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Publié par Patrick Granet

Anarchisme et Franc-Maçonnerie

En préliminaire, permettez-moi, de faire une dédicace et quelques citations :

La dédicace d'abord : je dédie mon travail aux :

"imbéciles, qui, ne sachant rien de la Franc-Maçonnerie,

se permettent d'en parler".

Ainsi que :

"Aux imbéciles- souvent les mêmes que les précédent(e)s - qui s'imaginent être anarchistes,

parce qu'ils-elles se disent tel(le)s et, ne sachant en définitive pas ce qu'est l'Anarchisme,

s'autorisent à dire qu'il est incompatible avec le Maçonnisme".

Les citations à présent :

Du F... anarchiste Léo Campion :

"Si les Maçons anarchistes sont une infime minorité, la vocation libertaire de la Maçonnerie est indéniable (…) elle est la seule association à laquelle puisse adhérer celui qui n'adhère à rien".

Du F... Oscar Wirth ensuite :

"Franc-Maçonnerie, suprême École de la liberté".

Puis, du F... communard et, peut-être anarchisant, même si cela importe peu de savoir qu'il le fût ou non, Félix Pyat[1].

"Frères, citoyens de la grande partie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Égalité, Fraternité, et plus logique que la Ligue des Droits de Paris, vous, Francs-Maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions. Aussi, après avoir affiché votre manifeste – le manifeste du cœur – sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d'humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée. Vous allez protester ainsi contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle".

Du F... anarchiste René Valfort encore :

"Un milieu comme la Franc-Maçonnerie, dont les principes fondamentaux sont : la tolérance, la fraternité, la liberté de pensée, le respect de la personne humaine, dont l'objet principal est l'éducation des individus et la formation d'une élite, ne peut pas être inutile au progrès de l'Humanité. Et de cela les anarchistes, moins que quiconque, ne doivent douter, vu l'importance qu'ils attachent à l'éducation".

Et, enfin, un très bref extrait du Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie :

"L'Anarchisme est la passion de la Liberté mise en théories. Et aussi en pratique lorsque faire se peut".

*****

Il n'est pas dans mon propos de disserter en raison, c'est-à-dire d'un point de vue philosophique, historique, psychologique sociologique, politique…, sur la compatibilité ou l'incompatibilité de l'Anarchisme et de la Franc-Maçonnerie, d'autres plus compétents que moi, illustres Anarchistes, FF... et/ou… FF...anarchistes l'ayant déjà fait à maintes reprises.

Mon propos est plus modeste, plus humble. Il s'agit seulement d'évoquer les grandes pages de cet histoire d'amour, passionné, passionnel et passionnant , entre l'Anarchisme et la Franc-Maçonnerie, histoire nourrie du vécu de grand acteurs de ces deux mouvements mais, aussi et sans doute surtout, d'individus dont l'anonymat est la marque de leur honnêteté, ce terme étant pris dans son acception du XVIIème siècle.

Anarchisme et Franc-Maçonnerie sont deux courants de pensée et deux mouvements d'action qui s'inscrivent dans l'humanisme, lequel est né avec la premier humain ayant pris conscience de ce qu'il-elle pouvait naître à son humanité s'il-elle en faisait librement le choix.

Dans les deux cas, à l'origine, il y a nécessairement un choix, le choix de s'engager. Les engagements anarchique et maçonnique sont scellés par la liberté : la liberté du choix de l'individu d'abord qui, un jour, décide d'entrer en anarchisme ou en Franc-Maçonnerie – voire, en l'un ET en l'autre - ; la Liberté ensuite, avec un grand "L", constitutive à la fois de l'humaine condition : l'humanité par différenciation d'avec le non-humain, le pré-humain, l'a-humain, l'in-humain, du projet anarchique et maçonnique : la libération des individus et de la Société humaine et, enfin, de la fin anarchiste et maçonnique : l'achèvement de l'humanité, c'est-à-dire l'avènement d'une Société véritablement humaine.

Ayant la même devise – Liberté – Égalité – Fraternité -, Anarchisme et Franc-Maçonnerie n'ont d'autre culte que la Liberté. L'un comme l'autre sont donc sinon anti-dogmatiques, du moins a-dogmatiques. Et pourtant, des anarchistes et des Francs-Maçons, amants déchirés par l'illusion que l'un(e) trompe l'autre (?), font régulièrement dans le dogmatisme et, usant d'ukases, de lettres de cachets, de fatwas, de bulles…, condamnent et… excommunient l'autre sans se rendre compte que, ainsi, ils déchirent, trahissent, renient… leur engagement et, ainsi, piétinent, bafouent, molestent, violentent,… et même… assassinent la Liberté dont ils se réclament : leur liberté mais, aussi et surtout, celle de l'Autre, celle de l'humaine condition.

Je cite un illustre anarchiste et franc-maçon, Léo Campion :

"Aussi est-il regrettable que des anarchistes sectaires excommunient la Franc-Maçonnerie au nom d'un pseudo-dogme de l'Anarchie (comme si l'Anarchie était anti-tout alors quelles est à-tout) et que les Maçons sous-évolués excommunient l'Anarchie au nom d'un pseudo-dogme de la Maçonnerie (comme si la Maçonnerie n'était que tradition, alors qu'elle est tradition, dialogue et progrès). Ces attitudes sont d'autant moins admissibles qu'au contraire l'Anarchie comme la Franc-Maçonnerie, anti-dogmatiques par essence, sont l'une comme l'autre tout le contraire d'un dogme. Elles qui ont en commun le culte de la Liberté et le sens de la Fraternité, avec comme but l'émancipation de l'Homme".

En fait, s'ils s'entendent sur le point de départ et sur la destination du chemin, Anarchistes et Francs-Maçons, en revanche, ne font pas nécessairement le même choix d'itinéraire, certains des premiers admettant le recours à l'action illégale, certains des seconds n'acceptant que l'action légale. Et cette différence, si elle est bien une ligne de partage de méthodes, n'est pas véritablement une fracture de valeurs, de principes, de philosophie, d'éthique et, in fine, un schisme de l'humanisme.

En effet, la légalité et l'illégalité sont des concepts et des réalités juridiques . Elles sont donc tributaires du Droit en vigueur et, en définitive, de l'Autorité en place qui a le pouvoir d'imposer SON Droit et donc SA conception de ce qui est licite et de ce qui est illicite, notions, elles, éthiques, philosophiques, politiques, voire idéologiques. En la matière, la relativité est donc… la règle : le "ici" et le "maintenant" ne peuvent appeler à aucun… dogmatisme quand on se donne tant soit peu la peine de lire – et comprendre – l'Histoire et, plus simplement, d'être attentif à l'actualité, être curieux des us et coutumes et que, de surcroît, on se revendique anar ou maçon !

Comment un anar ne pourrait pas se sentir chez lui dans une Loge où, par définition, le maçon y est un homme libre ? Et comment, un maçon, parce que, justement, homme libre dans sa loge, pourrait ne pas accepter un anar qui vient librement à sa loge ?

Pourtant, les arguments avancés par certain(e)s FF... et SS... pour considérer que les anarchistes n'ont pas leur place au sein de leurs loges . Je n'en citerai que deux :

ü les anarchistes sont, par nature et dans leurs actes, des… illégalistes alors que, comme le recommandent les Constitutions d'Anderson, un(e) maçon(ne), hommelibre mais aussi… de bonnes moeurs, de respecter la Loi ; outre que l'accusation d'illégalisme couvre, en fait, une imposture intellectuelle qui consiste, à l'instar de la C.I.A. et d'Europol, à assimiler anarchisme et terrorisme, je rappellerai que, c'est au nom même de leur engagement maonnique, que des maçon(ne)s parfois, et plus souvent qu'on ne le pense, considérant qu'au-dessus des contingences politiques, économiques, sociales… des lois il y a des lois universelles, comme celles des Droits des humains,désobéissent à la Loi. Je donnerai trois exemple de désobéissance maçonnique : un ancien, les lois racistes et fascistes de Vichy ; un plus récent, l'objection de conscience, en particulier lors de la guerre d'Algérie et un d'actualité, l'entêtement à faire œuvre de fraternité en portant assistance aux demandeurs d'asile et, plus généralement, aux sans papiers alors que, désormais, l'acte de solidarité peut être constitutif d'un délit et passible de prison.

ü l'apprenti(e) jure d'être dévoué(e) à sa patrie alors que, c'est bien connu, les anarchistes n'ont pas… de patrie puisqu'ils-elles se disent internationalistes. Là encore, il s'agit d'une grossière erreur, délibérée ou involontaire, par ignorance : les anarchistes ne sont pas des internationalistes mais des… anationalistes et leur patrie est… l'humanité. L'humanité, une et indivisible, sans considération de nationalité et, bien entendu, de race, de sexe, de métier…, dont le dévouement envers laquelle relève d'un patriotisme bien particulier… la fraternité !

Différence de méthode ai-je dit ; une différence d'action dans et sur le monde profane. Mais cette différence disparaît, s'évanouit au franchissement de la porte du temple puisque, ensemble, FF... et SS..., anarchistes ou non, travaillent ensemble en toute liberté, en pleine égalité, en véritable fraternité.

Les chroniques de l'Histoire comme les archives des Obédiences, du moins pour celles qui ne revendiquent pas une… régularité dont, soit dit en passant, on peut s'interroger sur sa conformité avec le principe de Liberté constitutif de la F... M... , du maçon comme celle de l'humain, attestent de ce que, de la seconde moitié du XIXème siècle à la fin de la première moitié du XXème, quasiment TOUS les grands noms de l'Anarchisme et de l'Anarcho-syndicalisme, sont ceux de FF... et de SS.... [J'ai à votre disposition une liste d'autant plus impressionnante qu'elle est loin d'être exhaustive[2]].

A la différence des marxistes-léninistes, des trotskystes, des maoïstes…, les anarchistes n'ont jamais fait dans l'entrisme. Il ne viendra donc à l'idée de personnes que les anarchistes qui sont entrés en maçonnerie l'ont fait par entrisme, pour la phagocyter. Considérant que la F... M... n'est ni un lobby – politique, économique, social…, pour ne pas dire affairiste, voire maffieux -, ni le tremplin d'aspirations personnelles de pouvoir, de renommée, de prestige, d'avantages divers et variés…, personne ne considérera non plus que l'engagement maçonnique des anarchistes obéissait à un intérêt… intéressé. De telles idées seraient d'ailleurs d'autant plus fallacieuses que, souvent, l'engagement anarchiste est la résultante – la conséquence logique, l'achèvement – de l'engagement maçonnique.

Inversement, quand on connaît le prix à payer de l'engagement anarchiste, personne ne supposera que les maçons qui sont entrés en anarchisme l'ont fait par intérêt… intéressé !

A ce sujet, j'ouvre une parenthèse pour poser une question : aucun anarchiste n'a adhéré à la Charbonnerie alors que de nombreux FF... (à cette époque, il n'y avait pas de SS...) l'ont fait et ce, bien que la Charbonnerie fût constituée pour… renverser la Loi par des méthodes… illégales. D'où ma simple question : pourquoi ?

Est-ce à dire que, depuis la seconde moitié du XXème siècle, sinon l'absence, du moins la rareté de grands noms de l'Anarchisme au sein de la F... M...signifieraient que les anarchistes, délibérément ou non, aient décidé de ne plus entrer en F... M... ou même de la déserter ? Non, cette présence anarchiste au sein de la F... M... est toujours bien vivante, réelle mais elle est plus… discrète pour plusieurs raisons :

§ d'abord parce que, tout simplement, de nos jours, il y a moins de grands noms anarchistes qu'auparavant, non pas parce qu'il n'y a plus de grandsanarchistes mais parce que le mouvement anarchiste n'est plus géo-centré mais réparti sur l'ensemble du globe et que, au local (dans tel ou tel pays, voire dans telle ou telle région), les anarchistes fortement investi(e)s dans leur action, nécessairement locale, n'ont plus le temps de rayonner au plan international (ou même national) ;

§ ensuite parce que bon nombre de grands noms de l'anarchisme sont ceux d'auteur(e)s (comme, par exemple, Noam Chomsky) et/ou de militant(e)s qui vivent dans des pays où les obédiences irrégulières sont elles-mêmes inexistantes ou marginales quand les obédiences régulières, comme cela été le cas au XIXème siècle refusent d'accueillir les anarchistes parce ce qu'ils-elles ne sont pas de bonnes mœurs mais, au contraire, d'un athéisme fort… mécréant ;

§ mais également parce, davantage tirés vers l'action que la réflexion – le corpus de la théorie anarchiste étant fort riche – beaucoup d'anarchistes préfèrent, désormais s'investir, dans des O.N.G. (L.D.H., M.R.A.P., Amnesty International, Green Peace…), des associations de proximité (Centres sociaux, Maisons de Quartier, Comité de Quartier, M.J.C…), des actions-expérimentations (squats en particulier)… ;

§ enfin, parce que, sauf circonstances exceptionnelles, l'engagement maçonnique d'un individu lambda n'emporte pas nécessairement la révélation et/ou lapromotion de son engagement anarchiste (en ajoutant, naturellement, et… réciproquement !).

Entre eux-elles, les mçon(ne)s s'appellent frères et sœurs ; cela ne gêne aucunement un anarchiste maçon d'appeler ainsi celui-celle qui, dans le monde profane, est juge, policier, patron… car, outre que, se refusant à considérer que la carte fait le territoire et que, à cet instar, l'institution, la fonction, le titre, la classe…et, en somme…. le hasard de la naissance, font – ou défont – l'individu, l'anarchiste, comme le maçon, voit en tout individu ce qui échappe à l'aveuglement ou l'ignorance de certain(e)s : l'humain, c'est-à-dire à la fois l'humanité qu'il partage, malgré leurs différences, même si celles-ci sont, parfois, oppositionnelles, et l'être humain en lequel il se reconnaît fraternellement, en dépit d'éventuelles dissemblances du paraître, et même si cet autre n'est pas véritablement libre, à raison, par exemple, de son aliénation.

Entre eux, et notamment dans leurs actes et propos publics, les anarchistes s'appellent compagnons et compagnonnes[3]. Pour deux raisons essentielles : d'abord, parce que ce terme renvoie au compagnonnage[4] des métiers, manière de s'ancrer dans la tradition ouvrière et d'affirmer son statut de… prolétaire et, ensuite, parce que ce terme, du latin populaire "companio" et du latin classique "cum" et "panis", signifie celui-celle avec le-la-quel-le on partage le pain, c'est-à-dire… la vie. S'agissant de ce second motif, quel plus beau symbole de la fraternité que celui du partage du pain ? quel(le) maçon(ne) ne se retrouve pas dans cette symbolique ? ne peut-on considérer que, d'une certaine manière, pour ne pas dire d'une manière certaine, le terme de compagnon(ne) est la version… profane de celui de frère-sœur, même si, en dehors de la scène publique, les anarchistes n'hésite pas à se donner du frère et de la sœur.

Le partage de la vie… Les anarchistes sont des amant(e)s passionné(e)s de la vie. La vie qu'ils-elles aiment à en mourir quand c'est là le prix à payer pour rester debout, autrement dit libre et donc… humain ou bien encore pour la liberté d'un(e) autre. Les anarchistes aiment la vie avec passion et pourtant leur drapeau est… noir car :

[…] Pourquoi ce drapeau teint en noir ?
Est-ce une religion suprême ?
L'homme libre ne doit avoir
Pour penser nul besoin d'emblème !
- L'anarchiste n'accorde pas
A ce drapeau valeur d'idole,
Tout au plus n'est-ce qu'un symbole,
Mais en lui-même il porte son trépas
Car annonçant la fin des oripeaux
Il périra comme tous les drapeaux.
En Anarchie où régnera la Science,
Pour tout drapeau, l'homme aura sa conscience.

[Extrait du Chant du drapeau noir, Chanson de Louis Loréal (1922)]

ou bien encore :

[…] Les anarchistes
Ils ont un drapeau noir
En berne sur l'Espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l'Amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier
Qu'y'en a pas un sur cent et qu' pourtant ils existent
Et qu'ils se tiennent bien bras dessus bras dessous
Joyeux et c'est pour ça qu'ils sont toujours debout
Les anarchistes
(Extrait de Les Anarchistes, paroles et musique de Léo Ferré, 1966]

Au fait, avez vous remarqué que le fond des bannières maçonniques, malgré la lumière, voire les dorures de leurs décors est quasiment toujours… noir ?

Les médias ont fait des gorges chaudes sur les affaires qui ont impliqué des maçon(ne)s, sachant que les errements de quelques individus n'ont pas manqué d'être utilisés pour armer le bras de la croisade anti-maçonnique, née, comme de bien entendu, avec la F... M... elle-même. Il a existé, il existe et il existera demauvais(es) maçon(ne)s donc, mais quelle société humaine, quel groupement d'individus peut se targuer d'être exempt de faux-frères et fausses-sœurs ; le mouvement anarchiste, dans sa dimension organisationnelle ou sa forme individualiste, compte aussi de faux compagnons et de fausses compagnonnes ? Cette similitude qui existe en matière d'hiatus entre la déclaration de principe – la revendication de l'identité maçonnique ou anarchique – et les propos tenus et, surtout, les actes posés, n'est-elle pas une passerelle de rapprochement entre les tenant(e)s de l'opposition irréductible entre Anarchisme et F... M... ? Un rapprochement, non de compromis – et encore moins de compromission -, pas même une paix des braves, non, juste le partage d'un questionnement :

Pourquoi, depuis l'aube des temps, les plus beaux idéaux et, notamment, ceux s'inscrivant dans la tradition et le mouvement humanistes, invariablement, finissent toujours par être salis par certain(e)s d'entre ceux et celles qui s'en revendiquent ?

[1] Discours tenu le 29 avril 1871 devant 6 000 Francs-Maçons venus de 55 Loges parisiennes avant que ceux-ci n'aillent planter leurs bannières sur différentes barricades et, pour beaucoup, se fassent tuer par les versaillais. Quelques jours après, un ballon libre marqué des trois points symboliques s'éleva dans les airs et sema de nombreux exemplaires du "Manifeste maçonnique du 5 mai" appelant les Maçons de France et du monde entier à lutter en faveur des Communes de France fédérées avec celle de Paris. Le 18 avril 1871, au Palais de la Mutualité, eut lieu la commémoration du centenaire de la Commune de Paris. Sous la présidence de Léo Campion, cette manifestation regroupa toutes les obédiences maçonniques, tous les syndicats, la Ligue de l'Enseignement, la Ligue des Droits de l'Homme, la Ligue Internationale contre le Racisme et l'Antisémitisme, les partis de gauche et… la Fédération anarchiste. Le 24 avril 1971, plus de 3 000 maçon(ne)s, en tenue, bannières déployées, défilèrent devant le Mur des Fédérés du cimetière du Père Lachaise.

[2] Liste dont l'exactitude ne peut être mise en doute car elle recoupe celles des archives de la Police et de la Justice !

[3] Le terme de "compagne" étant réservé à celle qui partage la vie d'un compagnon.

[4] Au sens strict, le compagnonnage est une association ouvrière de solidarité, une préfiguration du syndicat mais également de la Bourse du travail (du moins, celle de Fernand Pelletier). Cette référence à la tradition compagnonnique montre que les anarchistes sont aussi sinon traditionalistes, du moins respecteux-euses des traditions !

ANNEXE

Remarque préliminaire

Il ne s'agit pas de développer ici un argumentaire, historique, philosophique, politique…, sur la compatibilité, voire la longue "histoire d'amour", entre Anarchisme et Franc-Maçonnerie, anarchiste et maçons mais de donner quelques points de repères, quasi exclusivement tirés de "Le drapeau noir, l'équerre et le compas" de Léo Campion[1].

I – Citations

  • "Si les Maçons anarchistes sont une infime minorité, la vocation libertaire de la Maçonnerie est indéniable (…) elle est la seule association à laquelle puisse adhérer celui qui n'adhère à rien". Léo Campion.
  • "Aussi est-il regrettable que des anarchistes sectaires excommunient la Franc-Maçonnerie au nom d'un pseudo-dogme de l'Anarchie (comme si l'Anarchie était anti-tout alors quelles est à-tout) et que les Maçons sous-évolués excommunient l'Anarchie au nom d'un pseudo-dogme de la Maçonnerie (comme si la Maçonnerie n'était que tradition, alors qu'elle est tradition, dialogue et progrès). Ces attitudes sont d'autant moins admissibles qu'au contraire l'Anarchie comme la Franc-Maçonnerie, anti-dogmatiques par essence, sont l'une comme l'autre tout le contraire d'un dogme. Elles qui ont en commun le culte de la Liberté et le sens de la Fraternité, avec comme but l'émancipation de l'Homme". Léo Campion.
  • " (...) on peut être juif, chrétien (même de gauche), bouddhiste, zen, abonné au gaz, unijambiste, aveugle et Franc-Maçon. Sauf d'extrême-droite. Ce n'est pas que les gens d'extrême-droite n'aimeraient pas être Francs-Maçons. Ce sont les Francs-Maçons qui n'en veulent pas. C'est comme ça, on ne discute pas. La tolérance des maçons s'arrêtent où commence le mépris déclaré des autres[2]". Michel Noiret.
  • "L'Anarchisme est la passion de la Liberté mie en théories. Et aussi en pratique lorsque faire se peut". In Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie.
  • "Franc-Maçonnerie, suprême École de la liberté". Oscar Wirth.
  • "A la recherche d'une nouvelle morale, la Maçonnerie a pour méthode : l'anarchie dans l'Ordre et le refus des Institutions par l'acceptation des Rites". In rapport présenté au Convent du Grand Orient de France en 1973.
  • "Quel libertaire n'y souscrirait pas [à l'article premier de la Constitution du Grand Orient de France[3]] ? Quelle contradiction y pourrait-il trouver avec l'Anarchie ? Pour les Anarchistes, comme pour les francs-maçons, le dénominateur commun est l'homme. Anarchisme et Maçonnerie sont basés tous les deux sur une morale du comportement de l'homme. Tous deux prétendent à l'universalité. Tous deux associent, complémentairement et harmonieusement, l'individu au social". Léo Campion.
  • "Précisément, la démence de ceux qui ne comprennent pas l'anarchie provient de l'impuissance où ils sont de concevoir une société raisonnable". Francisco Ferrer.
  • "La Maçonnerie trouve dans ses traditions un idéal moral que je crois supérieur à celui des religions ; cependant, si les Maçons disaient qu'il y a parmi eux plus de vertu effective, c'est-à-dire moins de défaillances que dans un groupe quelconque d'honnêtes gens, nous serions les premiers à rire d'une si outrecuidante sottise". Pierre Tempels.
  • " (…) anarchistes et francs-maçons ont aussi en commun d'être victimes de tous les dogmatismes, tant politiques que religieux. Bulles pontificales et encycliques condamnant la Franc-Maçonnerie se sont succédé depuis 1736 jusqu'à nos jours. Tsarisme, stalinisme, fascisme, hitlérisme, franquisme, démocraties populaires, nationalismes africains, dictatures sud-américaines ont de commun avec l'Église la mise à l'index des francs-maçons et a fortiori des anarchistes". Léo Campion.
  • "La nature n'a fait ne serviteur, ni maître, je ne veux donner ni recevoir de lois". Diderot.
  • "La véritable notion de propriété entraînant le droit d'us et d'abus, jamais un homme ne peut être la propriété d'un souverain, un enfant la propriété d'un père, une femme la propriété d'un mari". Diderot.
  • "J'expose, je propose, je n'impose pas". Emile Armand.
  • "Ce qui est au-dessus des bornes de l'esprit humain est ou chimère ou inutilité, Dieu ne pouvant être que l'une ou l'autre de ces choses, dans le premier cas je serai un fou d'y croire, un imbécile dans le second". Donatien Alphonse François, marquis (puis comte) de Sade.
  • "Ce n'est jamais dans l'Anarchie que les tyrans naissent ; vous ne les voyez qu'à l'ombre des lois ou s'autoriser d'elles. (…) La plus grande somme de crimes se trouve toujours sous le manteau de l'autorité". Donatien Alphonse François, marquis (puis comte) de Sade.
  • "Donnons au monde l'exemple d'une tolérance savante et prévoyante ; mais, parce que nous sommes à la tête d'un mouvement, ne nous faisons pas les chefs d'une nouvelle intolérance; ne nous posons pas en apôtres d'une nouvelle religion, fût-elle la religion de la logique, la religion de la raison". Pierre-Jospeph Proudhon[4].
  • "Être gouverné, c'est être à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, cotisé, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi et, pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale". Pierre-Joseph Proudhon.
  • "Anarchie, ô porteuse de flambeaux". Laurent Tailhade.
  • "le dernier terme, le but suprême de tout développement humain, c'est la liberté". Michel Bakounine.
  • "Tout pouvoir politique, quelles que soient son origine et sa forme, tend nécessairement au despotisme". Michel Bakounine.
  • "tant qu'il n'y aura point d'égalité économique et sociale, l'égalité politique sera un mensonge". Michel Bakounine.
  • "Pour devenir un corps vivant et utile, la Franc-Maçonnerie doit reprendre sérieusement le service de l'humanité. Mais quelle signification ont aujourd'hui ces mots, servir l'humanité ? Serait-ce protéger les innocents et les faibles, soigner les malades, nourrir et habiller les indigents, donner l'instruction aux enfants pauvres ? Toute ces œuvres sont infiniment respectables et, comme application pratique de l'humaine fraternité, elles font partie, plus ou moins, dans la mesure de la capacité de chacun, des devoirs, non seulement d'un vrai Franc-Maçon mais encore de tout homme qui n'est point étranger au principe de la charité ? Pourtant si la Franc-Maçonnerie n'avait d'autre but que de les exercer, il n'y aurait aucune différence entre elle et ces innombrables corporations religieuses qui, elles aussi, n'avaient point d'autre but que l'exercice de la charité ! L'immense différence qui la sépare de ces institutions religieuses se manifeste uniquement par l'esprit dans lequel la Franc-Maçonnerie d'un côté et les corporations religieuses de l'autre distribuent leur instruction et leurs secours. Ces dernières ont pour but absolu et final la gloire de Dieu encore plus que l'allègement des souffrances humaines, le triomphe de l'esprit religieux, la soumission de l'homme sous le joug divin et, par conséquent, sous celui de l'Église et de toutes les autorités temporelles sanctionnées par l'Église. Avec comme conséquence nécessaire la déchéance et l'abdication de la raison humaine, de la volonté humaine, la négation de toute liberté, l'esclavage. La Franc-Maçonnerie, au contraire, pour peu qu'elle veuille rester fidèle à sa destination première, doit vouloir l'émancipation complète de l'homme, l'établissement de l'humanité par la liberté sur les ruines de toute autorité". Léo Campion d'après Michel Bakounine.
  • "Et maintenant choisissons :

Symbolisme théologique Symbolisme maçonnique

Divinité Humanité

Révélation Raison

Privilège Egalité

Charité Solidarité

Grâce Justice

Sujétion Liberté

Léo Campion d'après Michel Bakounine.

  • "Nous avons maintenant notre Erostrate. C'est l'individualiste Multatuli. Il attaque tout ce qui est sacré aux hommes. Il prône la plus perverse des morales. Il bouscule et foule aux pieds tout ce que la nation a appris à aimer et vénérer. Il nie Dieu, la Bible et l'Evangile. Il nie l'existence de l'âme, l'immortalité et le Salut et ne reconnaît pour unique déité que son propre moi". Un journal de La Haye.
  • "Nous sommes un noyau d'avancés. Nous ne nous entendons pas sur tout, mais nous sommes tous pour la Révolution". Jules Vallès.
  • "Si au début les Francs-Maçons n'ont pas voulu agir, c'est qu'ils tenaient à acquérir la preuve que Versailles ne voulait entendre aucune conciliation. Ils sont prêts, aujourd'hui, à planter leurs bannières sur les remparts[5]. Si une seule balle les touche, les Francs-Maçons marcheront d'un même élan vers l'ennemi commun[6]". Louis Thirifocq.
  • "Frères, citoyens de la grande partie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Egalité, Fraternité, et plus logique que la Ligue des Droits de Paris, vous, Francs-Maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions. Aussi, après avoir affiché votre manifeste – le manifeste du cœur – sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d'humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée. Vous allez protester ainsi contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle". Félix Pyat[7].
  • "Si un pouvoir quelconque pouvait faire quelque chose, c'était bien la Commune composée d'hommes d'intelligence, de courage, d'une incroyable honnêteté et qui avaient donné d'incontestables preuves de dévouement et d'énergie. Le pouvoir les annihila, ne leur laissant plus d'implacable volonté que pour le sacrifice. C'est que le pouvoir est maudit et c'est pour cela que je suis anarchiste". Louise Michel.
  • "…Il n'est pas de sauveurs suprêmes, Ni Dieu, ni César, ni tribun…". Eugène Pottier.
  • "ornés de la croix ou du Drapeau, les catéchismes se valent". Elisée Reclus.
  • "La diversité des traits qui s'entremêlent à la surface du globe – crêtes et vallées, serpentines des eaux, lignes des rivages, sommets et profondeurs, roches superposées – présente une image qui n'est pas le chaos, mais au contraire, pour celui qui comprend, un ensemble merveilleux de rythme et de beauté"[8]. Elisée Reclus.
  • "Louise Michel avait été aussi condamnée pour vol. Louise Michel qui donnait littéralement son dernier châle ou son manteau à un indigent et que l'on ne peut jamais décider pendant son emprisonnement à prendre une nourriture meilleure parce qu'elle donnait toujours à ses codétenus ce qu'on lui envoyait". Pierre Kropotkine.
  • "Il y a longtemps que j'aurais été des vôtres, si j'eusse connu l'existence des Loges mixtes, mais je croyais que, pour entrer dans un lieu maçonnique, il fallait être un homme. Selon moi, devant le grand idéal de liberté et de justice, il n'y a point de différence d'hommes et de femmes ; à chacun son œuvre"[9]. Louise Michel.
  • "Le Vénérable, les Officiers et les Membres de la Loge n° 3, la Philosophie sociale, ont la douleur de faire part à tous les Francs-Maçons de la perte cruelle qu'ils viennent de faire en la personne de leur Sœur Louise Michel". Faire part de la Loge la Philosophie sociale.
  • "En sortant de ses ateliers mystiques pour porter sur la place publique son étendard de paix, qui défie la force, en affirmant en plein soleil les idées dont elle gardait les symboles dans l'ombre depuis des siècles, la Franc-Maçonnerie a réuni au nom de la Fraternité la bourgeoisie laborieuse et le prolétariat héroïque… Merci à elle. Elle a bien mérité de la République et de la Révolution". Jules Vallès.
  • "Dans le domaine de la pensée, personne n'a le droit de dire à la mienne : tu n'iras pas plus loin". Jules Vallès
  • "(…) Il semble encore loin, ce temps de l'anarchie – Mais si loin soit-il, nous le pressentons ! (…)"[10]. Paul Paillette.
  • "Laissez l'enfant faire lui-même ses découvertes, attendez ses questions, répondez-y sobrement, avec réserve, pour que son esprit continue ses propres efforts, gardez-vous par-dessus tout de lui imposer des idées toutes faites, banales, transmises par la routine irréfléchie et abrutissante". Paul Robin.
  • "(…) [en raison de ses ] idées subversives au point de vue social et néfastes au point de vue de la défense du pays (…)". Extrait de la décision prise en Conseil des Ministre de radier Paul Robin de ses fonctions de Directeur de l'orphelinat de Cempuis.
  • "M. Robin, directeur de la porcherie municipale de Cempuis, a été exécuté hier en plein Conseil des Ministres. C'est l'effondrement du système pornographique de la co-éducation des sexes". Extrait d'un article du journal, clérical et antisémite, "Libre Parole".
  • "J'ai eu cette naïve idée qu'on peut transformer l'Église et la pousser dans la voie du progrès. J'eus encore une autre naïveté, celle de croire qu'on pouvait réformer l'État dans un sens large et bienfaisant. Je sens bien maintenant que je n'ai rien à faire ni avec l'Église, ni avec l'État". Domela Nieuwenhuis.
  • "Le Frère Laurent Tailhade, dont le zèle maçonnique est infatigable". Bulletin maçonnique n° 144 de mars 1892.
  • "Ô Commune splendide, ô toi qu'on injurie, - Tu vis sur tes remparts, - Insignes rayonnants, la Franc-Maçonnerie – Planter ses étendards". Eugène Pottier.
  • "Tu fus un grand lutteur et tu fus un grand Sage – Tu semas le bon grain par beaux et mauvais temps – Qu'il me soit donc permis de rendre cet hommage – u père spirituel de mes lointains vingt ans". Charles d'Avray (pour les 80 ans de Sébaste – Sébastien Faure).
  • "Dreyfus, en tant que capitaine, est mon ennemi et je le combattrai. Victime de la lutte absurde de races à laquelle nous assistons, il me devient sympathique et je prends sa défense au nom de l'humanité". Sébastien Faure.
  • "La raison n'est pas une inspiration directe de Dieu, ou d'un dieu, mais une simple fonction de l'organisme animal ; la recherche de la Vérité n'est pas la recherche d'un seigneur, c'est l'orientation dans les voies intellectuelles libres. La raison n'admet que l'évidence contrôlée scientifiquement. Les professeurs rationalistes peuvent faciliter la voie de la connaissance, mais ils ne prétendent ni détenir, ni monopoliser la vérité absolue".Francisco Ferrer y Guardia[11].
  • "Notre devoir, mes Frères, est de travailler pour aider l'évolution naturelle des sociétés humaines de façon que la liberté devienne sans cesse de plus en plus grand". Augustin Hamon.
  • "laissez les enfants librement croître, librement se dépenser, librement apprendre, librement vouloir et vous ferez une humanité forte, raisonnable, intelligente, morale. Et vous aurez aidé ainsi, conformément aux principes de notre Ordre, à l'amélioration de l'individu, au perfectionnement de l'espère". Augustin Hamon.
  • "Tant que l'Etat existera, pas de liberté ; quand règnera la liberté, il n'y aura plus d'État". Montehus.
  • [Question : est-ce que la qualité d'anarchiste est compatible avec celle de franc-maçon et pourquoi] : "1 - Que je sache, la tâche fondamentale de la Franc-Maçonnerie est la recherche de la vérité, c'est-à-dire des solutions autant que possible justes, exactes et fécondes, des problèmes philosophiques, sociaux, économiques et autres. Il y a deux façons de faire ces recherches : la façon individuelle (travaux scientifiques personnels, études en chambre, lectures, essais de laboratoires, etc.) et la façon collective (conférences, discussions, débats contradictoires, etc.). Toutes les deux sont bonnes ; elles se complètent mutuellement et le mieux placé est le chercheur qui peut faire usage de l'une et de l'autre. L'association de la Franc-Maçonnerie offre à ses membres les moyens de recherches collectives. Je crois que, dans son genre, elle est la seule. Et j'ajoute que non seulement elle effectue ces recherches, mais, par ses méthodes elle les rend, en même temps – elles-mêmes et les résultats – accessibles à un grand nombre de personnes, elle les popularise. Sans aucun doute, la poursuite d'une telle tâche n'est pas incompatible avec la qualité d'anarchiste. J'estime, au contraire, qu'il est très utile, pour un anarchiste, d'étendre quelque peu les cadres de son milieu et de son action habituels, de croiser quelque peu les cadres de son milieu et de son action habituels, de croiser ses opinions et ses vérités avec celles des autres. Cela lui est utile car il trouve ainsi une bonne occasion de vérifier, d'éprouver et de consolider ses convictions. En même temps, c'est très utile pour les autres et pour la cause entière, car l'idée anarchiste y trouve une occasion de plus de se faire connaître sous son vrai jour, de se faire examiner, comprendre, estimer… La Franc-Maçonnerie – je parle de la Franc-Maçonnerie française que je connais un peu – est avant tout un cercle philosophique de libres penseurs, de libres chercheurs. L'activité collective des Francs-Maçons les incite tous à réfléchir, scruter, à estimer l'opinion d'autrui, à aimer la vérité, à la proclamer, à l'appliquer… A mon avis,; il convient parfaitement à un anarchiste de participer à cette activité, au même titre que de faire partie d'une association musicale, littéraire, artistique ou du même genre. 2 – Il existe d'autres tâches que la Franc-Maçonnerie s'impose, telles que, par exemple : l'éducation morale et sociale de l'individu, la poursuite d'un idéal élevé (liberté, égalité, fraternité véritables), la pratique de la solidarité, etc. Personnellement, je m'intéresse surtout à la tâche désignée plus haut. Mais chaque membre de l'association est libre de s'intéresser et de s'attacher de préférence à une autre tâche. Séparément, ou dans leur ensemble, celles-ci ne sont nullement incompatibles avec la qualité d'anarchiste. Pour conclure, j'affirme catégoriquement que, pour ma part, je ne trouve absolument rien, dans les principes ou dans l'activité de la Franc-Maçonnerie, qui serait incompatible avec ma qualité d'anarchiste. Et j'estime que tout anarchiste cherchant à s'éduquer lui-même d'une façon plus vaste et aussi à collaborer à l'éducation des autres, devrait faire partie de cette association. Il y gagnerait et sa cause y gagnerait également". Voline.
  • "Avec un total désintéressement, Hem Day a tenté de rénover la société à partir de l'homme et en commençant par lui-même, en payant de sa personne et en conformant son genre de vie à son idéal. Cette attitude maintenue avec rigidité tout au long de sa vie est assez exceptionnelle et assez belle pour être proposée en exemple". Pierre Vermeleyn.
  • "C'est parce qu'il connaissait la règle absolue que les maçons s'imposent de respecter l'autonomie de toute conscience qu'il acceptait d'être parmi nous. C'est aussi par besoin d'amitié. Marcel [Hem Day] avait voué sa vie à l'amitié et il la manifestait sans arrière-pensée à ceux qui ne faisaient pas de la réalité sociale et politique la même analyse que lui, pourvu qu'ils fussent sincères". Marthe Vandemeulebroeke.
  • "Hem Day est un homme de la Renaissance, égaré parmi nous". Maurice Joyeux.
  • "Si je préfère un individu humainement valable qui n'est pas de mon avis à un con qui le partage, je suis d'autant plus heureux quand des gens pensent comme moi sur l'essentiel. C'est pourquoi, j'aime les libertaires dans leurs disparités (il y a par essence, bien que dans le même esprit, autant d'anarchismes que d'anarchistes), comme j'aime dans leurs dissemblances mes Sœurs et mes Frères dont l'éclectisme fait la richesse spirituelle d'une franc-maçonnerie fraternelle et diverse". Léo Campion.
  • "J'ai de bons amis profanes qui ne sont pas anarchistes. J'ai de bons amis anarchistes qui ne sont pas maçons. J'ai de bons amis qui ne sont pas anarchistes". Léo Campion.
  • "En Loge, on peut se dire anarchiste sans faire sourire ou trembler, on peut défendre ses idées, on pet surtout, prends-y bien garde, les propager". Marius Lepage
  • "Tu [Pierre Roggers qui considérait incompatible Anarchisme et Franc-Maçonnerie] as parlé de l'Ordre maçonnique comme le ferait un de ces innombrables cléricaux, fanatiques et sans scrupules, qui pullulent dans la bonne ville de Leval. J'ai retrouvé leurs accents haineux, leur parti-pris aveugle dans certaines de tes phrases et cela m'a profondément peiné. As-tu, mon camarade, étudié la Maçonnerie dans son essence et dans sa philosophie ? Je crains fort que tu t'en sois tenu à la lecture de quelques opuscules plus ou moins fantaisistes, issus de la cervelle fumeuse ou obscène d'un Léo Taxil et d'un abbé Tourmentin. (…) je te conseillerai de ne point parler sur une question avant de l'avoir étudiée à fond, de ne point faire dans le cléricalisme anarchiste comme tant d'esprits étroits font du cléricalisme philosophique ou religieux". (…) je te citerai simplement une partie du serment maçonnique. Je ne pense pas qu'aucun anarchiste sincère répugnera à la faire sienne, à l'adopter entièrement, car elle n'est pas seulement maçonnique, elle est aussi profondément humaine : "Je pratiquerai l'assistance envers les faibles, la justice envers tous, le dévouement envers ma famille et envers l'humanité, la dignité envers moi-même". Marius Lepage
  • "Un milieu comme la Franc-Maçonnerie, dont les principes fondamentaux sont : la tolérance, la fraternité, la liberté de pensée, le respect de la personne humaine, dont l'objet principal est l'éducation des individus et la formation d'une élite, ne peut pas être inutile au progrès de l'Humanité. Et de cela les anarchistes, moins que quiconque, ne doivent douter, vu l'importance qu'ils attachent à l'éducation". René Valfort.
  • "(…) si la majorité des Maçons sont démocrates et croient peu possible la réalisation d'une cité anarchiste, il n'y a pas la moindre incompatibilité entre l'idéal maçonnique et l'idéal anarchiste. Tous deux comportent le maximum de l'affranchissement de la personne humaine. Les conceptions démocratiques de la Franc-Maçonnerie s'opposent surtout aux adversaires de la liberté et non à ceux qui poussent à l'extrême de la liberté. Toutefois, je dois ajouter que si l'anarchiste a subi l'emprise de l'éducation maçonnique, sa conception libertaire évoluera. Il apprendra à peser le pour et le contre, il se défiera des emballements irréfléchis, il se libèrera de tout sentiment de haine et de tout sectarisme, il jugera avec plus de sympathie compréhensive les idées de ceux qu'il combat ; enfin, dans sa vie ordinaire, il ne sera pas un illégaliste. (…) En résumé, si l'on a compris qu'aucune des déclarations de principe des obédiences maçonniques ne constitue pour le maçon le dogme intangible et que la tolérance fraternelle est notre seul dogme, on ne doutera pas qu'un anarchiste puisse être Franc-Maçon. L'idéal maçonnique ne s'oppose qu'à certaines formes de l'anarchisme, non à l l'idée libertaire elle-même". René Valfort.
  • "La Franc-Maçonnerie abrite des représentants de toutes les couches sociales. Un ouvrier y voisine avec un patron, même avec un militaire gradé ou un haut fonctionnaire et tous ils prennent part à la même œuvre… Mais oui ! Exactement comme dans n'importe quelle association qui n'a pas pour objet la lutte politique ou de classes. Telles sont, par exemple, toutes sortes d'associations scientifiques, philosophiques, artistiques, sportives, musicales, littéraire, etc. Un sportif ou un artiste anarchiste aurait-il tort de faire partie d'un cercle sportif ou artistique om il trouverait des collègues appartenant à des classes différentes de la société ? Si oui, il aurait tort aussi d'être membre de la Franc-Maçonnerie. S non, ce serait non également pour ce dernier cas. Quant à moi, j'y réponds par un non ferme". Voline.
  • "Il existe certes des francs-maçons qui sont loin d'être à la hauteur. Mais le même reproche peut être adressé à n'importe quelle organisation ou institution humaine, même à celle de classe, d'action sociale. Le fait reproché ne justifie nullement pour qu'on s'abstienne de s'organiser. Même dans les organisations anarchistes, il existe des camarades qui, dans la vie réelle, se conduisent d'une façon plus que douteuse. Un anarchiste doit-il fuir pour cela les organisations libertaires ? Au contraire, les bons éléments doivent y aller et y rester d'autant plus, en opposant à leur bonne action à la conduite déplacée de leurs faux frères et en luttant pour la purification des cadres. La règle est la valable pour la Franc-Maçonnerie". Voline.

Quelques Francs(ches)-Maçon(ne)s anarchistes

(ou inversement ou, encore, réciproquement)

Liste aucunement exhaustive donnée à titre indicatif

Agostino Bertani

Albert Laisant (fils de Charles-Ange Laisant)

André Prévotel

Andrée Prévotel

Aristide Bruant

Auguste Blanqui

Augustin Hamon

Avelinon Gonzalès Mallada

Benoît Malon

Bernard Salmon

Charles Albert

Charles d'Avray

Charles Malato

Charles-Ange Laisant

Chaumette

Delphin

Domela Nieuwenhuis

Donatien Alphonse François, marquis (puis comte) de Sade

Elie reclus

Elisée Reclus

Ernestan (Ernest Tanrez, dit)

Errcico Malatesta

Eugène Pottier[12]

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