les chiffres : plus de quatre milliards d’euros sont volés chaque année à la grande distribution, soit 1,3 % du chiffre d’affaire du secteur. Entre nous, à baigner dans une farce, autant ne pas en être le bouffon.

Pour la pratique, et bien c’est comme pour tout ; comme le sexe, utiliser une tronçonneuse ou cuisiner un bon gigot : c’est la première fois la plus impressionnante. Une fois lancé, te voilà désinhibé. En somme, ce n’est pas sorcier, suffit de mettre la main à la pâte.

Le vol est à portée de tous, pas besoin d’un courage féroce, d’un QI élevé ni de gros biscotos.

Le vol de petits produits, par exemple le pot de sauce tomate ou le petit fromage qui va bien pour personnaliser tes pâtes, est étonnamment facile.

Pour les coups plus audacieux, on peut compter sur les capacités d’adaptation des mammifères que nous sommes. Au début, tu trembles pour une tablette de chocolat, puis tu comprends vite les mécanismes, tu enregistres, deviens performant, et puis finalement tu te lasses. Alors tu passes à la bouteille de whisky et le schéma se réitère. Et peu à peu, tu sors des perceuses. Petit à petit, l’oiseau fait son nid…

En attendant, pour tes premières fois, n’hésite pas à prendre le temps. Tu respires bien dans les rayons, tu essayes de ne pas paniquer et de contrôler tant bien que mal ces fichus mollets qui tremblent, et tremblent encore.

Tente d’établir un juste équilibre entre ce feeling, la parano qui altère parfois sérieusement la réalité, et cette envie de repousser tes limites, de combattre la peur qui t’habite. Et puis relativise : si tu ne le sens pas et que tu es encore dans le magasin, tu peux toujours reposer le produit, il n’y a pas eu de délit.

- Feeling

Première chose, la pièce maîtresse : le feeling. Ce sentiment magique qui te porte, qu’il faut aussi travailler (parce que copine Parano ramène souvent sa pomme) et dont découle un mystère quasi-magique : j’y crois – ça passe. Sans jouer les devins du dimanche, l’essence de la chourre réside en tes capacités à deviner, anticiper et écouter ce sentiment intérieur qui sent comment les choses vont se produire, qui tire la sonnette d’alarme ou te propulse.

En gros et imagé, c’est comme lorsque tu passes entre deux bites en fer en vélo. Plus tu prends conscience de leur existence, plus ton guidon tremble et te destine à une belle vautre ; à l’inverse, plus tu regardes au loin sans tension, plus tu te transformes en master-chef du deux-roues.

- Dresscode

Pas de dramaturgie : ça passe crado, ça passe en manteau en plein été, ça passe enivré. Mais nous restons en France, le délit de faciès y est une ritournelle avérée. On paie des gens pour te sonder la tronche et les pompes.

En clair, les combos casquette/basket ou dreadlock/sarouel ne sont pas forcément les tenues les plus adéquates.

Il est bien douloureux de conseiller de se vêtir en citoyen lambda. Mieux vaut pourtant en prendre son parti, et le vivre comme un déguisement pour aller à la foire de l’absurde. Comme un accoutrement que l’on revêt pour se donner du courage et de la confiance le jour où l’on passe un cap, que l’on sorte une bouteille d’huile d’olive ou un disque dur. L’uniforme du bon citoyen te transforme en homme invisible, tu te fonds aisément dans la masse, tu disparais.

- Attitude

Dès que tu rentres, tu vérifies discrètement les caméras, les vigiles à l’entrée, s’il y a des portiques anti-vol. Tu peux aussi faire des repérages avant, comme ça tu peux te permettre de bien regarder explicitement partout, tu prépares ton trajet, tu repères les angles morts. Ça peut être rassurant de faire des repérages quand tu apprends à chourrer ou pour chourrer de plus gros trucs.

Tu dois évidemment feindre d’être un vrai consommateur. Petit, tu as déjà fait ça, depuis le siège en plastic du caddie, à observer ta daronne ou ton daron faire les courses. Elle remontait les rayons dans l’ordre, s’attardait parfois à comparer les prix, consommait avec aisance et allégresse mais tout de même le cul bien serré.

Tu fais donc tout pareil. Tu mates les prix, même si tu t’en branles, et tu mimes l’interrogation divine « qui est le plus fort dans le mensonge du rapport qualité/prix/quantité ? ». Sans rester trois heures dans les rayons, prends ton temps : évite les allers-retours en courant. Tu te choppes un panier pour faire plus consommateur et pour caler tes trucs dedans (ça évite que les caméras calculent que tu te balades dans tous les rayons avec une bouteille de pif à 30 balles).

Tu t’adaptes au magoss : par exemple dans une Fnac, tu prends ton produit, tu te balades avec en faisant le consommateur, et pour te faire oublier, tu lis un bouquin ou une BD pendant une demi-heure. Une fois ce délais passé, tu peux charger.

Les supermarchés paient des gens pour faire de jolis rayons, bien ordonnés, bien fournis, tout-beau-tout-neuf. Tu remarqueras que les articles sont pour la plupart au premier rang de leur emplacement. C’est mieux (surtout dans les petites épiceries, les petits commerces) de voler ton truc et de ramener l’article suivant au premier rang. Ainsi, pas de trou, pas de trace.

À la caisse, une blague à la caissière ou une remarque sur le fait qu’on se les gèle et puis s’en va. N’en fais pas des tonnes. Il se dit, en mode légende urbaine, que les caissières, au cours de leur formation anti-chourre, sont encouragées à se méfier des clients qui posent trop de questions. Alors soit tu te montres fin dans la « conversation » soit tu la boucles.

Lorsque tu fais la queue, si la caissière reçoit un coup de fil et si elle ne dit presque rien avant de raccrocher, c’est signe qu’on t’a vu et qu’elle vient d’être prévenue. Pas de panique, il est toujours temps de faire demi-tour et de tout reposer.

Mécanique maléfique...

Maintes technologies vicelardes existent, se créent, se perfectionnent pour contrecarrer les chourreurs. La liste qui suit est non exhaustive, car comme on ne cesse de le répéter, l’époque file à toute allure, et les progrès du flicage et de tous ses gadgets suivent le même tempo. On va maintenant les énumérer en les reluquant d’un point de vu pratico-pratique, et observer leurs mécaniques. Une base, pour comprendre comment les contourner.

Le dispositif est généralement proportionnel à la taille du magasin, les gros hypers se paient la totale de la technologie de pointe alors que les petites épiceries sont équipées de caméras branlantes. Elles ne sont pas pour autant plus faciles à piller (espace restreint, peu de monde, etc.). Par ailleurs, le sentiment revanchard de sortir les fouilles pleines est raccord à la puissance économique que représente le magoss. Dévaliser la Fnac est bien plus jouissif que de procéder dans la petite librairie du coin. Plus l’ennemi est armé, plus il est délectable de le déjouer.

Passons aux petits gadgets anti-chouchou...

- Les caméras

  • Caméra rail

C’est un long rail courant au plafond, au-dessus de l’allée centrale (et de plus en plus dans d’autres grandes allées annexes de taille conséquente) ; on en trouve essentiellement dans les hypermarché.

Une caméra se déplace très vite sur ce rail, et elle peut zoomer beaucoup, mais vraiment beaucoup. À titre indicatif, quand tu te trouves à son opposé, tout au fond du rayon, elle peut lire l’heure sur ta montre. Elle rend aussi très difficile l’exploitation d’angles morts : il n’y en a pratiquement plus.

La seule façon de chourrer quand il y a des caméras rails est d’opérer vite et très discrètement. Par exemple, tu as remarqué que dans telle allée, le rail se trouve derrière toi. Tu prends ton produit, le fous dans ton panier, en prenant soin d’utiliser la technique “j’en prends deux, j’en repose un”, expliquée plus bas. Tu continues tes petits courses, puis tu retournes dans l’allée en question ; tu remontes celle-ci en prenant bien soin de tourner le dos au rail, et c’est là que tu récupères le produit dans ton panier et que tu le fous vite et bien dans ton futal ou dans ta veste à poche, ton corps faisant angle mort.

Quoi qu’il en soit, considère-la comme la crème de la caméra.

  • Caméra dôme

Elle est loin de fournir la haute définition de la caméra rail, mais elle peut cependant bouger et zoomer pour te suivre. Bien sûr, il n’y a pas forcément quelqu’un derrière ; mais il faut toujours garder à l’esprit que leur pose a été conçue pour que ça puisse être le cas : quelque part dans le magasin, il existe une salle de surveillance avec une table de contrôle, un joystick, un mur d’écran et tout le bataclan.

Disons que la caméra dôme ne renforce par énormément les capacités de surveillance du magasin : il reste toujours des angles morts. Par contre, elle dit beaucoup sur le niveau d’investissement en sécurité du magoss.

  • Caméra... tout court

La plupart du temps, c’est de la merde. Leur définition est misérable : en regardant à l’entrée de certains magasins, sur une des caisses, il est parfois possible de voir les images de toutes les caméras, et c’est plutôt rassurant. En effet, les images sont toutes petites et de très mauvaise qualité, saccadées et pixellisées. De là à dire qu’on peut carrément se servir devant elles, il y a un pas qu’on oserait pas franchir. Il faut juste garder en tête qu’elles sont essentiellement là pour dissuader.

“En prendre deux, en reposer un”

Quand tu veux prendre un objet dans un rayon au-dessus duquel il y a une caméra, et quand personne ne peut t’aider en faisant un angle mort avec son corps, il convient d’opérer de la façon suivante : tu prends en même temps deux mêmes objets en rayon, un dans chaque main. D’un même mouvement, tu les rapproches de ton corps, au niveau du torse, et tu feins de les regarder de plus près. Ce faisant, tu tiens compte de l’angle de la caméra et tu te débrouilles pour qu’un éventuel surveillant ne puisse distinguer à l’écran qu’un seul produit – il faut superposer les deux, parfois un peu en oblique. Une fois que tu as faussement ausculté la liste des ingrédients, toujours dans le même mouvement, tu reposes un des produits avec la main située du côté de la caméra, tandis que ton autre main place le deuxième produit dans ta poche intérieure. S’il est difficile de faire cela d’un même et seul mouvement tu peux laisser glisser le deuxième produit le long du corps, du côté opposé à la caméra, te retourner, et tout en marchant, là, chourrer ton produit, avec la caméra dans ton dos.

- Antivols

  • Escargot

Cet antivol, dit RF, utilise la technologie des fréquences radios (la plupart du temps, il fonctionne sur du 8,2Mhz). Nous l’appelons « escargot », parce que le circuit imprimé dessine une spirale. En réalité, ce circuit est une sorte de bobine, qui sert à amplifier un signal radio.

Concrètement, lorsque tu passes entre les portiques de sécurité, l’un d’eux émet un signal radio, très faible, insuffisant en tout cas pour que son copain portique d’en face puisse réceptionner ce signal. Le job de l’antivol escargot est d’amplifier celui-ci. C’est-à-dire que le deuxième portique, celui qui est en mode écoute, reçoit d’un seul coup le signal que le premier émet parce que l’antivol se trouve entre les deux : ça déclenche l’alarme.

Cet escargot est inefficace dès que la bobine est coupée. En gros, tu n’es pas obligé de le virer complètement, il suffit de le déchirer sur un bout ou d’y foutre un coup de cutter.

Prudence : les fabricants en camouflent parfois sous de faux code-barres. De même, il arrive que l’escargot soit posé non pas chez le distributeur, mais directement chez le fabricant. C’est le cas pour certains alcools forts : tu peux le détecter au toucher ou en regardant à travers le verre de l’autre côté si la bouteille est transparente.

  • Fil

Basé sur un autre système : l’electromagnétisme. En gros le principe : les portiques créent un champ magnétique qui est perturbé par l’antivol (composé d’un alliage de métaux qui perturbe la forme du champ magnétique). Quand ce champ change, l’alarme sonne.

Cet antivol a la forme d’un fil métallique d’environ cinq centimètres de long qui est enveloppé dans un film plastique.

On le trouve souvent dans les livres, glissé dans une page ou dans la tranche ; dans les sachets de graines ; et quelquefois dans les foies gras emballés dans du tissu...

  • Les petits rectangulaires

Petite lamelle d’un millimètre d’épaisseur et de cinq centimètres de long, blanc.

Les petits rectangulaires se servent de la technologie magnéto-acoustique : deux lamelles se situent dans l’antivol ; elles se mettent à vibrer lors du passage dans le champ magnétique, entre les deux portiques.

Souvent collés sur les cosmétiques, ou dans leur boîte, sur les lunettes, ou plus rarement sur la bouffe chère et l’alcool.

Leur épaisseur les rend difficile à camoufler, et ils sont presque toujours déguisé en code-barre. Ils sont donc faciles à calculer et à décoller.

  • Le macaron

Tout comme les escargots, il utilise la technologie RF, pour ce qui est de sa partie électronique. Pour le fonctionnement mécanique : le textile est entre deux supports joints par un clou. Ce clou vient se planter entre des billes d’acier, très serrées les unes aux autres grâce à l’action d’un ressort.

Que fait la caissière quand elle enlève l’antivol ? Elle utilise simplement un puissant aimant qui vient tirer le ressort, ce qui écarte les billes et libère le clou.

Utilisé essentiellement pour la sape, le macaron se décline sous différentes formes : certains sont ronds, carrés, allongés, rectangulaires, bien plats pour éviter d’y passer une pince…

  • Le sensormatic

Le macaron est très souvent – mais pas que – présent sur les vêtements.

Mais la sape est aussi protégée par un autre type d’antivol, les sensormatics. Il ne sont pas ronds, mais rectangulaire, et possèdent un petit trou à une extrémité.

Tu peux te débarrasser de cet antivol en insérant par ce trou une tige de métal un peu incurvée et assez solide, par exemple le fil de fer d’un cintre. Tu dois, avec le bout de la tige, pousser un mécanisme à l’intérieur de l’antivol. Celui-ci se trouve à hauteur de l’épingle qui maintient le tout fermé ; il doit tourner d’environ un quart de tour autour de celle-ci. Pousse la tige à l’intérieur dans une trajectoire incurvée (pour faire tourner le mécanisme). Tu entendras bientôt un déclic et sentira que quelque chose à l’intérieur s’est enclenché : l’épingle tombe et l’antivol s’ouvre.

Tu peux aussi acheter sur le net un petit outil, en forme de crochet. L’image ci-contre te permet de le reproduire facilement, et surtout te donne une idée de la manière dont doit être incurvé ton fil de fer.

  • Araignée

Bienvenue dans l’antivol du début de XXIe, cousin ! T’as déjà forcément vu ça à la Fnac. Le produit convoité – souvent de l’high-tech, MP3, disques durs, ordis, etc. – est entouré par deux boucles solides, des sortes de câbles électriques renforcés, qui sont reliées à une sirène. Si tu coupes un câble, ça sonne.

La plupart sont dits tri-technologies. C’est à dire qu’ils cumulent les trois technologies évoquées plus haut : RF, AM et EM.

La première façon de contourner une araignée est assez bourrine : tu sors ton schlass avec une grande lame, et tu grignotes le carton dans un coin, jusqu’à pouvoir sortir l’objet sans toucher aux câbles de l’araignée.

La seconde consiste à enfoncer un coin du carton, pour pouvoir faire glisser un des deux câbles. Il faut y aller mollo : si tu forces trop sur un seul câble , la putain d’alarme gueule à s’en péter les cordes vocales. Mais une fois le premier câble passé, le second s’enlève pépère.

La troisième solution demande un certain investissement : tu peux acheter sur le net des clefs qui ressemblent trait pour trait à celle de la caissière. Pour une cinquantaine d’euros maximum, tu peux chopper la clef “Alpha S3”, celle qui est utilisée pour ouvrir la plupart des antivols araignées... parce qu’effectivement, à chaque marque sa clef.

Enfin, si tu n’as pas les moyens de t’offrir ce petit joujou, et si, lors de ton opé en magasin, le temps et l’espace te manquent pour défoncer le carton, il semblerait qu’il existe une dernière solution : des vidéos sur internet montrent qu’il est tout a fait faisable d’ouvrir certaines araignées avec un aimant puissant, les mêmes qui nous servent ici à ouvrir un macaron ; les quelques tentatives que nous avons faits sont peu concluantes en la matière. Ne pouvant donc confirmer de façon certaine la faisabilité de cette approche, on t’invite à tester par toi-même...

  • Les puces RFID

Visuellement, ces puces ressemblent beaucoup aux escargots. Mais elles n’utilisent pas du tout la même technologie.

Décathlon a adopté ce système pour faciliter ses inventaires et la gestion du stock... mais surtout pour lutter contre le vol. EtIl y a fort à parier que cela se généralise à d’autres enseignes. Chaque produit est tagué spécifiquement (contrairement aux codes barres, par exemple, qui sont tous les même pour un même produit). Chacun a son « tag RFID », comme un numéro de série perso.

Il faut être prudent avec ces antivols : tu penses avoir, par exemple sur une sape, viré l’antivol macaron, quand en réalité il reste la puce RFID planquée en mode étiquette, à l’intérieur du vêtement... La plupart du temps, sur les vêtements, la puce se trouve à l’intérieur d’une doublure en tissus, et ressemble à s’y méprendre à une étiquette classique de sape... à ceci près qu’elle est plus épaisse au touché et qu’il est inscrit dessus « RFID ». Avec même parfois – ils sont quand même sympa... – le petit symbole des ciseaux pour te dire que c’est bien là qu’il faut découper l’antivol si tu veux te saper gratos.

  • Les boitiers transparents

Utilisés pour protéger les DVD ou les jeux vidéos, les piles chères, les lames de rasoir... Et bien c’est simple, c’est facile, c’est cadeau : là encore, l’aimant ! Si la tranche du dessus (celle où il y a l’ouverture) présente un appendice, tu fous juste l’aimant dessus, et tente de déporter cette tranche sur le côté. Parfois, il faudra appuyer sur les deux côtés en même temps pour l’ouvrir. Si la tranche est plate, tu fais un mouvement de gauche à droite, et ça s’ouvre.

Enfin, il arrive qu’il faille deux aimants. Par un des côtés transparents, tu peux voir le nombre de petite languette en métal qu’il y a. C’est cette languette que l’aimant vient « aspirer » et qui libère l’ouverture. Lorsqu’il y en a deux languettes, une de chaque côté de la tranche, il faut… deux aimants. Tu en place un au dessus de chaque languette, et roule, tu ouvres le bordel.

  • Les goulots de bouteille

Ils se présentent sous deux formes : soit c’est un fil de fer serré avec un antivol type macaron autour, soit l’antivol entoure totalement le goulot.

Dans les deux cas, l’aimant est, une fois n’est pas coutume, ton principal allié. Si tu as affaire au macaron, tu opéreras de la même façon qu’avec les vêtements : tu cales l’aimant sur la petite pointe du macaron et – ô magie – il se desserre. Si tu es face à l’autre antivol, il faut placer l’aimant sur le côté, et pas sur le dessus, tout en tirant l’antivol vers le haut.

Détecteur d’aluminium & d’aimant

Ces deux types de portiques se ressemblent beaucoup ; il est d’ailleurs courant de les confondre. Certains portiques cumulent même les deux technologies.

Les ingénieurs à la con savent bien que le sac d’alu ou l’aimant sont deux techniques largement répandues pour passer les portiques antivols sans que ça sonne. Du coup, ils ont crée une parade : des portiques à l’entrée qui détectent l’aluminium et les aimants. Pas cons, les bonshommes !

Ils sont toujours placés au niveau des portiques de l’entrée, sont un peu plus petit (un bon mètre de hauteur) et se présentent sous forme de tubes, munis parfois d’extensions en plastique. Rien à voir, donc, avec la forme d’un portique classique : il est plus petit en hauteur et en largeur. Ces deux détecteurs ne sonnent pas si tu rentre avec un aimant ou de l’alu. Ils préviennent juste discrètement la sécu, qui se fera un malin plaisir de te traquer.

De façon générale, quand tu rentres dans le magos et que tu calcules qu’il y a deux types de portiques les uns derrière les autres, tu peux être sûr que c’est un détecteur d’aluminium ou d’aimant – ou les deux.

Ils sont peu répandus : tu ne les trouveras quasiment jamais dans l’alimentaire, même dans les hyper. Par contre, ils sont presque systématiques dans les Fnac, et de temps à autres, dans les magos d’électroménager – là où il y a de la thune en masse derrière.

- Choufs et poukav

Le chouf, ou charlie, comme on aime bien les appeler, c’est le vigile en civil, celui qui te traque en attendant que tu commettes le délit. C’est en partie à cause de lui que tu te mets sur ton trente-et-un pour aller faire tes chourses.

Première chose, il n’y a pas toujours de chouf. S’il existe, il se calcule facile dans les petits commerces, mais c’est plus compliqué dans les grandes surfaces. Les choufs se fondent mieux dans la masse quand il y a du monde ; rassure-toi, c’est aussi ton cas.

Le rôle du chouf est de se faire discret pour surprendre le flagrant délit. Il épie tes regards, ne rate pas ton coin de l’oeil qui check si tu peux opérer, il remarque que tu choppes le saumon sans mater le prix... ce genre de petits riens qui te trahissent. A la fin, il te poukav au poste de sécurité, qui t’accueillera à la sortie. Les choufs peuvent très bien se déguiser en consommateurs crédibles, mais leurs regards et attitudes les trahissent. Ils regardent autour d’eux, suivent quelqu’un (peut-être toi) par les rayons parallèles, ou se mettent à côté de lui et feignent de regarder le prix d’un truc.

Quand il ne sont pas en mode discret, ils montrent de façon plus explicite qu’ils sont à la maison et qu’ils t’ont grillé. Leur objectif n’est alors plus le flagrant délit, mais la dissuasion.

Dans le magasin, mauvais feeling : tu déploies ta parano sur un individu. Autant répondre à la question qui tourne en boucle dans ta tête – en est-il ?

Tu entames le jeu du chat et de la souris. Tu le suis.

N’hésite pas à le perturber. Si tout ça ne te confirme rien, change de rayon, pour voir s’il te suit ou non…

S’il est vraiment louche, dépêche-toi de tout reposer, au mieux, sans te faire voir. Rassure-toi : tant que tu n’as pas passé les portiques, tu n’as rien volé. En sachant que s’il te voit reposer les produits, c’est plus simple pour lui ; il considère que le taf de dissuasion est fait et l’histoire n’ira pas plus loin.

Sinon tu peux aussi fuir rapido avec le matos avant que les choufs n’aient le temps de communiquer entre eux ; en ce cas, c’est utile d’avoir garé une voiture un peu loin ; une fois sorti, tu t’y précipites.

Pour ce qui est des poukavs à proprement parler : on est en France, pas d’illusions. C’est rempli de bons citoyens qui croient au vieil adage que toute chose a un prix. Le mieux est de faire attention à tout le monde... C’est écrit non sans tristesse.

De la même façon, bien que ce ne soit pas le taf des vendeurs de faire la sécu dans les rayons, la plupart n’hésiterons pas à te balancer.

La conne de loi dit que tout citoyen peut appréhender un individu à partir du moment où il y a flagrant délit (cf. « Tu t’es fait pécho »).

Parades, vif du sujet & action-réaction

Tu peux voler beaucoup en glissant des choses dans ton futal. On rentre là dans le vif du sujet : ces techniques te permettront de décupler tes capacités. Fini de faire 36 magasins pour assurer un repas.

Techniques

  • Futal

Le grand classique : un futal, une ceinture, un pull un peu large et hop dans l’froc. Limité point de vu quantité (on y loge toutefois la bouteille de pinard). Pour débuter sur le chemin de la chourre, c’est tip-top.

  • Manteau

La bête de technique, le B.A.BA, plutôt chouette car neuf mois sur douze, tu es prêt à opérer n’importe quand, en librairie, magasin de bouffe, ou brico ; te voilà paré à chaque instant à te remplir les fouilles. Du coup, quand tu choisis ton manteau, il ne s’agit plus de voir si la couleur s’accorde à ta paire de pantoufles mais plutôt de t’intéresser à sa coupe. Il vaut mieux choisir un manteau assez long (mi-cuisse), non cintré, avec une doublure et un tissu épais.

Le mieux est de coudre des poches intérieures directement sur la doublure du manteau. N’hésite pas à les faire bien grandes, genre au format d’une BD. Pour la pratique, se référer au schéma. Tu peux aussi utiliser la doublure de la veste, en réalisant une ouverture au niveau de la couture. Dans cette technique de « la veste de chourre », si tu te sens flag, que la bouteille de vin dessine ses reliefs sur le tissu, n’hésite pas à mettre une écharpe qui tombe le long du corps pour camoufler le subterfuge. Mettre les mains dans les poches de ton falzar peut aussi rendre les choses plus discrètes.

  • Les divers et variés niveau fringue

- Le manteau en cuir de meuf. Celui-ci est souvent resserré par un énorme élastique au niveau de la taille, c’est pratique pour maintenir tes victuailles que tu fourres dans ton manteau sans que ça tombe, en restant libre d’utiliser tes bras. De plus, le cuir, matière bien rigide, atténue le relief créé par les trucs dérobés.
- La capuche. Elle n’a pas un énorme contenant, tu ne peux pas trop la charger, mais c’est tout de même la maxi planque à laquelle personne ne pense jamais.
- Le casque de moto. Tu le gardes à l’avant bras, cales quelques trucs dedans et mets un foulard par dessus, hop le tour est joué. Toutefois, cette technique se fait connaître. Et contrairement à d’habitude, tu daigneras suivre les indications des écriteaux, ceux-là même qui précisent qu’il faut laisser cabas et casque de motos à l’entrée. Ça prouve que le magasin en question a déjà choppé des gens qui utilisaient cette technique. Bah oui, t’es pas seul à avoir faim.

  • Les sacs

Il existe plein de techniques de double-fonds, elles commencent à être bien connues. Les doublures peuvent être ouvertes au niveau de la couture et reliées par un scratch discret. Les sacs à dos ont souvent des poches screds ou peuvent être facilement agrémentés d’un double-fond. On ne s’attardera pas sur les bonnes vieilles recettes.

Certains type de sacs ne sont pas fouillés. Tu peux toujours faire un coup pour du beurre pour te rassurer. Les sacs de meuf se portant en bandoulière doivent inspirer quelques chose de l’ordre de l’intime et du secret aux caissières, car elles ne demandent jamais à son propriétaire d’en montrer le contenu. Les sacs d’ordinateurs ne sont pas non plus inspectés, l’inconscient collectif doit leur prêter un aspect trop sérieux pour ça... Tu peux donc y aller tranquille. Fourre tout ça à ta guise dans le sac, mais fais toutefois attention au volume. (La rédaction se dégage de toutes responsabilités pour les exceptions qui confirmeront la règle).

Le sac est plutôt pratique pour les gros volumes ou pour l’été, quand t’es complètement cramée avec ta veste d’hiver à poches de chourre.

  • Vêtements

Soit tu arrives à bricoler les antivols discret dans le rayon, soit tu files magouiller dans la cabine d’essayage. Du coup, tu prends deux fois le même article, mais seulement un cintre. Vérifie bien qu’il n’y ait pas plusieurs systèmes antivol ( escargot caché dans la manche, RFID dans les étiquettes, etc.). Une fois que tu as fait sauter l’antivol, tu peux le mettre dans une poche du 2e article ou partir le camoufler dans un rayon par la suite. Petit conseil à la con : gaffe à pas l’oublier dans ta poche ! Oui oui, ça s’est vu faire !

Si le vêtement que tu convoites est trop gros pour rentrer dans la poche, ou si les vigiles regardent les sacs, tu peux aussi t’habiller avec, porter ta future nouvelle veste cash sur ton dos ou en bandoulière, en mode « normal, c’est à moi, je l’ai acheté la semaine dernière ».

Tu peux déverrouiller les antivols rectangulaires avec un fil de fer (cf. partie « Antivols »).

Pour les macarons, tu peux faire péter l’antivol avec une petite pince ou bien déchirer le vêtement autour, après tout, ce n’est qu’un petit trou…

Il existe aussi des antivols avec des cartouches de peinture qui pourrissent le vêtement. Avant de triturer un tel antivol, tu peux le mettre dans une capote, bien serrée à la base de la tige avec un élastique. Si tu as volé la fringue en emportant l’antivol, met-la une nuit au congélo pour durcir l’encre avant de faire sauter le bordel (aux dernières nouvelles, certains nouveaux antivols encreurs ont des encres qui congèlent à -180 degrés).

  • L’aimant

C’est en quelque sorte l’outil ultime, la clé des champs. Il permet de niquer un paquet de systèmes de sécurité. On le met aisément sur le podium.

Nous pourrions nous perdre dans l’imbroglio des différentes unités de mesure d’un champs magnétique, mais ce qui nous intéresse ici est de savoir où chopper des aimants, et pour quelle utilisation.

En gros, tu en as deux types :
- Les premiers sont des aimants d’aquarium, ils servent à la base à laver la vitre intérieure d’un aquarium : d’un coté une brosse et de l’autre – l’extérieur – ton aimant. Le truc, c’est qu’un tel aimant est serti dans une boîte en plastique sertie. Nique-la salement avec un tournevis (la rédaction n’a pas trouvée meilleure solution). Tu trouveras à l’intérieur deux aimants liés par une barre en métal. Voilà ton objet à coller à ton trousseau de clefs.
- Les deuxièmes se chopent connement sur internet (certains utilisent des aimants de disque durs, mais ils n’ont pas une puissance suffisante pour faire sauter tous les antivols). On te conseille d’en chopper sous forme de disque ou de parallélépipède, d’une puissance minimale de 60 kilos. Ce sera suffisant pour ouvrir la plupart des antivols évoqués plus haut. Attention, cependant avec un antivol aussi puissant : tu découvriras vite qu’un aimant aussi puissant se colle sur tout et n’importe quoi ; et c’est pas forcément agréable de se trouver, dans la rue, avec la poche collée à un réverbère, ou bien avec le sac à dos impossible à décoller... de la caisse en faisant la queue !

Les aimants d’aquarium suffisent pour désactiver les antivols en fil placés dans les bouquins. Il faut bien passer sur la tranche dans tous les sens ; si le bouquin a des rabats sur la première et la quatrième de couverture vers l’intérieur, il faut vérifier s’il n’y a pas d’antivols en fil. Pour te rassurer, tu peux passer les couvertures aussi à l’aimant, histoire que tout soit bien démagnétisé. D’expérience on peut plus ou moins dire qu’en une minute de nettoyage du bouquin avec l’aimant d’aquarium tu es pépère. Si tu ne te sens qu’à moitié à l’aise, commence dans des magasins où c’est pas grave si ça sonne parce que les vendeurs sont à l’arrache ; et fout-le dans ton futal pour être sur qu’une fouille poussée ne te grille pas.

Les gros aimants chopés sur le net permettent de faire sauter la plupart des autres antivols, les macarons en première ligne. Si jamais tu sens que ton aimant n’est pas assez puissant, tu peux l’aider en faisant bouger le clou du macaron pour qu’il se libère.

  • Cabas

Le cabas et son double-fond se prête bien à endormir le fameux cubi de rouge. Il offre du contenant, mais demande un peu de sang froid lors du passage en caisse.

Pour commencer, tu choisis un cabas noir ou sombre, avec une petite ficelle pour que tu puisses resserrer l’ouverture. Tu découpes un carton de la taille du fond et tu le recouvres de tissu noir en laissant les bords dépasser.

Une fois ton cabas de mémé bricolé, tu peux opérer. Dans le magasin, tu commences par charger ce que tu ne comptes pas payer. Méfie-toi des yeux plus gros que le ventre, l’illusion d’optique du double-fond à ses limites. Tu poses ensuite ton double-fond sur les produits que tu veux voler, en bordant bien les marchandises avec le tissu qui dépasse. Une fois tout ça bien calé, tu charges ton cabas avec des trucs gros-pas cher (PQ, 2kg de pâtes, de la flotte, salade…).

Direction la caisse. Tu décharges sur le tapis roulant, au dernier article tu peaufines ton double-fond si nécessaire et tu resserres d’un tiers l’ouverture grâce à la petite ficelle, pour atténuer les imperfections de l’illusion d’optique. Essaye aussi de dissimuler le cabas derrière l’écran de la caisse. Une fois que la caissière a fait passer tous les produits que tu payes, tu reprends ton cabas et tu commences à le recharger tout en posant une question pour détourner l’attention, en espérant qu’on oublie ton subterfuge.

Deux fois sur trois, il n’y pas de vérification. Sans faire de règle générale, ils vérifient systématiquement dans les grands hypers alors que c’est tranquille dans les bio-bios. Lorsque tu dois montrer ton cabas, reste souple lorsque tu le soulèves, mime la légèreté. Tu peux t’entraîner chez toi pour te donner du courage. Le mieux est d’attraper la barre du bas pour avoir plus d’aisance et de force...

  • Sac isotherme/alu

Cette astuce use de ce que la physique nomme cage de Faraday – soit une sorte de trou noir dans lequel aucune onde (magnétique ou électrique) ne passe.

En gros, tu nappes les pourtours de ton sac, de ton cabas, de tes poches, de ton sac d’ordi, d’une bonne dizaine de couches d’aluminium. La matière des sacs isothermes marche aussi.

Le mieux c’est évidemment de faire tenir toutes tes couches d’aluminium et/ou d’isotherme avec du gros scotch, puis de coudre du tissu par dessus ; d’une part pour que l’alu ne se déchire pas et ensuite pour que ça passe plus inaperçu.

Tu peux aussi rentrer dans le magasin avec ton papier d’aluminium plié dans la poche, et juste entourer l’antivol de plusieurs couches d’alu ; cela suffit.

  • Boue sur les chaussures

Tu commences par choisir chez toi une paire de pompes pourries. Puis tu ramasses un peu de terre, tu la mélanges avec un peu d’eau, et tu places le tout dans une poche en plastique (style sac de congélation) que tu ranges délicatement dans la poche de ton manteau.

Te voilà chaussé de guenilles, armé d’un peu de boue et en avant pour la conquête de ta nouvelle paire de pompes.

Tu rentres dans un magasin, choisis la couleur, check les antivols, essaies la pointure et bien évidemment tu gardes un œil sur les choufs et les vendeurs.

Tu as tes nouvelles pompes aux pieds, passe un coup d’aimant si ça te rassure et débarrasse-toi des guenilles (sous le bancs, au fond du rayon, bref bien cachées). Tu peux maintenant badigeonner les nouvelles godasses avec la boue qui tu as dans ta poche.

Tu respires. Tu t’arraches.

  • La chèvre

C’est elle qui détourne l’attention pendant que le loup se sert ; et aussi, elle sert à rassurer le loup : les caméras, les vigiles et les vendeurs ne sont pas sur son dos. C’est donc une bonne technique à utiliser au début, quand on n’est pas trop en confiance. Et par la suite, dans les petits magasins où il y a peu de monde, ou bien dans les gros dont le système de sécurité est bien développé.

La chèvre peut détourner l’attention de plusieurs façons. Mais dans tous les cas, elle rentrera dans le magasin quelques secondes avant le loup.

Une fois à l’intérieur, elle parle avec le vendeur si c’est un petit magasin de bouffe ou de sape. Là s’expriment les capacités théâtrales et de tchatche de la chèvre : il faut qu’elle sache un minimum tenir la discut’.

Poussé plus loin, l’exercice de la chèvre peut s’avérer tout aussi utile. Il suffit qu’elle rentre dans le magoss sapée en chlag et qu’elle “joue le voleur”. Elle regarde partout, marche vite, feint de chourrer des trucs. Elle peut même véritablement charger des produits puis les décharger dans un angle mort – quitte à se faire choper, de toute façon elle n’aura rien sur elle en sortant, elle s’en fout ; et puis c’est une bonne expérience pour les fois où ça arrivera vraiment.

Enfin, la chèvre peut sortir pile-poil en même temps que le loup du magasin, franchissant les portiques à côté de lui en passant côte à côté entre les portiques. Ainsi, si le loup sonne, c’est la chèvre, à vide, qui s’arrête, se retourne et se laisse fouiller ; pendant ce temps, le loup trace sa route.

  • Le maillot de bain

C’est pousser mémé dans les orties, mais c’est pas mal pour les bouteilles de tise ou d’huile d’olive. Tu chourres un maillot de bain une pièce pour fille, tu le mets à l’envers (si si, on est sérieux). T’as l’air con mais tu fais rire les copains. Tu revêts par dessus un pull bien large ou un manteau ample. Et tu quiches les bouteilles au niveau du ventre, elles seront maintenues par l’élasticité du maillot. Et v’la le travail !

  • Changer l’étiquette

Pour cette astuce, on sort de la chourre stricto sensu : il ne s’agit pas de voler, mais de réduire le prix de ton produit. C’est cependant très utile pour les gros objets difficiles à sortir.

Mettons que tu veuilles te chourrer une putain de tente au Vieux Campeur. Tu y vas une première fois, et tout en faisant tes repérages, tu arraches l’étiquette avec le code barre d’une tente qui ressemble à celle que tu voudrais, mais en bien moins chère.

Chez toi, tu colles du scotch double face sur le verso de l’étiquette. Tu retournes dans le magasin, tu colles ce nouveau cod-bearre sur la tente qui déboîte sa race, te diriges à la caisse, et savoure les soldes hors-saison.

  • Voler à deux

À deux, en amoureux, entre poto, c’est vraiment chouette et souvent bien plus rigolo. Tu n’es plus tout seul à booster ta confiance, tu as des yeux derrière la tête. Et puis quand l’un se sert, l’autre fabrique l’angle mort face à la caméra ou à un éventuel poukav.

Tu croiseras forcément des acolytes de chourre avec qui tu auras une complicité forte, encourageante et qui t’aideront à aller plus loin ou à réaliser quelques gros coups. Naîtra alors un rapport où vous n’aurez plus besoin de vous regarder dans les yeux ou de sortir plus de deux mots pour vous comprendre. « C’est bon ? - Ouais - Action ! ».

Voici une technique couramment utilisée pour brouiller les pistes quand tu chourres à deux dans un magasin :
Vous rentrez tous les deux séparément. La première personne va – au hasard – dans le rayon alcool, et choppe une bête de bouteille de champagne. C’est elle qui a l’aimant. Elle change de rayon et, dans un angle mort, enlève l’antivol. Elle continue de faire semblant de faire ses courses, puis dépose discrètement la bouteille dans un rayon. L’autre personne récupère la bouteille, change de rayon, et charge dans un angle mort.
Cette technique permet de mettre en échec les systèmes de sécurité : ils ne savent plus où donner de la tête. Tu les fais vraiment courir. N’hésite pas à en rajouter : le produit convoité peut passer entre plus de mains, pour brouiller encore plus les pistes. Evidemment, il conviendra de faire des repérages à l’avance pour se mettre d’accord sur l’endroit exact où devra être récupéré le produit par la deuxième personne... puis par la troisième, voire la quatrième.

  • Voler à plusieurs

Il fût un temps où, dans les années 1970, les autoréductions étaient monnaie courrante. Même si elles sont moins répandues aujourd’hui, elle n’ont rien perdue de leur efficacité.

Comme il existe déjà de nombreux écrits et analyses sur les autoréductions en magasin, il n’est pas nécessaire d’entrer dans le détail. On se contentera donc d’en donner les bases :
Une trentaine de gens minimum rentre dans un magasin avec des caddies. Ils les remplissent, se comportant comme des clients lambda, puis vont faire la queue en caisse le plus normalement possible. Un caddie à chaque caisse. Et au fur et à mesure que les gens passent en caisse, ils la bloquent : ils refusent d’avancer et demandent à négocier avec la direction. Cette dernière ramène sa trombine, s’énerve un peu parce qu’elle commence à voir des queues interminables se former et comptabilise le manque à gagner qui s’opère – de nombreux clients abandonnant leurs achats pour sortir. Bien vite, la direction n’a d’autre solution que d’accepter la proposition qui lui est faite : “Vous nous laissez sortir avec tout ces caddies et on arrête de bloquer le magasin”. Cette pratique de la négociation permet d’ailleurs à l’autoréduction de ne pas être juridiquement considérée comme un vol, mais comme une extorsion. Sauf que... qui dit autoréduction, dit arrivée des condés en force. Mieux vaut au préalable planifier la sortie et s’entendre sur la solidarité du groupe.

  • Pour ne rien acheter du tout

C’est la fin du mois, ou bien tu n’en peux plus d’acheter des trucs, voilà que tu as décidé que tu sortirais les poches pleines sans dépenser un sou. Comme tu viens de passer un quart d’heure dans le magos à parcourir les rayons, ce serait flag de sortir cash, enfin... question de feeling. Pour faire illusion, tu peux faire la queue à la caisse avec ton panier et des trucs que tu n’as aucunement l’intention d’emporter. Une fois ton tour arrivé, tu sors un baratin type : « Ha pardon, j’ai oublié mon portefeuille, je reviens tout de suite, je vais le chercher dans la voiture... rolala, en plus il me faut absolument du lait en poudre pour ma fille blablabla. Merci, bonsoir, à jamais. » Si tu ne veux pas passer par la caisse, tu peux aussi demander s’ils vendent un article que tu sais indisponible. Par exemple : une grelinette double (nouvel outil de jardinage en vogue, mais les doubles sont rarissimes) dans les magasins de bricolage, un piège à rat dans les supermarchés… « Ah non ?! Vous n’avez pas...quel dommage, mazette. Zut et mince. Au revoir. Bisous ».

Si t’es couillu.e

  • La porte d’entrée

Pour commencer, tu sélectionnes un magasin foutu comme sur ce schéma : il faut que les portes d’entrée et de sortie soient distinctes. C’est souvent le cas dans les Lidl, Aldi, ou divers bio-bio. La suite est simple : tu te fourres ton cabas sous le bras ou tu y cale ton cubi et tu sors par la porte d’entrée, comme un fait coulant de simplicité. Il faut juste qu’un pote t’attende à l’extérieur pour déclencher l’ouverture des portes automatiques ou que tu saisisses l’instant où un client rentre. Et bien sur, tu te seras assuré que tu n’es pas épié par le personnel du magasin.

Sur le parking, tu files à la naturelle, sans accélérer.

C’est une technique en mode « plus c’est gros, plus ça passe ». Elle peut impressionner, mais s’avère efficace.

  • Au-delà du grillage

Attention : ne fonctionne pas avec les pots en terre cuite !

Il s’agit de la bonne vieille technique du lancer par-dessus le grillage. Elle fonctionne dans les magasins qui ont une partie en extérieure, par exemple les enseignes de bricolage ou de jardinage.

Tu prends ton produit volumineux qui ne rentre pas dans la poche, tu sors dehors, là où il y a le terreau, les parpaings et les sapins de noël. Tu profites d’un angle mort entre deux thuyas pour lancer salement le bordel par-dessus le grillage, en priant pour ne pas le récupérer en miettes.

Tu sors, tu fais le tour de l’enceinte, et tu récupères le truc.

C’est simple et c’est sale ; mais ça marche.

  • Tu cours

Bon, là, on ne va pas te filer cinquante conseils, tant ça paraît limpide, brut et évident : tu prends ton bordel, tu passes les portiques, ça sonne, tu t’en fous et tu traces.

Tu ne t’arrêteras que quand le feu aura envahi tes poumons ; où quand un uniforme avec un insigne t’y obligera.

Il est ici préférable d’avoir une chèvre qui t’aide à détourner l’attention si un vigile est posté à l’entrée ; voire quelqu’un à l’extérieur qui entre quelques secondes avant que tu sortes pour que les portes automatiques soient ouverte au départ de ton sprint : ainsi tu ne perds pas deux précieuses secondes à attendre l’ouverture des portes.

Enfin, n’hésite pas à effectuer des repérages de ton plan de fuite à l’avance. Sur ton trajet, cherche des endroits où te planquer si nécessaire : parc public, porte cochère, PMU...

Tu t’es fait pecho

T’as pas couru assez vite, l’ami !

Franchement, compassion et solidarité. Pas facile, les regards inquisiteurs qui te susurrent à l’oreille que t’es une sous-merde. Oui, ça fait serrer les dents, mais c’est pas grave. Y’a pas mort d’homme.

C’est pas comme ça qu’on t’enlèvera ta dignité, baisse pas les yeux. A vouloir jouer, il faut parfois accepter de perdre.

Garde ton sang froid et fais ton possible pour que les bleus ne rentrent pas dans la danse.

Pas de CB !

Il y a toujours moyen d’esquiver de livrer son identité - autant avoir du cash sur toi pour ne pas laisser ton nom. Si seul ton visage est cramé, ce n’est pas grave : un jour ils t’oublieront et tu pourras retourner sur le champs de bataille. Pratique quand il s’agit du supermarché juste en bas de chez toi.

En tout cas, emporte toujours (au mieux) de quoi régler ce que tu chipes. Ça évite souvent les condés. Dans la plupart des cas, si tu ne peux pas payer, tu auras droit aux bureaux de la flicaille.

Papiers d’identité

Si tu as des papiers, il y a deux écoles : tu les prends sur toi ; ou pas.

Chaque stratégie a des conséquences différentes :
- Tu chourres avec tes papiers : si tu te fais choper, mais que tu as de quoi payer et ta carte d’identité (et que tu n’as pas 500 balles de matos sur toi, forcément), il y a fort à parier que tu pourras sortir assez rapidement du magasin sans plus t’inquiéter de suites judiciaires. Certes, tu es crâmé dans cet endroit, t’es sur leur liste rouge (et plus encore si tu as signé une de leur fiche de suivi), mais il y a des milliers d’autres magasins. Par contre, si tu as signé la feuille qui dit que tu es bien un méchant voleur et que tu te fais chopper une deuxième fois dans cet endroit, il y a de fortes chances pour qu’il y ait un dépôt de plainte et que le proc soit avisé. Mais n’oublie pas : il reste toujours possible de ne pas signer la fiche en négociant simplement de payer les articles et d’en rester là.
- Tu chourres sans tes papiers ou tu n’en as pas : le mieux c’est d’avoir prévu une fausse identité à l’avance. C’est encore mieux si tu as un pote qui connaît ta fausse identité et qui peut la confirmer au téléphone. Selon les situations, ça ne sera pas toujours facile à tenir. En tout cas, ça demande du sang froid et un peu de jeu théâtral. C’est plus difficile, mais pas du tout infaisable. Enfin, à noter qu’en l’absence de papiers, le risque qu’ils appellent les condés est plus important. À jauger et à juger, donc, selon tes capacités et tes critères.

Parking & vago

Règle de base : ne jamais se garer en face du magasin, que tu sois en voiture ou vélo, parce que tu ne sais jamais ce qui va se passer. Tu seras peut-être amené à taper une pointe et disparaître dans la nature. Donc, mieux vaut anticiper pour être sûr de récupérer ta caisse. Tu te gares donc hors de la vue du magos.

C’est d’autant plus important si tu te fais de grosses sessions chourre lors desquelles tu enchaînes les magasins, la voiture débordant de victuailles. Ce serait fâcheux que les flics tombent sur tout ça. Du coup, vaut mieux être garé loin. Précaution supplémentaire, ne porte pas les clés sur toi mais cache-les non loin de la vago - si tu as la malchance de rencontrer les condés, mieux vaut qu’ils ne soupçonnent pas que ta bagnole traine sur le parking et qu’ils pensent que tu es venu à patte.

Prends enfin soin de virer emballages et étiquettes des produits lors du retour et du déchargement à la voiture. Si cette dernière est fouillée, il te restera la carte de l’absence de preuve à jouer.

La loi
Qui vole un boeuf vole un bœuf...

Faut pas trop compter sur elle pour te protéger, pas de miracle. Ici, il s’agit plutôt de te donner quelques armes pour être plus à l’aise dans la négociation si tu te fais prendre. Le but est d’éviter les flics, voire - au mieux – de réussir à sortir sans avoir à payer tout ce que tu as tenté de voler.

Et puis, attention : il n’y a pas que les flics qui pratiquent la bavure et le mensonge. C’est aussi le dada de la sécurité privée - ils ne sont pas copains pour rien, ces deux là... Sans pour autant tomber dans l’alarmisme, n’oublie jamais que tu n’es pas le seul à ne pas respecter la loi.

Une condamnation pour vol s’accompagne (au max) de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende. Mais il s’agit de tous les vols (infraction, bagnole, pièce d’identité etc.). Alors on souffle, on reprend pied.

Si ton casier judiciaire est vierge, la condamnation la plus fréquente est un rappel à la loi. C’est un truc qui évite les procédures pénales, qui ne rentre pas dans ton casier judiciaire, mais qui te met la corde au coup pendant un an. Si tu récidives cette année-là, tu auras droit au procès, où tu seras traité comme quelqu’un à qui on ne peut pas faire confiance. Au delà de cette année, c’est reparti comme en quarante. Mais attention, le rappel à la loi permet aussi aux « victimes » de demander réparation pour le préjudice subi.

Et puis, rien de nouveau sous le soleil : la condamnation sera fonction de tes antécédents, de ton plan de carrière, de ta couleur de peau, de ta situation, de ton fric et donc de tes avocats.

Le flagrant délit est le moyen privilégié de condamner le vol à l’étalage.
Article 53 du Code de procédure pénale : « Est qualifié de crime ou délit flagrant le crime ou le délit qui se commet actuellement, ou qui vient de se commettre. Il y a aussi crime ou délit flagrant lorsque, dans un temps très voisin de l’action, la personne soupçonnée est poursuivie par la clameur publique, ou est trouvée en possession d’objets, ou présente des traces ou indices, laissant penser qu’elle a participé au crime ou au délit. »

Voilà, en gros si tu es surpris en action, c’est mal barré, ça donne la possibilité à toute personne de t’appréhender, et de te conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche. Par contre, si le magasin constate le vol sur des fichiers vidéos, quelques jours après, il est déjà trop tard pour te condamner. Reste que ta face est en ligne de mire et qu’on t’attend au tournant. Le flagrant délit est recevable lorsque l’action est proche de la plainte aux condés.

Donc, quand tu chourres dans un angle mort, ce n’est pas simplement pour ne pas te faire voir sur le moment, mais aussi pour faciliter ta défense s’il y a procès. En théorie, la vidéo n’est pas une preuve au yeux de la justice si tu ne te reconnais pas dessus.

Par contre, si tu te fais choper par les vigiles et que tu n’as rien sur toi, tu peux porter plainte pour dénonciation calomnieuse et atteinte à la liberté de circulation.

Un agent de sécurité doit porter un signe distinctif ou un uniforme. Cela dit, l’insigne peut être microscopique. Et puis, ils ne se gênent pas pour faire le taf en civil.

Le rôle de la flicaille des supermarché est de surprendre le flagrant délit. A partir de là, elle a le droit de « t’intercepter », c’est à dire de t’immobiliser mais en évitant toute « situation dégradante ». Elle peut utiliser les menottes en cas de dangerosité avérée ou de fuite. (article 803 du Code de procédure pénale).

Les agents de sécurité ne se gênent absolument pas pour mitonner des bobards afin de faire pencher la loi de leur côté et valider la procédure. Et bien sûr, la justice croira plus le flic que le voleur.

Si tu dis qu’elle [la personne qui a volé] était à l’intérieur, la police te dit que ce n’est pas considéré comme un vol. On est parfois obligé de mentir pour interpeller quelqu’un. On doit l’interpeller à l’intérieur parce qu’on sait que cette personne est dangereuse, et lors du procès on dit qu’il était dehors. La majorité des interpellations a toujours été faite comme ça hein !
Cf. « Témoignage d’un ancien agent de sécurité privé dans un magasin », in Le Postillon n°25, printemps 2014.

Pour la petite histoire, le domaine de la sécurité privée explose, la taux de recrutement rivalise avec celui des condés.
« Les chiffres que je donne ici, rendus publics en 2012, datent de 2011 mais on peut être sûr que la tendance d’alors n’a pas beaucoup varié. En 2011 donc, 9 800 entreprises (500 de plus que l’année précédente soit une croissance de 5,4%) employaient 143 000 salariés dont 88% de vigiles (soit 126 000 personnes). A titre de comparaison, à cette même date, la police nationale employait 145 500 agents. Aujourd’hui, le nombre d’employés de la sécurité privée est donc sans doute supérieur à celui de la sécurité publique. » (Plus de précisions sur le site collaboratif d’information locale de Tours larotative.info.)

Dans le bureau. Tu as le droit de refuser d’accompagner le vigile dans les bureaux du magasin. Il te faut donc jauger si les témoins sont à ton avantage ou pas.

De leur côté, la direction ou les chouffs n’ont pas le droit juridiquement de te demander tes papiers, même s’ils le font souvent. Comme dit plus haut, gare à l’arrivée du 17.

Parfois, on te proposera de signer une plainte simplifiée (généralement sous la menace d’appeler les flics). Ce n’est qu’une simple feuille A4 pré-remplie, attestant de ton identité et officialisant le fait que tu as volé. Attention, une fois celle-ci signée, tu ne peux plus nier le délit. Dans tous les cas, tu n’es pas obligé d’apposer ton autographe. Rien ne dit que la feuille ne sera pas envoyée au parquet par la suite.

La plupart du temps, on te demandera de payer les produits et ton identité sera enregistrée dans les registres du magasin pour te réserver un traitement plus sévère si tu réitères. En réalité, ça les emmerde un peu d’appeler les keufs, car quelqu’un du magasin doit s’en occupper, ce qui représente une personne qui ne travaille pas pendant ce temps. Cependant, certaines grosse chaîne, Castorama par exemple, ont des accords qui les abstiennent d’accompagner le voleur au poste.

Le parking de supermarché est un terrain public (un espace privé mais sans restriction de public, où chacun peut circuler) et non une voie publique (comme les rues, les places, les chemins, bref ce qui est à l’Etat et à tout le monde), mais certains tribunaux le considèrent comme tel. Bref, une fois sur la voie publique, le SecuBoy devient un simple citoyen (sauf arrêté préfectoral), c’est donc sa responsabilité civile qui est engagée et non celle du magasin. Difficile de faire des généralités, si tu te fais chopper sur le parking, cela se règle au cas par cas lors du procés.

Si tu es déjà dehors, le vigile ne peut t’obliger à re-rentrer, mais seulement t’immobiliser.

La fouille amène à des situations légales complexes, et il faut encore une fois savoir composer pour éviter les condés. Le vigile a le droit de procéder à une inspection visuelle (donc il ne peut pas utiliser pas ses paluches), mais uniquement dans le mago.

Le panneau qui avertit que les sacs seront fouillés n’est légalement pas valable.

La caissière n’est pas habilitée à le faire, mais mieux vaut tenter le coup du cabas (ref page) avec elle qu’avec le vigile. Quant à ce dernier, il est uniquement autorisé à inspecter les bagages à main, ce qui exclut pantalons, manteaux et autres festivités.

Il y a là des vices de forme à exploiter, sauf qu’après les vigiles viennent les keufs. L’article 73 du Code Pénal stipule qu’il est interdit d’appréhender un individu sans ensuite rapidement contacter les forces de l’ordre. S’ils t’appréhendent, la loi veut donc qu’ils appellent les flics, mais ce n’est en réalité pas automatique. Alors tout le monde se retrouve en situation plus ou moins illégale dans cette garde à vue à la sauce Auchan.
Pour être vraiment serein : il faut éviter les condés. Pour cela, fais des concessions et déploie tous tes talents enfouis de comédien ou d’orateur.
En gros c’est l’art de juger entre le pire et le moins pire.

Chez les keufs

Te voilà dans la voiture aux gyrophares, direction la garde à vue. Bon. Courage. Serre les dents et ferme ta bouche. On va te poser un tas de questions auxquelles tu n’as qu’une chose à répondre : « Je n’ai rien à déclarer ». Même si on te titille ou te cajole, tu n’as « rien à déclarer ». Les condés ont des tas de vestes qu’ils adorent retourner.

On va pas faire le boulot que d’autres ont très bien fait, voici quelques textes récapitulant le comportement à adopter quand tu es retenu par des schmitts :

Brochures
- Manuel de survie en garde à vue
- Rien à déclarer (Manuel de débrouille face à la police et à la justice)
- Refuser le fichage ADN. Pourquoi ? Comment ?

Bouquin
- Face à la police / Face à la justice

Ne pas oublier de chanter
Tout ça, on te le donne à titre indicatif, des fois c’est tellement chouette qu’on en oublie que c’est puni… Après, loin de nous l’envie de te brider.
Allez, allons chourrer l’apéro pour se requinquer.

Fuck le Père Noël

Alors, t’es content ? T’as troqué ta perceuse Aldi contre une Makita, tu bouffes du magret fourré au foie gras ? Ouais, mais tu te torches toujours le cul avec du PQ de merde et la bouteille de coca construit toujours le sixième continent. Et c’est pareil pour nous. Parce qu’on change pas le monde, ça non, on le rend juste plus buvable, on tente de garder des terrains de jeux. Il s’agit de ne pas finir le dernier des cons. Voler n’enlève pas cet arrière-goût de colère mêlée au dégoût quand on arpente ce monde. Voler ne nous drappe pas d’une cape. Comme le disait si bien notre regretté Balavoine, « je ne suis pas une héros ! »

Voler peut avoir son revers de la médaille et te transformer en collectionneur de pacotille. Une sorte de bourgeois de la chourre. Pour l’éviter, vas-y, fais néné. Régale tes potes, arrose les cantines lors de soirées de soutien, paye ta soirée, fais péter tes dix litres de rhum arrangé, éclate les panses, remplis le garde-manger de ta daronne, enterre les pâtes et le ketchup. Fais profiter, transmet ta mythologie du vol.

Vole. Donne. Nique.

Parce qu’on n’a pas besoin qu’un papi en robe de chambre rouge nous dise qu’on doit arroser le 24 décembre les gens qu’on aime, et ceux qu’on aime pas. Préservons le partage et l’entraide. Ressuscitons nos élans généreux butés à coup de XXIe siècle.

Eh ! Au fait… On va pas leur confirmer qu’on est des fainéants ! Bon, c’est pas l’usine, on passe des heures à perdre notre temps, on fume des clopes en matant les nuages, mais ça bosse quand même dur dans les chaumières et les cervelles. Les neurones fument en pensant au comment, au pourquoi, foutre le bordel, trouver le beau, ça cultive la force de vie ardemment.

Ce message est pour toi, récalcitrant, histoire de te voler le premier argument : nous aussi, on est convaincu que la confiture de mûres est toujours meilleure quand elle a mijoté dans nos marmites et quand les fruits ont été ramassés par nos propres mimines. On le sait, la confiture maison surpasse de très loin le petit bocal indus, même bio-bio, qui a été fourré dans la poche. T’inquiète, on n’a pas jeté la joie “du faire par soi-même” à la poubelle.

Voler c’est chouette, faire et fabriquer c’est excitant. L’un n’annule pas l’autre, il ne s’agit pas de concepts rivaux s’affrontant sur un podium. Nous n’opposons pas ces deux pratiques ; au contraire, elles sont en fait bonnes copines. Preuve en est, il faut bien du sucre pour accompagner les mûres et mettre un K-O à Bonne Maman

Beau voyage dans l’univers de la chou-chou.

Contact : labrochourre@@@riseup.net

Bonus tracks / Petites histoires entre amis

Pas moyen

J’entends qu’un méga magasin de sport vient d’ouvrir, il est encore en fignolage, les caméras et les portiques ne sont pas encore installés. Une aubaine. Faisons vite. Direction la zone industrielle, au royaume de l’éclairage tungstène et de la conso à outrance.

Pour la faire courte, je suis en mode nique-tout, je pense que c’est peinard. Bon, par contre, ce que je vise est protégé par des vitres verrouillées. Je viens de perdre 30 minutes dans un labyrinthe de Gifi, La Grande Récrée, Cuir Center et autres lieux répugnants, alors je ne repars pas les mains vides. Pas moyen . T’en caf’. Pleine de désinvolture, je fourre dans les poches intérieures de ma veste une frontale de la mort et des gants ultra high-tech. Total : 110 euros. Et là, c’est pas glorieux. Je me dirige vers la sortie, mais au niveau de la porte un chouf m’attrape. Me demande de vider mes poches. Je tente de forcer le passage, d’atteindre l’extérieur. Il m’aggrippe sévère le bras. Je résiste. Il ouvre mes poches, son pote collabo rapplique. C’est mort. En gros, Chouf1 m’a vue, m’a pistée et a utilisé un talkie pour recommander à Chouf2 de m’attendre à la sortie.

La suite ? Je m’étais déjà faite choper avec « le coup du cabas » dans un Intermarché la semaine précédente, j’en avais eu pour 100 balles. Dans ma tête : rupture. 200 putain d’euros en deux semaines ! Pas moyen. Je refuse de payer.

S’ensuit une scène étrange, burlesque et absurde à l’arrière du magasin. Le boss appelle les condés devant ma gueule, ils sont censés venir me chercher d’ici peu. Et là, Chouf1, Chouf2 et l’ami qui m’accompagnaient, essaient de me ramener à la raison. Paye ! PAS MOYEN. Tu vas passer ta journée en garde à vue, paye ! PAS MOYEN. T’auras un procès au cul, ils vont prendre tes empreintes, paye ! PAS MOYEN. T’auras un rappel à la loi, paye ! PAS MOYEN.

Ainsi de suite, pendant un quart d’heure. Je finis par céder, rentre ma carte bleue dans la machine, ça me hérisse le poil... Puis je sors la queue basse de ce magasin de merde, la rage à la gorge, le compte en banque écarlate. Amputée de 110 balles, désormais équipée d’une frontale ridicule digne d’un roman de science-fiction, et de gants tout de même chanmés. Deux objets qui prendront quelques mois la poussière au fond de mon armoire avant que je ne les utilise. Le temps de digérer. Le temps d’oublier.

Ça sera tous les jours la fête

J’ai commencé par une boîte de chewing-gums quand j’étais gamine. La caissière m’a évidemment pécho. Et ma mère m’a retourné une belle mandale. Boum. J’avais compris la leçon. Ok, ok, je ne recommencerais plus. Enfin... Mes joues avaient pris cher, certes, mais j’avais Pourtant, même si mes joues s’en souviennent, j’ai bien aimé ce petit frisson lorsque j’avais glissé les malabars dans mon sac Tortues Ninja.

Bon, et puis je n’ai plus jamais tenté le coup jusqu’à ce que je quitte le cocon familial et son douillet compte en banque. Bah ouais, fallait se nourrir toute seule. Bye-bye le rôti/patates du dimanche, l’entrecôte au grill, les tartines de saumon...

Mais attends, attends, y a pas moyen que je me contente de pâtes au beurre midi et soir. Je l’aimais bien, le rôti du dimanche. Et même, pourquoi serait-il réservé au dimanche ? Non, ça sera tous les jours la fête. D’autant que je n’étais pas seule : il y avait maintenant une nouvelle famille à nourrir. Les copains, ils aimaient bien manger. Alors, pendant quelques années, ça a été la bonne teuf du slip. Au moins deux-trois fois par semaine, on se faisait des mégas bouffes. C’en était presque indécent.

J’aimais trop ces moments. On dépouillait le Monop’ du centre ville. On rentrait à la maison, les copains avaient franchement les crocs. On déballait ce qu’on avait dans le sac. Tournedos, foie gras, saumon, et du bon pif, évidemment. Plus besoin d’attendre Noël, les anniversaires, le passage à l’an 2000, toutes ces fêtes à la con. Nous, on avait décidé que ce serait tous les jours la fête.

C’est quand même meilleur quand c’est gratos

Bon, l’idée était simple. On voulait faire du rhum arrangé en masse pour le carnaval. Alors, on a fait le tour des supermarchés de campagne. Ces supermarchés où tu te dis, quand tu as l’habitude des magasins de centre ville, que c’est quand même bien plus pépère que les magasins de centre-ville. Voire complètement free binouze. C’est même limite trompeur : car quand tu débarques dans ces endroits, t’as tendance à te dire que tu peux piller le magasin sous la gueule des caissiers, des vigiles, voire des patrons, il ne se passera rien. C’est donc toute confiante que j’arrive dans le Super U avec les copains.

Franchement, c’était scandaleux. On avait pas vraiment préparé le visuel. On ne s’était pas du tout déguisé. On l’a joué en mode ultra-cash : on arrive, on fait vanne qu’on se connaît pas, on est tout de noir vêtu, les sacs prêts à être remplis. Sérieusement, on était cramé à dix mille. Mais des fois, tu te dis, plus c’est gros, plus ça passe.

On s’était répartis en petits groupes pour sortir le maximum de teilles de rhum. Bah oui, il y avait du monde sur le projet rhum arrangé. Bref, c’était marrant d’errer dans les rayons et de se lancer des regards complices avec les potes. De capter ces gestes que les choufs ne sont pas censés pas voir. De comparer les techniques. Il y a plusieurs écoles chez les copains. Les partisans de la veste à poche. Ceux du sac en bandoulière, voire du sac d’ordinateur (celui-là, il passe nickel avec une petite chemise et des lunettes d’informaticien). Ou encore, la bonne vieille technique du calbut.

Bref, je fais mon petit tour du magasin. Je mets deux teilles dans mon sac. J’avoue, j’y vais salement, je me contente de regarder très rapidement s’il y a des caméras et donc des angles morts. Je ne me méfie pas vraiment des gens.

Je commence quand même un peu à flipper quand je vois que certains potes reposer ce qu’ils avaient chourré. Ils quittent le mago. Il y a quelque chose qui cloche. Ils ont dû attirer l’attention. Faut dire qu’ils étaient bien cramés dès le début. Bon, ça me fait marrer. Je me dis que ça passe pour moi.

Je vais à la caisse. J’achète du beurre. En fait, j’ai deux sacs. Un sac « de meuf » et mon sac à dos avec le rhum. Je remarque que la caissière me regarde chelou. Je comprends pas trop. Je me dis juste que ma gueule ne lui revient pas. J’essaye de faire deux-trois blagues, d’être sympa, quoi. C’était sûr, elle me demande d’ouvrir mon sac. Feignant d’être scandalisée, j’accepte. Et je tente de lui la faire à l’envers : je pose mon sac à dos rempli de rhum par terre afin de ne lui faire vérifier que mon sac à main à peu près vide. Au début, elle n’y voit que du feu, mais je pose mon sac à dos par terre un peu trop brusquement, faisant tinter les bouteilles. Bordel, précisemment à ce moment là, je me déteste.

Bon, voilà, c’est cramé. Mais je ne me démonte pas. Elle me demande d’ouvrir mon second sac. Et tombe évidemment sur les bouteilles de rhum. Place à la stratégie que j’applique à chaque fois que je me fais pêcho : nier en bloc. Je fais la meuf scandalisée, je lui dis que j’ai acheté l’alcool dans le magasin d’à-côté. Là, elle appelle le gérant du magasin. Qui me prouve que les bouteilles leur appartiennent bien, une sombre histoire de code barre. Mais même là, quand c’est mort, je continue de nier, même si toutes les preuves sont là. Le dialogue devient complètement absurde. Contre toutes les évidences, j’affirme que je ne vais quand même pas payer deux fois un article. Dans le fond, ça me fait un peu marrer mais ça me fait surtout chier de devoir sortir ma thune. Parce que je sais très bien que j’ai perdu et que je vais devoir payer.

Voilà, Le vigile et le gérant me remettent un coup de pression, je décide de lâcher l’affaire. Je sors ma carte bleue, tout en criant au scandale, à la calomnie. En face, ils se foutent bien de ma gueule... Là, le vigile se ramène en mode coup de pression.

Le gérant du magasin m’intime de ne plus revenir. Évidemment que je vais revenir dans ton mago de merde, connard. Je repars un peu la queue entre les jambes, mais la tête haute. Dans mon esprit, j’étais même convaincue de mon mensonge, presque certaine que le magasin m’avait bel et bien arnaquée.

Le rhum arrangé était bon, mais il aurait eu meilleur goût s’il avait été gratos.

La totale

Des questions me taraudent, j’ai besoin de tailler une brèche dans l’air vicié de la ville aux milliers de visages fantômes engloutis dans l’archaïque inconscient collectif sirupeux qui dégouline et anesthésie mes pores. À devenir malade et fou. Convulsé de révolte. J’appelle une amie, Fannie ; et lui demande les clefs de sa bagnole. Je fourre un passe montagne et mon sac à dos dedans et m’ouvre une draille vers les sentes des Corbières. Histoire de revivifier les anticorps et de nettoyer mes fibres. Je m’arrache de ce dès-corps. Pendant le trajet une douleur violente me saisit ; tempête chronique sous un crâne intenable.. Je m’étais promis une grève de dolliprane. Je m’arrête dans un bled, à la BioCoop. Des pointes perforent lobe temporal et lobe occipital. La vision se dégrade et le corps en tension flambe. Je saisis trois fioles d’huile essentielle, menthe poivré, orange douce, petit grain bigaradier et les glisse dans une poche intérieure de ma veste ; puis je prends des bananes, clémentines et radis noir ; que je paye. Les montagnes enfin, serein, après une marche. Au sommet d’un mont ou aucun réseau téléphonique ne passe, thermos de tisane au romarin et aubépine ; le front badigeonné de menthe et du bigaradier sur le plexus.. Je respire profondément un long moment en savourant le couché de soleil. Je passe le détail des nuances de couleurs et des sensations qui m’envahissent. Que vivent les peintres ! Le corps éventé s’apaise. La nuit fut douce ; odeur d’orange, réveil fugace, l’aurore et les montagnes, je me rendors avec une légère migraine. Arrf une dose de morphine svp ! Le corps tendre au matin et chants de merles, je m’en retourne par les routes tortueuses, des nuées de craves et quelques vols de buses. Le téléphone sonne. Messagerie. 13 appels en absence. J’écoute, aïe. Vlà l’affaire : la voiture prêtée la veille est au nom de Mireille Lule, qui n’est autre que la tante de Fannie. Quant à la pote, elle est à Paris pour le week-end. Alors que je léchais les montagnes hier soir, les gendarmes appelaient Mireille en lui faisant peur : « Bonsoir Madame, vous êtes bien la propriétaire du véhicule tatati tatata, votre véhicule est impliqué dans un braquage, nous sommes à la recherche d’un suspect filmé par les caméras et que le gérant du magasin a vu en train de voler. Il a relevé le numéro de la plaque d’immatriculation ». Allons-y voir, la tante dans la pérégrination des Experts sur M6, tremblante appelait sa nièce afin de savoir si la voiture était en sa possession. Fannie ne sachant rien et ne voulant pas m’incriminer répond que la bagnole est garée devant chez elle et qu’elle n’en sait pas plus. Toujours affolée sa tante faisait une heure de route pour vérifier si la voiture était toujours là et si le gérant du magasin ne s’était pas trompé. En l’occurrence pas de caisse, la tante rappelait sa nièce chérie qui lui répondait qu’elle n’en savait rien, tout en essayant en vain de me joindre afin d’en savoir plus. Pendant ce laps de temps la gendarmerie rappelait madame Lule qui dans la panique leur dira : « il y a eu vol de la voiture et ma nièce n’y est en rien impliquée ». Nuit tumultueuse pour cette dame. Je m’en suis excusé après une discussion complexe sur le vol, la débrouille et le désir de vivre avec plaisir la précarité. De bon matin, au col entre deux virages, me voilà au fait de l’affaire. Décidé, je retourne au magasin pour ramener la fiole d’orange douce qui est simplement ouverte en espérant que le gérant n’a pas tout vu, le bougre ! Il n’a pas tout vu, alors débute la pléthore habituelle mais tout de même : « si vous n’avez pas les moyens de vous payer de l’huile essentielle pour vos douleurs, allez en pharmacie prendre des anti-douleurs ». Mais le pire c’est qu’il essaye de savoir si ce n’est pas des gens du coin qui m’auraient conseillés de venir voler ici, puis il reprend : « les voleurs sont tous des innocents, vous avez l’air d’un coutumier, le seul moyen que je vois pour vous arrêter, c’est de porter plainte » et le ponpon dans cela c’est qu’il me prend pour un voleur de voiture. Je me dis, silencieux, en faisant mine de l’écouter : « il pourrait rajouter qu’il faut couper la main des voleurs ; j’aurais été d’accord avec lui s’il avait assigné à ce terme les noms de Claude Guéant, Giorgio Orsoni, Patrik Balkani, EDF ou encore n’importe qu’elle banque et agence immobilière ». Je me sens tant légitime à voler pour me guérir et pour me nourrir, que je lui en touche trois mots avec un ton d’entremise car il n’est jamais agréable de se faire voler. Fallait le ménager et j’avais très envie qu’il change d’avis à propos de la plainte. Sur ce, je m’excuse, paye la fiole et me barre de là. Quatre gendarmes devant la porte. Ils ont l’impression d’être devant un bandit de grand chemin qu’ils vont appréhender. Leur voiture bloque la route à celle que j’ai emprunté. « Monsieur vous allez avoir des problèmes » dit le plus gradé en me saisissant par le bras, aidé de son collègue.. « J’ai réglé la fiole au magasin, le gérant ne veut plus porter plainte. Veuillez me lâcher, SVP ! » je sens qu’au moindre geste les trois keufs ignares, autour du chef de brigade, me sauteraient dessus. Le plus imposant veut me mettre les menottes, alors que je demande pour quel motif en tentant de dire que la voiture m’a été prêtée pour une escapade en montagne, qu’il y a erreur. Ne me croyant pas et ne me laissant pas parler, il me lâche tout de même le bras et me demande d’ouvrir la voiture et de lui remettre les papiers avec le ton le plus autoritaire et méprisant qu’il puisse grom- meler. Je m’exécute en regardant d’un air goguenard un des gendarmes fouillant le véhicule. Moi là, respirant pour ne pas me laisser envahir par un sentiment de peur qui ferait un instant vaciller mes guibolles ou me ferait rugir de colère. On allait pas rajouter à ce périple « outrage et rébellion ». Je leur conseille d’appeler mon amie car la proprio ne sait pas pourquoi je suis en possession du véhicule. Il refuse et appelle la tante : « Madame, nous avons arrêter le suspect et retrouvé votre voiture, elle est en bon état. Il nous dit que c’est un ami de votre nièce et qu’elle est au courant, que c’est un prêt pour le week-end ». La tante répond que ce n’est pas possible, que sa nièce lui a dit que la voiture était devant chez elle, c’est un voleur... il y a abus de confiance. « Vous voulez porter plainte madame ? », lui répond le gros enfoiré ; car il est énorme, moustachu et l’oeil petit. Il regarde ses trois collègues, tous jubilent, tronches de pauv’ flic de campagne qui se font chier dans leur bureaux pourris. Voyant leur ganache et ma mise en garde à vue prégnante, je compose le numéro de la pote discrètement et simule un appel : « Allo oui, Fannie voudrais tu dire au gendarme que tu m’a bien prêté consciemment la voiture, je te le passe ». Je remets le téléphone au gendarme ; elle lui dit clairement que c’est un prêt pour le week-end et que sa tante s’est laissée emportée par la peur qu’il lui suscitait au téléphone. Toute son autorité s’effondrant, le voilà qui insulte mon amie. Alors délicatement, je glisse au gendarme grossier : « veuillez parler autrement, s’il vous plaît, le malentendu est clos ». Il raccroche et me fixe longuement avec des billes de nerfs ignares. Il n’a plus rien contre moi. Il me toise en déclarant violemment : « c’est moi qui décide si c’est clos, dégagez du département, que je ne vous vois plus sur mes routes ». Je tiens mes tritons crêtés et le feu... puis rentre dans la voiture en me disant que la tranquillité sera pour un prochain jour ou un prochain siècle. Soupirant : je m’en sors sans mal car je suis un blanc bec aux yeux clairs... Sur la route, peu fier, une phrase de René Char me revient en boucle : « Accumule, puis distribue. Sois la partie du miroir de l’univers la plus dense, la plus utile et la moins apparente ».

Ça passe

« Faut que je me choppe un putain de bête de sac de rando »

La veille, je me suis fait de bons repérages. J’ai choisi le sac que je voulais embarquer ; celui, bien moins cher, dont je prendrais l’étiquette ; les caméras et leurs angles morts ; les gueules des civils et le nombre de vigiles en uniforme.

Je cale le vélo dans une petite rue, à 200 mètres. Sait-on jamais, s’il faut courir. Mais juste avant de rentrer, je me rends compte que mes nouvelles pompes en cuir me cisaillent les orteils en deux. Et je suis à l’étroit dans mon jean pseudo smart qu’on m’a prêté.

« On m’a plâtré les jambes, bordel ! »

Ok, je présente mieux qu’en jogging-basket, mais ce sera bien dur de courir. Vélo ou pas. Une longue inspiration, celle-ci longue et lente qui me fait d’un coup d’un seul gonfler poumons et estomac tout de go. Les portes automatiques s’ouvrent comme un rideau de théâtre. Lumière. Je foule les premières planches d’un pas décidé, feignant le consommateur lambda, croise le regard du vigile à l’entrée, lui dit bonjour en espérant ne pas trop en faire.

« Salut, je viens te piller, gros bâtard. »

Je passe un quart d’heure à me balader dans les rayons, histoire de sentir l’atmosphère, vérifier si je ne suis pas suivi, me détendre, inspirer bien fort, expirer plus fort encore. Je continue mon jeu d’acteur jusqu’à ce que les deux parpaings qui me servent de grolles me menacent d’amputation. Direction le rayon des sacs de rando. Passer par le coin natation et éviter la case prison.

Cash, je me mets au turbin : j’arrache l’étiquette, fixée au bout d’une ficelle en plastique, du sac à 15 balles, puis fait trois pas chassés sur la droite – une sorte de crabe habite Décat’ – pour me placer face à l’objet de mes convoitises.

« Merde putain de merde de merde, c’est quoi toutes ces étiquettes, bordel ? »

La veille, y’en avait qu’une seule. Aujourd’hui, le sac en est farci : étiquette de promo, étiquette du manuel constructeur, étiquette cousue avec un code-barres, autocollants Quechua en pagaille. Je ne perds pas de temps et ne fait pas dans la finesse : je les arrache toutes, en prenant soin de garder les mains à l’intérieur de l’étagère pour que la caméra ne calcule pas ce que je trafique. Je planque tous les papelards dans un autre sac, et recale à l’arrache celle du sac à 15 euros autour d’une sangle. Je le choppe et me dirige illico aux caisses. Dans la queue, je jette deux ou trois coups d’œil furtifs au vigile de l’entrée pour voir s’il me jette deux ou trois coups d’œil furtifs. Tango-Charlie, négatif.

« Ça passe ça passe ça passe ça passe... »

La caissière prend le sac, le tourne, le retourne, l’ausculte, le retourne à nouveau. Elle cherche le code-barres qui y était cousu, puis se résigne et finit par biper l’étiquette que j’ai ajoutée au bout du fil en nylon. J’expire. « Ça fera 15,99 €, s’il vous plaît ».

Plus que dix mètres et je suis dehors. Je regarde pas le vigile de peur qu’il lise dans mes pensées. Avancer tout droit avec une allure mi-déterminé mi-benêt.
2 mètres.
1,5 mètres.
Je sonne aux portiques !

« La conne de toi. Bordel de dieu de merde ! »

- « Bonjour Monsieur, je peux voir votre ticket de caisse, s’il vous plaît ?
- Bien sûr, tenez »

Le chien sort son Iphone et tapote le numéro du ticket de caisse. Qu’est-ce qu’il fout, putain ? J’envisage de prendre mes jambes à mon cou, mais il me bouche la sortie et les portes sont fermées. Je mate furtivement son écran où – surprise de la modernité – s’affiche la photo du premier sac à dos, celui sur lequel j’ai chopé l’étiquette.

« Ok, c’est bon, fin de la partie. J’ai pas les thunes pour payer. C’est la troisième fois que je me fais choper dans ce magasin. Je suis bon pour bouffer de la blanquette et du riz en barquette Sodexo dans une cellule de la maison poulaga. Pas grave, je me prépare... allez c’est parti. »

Le vigile regarde la photo sur l’écran, baisse les yeux et le compare à celui que j’ai entre les pieds. Il doute. Il revient sur son écran pour vérifier à nouveau. Il s’y prend à trois fois. Le cœur s’est déplacé dans les tempes ; cette douce impression qu’on me les charcute au marteau-piqueur. Ces secondes s’étirent à n’en plus finir et ce sale vigile prend le temps de jouer au jeu des sept différences...

Il me tend le ticket de caisse.
- « Bonne journée, monsieur. »
- Bonne journée à vous. »

« Va crever pauv’ merde. »

Keskicépacé ?

En réalité, le sac n’avait plus rien qui sonnait, c’est le vigile qui a déclenché les portiques avec sa télécommande plaquée dans sa poche (ils font souvent ça pour pouvoir justifier d’arrêter le client qu’ils soupçonnent). J’ai eu de la chance parce que le premier sac, celui sur lequel j’ai choppé le code-barres, ressemblait beaucoup (couleur et forme) à celui que je convoitais, et qui se trouvait entre mes pieds lorsque le vigile comparait les deux. À noter aussi : sur son Iflop, l’image du produit est vraiment minuscule et le vigile ne peut pas vraiment la regarder bien en détail. Si les deux produits se ressemblent beaucoup, comme dans mon cas, il est difficile pour lui de les distinguer...

J’ai peur de me faire gronder

J’ai tout bien lu. L’autonomie italienne des 1970’s. L’autonomie tout court. Les zines en noir et blanc qu’ont les crocs et les boules. Tous ces « trucs » avec lesquels tu chemines progressivement sur la grande route de la promo permanente, avec la gratuité comme horizon.

J’ai tout bien vécu : la surenchère et l’émulation, avec les copains et les copines, la dèche, le partage et la démerde. Il a bien fallu me rendre à l’évidence : tout payer, ce serait trop bête. Je ne pousserai pas plus loin la justification de la chose, d’autres le font et le feront mieux que moi.

Mais assez vite s’est dressé entre l’abondance et moi-même un ennemi de taille : la frousse, les miquettes, les chocottes. Et leur mère abusive à toutes les trois : la morale. J’aimerais beaucoup vous faire un couplet sur mon dépassement de la chose, ce long trajet vers l’émancipation vis-à-vis de mes propres peurs. Mais ce serait mentir.

J’ai toujours peur de me faire pécho.
J’ai toujours peur de me faire gronder.
J’ai toujours peur que les gens soient déçus par mon attitude.
J’ai toujours peur que ma
man m’engueule.

Longtemps, je me suis contenté de me remplir les poches, la veste... Le sac, je n’y arrivais pas ou peu, ça aurait été rompre mon rituel de discrétion. Mon rituel de discrétion, c’est un trajet dans le magasin où je me pense comme le client idéal, sympathique, avenant et responsable. Souvent je compte sur mes doigts le nombre de mes invités fictifs qui viennent manger des verrines, le soir, après le boulot, dans mon loft de jeune cadre dynamique. Je prends un air concerné, avec dans la main un aliment de merde, moderne et sur-emballé, tout en me demandant s’il y en aura assez pour tous mes invités fictifs, modernes et sur-emballés. Je me dis que la caméra voit ça, mon état d’esprit, et que tant qu’elle m’identifie comme un gros naze, je suis tranquille. Même mes gestes de chourre rentrent dans le cadre du rituel de discrétion, ils sont invisibles. Pas de provoc. Du coup, remplir le sac, ce serait tout mettre à mal. Alors je m’abstiens.

J’ai toujours peur de me faire pécho.
J’ai toujours peur de me faire gronder.
J’ai toujours peur que les gens soient déçus par mon attitude.
J’ai toujours peur que ma
man m’engueule.

Puis sont arrivés les repas collectifs et les quelques bouffes de rue qu’on a organisés. Et là le « Jean-Michel » avenant, qui compte sur ses doigts en remplissant sa veste, s’est rendu compte que d’autres sortaient plus de bouffe que lui. Mais pour autant le grand angoissé de nature que je suis ne pouvait se résoudre à affronter dix passages en caisse dans la journée, le temps de tout sortir petit à petit, double fond rempli, achetant du PQ et des pâtes à chaque fois. Quand on est fragile dans sa tête mais intransigeant niveau gratuité, le regard de la caissière et l’oreillette du vigile, on les défie mais on gère difficilement les émotions attenantes à la transgression de la règle. Aussi merdique qu’elle soit. Aussi incontournable que soit l’impératif de ne pas se soumettre à une règle qui porte en elle ce monde de merde, sa crasse et sa violence. Mais de tout ça – de la règle, du monde de merde - la transpiration, le cœur qui bat, la parano et tous les inscrits au cœur du corps qui nous conditionnent à prendre part à l’ineptie consumériste, ils s’en branlent. Et ton T-shirt, il pue et t’es claqué, quand t’as passé une journée à sortir de la bouffe.

J’ai toujours peur de me faire pécho.
J’ai toujours peur de me faire gronder.
J’ai toujours peur que les gens soient déçus par mon attitude.
J’ai toujours peur que ma
man m’engueule.

Alors fallait que je trouve une nouvelle histoire à ce « Jean-Michel » avenant, lui permettant de sortir un max de bouffe. Je décidais donc d’arrêter avec le double-fond, trop fastidieux, et de remplir plutôt le cabas avant de sortir par l’entrée. Parfois chanceux, quand l’entrée s’ouvre dans les deux sens. D’autres fois organisé, quand un complice doit l’ouvrir pour moi (parfois je fais avec le mec ou la meuf qui mendie devant le supermarché, et là, ça devient franchement surréaliste). Au final, l’affaire s’est avérée plus risqué mais plus rentable. Et « Jean-Michel », me demanderez-vous ? Je décidais que « Jean-Michel » faisait ses courses comme tout le monde, comptait toujours sur ses doigts, mais qu’au moment où son cabas était plein, il décidait de sortir pour chercher un caddie, afin d’être en mesure de continuer ses courses, et que, craignant de se faire piquer son cabas, il décidait de sortir avec. Cette histoire, je n’ai encore jamais eu à l’utiliser. Mais, aussi stupide et improbable soit-elle, elle me permet de défier ma peur tout en la feintant. En me racontant l’histoire de « Jean-Michel », je me situe dans mon bon droit et me persuade que je ne suis pas en train de voler – loin de moi cette idée – mais bel et bien de faire mes courses normalement. Et qu’il est décemment imaginable que quelqu’un sorte avec son cabas devenu trop plein pour tout transvaser dans un caddie tout vide.

J’ai toujours peur de me faire pécho.
J’ai toujours peur de me faire gronder.
J’ai toujours peur que les gens soient déçus par mon attitude.
J’ai toujours peur que ma
man m’engueule.

Il n’y a que quand je suis sorti depuis dix mètres, que je n’ai entendu personne courir ou appeler après moi, et que j’accélère le pas jusqu’à la voiture, que je quitte « Jean-Michel » avenant pour retrouver la gratuité et son excitation. Quand je vole, je me déguise, mais dans ma tête, manière de berner ma psyché abîmée de mec coupable et peureux. Et de nombreux banquets en ont abondamment bénéficié. Il y a toujours ce moment, où tu franchis l’entrée, avec 200 euros de bouffe dans le cabas, et où tu prends la même inspiration que quand l’infirmière va te piquer. C’est pas agréable. Mais dans ces moments, il se produit un événement étrange. Le « Jean-Michel » avenant se met parfois à penser, tout enveloppé dans sa norme et son bon droit qu’il est, que c’est le fait même de voler qui est logique et absolument légitime. Il vient alors toquer à la porte de ma peur, la prend par la main, et tous les deux sortent par l’entrée. Dans leur bon droit. Mon déguisement et mes idées se nourrissent et s’interpénètrent. Et quand la morale prend un tir, c’est la peur de vivre qui recule.

J’ai toujours peur de me faire pécho.
J’ai toujours peur de me faire gronder.
J’ai toujours peur que les gens soient déçus par mon attitude.
J’ai toujours peur que maman m’engueule.
Mais, aussi, parfois, quand même, j’
en ai rien à foutre.

Préjugés, statisques et gros bâtards

Se la faire bien,
bien manger,
bien boire,
régaler les copains.ines,
c’est en gros une affaire de statistiques et de préjugés.

Préjugés : j’suis blanc, la trentaine, pas trop dégueulasse sur moi…
Statistiques : Mon « client » est la plus grande surface que je peux trouver, de préférence pas celle en bas de chez moi, et qui dispose d’un rayon de bouffe à la découpe. (J’ai pas la stat. officielle, mais j’ai le sentiment que le(s) clampin(s) installé(s) devant les 12 000 écrans des 12 000 caméras du magasin, lorgne(nt) vachement plus sur le rayon alcool, jeux vidéos ou outillage, que sur le rayon boudin et longe de veau...)

Donc une fois mis à l’ombre le butin dans son sac en bandoulière, direction les caisses automatiques. Bon là, il se trouve que j’oublie souvent qu’il y a du matos dans le sac. Alzheimer mon pote !

Ce jour-là, veille de réveillon, il me fallait une flasque de kirsch, pour faire du vin chaud. Tu sais, le genre de mini bouteille que tu flingues en cinq minutes lors de ces fins de soirées où t’as trouvé qu’une station-service pour acheter un truc pour te finir. Et tu sais aussi - comme je le savais - qu’il y a TOUJOURS un putain d’antivol sur ces merdes-là. Mais je ne sais pas pourquoi, en regardant à travers le précieux liquide dans la bouteille, je n’en ai pas vu, et donc j’ai glissé ça dans le sac. Alzheimer, décidément ...

Me voilà donc partant fièrement avec mes 2 sachets de pâtes payés et le reste dans mon sac, traversant l’air de rien les portiques, toujours mon casque audio sur les oreilles, zique éteinte bien sûr. « Comme ça, si un truc sonne, je peux toujours me tracer en feignant de pas avoir entendu la caissière me rappeler à l’ordre », je me dis souvent. La partie vérifiée de la théorie :
- Ça a sonné.
- J’ai feint de rien entendre et j’ai tracé comme si de rien n’était.
La partie non vérifiée de la théorie :
- La caissière s’est pas contentée de m’appeler de loin, ne quittant pas son précieux poste de peur de laisser les cinq autres clients se barrer sans payer. Non, non, elle l’a quitté son poste, et m’a rattrapé. Suppôt du système !!

Me voilà donc parti dans de bredouillantes explications comme quoi j’avais déjà payé tout ça lors d’un premier passage, mais j’étais revenu parce que tu comprends, j’avais oublié 2 sachets de tortellinis … Bien sûr, plutôt que de me dire « allez, ça va pour cette fois », la caissière a appelé le Security Chief. Re-belotte, le scénario improvisé, le cœur un peu moins palpitant dans la poitrine (je commençais à me raisonner, après tout il ne devait pas y avoir plus de 80 balles dans mon sac, rien qui relève de la haute délinquance...), mais mes explications toujours aussi peu convaincantes.

Après m’avoir demandé à quelle caisse j’étais passé la première fois avec tous ces articles dans mon sac, le mec m’amène à l’accueil, et me prend quelques articles. Il les scanne, et commence à chercher mon passage dans l’ordinateur.

Cherche ce que tu chercheras.

Ne trouvant rien, il me demande de répéter l’histoire . Je le fais. Il me cherche à nouveau. Me redemande encore. Je lui re-répète. Il me re-recherche.
Et enfin, il me dit : « On vous trouve pas ». - Sans déconner ?!-
Puis : « On peut vous chercher une quatrième fois, mais si on ne vous trouve toujours pas, on considérera que c’est du vol. Donc si vous n’avez pas payé ces articles, il vaut mieux nous le dire maintenant ».
Moi : « Oui bon beh ne me cherchez pas plus, vous me trouverez pas plus ».

Me voilà donc parti pour la deuxième partie du scénario :
« On s’est partagé les courses pour le réveillon avec les potes, mais j’ai pas les moyens, et je voulais pas leur dire et qu’ils payent tout. Bla, bla, bla ... ».
Après avoir demandé ce qu’il allait advenir de moi (feignant de me voir déjà à Fresnes), le mec me dit que si je règle le tout, il n’y aura pas de poursuites.
« Oui oui oui, je paye, je paye ! Merci merci ! » (Là, ça fait mal de dire merci au Security Chief, mais tu sais que c’est pour ton bien)

Je paye donc.

Six mois plus tard : convoc au poste. Je dois faire une déposition car le putain de supermarché Auchan a déposé plainte.
À nouveau six mois plus tard : passage devant le substitut du proc.

J’entre.
Lui : « Bon... C’est la première fois, je suppose ? », fait-il d’un ton affirmatif.
Moi, timidement : « Oui oui, et la dernière ».
Lui : « Ça se voit... »
Moi, voyant direct à quel genre de salopard raciste j’ai affaire : « Ha bon ? Mais heuu… comment ça ? »
Le salopard : « Oh vous savez, les voleurs, on les reconnaît. Et vous ne leur ressemblez pas ! »

Intérieurement, j’ai envie de le défoncer et de lui péter ses dents contre la table en faux bois !
Extérieurement je la joue petit blanc sympa qui se dit que la justice fait bien son travail et qu’elle ne l’y reprendra plus à jouer...

Verdict : un timbre amende de 100 balles + remboursement à Auchan de la somme (que j’avais donc déjà payée sur place, environ 80 balles – c’est vraiment des bâtards !). Et trace de l’infraction sur le plus petit des casiers pendant environ un an.

180 balles à filer. Que tu lâches presque avec plaisir tant ça représente même pas 5 % de ce que t’as pu leur endormir avant. Tu sais très bien que c’est cette erreur d’inattention avec la flasque qui a fait sonner, et que le Salopard t’as presque dit en partant qu’il ne fallait surtout pas t’inquiéter, que dans un an tu serais blanc comme neige.

Pendant qu’il m’expliquait ça, je l’entendais presque dire : « Pas de souci Français de souche, Fresnes c’est pas pour toi ».

Bâtard !

Les bonnes manières, ça s’apprend

Que les hangars à marchandises soient une conséquence ou un moteur du capitalisme moderne importe peu. Chaque jour qui passe, ils contribuent à laminer le monde paysan et à nous faire bouffer de la merde, à exploiter les esclaves du textile asiatique pour habiller les ouvriers mal payés de chez nous. Passons les détails. Toute l’industrie de la distribution de masse pue l’arnaque, l’exploitation dégueulasse et le pétrole. Et Auchan, Carrefour ou Inter ont à la leur tête les pires raclures. C’est dit, c’est redit.

« Sortir du supermarché ! », disent les groupements d’achats bio. Mieux vaut surenchérir : raser toutes ces surfaces de hangars qui entourent les villes serait plus réjouissant. Et tant qu’ils défigurent encore nos paysages, il ne nous reste qu’à les piller sans vergogne. Préférons alors un slogan comme... « Sortir tout ce qu’on peut des supermarchés ! ». Sauf à considérer valide la thèse du changement individuel (si tout le monde mangeait bio, si tout le monde triait ses déchets, si tout le monde arrêtait de se rendre dans les supermarchés... et si tout le monde volait ?), il semble aller de soi qu’on ne combattra pas la grande distribution par la choure personnelle. On peut malgré tout l’encourager autour de nous. Comme une bonne manière à répandre.

On en fait tous l’expérience, ces hangars sont souvent des passoires, à bien des égards. Avec quelques précautions et quelques bons outils, la chose paraît plutôt aisée. L’obstacle fondamental est dans les têtes, dans le battement des cœurs ou dans les jambes qui flageolent. Et on n’est pas tous et toutes égaux là-dessus. Peu importe notre niveau de tolérance au stress en situation de chapardage, le remède est le même : l’entraînement quotidien, hebdomadaire. Que ça devienne une habitude, un réflexe, un automatisme. Un tic. Comme un prolongement du bras et de l’esprit qu’on ne commande plus. Comme la main invisible du marché... L’art de prendre sans se faire prendre et sans se faire voir. Sans attirer une once d’attention. Le pot de miel d’acacia bio est en rayon. Le pot de miel est dans le manteau. Rien ne s’est passé, rien ne sonnera, le miel est déjà chez toi.

Pour ma part, il fut utile de m’astreindre à quelques règles pour créer ce genre de bonnes manières. Comme s’obliger à ne jamais sortir d’un hangar sans rien voler. Même dans le pire Auchan sur-fliqué, même au petit matin, même dépassé par un gros rhume d’hiver. Une boîte de foie de morue dans les plus mauvais jours, mais une boîte de foie de morue quand même. Pour maintenir le cap, pour travailler son accoutumance au vol. Au fil des semaines ou des mois, la règle peut devenir obsolète. Il est alors temps de passer à un rituel plus productif : pour un euros payé, un euro volé. Mais alors très vite quand on est sur cet objectif de résultat, la facilité à voler peut aller crescendo. Rapidement, la règle consiste à sortir d’un hangar en lâchant le moins de fric possible. Jusqu’à se pointer à la caisse avec une bouteille d’eau minérale, les poches blindées. Pour certains hangars à bricolage, on est tenté à passer au 100 % choure. Sortir sans rien acheter, ouai, mais on peut sortir de bonne manière. Comme se pointer à l’accueil et d’une voix mielleuse, demander s’ils disposent en rayon de tel produit, dont on sait par avance la réponse négative. Tout sourire, on dit au revoir et on se casse.

Ensuite, c’est la frustration qui monte : quelles que soient les combines et les accoutrements, on veut toujours plus. Une règle sympa consiste alors à multiplier par deux la capacité de vol par un aller-retour à l’extérieur. Un petit blindage rapide, puis avec toujours cette voix mielleuse, à l’accueil : « Je peux laisser mon panier ici, j’ai oublier mon portefeuille/ma liste de course/mon téléphone dans ma voiture ? » On se vide discrétos sur le parking, et les poches sont vides pour se faire plaisir à nouveau...

Enfin il y a une règle immuable, mais parfois difficile à tenir : toujours tranquille, toujours vérifier, toujours sur ses gardes, toujours net et sans bavure. Et limiter -un peu- les excès... Car on a vite fait de se prendre au jeu de l’adrénaline et de la possession d’objets à tout va. On veut le blouson Nord face, on veut la perceuse Maquita et le champagne, on veut du Nutella bio et des chaussettes neuves tous les matins, on veut du tofu à l’ail parfumé aux morilles et de l’huile de noix bio, ou veut tous les outils neufs dans son atelier, on veut des plaques de choco pralinés bolivien à chaque pause café, on veut tout piquer, on veut faire un détour pour la choure, ou veut chourer pour jouer, on veut la décharge d’adrénaline... Faut-il alors faire -un peu- chemin inverse, pour éviter de passer son temps dans ces hangars, qu’on aimerait voir disparaître ? Dans tous les cas, vive la fauche, vive les faucheurs, vive les faucheuses !

Collectif

Brochures subversives à lire, imprimer, propager

LA BROCHOURRE Petit manuel de vol à l’étalage
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