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Publié par Patrick Granet

L'ultimatum de 48 heures donné par la coalition arabo-kurde aux combattants de l'EI s'apparente à une opération de communication après le carnage d'al-Toukhar.

Lina KENNOUCHE |

Les Forces démocratiques syriennes (coalition arabo-kurde) ont pris possession du quartier de Hazaouina dans le sud-ouest de Manbij, ville syrienne au nord-est d'Alep, se rapprochant progressivement du centre, toujours tenu par l'État islamique. Depuis juin, les FDS, pourtant soutenus par des raids intensifs de la coalition internationale, ne progressent que lentement sur ce front.

L'avancée de ces forces qui tentent depuis le 31 mai dernier de s'emparer de la ville, principal axe de ravitaillement pour l'EI entre la frontière turque et leur bastion de Raqqa, est ralentie par la résistance acharnée que livrent les combattants du groupe. En dehors des attentats-suicide comme technique de combat, la confrontation féroce s'explique essentiellement par l'importance des effectifs de l'EI engagés dans cette bataille avec l'arrivée des renforts de Jarablus, mais surtout par la proximité géographique de la ville d'al-Bab, située à une quarantaine de km de Manbij, et qui constitue la deuxième concentration des forces de l'EI après Raqqa. Manbij, qui ne constitue pour l'EI qu'une base logistique avancée assurant la circulation des combattants et la livraison de matériel militaire, procure au groupe un avantage tactique sur ses adversaires.

Infestée de tunnels souterrains, elle favorise le repli des combattants et la protection des équipements. Pour déloger l'EI de cette zone stratégique (la prise de la ville par les FDS ayant pour ultime objectif la jonction entre les trois cantons d'Afrin, Kobané et Jazira qui forment le Rojava kurde), l'offensive du 31 mai avait nécessité des préparatifs de plusieurs mois et la conclusion d'une alliance avec les tribus arabes locales pour investir une zone traditionnellement hostile aux Kurdes.

(Lire aussi : Explosions dans une ville proche du Golan)

Dans cette configuration et pour se prémunir contre la menace d'un nettoyage ethnique, Washington a encouragé la formation d'une coalition de 3 000 combattants dont les quatre-cinquièmes sont des forces arabes. Le 1er juin dernier, un responsable militaire américain rappelait à l'agence Reuters les termes de l'accord : « Après la prise de Manbij, l'accord est que les YPG (les forces kurdes) ne resteront pas (...). Aussi, vous aurez des Arabes syriens occupant la terre traditionnelle arabe syrienne. »

Or dans les faits, la situation est autrement plus complexe. Si l'on recense plus de 2 000 combattants arabes, la plupart des factions intégrées au Conseil militaire de Manbij sont des résidus de l'Armée syrienne libre (ASL), des groupes comme Liwaa Qoua Raqqa, Burqan al-Furat et Chams al-Chimal, qui se sont autonomisés et qui dans leur écrasante majorité sont étrangers à cette région. Ces forces arabes restent par ailleurs entièrement subordonnées au commandement kurde et sont donc perçues comme des forces supplétives à la solde du YPG. Or parmi les tribus locales et les habitants de Manbij qui ont prêté allégeance à l'EI, certains n'ont d'autre motivation que le rejet des forces kurdes.

La bataille engagée depuis le 31 mai pour arracher la ville au contrôle de l'EI se présente donc comme une offensive de longue durée. Si la coalition des FDS a accordé, hier, un délai de 48 heures au groupe pour déserter sa base de Manbij afin de « préserver les vies des civils », il reste cependant difficile de prendre au sérieux une annonce qui s'apparente à un coup médiatique pour sauver la face devant l'opinion publique internationale après le carnage d'al-Toukhar. Les frappes de la coalition sur cette ville, qualifiées de « grosse bavure », ont tué entre lundi et mardi près d'une soixantaine de civils qui fuyaient cette localité proche de Manbij. Or comment croire que les FDS effectuant des missions de reconnaissance au sol pour aider à l'identification de cibles bombardées par la coalition aient confondu des familles de civils avec des combattants de l'EI ?

(Lire aussi : Près de 60 civils tués dans des raids de la coalition dans la province d’Alep)

Par ailleurs, depuis le début du conflit, l'EI s'est battu avec sa toute puissance de feu et n'a jamais accepté de céder la moindre portion de territoire en échange d'un accord garantissant le retrait sécurisé de ses forces. Cet ultimatum qui sera certainement rejeté par l'EI ne pourrait donc qu'être une manœuvre destinée à couvrir les prochaines éventuelles « bavures » contre les populations civiles de Manbij.

Enfin, si à l'issue d'une offensive de longue haleine, les FDS parvenaient à déloger l'EI et verrouiller l'accès à la ville de Manbij, la bataille contre l'EI ne serait pas pour autant gagnée. L'un des principaux théâtres d'opérations est la ville d'al-Bab, où jusqu'à présent des unités de l'armée syrienne restent positionnées à 7 km de la ville, conscientes qu'une offensive dans ce deuxième bastion de l'EI ne pourrait se mener qu'au prix d'un ou deux milliers de soldats tués.

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GAGE MADAME QUE CES FORCES VONT CHASSER L,E.I. ET OCCUPER MANBIJ... LE GATEAU EST UN PETIT MORCEAU ET FAIT PARTIE DE LA TOUTE DERNIERE CONNIVENCE DECLAREE HAUT ET FORT PAR OBAMA ET POUTINE... AVEC ULTIME BUT LES PARACHUTES MOUMANA3ISTES QUI SE PREPARENT... LE GLAS A COMMENCE A SONNER... HAHAHA !!!

Personne n'y est , mais ce que nous raconte Lina Kennouche sent de loin la VÉRITÉ, si on doit comparer à ce que abderahmenteur-osdh à l'habitude de déblatérer. ...

Merci Mme Kennouche pour le minimum de respect que vous accordez à vos lecteurs.

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