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Publié par Patrick Granet

Le Collectif "Femmes sans voile" organise une "journée mondiale contre le voile", ce dimanche à 16 heures, place de la République à Paris. Rencontre

2016 à 08h59Partager ce contenu

Elles ne sont que deux. La toute petite soixantaine, d’élégantes robes à fleurs, le rire facile et les cheveux au vent. Elles portent le même prénom, Nadia, sont copines et habitent Aubervilliers (93) depuis des décennies. Voilà trois ans, Nadia Ouldkaci et Nadia Benmissi ont fondé le collectif "Femmes sans voile". A l’époque, elles étaient trois. Il y avait aussi leur amie Josiane, qui est décédée il y a quelques mois.

Ces femmes en colère sont parties d’un constat qu’elles martèlent : le port du voile se généralise autour d’elles, et il devient difficile de résister à la pression sociale qui pousserait les femmes à se couvrir. Pour les deux Nadia, c’est niet. Pas question de leur faire endosser cet "uniforme mortifère". Nadia B., professeur de techno dans un collège voisin, souligne :

Sur cette petite terrasse d’Aubervilliers, dans le jour finissant, et alors que le quartier fête l’Aïd, elles racontent leur passé, et les changements dans leur ville. "J’ai grandi en Algérie, je ne suis arrivée en France qu’à l’âge de 30 ans, raconte Nadia B. Je ne portais pas le voile, et même ma mère de 93 ans ne l’a jamais porté !" Pour Nadia O., ancienne secrétaire de direction, c’est pareil. Elle se dit "Française, 100 % pur beur du 93", est née à Saint-Denis, a grandi à La Courneuve dans une famille ouvrière et a vécu 40 ans à Aubervilliers.

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Pour ces militantes féministes, la généralisation du port du voile n’est pas innocente, mais le fait d’une "stratégie politique des islamistes". Nadia B. convoque volontiers son passé algérien. "C’est quand j’étais à l’université que les voiles ont commencé à apparaître, après 1979 et la chute du Shah d’Iran. On appelait ces filles les '404 bâchées', comme les camionnettes, à cause de cette couleur beige-kaki qu’elles portaient. Il faut un travail profond pour les femmes en viennent à porter de telles horreurs."

Nadia B. a été frappée par l’islamisme au sein même de sa famille. "Mon neveu était devenu islamiste", se souvient-elle. "Il était guetteur pour eux et il est mort à 16 ans pendant la guerre civile, en 1994. Ma sœur, sa mère, en avait peur, mais il restait son fils. Il faut bien savoir qu’à l’époque, des jeunes filles ont été assassinées parce qu’elles ne portaient pas le voile."

Nadia O. renchérit :

"Ces femmes, ici, demandent la tolérance envers leur voile ? Nous, nous demandons le droit de vivre", assène Nadia B qui s’alarme d’avoir vu, le midi même, une petite de 8-10 ans porter le voile : "Elle a vraiment le choix, à cet âge ?" Elle raconte aussi ce jeune homme, "charmant, sans aucune haine", qui a mis le nez dans son sac de courses :

Pour ces deux militantes, il y a trop de complaisance envers le voile. C’est bien simple : la France accepterait le patriarcat… envers les femmes maghrébines. Nadia B. :

La photo a circulé sur des sites d’extrême-droite, qui applaudissent à ce discours.

Alarmistes, les deux Nadia ? Leur message ne passe pas toujours auprès des voisines. Sur leur page Facebook, les opinions divergent et ça ferraille avec vigueur. Ces sexas se veulent les héritières de Simone de Beauvoir et des copines les suivent en restant discrètes. Le sourire amical d’Elisabeth Badinter, qu’elles ont croisée, leur a aussi donné des ailes. De peur des représailles, elles ont décliné des invitations sur des plateaux de télé. Elles justifient :

Lors de la dernière édition de leur "journée contre le voile", plus de 100 femmes sont venues place de la République, selon le site d’information Buzzfeed. Dans le collectif, elles ne sont que deux, certes, mais elles ne comptent pas baisser les bras.

Cécile Deffontaines

Cécile Deffontaines

Journaliste

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