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Publié par Patrick Granet

« Se priver de la notion d’islamophobie, c’est laisser carte blanche aux furieux obnubilés par l’islam, dans les rues, les salles de rédaction et les cabinets ministériels. Quand un discours est islamophobe, il doit être qualifié comme tel. »

Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets, les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pe
nsées. »
Molière, Le Tartufe ou l’Imposteur, acte III, scène II.

Face à l’hystérie collective qui s’empare de la France, il faut parfois écouter hurler les loups. Ce n’est pas très agréable, ça non. Mais c’est enrichissant. À condition de réussir à contenir la frustration et la fatigue qui montent au fur et à mesure que les couinements de la meute se répètent, au point de ressembler de plus en plus à des bêlements. C’est seulement une fois le calme revenu que l’on peut commencer à répondre, sans colère, mais avec la fermeté qui s’impose.

Comment tout cela a-t-il commencé ? Il y a quelques semaines, avec des amis universitaires, nous sommes tombés sur une nouvelle tribune commise par l’écrivain Kamel Daoud dans Le Monde au sujet des violences de Cologne, qu’il attribuait exclusivement aux rapports pathologiques qu’un « monde d’Allah » fictif entretiendrait avec les femmes. Elle reproduisait un avis paru dans La Repubblica et précédait de peu un nouveau papier publié dans le New York Times1. Dans le contexte délétère caractérisant la France de 2016, le contenu de la tribune nous a paru suffisamment caricatural pour nécessiter une réponse déconstruisant la multitude de grossières généralités contenues dans le papier. Sans minimiser aucunement des violences sexuelles que nous qualifiions de « gravissimes », nous pensions qu’il fallait mettre l’auteur et le journal devant leurs responsabilités et poser la question de l’audience que ce type de discours racialisés rencontre de ce côté-ci de la Méditerranée. Las, notre tribune a été accueillie avec une franche hostilité.

L’objet de ce texte n’est pas de renouveler ou de développer une critique qui me semble suffisante et claire (Le Monde, tout en rétropédalage servile, ne se désole-t-il pas désormais que nous ayons « démoli » le pauvre petit Daoud). Il ne s’agit pas non plus de céder à la tentation de la contrition face à la meute. À l’adresse de celle-ci, je crache au sol et continue ma route. Je veux plutôt essayer de comprendre ce qui fait qu’un texte anti-raciste finalement assez peu radical peut susciter une telle hostilité. Pourquoi diable nous sommes-nous ramassés dans cette guerre d’opinion que nous n’avons pas vu venir ?

STALINE, AL-BAGHDADI ET LES INTELLOS

Commençons par débattre des critiques que nous ont adressées certains camarades qui, d’une manière ou d’une autre, partagent notre combat. Au premier rang d’entre elles, il y a le choix de la forme : la tribune collective. C’est sûrement notre principale erreur, notre calcul foireux d’universitaires plus ou moins habitués à ce type de passe d’arme. Unvétéran nous a fait remarquer que les textes collectifs fonctionnaient bien mieux contre des institutions ou des États. Il a certainement raison. Nous pensions qu’en rassemblant des gens de divers horizons géographiques, de tous niveaux hiérarchiques, hommes et femmes confondus, nous démontrions une forme de neutralité objective. Cela s’est avéré plus compliqué que ça. Pan, dans nos dents d’intellos. Il n’y a pas de neutralité objective en politique. Les amerloques ont donc été attaqués pour avoir immiscé leur vilaine influence subversive dans un débat français. Les post-docs et les doctorants renvoyés dans leurs berceaux comme des moins-que-rien indignes de cirer les pompes d’un journaleux. Et ceux dont le nom faisait muslim ont été qualifiés d’idiots utiles ou de complices objectifs des islamistes. Ensemble, nous avions créé une espèce de comité de salut public stalinien souhaitant la censure d’un pauvre homme isolé. Sisyphe, prends ton rocher dans la gueule.

Deuxième critique, le choix du terme islamophobie. Nous avons décidé de l’utiliser pour décrire le contenu des propos de l’écrivain, parce qu’il nous semblait rendre compte de ce qu’ils sont effectivement et de la mentalité dominante qu’ils épousent. On nous a d’abord objecté que l’homme n’était pas islamophobe et que le fait de tenir des discours caricaturaux ne faisait pas de lui un gars qui hait l’islam. Soit, cela peut se discuter. Un collègue m’a aussi fait remarquer que le terme n’était pas pertinent stratégiquement, dans un contexte de grande crispation. Cet argument me semble bancal. Il faut appeler un chat un chat, pour ne pas laisser aux prêcheurs de haine – et à leurs porteurs d’eau endimanchés – le monopole des tautologies qui font mal. Je reviendrai plus tard sur l’importance de parler de l’islamophobie. Quoi qu’il en soit, en utilisant le terme, nous nous sommes exposé à la vindicte de ceux qui veulent le réduire à une invention des islamistes – à l’image du discours porté par le récidiviste Gilles Kepel. Nous sommes ainsi devenus des « porteurs de valise de l’islam radical », comme l’a formulé avec élégance l’un des commentateurs les plus chevronnés du Monde.

EN TERRAIN MINÉ : CORPORATISME ET SURFACE MÉDIATIQUE

Avant d’en arriver au fond, revenons brièvement sur le terrain qui a vu notre défaite. La question est importante, parce que le combat a été mené dans un espace qui nous était par essence hostile, alors même que nos forces n’étaient pas disposées pour en découdre. Je sais, les lecteurs militants doivent dodeliner de la tête. Tant de naïveté fait sourire ou navre, au choix2. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas vu le coup venir.

La riposte a été d’autant plus brutale qu’elle s’est appuyée sur un levier puissant dans la caste des faiseurs d’opinion : le corporatisme inconséquent. Car c’est bien là leur définition de ce que doit être la liberté d’expression : une autorisation à ne jamais être tenu pour responsables des insanités proférées à longueur d’année. Je ne parle pas ici des journalistes, qui ne sont que des employés avec une conscience professionnelle variable. Non, je parle des éditorialistes et des experts, qui dégainent leur avis plus ou moins renseignés et puis s’en vont. Daoud, bien qu’engagé politiquement, est de cette espèce. L’homme peut s’improviser spécialiste de l’Arabie Saoudite le temps d’une tribune puis repartir sous son figuier d’écrivain. Remettre en cause son droit à dire n’importe quoi sans rendre de comptes, c’est questionner le droit de tous ses semblables à faire de même. C’est ainsi qu’une critique devient un acte de censure, et même une « fatwa médiatique » selon l’expression nuancée d’un plumitif du Figaro.

Mais garçon, suis-je tenté de répondre à ce dernier, si pour toi un papier de 900 mots paru chez les fadas du Monde équivaut à une fatwa médiatique, comment qualifier la déferlante d’une quarantaine d’éditoriaux et prises de paroles publiques traitant ses auteurs de complices des terroristes, « d’imbéciles gaucho-régressifs », d’inconnus négligeables ou de vilains staliniens ?

Face à ces éditorialistes et ces experts dont beaucoup sont obnubilés par l’islam et la laïcité, il n’est pas facile de préparer une réponse adéquate. Car un Riss, un Enthoven, un Finkielkraut, ça couvre une surface sociale non-négligeable. Ça y va du rond de jambe depuis un paquet d’années. Ça en cumule, des heures de parole sur les ondes et des copains dans les rédactions. Bien plus qu’une clique d’obscurs universitaires qui se sont piqués de lancer un débat en brandissant leurs concepts et leurs années de recherche. Alors, certainement, le champ de bataille exigeait que nous nous dispersions plutôt que nous nous réunissions. Il fallait éclater et espacer nos prises de parole pour rendre, si ce n’est coup pour coup, au moins un coup sur trois. Mais nous avons choisi de nous réunir pour donner plus de crédibilité à notre critique. Et nous nous sommes viandé. Sur le terrain des faiseurs d’opinion, la crédibilité est une monnaie de singe. C’est la condition même de leur survie.

PERSONNALISATION ET DRAMATISATION

Cette réaction du Landerneau médiatique ne serait rien sans l’indigence intellectuelle qui la caractérise, laquelle s’exprime dans la personnalisation et la dramatisation du débat. Premièrement, afin de ne surtout pas répondre aux critiques portées, il convient d’orienter la discussion autour de la figure de l’écrivain-révolté. Quoi de mieux pour cela que de garder notre tribune sous le coude afin de la publier le jour où Daoud reçoit le prix Lagardère du journaliste de l’année, prix dont le jury réunit tout ce qui se fait de plus radical et engagé (Joffrin, Giesbert, Barbier, Ockrent...). Daoud lui-même joue le jeu de la personnalisation en exposant sa correspondance avec l’écrivain américain Adam Shatz et en annonçant qu’il quitte le journalisme (c’est-à-dire en fait qu’il n’écrira plus que pourLe Point, mais cette nuance n’a apparemment pas d’importance).

Cette personnalisation du débat répond à une logique mercantile qui produit des héros, des salauds et des martyrs bons pour la consommation, comme on produit du coca ou des voitures. Une logique qui débouche sur une réalité bien concrète : le fond de notre tribune n’est jamais abordé. Dans cette course à l’échalote, nous sommes sollicités pour débattre sur le thème « Kamel Daoud est-il islamophobe ? ». Mais, bon sang, si le problème se limitait à lui, nous n’aurions jamais écrit ce papier.

La personnalisation s’accompagne de la dramatisation, précisément parce que nous avons osé égratigner le nouvel héraut du complexe charlisto-laïcard. Toujours afin de ne surtout pas parler du fond, le débat doit se limiter à la question de la trahison, du danger de mort, de l’islamisme radical, du terrorisme réel ou intellectuel. Dès lors la discussion s’organise autour de la « fatwa médiatique » lancée contre le brillant homme qui, répètent-ils ad nauseam, a été menacé par un vrai salafiste, là-bas, en terre sauvage.

Le complexe charlisto-laïcard a mal à son Daoud, et il réagit de manière fort peu civile. C’est ainsi qu’un journaliste du Huffington Post envoie un mail à plusieurs collègues, par lequel il les sollicite afin de « préparer un numéro spécial pour répondre aux intégristes qui ont attaqué Kamel Daoud ». C’est ainsi également que Riss lance cette menace à peine voilée dans Charlie Hebdo : « Quand cette guerre contre l’islamisme sera terminée, il faudra faire les comptes de toutes les lâchetés, les complaisances, les trahisons des intellos et des journalistes qui auront tout fait pour intimider et faire taire les voix contestataires. » Pas de doute, l’esprit Charlie a un arrière-goût de chasse aux sorcières déguisée en défense de la liberté d’expression. Les voilà bien agressifs et conformistes, les défenseurs du droit à l’outrance et à la critique, mais seulement quand ça les arrange.

Du fait de cette personnalisation/dramatisation du débat, nous nous retrouvons à nouveau face à ce qui fait la force de la réaction dans la France de 2016 : la primauté des discours a-sociologiques. Qu’il s’agisse des clichés et des caricatures promus par un écrivain primé, des vociférations des éditorialistes de cour ou des coups de mentons dans le vide d’un premier ministre dramatique, tout converge vers une seule logique : « Réfléchir et expliquer, c’est excuser. » Mieux vaut empiler les lieux communs sans se préoccuper des faits.

POSTCOLONIALITÉ, RACE ET TARTUFERIE

L’hostilité qui s’exprime bien au-delà des cercles journalistiques tient aussi à la configuration raciale du débat. En effet, Daoud légitime ses analyses englobantes sur le « monde d’Allah » par le fait qu’il vit dans une partie de celui-ci. Il est célébré en France comme le parangon de ces élites modernistes originaires des pays arabo-musulmans qui développent des discours critiques sur leurs concitoyens. Or, en transposant leurs analyses qui dénoncent justement le puritanisme et la patriarchie sévissant dans des sociétés où les musulmans sont majoritaires à des espaces où les musulmans sont non-seulement minoritaires, mais pour beaucoup issus de l’immigration et appartenant à des cultures très diverses, ces figures idéalisées peuvent contribuer directement ou indirectement à légitimer des postures racistes.

Le problème dans le cas qui nous concerne, c’est que nous avons « démoli » le discours de Daoud, en exposant tout ce qu’il pouvait avoir de caricatural, tout ce qu’il empruntait à l’orientalisme colonial le plus banal. Et c’est quelque chose d’inadmissible, puisque nous démontons de la sorte l’alibi ethnique qui vient à l’appui des discours culturalistes, racistes ou islamophobes. Oui, la révélation est incroyable : on en vacillerait presque, mais l’hypothèse postulant que l’on ne peut pas être antisémite si l’on est juif ou tenir des propos islamophobes parce qu’on est né « là-bas » ne tient pas la route sociologiquement et historiquement.

Or, pour avoir rappelé que l’on ne s’affranchit pas par magie des pesanteurs de la postcolonialité (ni Daoud, ni vous, ni moi, ni personne), pour avoir souligné les biais de la lecture culturaliste du « machisme musulman » proposée par l’écrivain, pour avoir critiqué son texte comme n’importe quel texte, en contextualisant et en argumentant, nous voilà à notre tour qualifiés de racistes. Le retournement ne manque pas de sel. Il révèle dans toute sa splendeur la posture paternaliste de ces défenseurs qui présentent leur martyr en rappelant systématiquement son origine. Lui-même, dans sa déchirante lettre d’adieu, ne manque pas de se mettre en scène comme un indigène injustement critiqué par des Occidentaux jouisseurs ne connaissant rien des ténèbres qui étreignent les terres du Sud – bien aidé en cela par les inepties proférées par Shatz.

Il est plus que temps qu’on en finisse avec ce paternalisme d’administrateur colonial. Qu’on lui reconnaisse le droit d’être un homme comme les autres. Qu’on lui reconnaisse le privilège d’être critiqué quand il enfile les perles, comme tout intellectuel qui se fourvoie. On fait bien de même avec Michel Onfray ou Renaud Camus, alors pourquoi pas avec Kamel Daoud ?

Plus largement, cette tartuferie nous renvoie à la difficulté de parler de race et de postcolonialité en France, à l’heure où ces deux notions devraient au contraire occuper une place importante dans le débat public, afin de mieux combattre la réaction qui s’active depuis de longues années. Que des profs nous envoient des mails outrés où ils nous reprochent de mentionner la colonisation à propos de Daoud est on ne peut plus parlant. Monsieur est algérien et francophone, refusant l’arabe qu’il dépeint comme une langue bouffée par la religiosité, publie des deux côtés de la Méditerranée, signe une reprise primée de Camus (Meursault, contre-enquête) et joue l’indigène offusqué quand ça lui chante, mais non, il serait injuste et faux d’évoquer l’empreinte coloniale. Le déni atteint des proportions grotesques. Une raison de plus pour donner des coups de pied dans la fourmilière.

DE L’IMPORTANCE DE PARLER D’ISLAMOPHOBIE

Il me reste encore un dernier point à aborder, celui qui concerne la question de l’islamophobie. Ici, je m’adresse tout particulièrement aux laïcards qui, comme moi, n’ont aucun respect pour le concept de Dieu unique et une méfiance particulière (voire une révulsion) à l’égard des zélotes de tout poil. L’argument développé par des gens comme Kepel est que le concept d’islamophobie aurait été inventé par les islamistes afin d’assimiler toute personne les dénonçant à des racistes. Cet argument est faux, comme l’a souligné entre autres Vincent Geisser. L’islamophobie est un concept qui sert avant toute chose à désigner un racisme à l’encontre d’une catégorie de population : ceux qui pratiquent l’islam ou sont assimilés à des musulmans.

S’il nous faut parler d’islamophobie dans le contexte actuel, c’est bien à cause de cela et non pour préserver l’islam en tant que religion. Comme toute croyance, celui-ci est sujet à une multitude de variations politiques ou dogmatiques qui vont du libéralisme au fondamentalisme en passant par le mysticisme. L’islam unique, c’est un truc pour les croyants. Mais les Musulmans en revanche forment une catégorie bien utile pour le gouvernement et les faiseurs d’opinion. La différence est de taille, amis bouffeur de curés et d’imams. Parce que les lois sur « les signes religieux ostentatoires », les assignations, les perquisitions et les contrôles aux frontières de Schengen ne visent pas un concept du Dieu unique. Elles visent une population d’immigrés et de fils/filles d’immigrés harcelée par l’État, ses flics et ses juges administratifs. Elles visent une population de convertis associés à des paumés et à des bombes à retardement. Elles visent une population de réfugiés qui fuient la guerre et que l’on soupçonne maintenant d’être des pervers à rééduquer.

Face à cela, il n’y a pas à transiger : il faut dénoncer les politiques et les discours qui ciblent ces populations, qui les fragilisent et les stigmatisent. Se priver de la notion d’islamophobie, c’est laisser carte blanche aux furieux obnubilés par l’islam, dans les rues, les salles de rédaction et les cabinets ministériels. Quand un discours est islamophobe, il doit être qualifié comme tel. Cela ne fait pas de celui qui le tient un immonde raciste qu’il faut absolument faire taire, mais cela rappelle que ses propos ont des conséquences bien réelles sur la vie des gens. Parce qu’au-delà de toutes cesgaudrioles d’intellos, il ne fait vraiment pas bon être musulman en Europe actuellement.

Thomas Serres

1 Entre deux tribunes au Point ou au Quotidien d’Oran, « l’homme révolté » du moment ne manque donc pas de réseaux pour publier ses diagnostics sur les musulmans.

2 Il faut dire que les universitaires dans leur tour d’ivoire passent leur temps à se critiquer les uns les autres, sans pour autant annoncer à tout bout de champ qu’ils arrêtent la recherche.

COMMENTAIRES

  • jeudi 3 mars 2016 à 10h56, par istolano

    AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

    Mettre les deux pieds dans la fosse à purin puis ensuite déclarer son dégoût de la merde.
    Vous faites une tribune dans le Monde comme n’importe quel éditorialiste et vous vous étonnez sérieusement du traitement que vous recevez ?
    Par ailleurs, il y a dans votre texte un arrière gout d’argument d’autorité assez désagréable, vous signez dans le Monde avec entre parenthèses vos qualifications (anthropologue, sociologue...), vous brandissez vos années de recherches, mais dans les faits vous (comme Daoud) parlez d’un événement dont on ne sait rien ou presque. Ni le nombre exact de victimes, de coupables, leurs origines, leur religion (ou absence de ), leurs conditions de vie.
    Les années de recherche et les titres doivent se sentir dans la qualité de l’argumentation, dans les faits fournis, dans les études citées pas seulement dans la signature.
    Vous avez fait un boulot d’éditocrate, vous avez été le Philippe Val ou le Joffrin du camp d’en face. La bonne nouvelle c’est que vous semblez vous en rendre compte.

    • jeudi 3 mars 2016 à 11h38, par Manfred

      AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

      Ils réagissent au texte de Kamel D., pas au fait divers.

    • jeudi 3 mars 2016 à 11h51, par Thomas

      AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

      Merci pour votre réaction.

      1°/ Dans notre tribune, nous ne parlons pas de Cologne ou très peu, mais de la racialisation des violences sexuelles. Donc d’un discours plutôt que d’un fait divers.

      2°/ Oui, le coup de la tribune dans Le Monde peut être débattu (en fait il l’a été). Il est sans doute moins risqué d’écrire nos articles à un public conquis de totos ou d’intellos des critical studies, d’indigènes, de zadistes et autres copains (on y a pensé, pour recevoir des fleurs plutôt que du purin). Ensuite, nous qualifier de Joffrin ou de Val, c’est quand même un peu fort de café non ? Que vous le vouliez ou non, quand on a passé des années à travailler sur un sujet, on a des choses à dire dessus qui sont « informés ». C’est précisément ce qui nous distingue de ces personnages (ça et le récidivisme). Ensuite, l’argument d’autorité vous embête, bah contestez-le, on vous demande pas de vous soumettre.

    • jeudi 3 mars 2016 à 11h57, par Thomas

      AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

      Merci pour votre réaction.

      1°/ Dans notre tribune, nous ne parlons pas de Cologne ou très peu, mais de la racialisation des violences sexuelles. Donc d’un discours plutôt que d’un fait divers.

      2°/ Oui, le coup de la tribune dans Le Monde peut être débattu (en fait il l’a été). Il est sans doute moins risqué d’écrire nos articles pour un public conquis de totos ou d’intellos des critical studies, d’indigènes, de zadistes et autres copains (on y a pensé, pour recevoir des fleurs plutôt que du purin).
      Ensuite, nous qualifier de Joffrin ou de Val, c’est quand même un peu fort de café non ? Que vous le vouliez ou non, quand on a passé des années à travailler sur un sujet, on a des choses à dire dessus qui sont « informés ». C’est précisément ce qui nous distingue de ces personnages (ça et le récidivisme).
      3°/ Enfin, l’argument d’autorité vous embête, bah contestez-le, on vous demande pas de vous soumettre. Il doit y avoir un juste milieu entre le « tous pourris » et le « nous vous suivrons aveuglement, maître », non ?

      • jeudi 3 mars 2016 à 18h05, par istolano

        AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

        Merci de votre retour,

        Concernant le point 2. Le problème, à mon sens, n’est pas de savoir si c’est risqué ou pas, mais si c’est efficace ou pas.
        Aujourd’hui est ce que vous pensez que c’est la position de Daoud qui est renforcé ou la votre ?
        Pouvez vous me citer des tribunes de ce type, provenant de votre camp (qui est souvent mon camp), dans ce type de journaux qui ai eu un effet positif. Par opposition, combien sont ceux qui servent uniquement d’épouvantail à bourgeois ?

        • mardi 8 mars 2016 à 11h10, par Thomas

          AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

          Rebonjour,
          Je finis par vous et la boucle est bouclée en ce qui me concerne. Je dirais que cette tribune dans le monde est un assez bon exemple de toute ces contradictions, finalement. Ok, on a joué l’épouvantail à bourgeois. Ok, on s’est pris une volée de bois vert. Mais dans le même temps, on a pu parler un peu dans les médias de masse et porter un discours différent (et avoir pas mal de personnes qui nous ont soutenu, même si finalement le rapport de force est déséquilibré).
          Bien sûr, on ne va pas inverser l’hégémonie culturelle charlisto-laicarde en quinze secondes. Bien sûr, on ne va pas pousser les vallseuses à infléchir leurs politiques de merde. Mais comme le dit JeanJean plus bas, on a au moins eu le mérite de les emmerder publiquement.
          Toutefois, je dois bien être honnête avec vous, ces conneries médiatiques, c’est la dernière fois avant longtemps en ce qui me concerne. Certes, une bonne polémique sur Le Monde c’est très bon pour la carrière universitaire, puisque ça fait du réseau, du clic et de la visibilité, et c’en est écoeurant tellement ce milieu est malade.
          Dans le même temps,d’un point de vue politique, le système a certainement intégré la critique à sa propre routine, et au final celle-ci ne fait que participer au spectacle, le spectacle aliénant qui double la société de consommation. Je suis pris entre l’envie de porter un discours et le fait que ce discours est de toute façon digéré et chié en trois secondes, puis empaqueté et vendu par mes ennemis. On le sait tous ça. Alors, sincèrement, je ne sais pas. Mais j’essaye et me vautre. Dur dur la vie d’islamo-gauchiste ;)

    • jeudi 3 mars 2016 à 12h06, par Teddy Boomer

      AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

      A l’intention d’istolano :

      « Il dit qu’il a rien compris »

      Monsieur Serres déconstruit l’argumentaire islamophobe de monsieur Daoud. Il ne remet pas en cause les violences de la nuit de Cologne. Mais il semble que beaucoup, y compris vous, refuse de comprendre cette démarche. La france 2016, c’est blanc ou noir. La nuance ? C’est pour les islamistes, les gauchiasses et autres journalopes.

      Quant à votre charge contre les universitaires...

      Va falloir nous expliquer comment un expert du sujet, dont la formation a été validé par un jury de spécialiste, qui passe des années à écrire une thèse (mais savez vous seulement ce qu’est l’écriture d’une thèse ?), des mois à rédiger des articles scientifiques, est moins qualifié qu’un éditorialiste généraliste ?

      Spéciale dédicace au prix Lagardère décerné par la crème de la crème des chiens de garde.

      • jeudi 3 mars 2016 à 17h54, par istolano

        AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

        T’en veux de l’argument d’autorité :
        × « (mais savez vous seulement ce qu’est l’écriture d’une thèse ?) ».
        Envisageons que je sache ce qu’est l’écriture d’une thèse, envisageons même que j’ai soutenu cette thèse, est ce que mes arguments deviennent d’un coup meilleurs ?
        Et si j’avais eu les félicitations du jury et éventuellement une HDR est ce que ça me donne le droit de parler du haut de ma chaire en espérant que les autres acquiescent ?
        Pour info Gilles Kepel a deux doctorats, est ce que ça lui donne raison contre Thomas Serres ?

    • dimanche 3 juillet 2016 à 20h59, par Calagan

      AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

      Exactement ce que m’a inspiré ce texte...
      Par ailleurs, pour bien connaître le monde universitaire (j’y suis resté jusqu’à la thèse), je ne peux qu’être très méfiant concernant l’argument d’autorité du « spécialiste » et de « l’expert ».
      Beaucoup d’universitaires sont curieusement aussi stupides qu’ils sont cultivés. Ou peut-être s’agit-il d’une étrange sorte de mauvaise foi, car quand il s’agit de politique ils sont souvent les premiers à se positionner en gauchistes radicaux sans en assumer les conséquences dans leur vie pratique.
      Bien sûr, il ne s’agit que d’une expérience personnelle, je me garderais bien de faire de tout ça une loi sociologique.
      Au fait, ça n’était pas non plus l’approche de Daoud, qui lui ne se réclamait aucunement de l’autorité de la science mais parlait en son nom propre ?

  • jeudi 3 mars 2016 à 11h31, par Manfred

    AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

    Kamel D. est peut-être de bonne foi dans ses erreurs, ce qui ne le dédouane pas mais il fait les frais de la politique éditoriale dominante consistant à ne donner parole et exposition qu’à une lumpen-intelligentsia... et aux artistes. On verra donc acteurs, musiciens et bureaucrates de la culture exposer leurs avis sur la Syrie, quand ils ne savent pas placer Damas sur une carte sans l’aide de Google Map.
    — -
    Cette radicalisation médiatique et ls strabisme globuleux qui accompagne son auditoire vient d’une désaffection générale de leur produit. Cette littérature poissonnière mais qui la lit encore, hormis la France des camping et des pavillons en contreplaqué ? Tristesse pour des gens qui ne connaissent que tourisme et hôtel hausmanien,
    — -
    Prenez Le Point, L’Express, Marianne, L’Obs... Enlevez les abbonements institutionnels publiques (mairie, bibliothèque...) et privés (hotel, salon de coiffure), mais serieux qui lit encore ça volontairement et non pour combler l’ennui d’une salle d’attente ? Ça doit se chiffrer à quelques milliers de personnes individuels par titres.
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    Le reste de la diffusion de ces marques et de leur tête de gondole en intertitre se fait principalement par voix yvecalciesque, arletchabique, ruiquereuse, bourdiniste, à la lie(sière) du divertissement gâté, puéril et sénile.

    Malgré des ventes rachitiques et des rigolades accablées de la majorité elle continue à se croire l’épicentre du debat et de la vie intellectuelle.. Dans un isolement international et academique qui les rend de plus en plus maniaque. Se fantasmant toujours à sa place de 1992, quans la légitimité intellectuelle en France se faisait en publiant un paté chez Grasset, une part de pudding dans l’Obs, un etouffe-chretien chez Cavada et un digestif chez Pivot.
    — -
    Du coup, je me demande si leur radicalisation ne vient pas de cette combinaison de facteur. Economique d’abord, les coupes faites depuis dix ans ayant conduit à une indigence de contenu journalistique faisant passer « The Economist » pour un bulletin de la CGT à côté d’eux. Du lectorat ensuite qui n’est plus du tout élitaire mais oscille entre le populo en survet’ et le petit-bourgeois en leasing, vieilissant, isolé et passif socialement. Et de la ruine totale et irrémédiable , pour la majorité des citoyens à venir, du circuit de légitimation symbolique qui les a emtrentenu des décennies.
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    Bizarrement j’ai donc un semblant d’espoir, pas mirifique ou englobant, mais face à cette agitation priapique, ce moulinage climatisé ressemble surtout à des convulsions d’agonisant voulant conjurer une inéluctable raideur cadavérique. Que la bête meurt !

  • jeudi 3 mars 2016 à 12h03, par Samia

    AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

    Rarement vu un texte aussi mauvais sur Article 11 et je suis bien d’accord avec le commentaire premier. Je pense que la confusion s’aggrave chez ces moralistes incapables de nous parler de la réalité de l’islamisme et qui projette leur culpabilité sur des Kamel Daoud (dont le texte est critiquable certes) sans se rendre compte qu’ils provoquent de nouvelles fatwa. Ont-ils conscience de jeter de l’huile sur le feu à leur tour en voulant rabrouer ce que nous disent les intellectuels ou syndicalistes arabes, iraniens ou turcs qui subissent au quotidien les diktats intégristes, à la fois ceux des prédicateurs takfiris et désormais ceux des universitaires béats.

    Au contraire, le parangon de l’arabe pour des chercheurs type Thomas Serres, c’est le bon musulman conservateur de préférence hostile à toute occidentalisation. C’est le choc des civilisations inversé. Or, depuis les révolutions arabes, on aurait espéré un peu moins d’essentialisation d’un côté comme de l’autre. Le débat pour la sécularisation dans nos sociétés est suffisamment rude pour ne pas avoir besoin des bonnes consciences post-modernes occidentales (et finalement toujours aussi paternalistes à savoir le mieux pour nous) qui nous mettent des bâtons dans les roues.

    A aucun moment, Thomas Serres n’imagine ce que c’est de vivre dans un pays comme l’Algérie, qui a connu plus de 200000 victimes durant la sale guerre, qui a vu des dizaines de milliers d’universitaires, de chercheurs et d’intellectuels fuir le pays, des centaines se faire assassiner par les islamistes. Aujourd’hui encore toute parole jugée hérétique est clouée au pilori par un pouvoir algérien qui sait comment l’argument religieux est un moyen de faire taire toute opposition (quelle ironie ou aveu de lire la citation de Tartuffe en exergue de cet article).
    Or la montée et l’instrumentalisation de l’islamisme depuis une trentaine d’années, jamais nos intellectuels post-coloniaux autocentrés n’en parlent, sinon pour le dédouaner ou le détourner. Tout ce qui les intéresse, c’est de lustrer leur bonne conscience en miroir dans un jeu qui profite évidemment aux Finkielkraut, Fourest et consorts. On peut parler de défaite effectivement.

    Cet article confirme ce que je pensais depuis un moment : le concept d’islamophobie est un bâton merdeux qui in fine profite aux islamistes qui peuvent l’utiliser à des fins d’intimidation, nos intellectuels sont strictement les idiots utiles de l’extrême droite religieuse. Les victimes d’agression racistes eux s’en foutent de savoir si le terme est correct ou non.
    Je souscris avec la dernière phrase du texte « Parce qu’au-delà de toutes ces gaudrioles d’intellos, il ne fait vraiment pas bon être musulman en Europe actuellement. » Il ne fait pas bon se sentir pris au piège d’un combat qui ne profite qu’aux réactionnaires et il est temps d’affirmer autre chose.
    J’ajouterais qu’à force d’essentialiser à son tour, Thomas Serres ne me semble pas qualifié pour désigner ce que peut être la vie d’un-e musulman-e en Europe. Ou ce qu’est un musulman-e. Quelle connerie !

    Une musulmane (mais pas sûr) critique (en tout cas)

    • jeudi 3 mars 2016 à 12h15, par Thomas

      AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

      Bonjour,

      Merci de votre commentaire. Rapidement, deux commentaires.

      « le parangon de l’arabe pour des chercheurs type Thomas Serres, c’est le bon musulman conservateur de préférence hostile à toute occidentalisation »
      Le problème, c’est bien la notion d’occidentalisation qui ne veut rien dire. Mais vous illustrez bien mon point sur le retournement qui vise à nous traiter de raciste.

      « A aucun moment, Thomas Serres n’imagine ce que c’est de vivre dans un pays comme l’Algérie, qui a connu plus de 200000 victimes durant la sale guerre »
      Il y a quelques années, j’avais écris ça sur Article 11 :http://www.article11.info/?Alger-Ai...
      C’est un texte encore un peu immature, mais ça vous donnera une idée de ce que je pense de la vie en Algérie.

      J’espère que cela tempérera votre colère.

      • jeudi 3 mars 2016 à 12h32, par Samira

        AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

        Dont acte. Vous connaissez bien l’Algérie. C’est un bel article.
        Sur le premier point j’ai mis « occidentalisation » exprès pour souligner cette fausse dichotomie alimentée par les discours abstraits.
        Oui je suis en colère. Je suis en colère vis-à-vis de mes amis qui me servent du « musulman » et de l’islamophobie avec compassion sans se rendre compte qu’il m’enferme dans une case. Je suis capable de reconnaître un raciste sans qu’on m’invente un mot sur mesure. Nous (les femmes, les étudiants, les militants sociaux) subissons l’islamisme depuis des années et on nous dit de ne pas commettre de parole sacrilège parce que cela sert les Zemmour et compagnie. Nardine o mouk !
        Le texte de Kamel Daoud devait être critiqué mais son malaise nous dit autre chose. Et cet autre chose doit nous tirer vers le haut sans déchaîner les mauvaises passions.

        • jeudi 3 mars 2016 à 12h42, par Thomas

          AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

          Je comprends bien votre position. Maintenant, Daoud (et les Finkielkraut/Kepel et consorts qui se servent de ses conneries et se foutent éperdument de l’Algérie), ils parlent surtout de la masse des musulmans.
          Sur les barbus, il y a des choses à dire. Je ne suis pas de ceux qui disent qu’il ne s’agit que de manipulations du méchant régime. Il y a une tripoté de méchants cons féroces, en Algérie et ailleurs. Mais à ma connaissance, ils sont plus souvent en-dessous des drones qu’à leurs commandes.
          Mais tant qu’on reste en Europe, essayons déjà de lutter contre nos méchants cons avant d’aller en guerre contre ceux des autres. Et surtout évitons d’assimiler les méchants cons et ceux qui les fuient, sous prétexte qu’ils croient (plus ou moins) au même bouquin.

          • jeudi 3 mars 2016 à 14h58, par Ilf Bencheikh

            AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

            Pour les drones, sans doute.

            Mais par rapport aux « intellectuels laïques minoritaires », ceux que vous appelez sympathiquement les « puritains parfois violents » ont plus souvent été du côté du manche du couteau que de sa lame, si ma mémoire est bonne. Peut-être même que ça a un peu d’importance pour un écrivain algérien vivant en Algérie.

            Mais vous pouvez penser que l’extrême-droite religieuse qui gangrène le monde musulman n’est que l’expressi

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