Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Patrick Granet

"C'est triste à dire, je ne pense pas qu'on puisse vaincre sans les drapeaux rouge et noir... Mais il faut les détruire après !"
Jean Genet

Un peu d'histoire tout d'abord

Il est désormais admis que le "A cerclé" soit le "logo", le "symbole", l'"image", la "signature" de l'anarchisme, des anarchistes. En somme, il serait une… évidencecomme s'il avait toujours existé, du moins depuis que l'anarchisme existe en tant que philosophie et mouvement politique, social, culturel…, comme s'il étaitindissociable de l'anarchisme.

Or, le "A cerclé" n'est pas né avec l'anarchisme tel que celui-ci a pu être théorisé et mis en mouvement au XIXème siècle. En effet, contrairement au drapeau noir[i]apparu dès 1182, le "A cerclé" a été inventé tardivement et, plus précisément, en avril 1964[ii].

C'est en effet en avril 1964[iii] que Tomás Ibañes, s'inspirant du sigle antimilitariste du C.N.D. (Campaign for Nuclear Disarmament)[iv], plus tard repris par les mouvements anarchisants "Peace Now" et "peace and Love" des beatnikks et hippies opposés à la guerre contre le Vietnam[v], en a l'idée et que René Darras le réalise pour la couverture du bulletin "Jeunes libertaires" du groupe anarchiste éponyme de Paris, membre du réseau national des "jeunes libertaires", qui le propose comme emblème de l'anarchisme "à l'ensemble du mouvement anarchiste" par delà les différents courants et les divers groupes ou organisations.

Tomás Ibañes a expliqué ainsi son choix dans un article paru dans le numéro de décembre 1964 du journal "Action libertaire"[vi]: "Deux motivations principales nous ont guidés : d'abord faciliter et rendre plus efficace les activités pratiques d'inscriptions et affichages, ensuite assurer une présence plus large du mouvement anarchiste aux yeux des gens, par un caractère commun à toutes les expressions de l'anarchisme dans ses manifestations publiques. Plus précisément, il s'agissait pour nous de trouver un moyen pratique de réduire au minimum le temps d'inscription en nous évitant d'apposer une signature trop longue sous nos slogans, d'autre part de choisir un sigle suffisamment général pour pouvoir être adopté, utilisé par tous les anarchistes. Le sigle adopté nous a paru répondre le mieux à ces critères. En l'associant constamment au mot anarchiste il finira, par un automatisme mental bien connu, par évoquer tout seul l'idée de l'anarchisme dans l'esprit des gens".

Cette proposition ne rencontre pas un franc succès à l'exception de graffitis dans les couloirs du métro parisien. La raison en est d'ordre technique car, à cette époque, la presse anarchiste était imprimée sur stencils, ce qui aurait nécessité de reproduire manuellement le "A cerclé" à chaque impression, et, plus rarement, par typographie, ce qui aurait supposé que soit préalablement réalisé un cliché de plomb alors que les typographes anarchistes, contrairement au XIXème siècle, étaient le ,plus souvent des amateurs et non des professionnels et que, de surcroît, le matériel d'imprimerie était généralement rudimentaire.

Mais il faut attendre 1996 pour que la "Gioventù libertaria" de Milan, en relation fraternelle depuis de longue date avec les "Jeunes libertaires" français, l'utilise régulièrement dans ses publications (journal, tracts, affiches, correspondances…).

La même année, les "Jeunes libertaires" et la "Gioventù libertaria" le propose comme sigle officiel du Comité européen de liaison des jeunes anarchistes (C.L.J.A.) dont ils sont tous deux à l'origine et qui l'accepte. Rapidement, le "A cerclé" se généralise à toute l'Italie[vii], puis au Pays-Bas, où les provos l'associent généralement au sigle antinucléaire du C.N.D. et, progressivement, à partir des années 1972-73, au monde entier[viii].

Dans un article en ligne Tiré du Bulletin du centre international de recherches sur l'anarchisme, n° 58 (Cira, Lausanne, mars-octobre 2002), après une première version parue dans le Bollettino Archivio Pinelli (Milan) amadeo Bertolo et Marianne Enckell s'interrogent sur "ce succès si rapide, si frappant" : "Il est dû aux motifs mêmes qui avaient fait proposer le sigle par les J.L. : d'une part il est extrêmement facile à dessiner[ix], aussi simple que la croix, plus simple que la croix gammée ou la faucille et le marteau : d'autre part, un mouvement nouveau, jeune, en plein développement, avait appris à écrire sur les murs et se cherchait un signe de reconnaissance. C'est ainsi que le "A cerclé" s'est imposé de fait, sans qu'aucune organisation ni groupe n'ai jamais songé à en décréter l'utilisation, et en l'absence d'un autre symbole graphique international des anarchistes (qui utilisaient parfois une symbolique désuète, comme la torche en Italie)".

Le "A cerclé" : au-delà de la stylisation, une symbolique ?

On l'a vu, le "A cerclé" a été "inventé" en raison de son graphisme facilement reproductible sur de nombreux supports. Il en existe certes des formes plus ou moins alambiquées qui témoignent d'une recherche d'esthétisme ou de personnalisation[x] mais, le plus généralement, la forme est simple… un A dans un cercle.

Il n'existe pas, et pour cause, de règles précises de ce graphisme – cette calligraphie ? – qu'est le A dans le cercle ; ainsi, le A peut déborder du cercle ou être contenu dans le cercle ; le A peut être sur le cercle ou entremêlé avec lui ; si le noir est la couleur dominante, par référence, sans aucun doute, au drapeau noir, le "A cerclé" peut prendre diverses couleurs et se faire blanc sur un fond noir (comme celui,n bien entendu, du drapeau) ; le "A cerclé" peut être assorti d'un texte, d'une devise (la plus courante, naturellement, étant… "Ni dieu, ni maître" avec ses variantes "Ni dieux, ni maîtres" et "Sans dieu, ni maître". Pour le "A cerclé", comme pour l'anarchisme, point d'orthodoxie donc et, de ce fait, point d'hérésie.

S'il est une pensée réfléchissante, l'anarchisme est nécessairement aussi une pensée agissante : éthique et philosophie humanistes, il emporte nécessairement une action dans et sur le monde, avec et pour les humains – tous les humains, sans la moindre exception -, sur soi et pour et avec l'Autre. En tant que philosophie, et parce qu'il est indissociable de l'action qu'il appelle, qu'il… organise, l'anarchisme ne peut être ésotérique, d'abord parce qu'il ne se réserve pas à des… initié(e)s, autrement dit à une… élite, mais que, au contraire, il s'ouvre à tous les humains, ensuite parce qu'il est pragmatique et qu'il vise à une compréhension immédiate de ses propos et de ses actes, considérant avoir déjà assez à faire avec les préjugés idéologiques dont il est la victime de la part de celles et ceux qui le combattent pour ne pas s'encombrer d'un quelconque ésotérisme qui, ferait de lui un mystère, un secret et, in fine, un obscur objet de compréhension, d'intelligence.

Il n'y a donc pas de symbolique anarchique du "A cerclé" qui n'est rien d'autre que le signe conventionnel qu'il a pris pour… se représenter, c'est-à-dire pour se faire connaître (et, au besoin, reconnaître), pour s'identifier. Au risque de choquer certains romantiques, le "A cerclé" n'est pas un symbole mais une enseigne, certes pas l'enseigne d'une boutique, mais d'une troupe, d'une… fraternité, ce terme étant pris dans son acception originelle.

Le "A cerclé" n'est donc rien d'autre qu'un signe typographique qui peut s'écrire selon des alphabets différents pour autant que, au-delà de la revendication d'adhésion à un mouvement universel, on veuille décliner son identité particulière d'individu ou de groupe.

Vers une lecture maçonnique du "A cerclé" ?

J'ai eu l'occasion d'esquisser la longue et, parfois, tumultueuse, voire orageuse, parce que passionnelle histoire d'amour entre l'anarchisme et la F...M....

Il y a donc des dires, dont on ne sait s'ils relèvent de la légende ou de l'histoire, selon lesquels, avant de se faire signe graphique, le A, dépourvu de cercle, fut signe de reconnaissance entre anarchistes (l'index de la main droite mis en travers de l'index et du majeur de la main droite) : s'agissait-il d'un glissement gestuel du signe de reconnaissance maçonnique ou d'une reprise du signe de reconnaissance compagnonnique, je ne saurais le dire tant il est difficile, pour ne pas dire impossible d'interpréter, de décrypter, de comprendre ce qui n'est pas objectivement avéré.

En revanche, il est avéré que de nombreuses représentations du A, cerclé ou non, attestent d'influences extra-anarchiques.

Ainsi, par exemple cette gravure,

dont je n'ai pu savoir si le "narchy" est d'origine[xi] ou a été rajouté, datant de la seconde moitié du XIXème siècle, est issue d'une Assemblée locale de Chevaliers du Travail, ordre fortement influencée par la F...M... et qui accueillit en son sein de nombreux anarchistes. La lecture symbolique de cette planche me semble évidente : l'Anarchie est cette société idéale, véritablement humaine - la fraternité humaine qu'il convient de construire, à l'image d'un toit qui (par)achève la construction d'une maison.

D'autres images, anciennes (XIXème siècle) ou récentes (XXème siècle), sont plus naïves, plus populaires, plus… d'Épinal. Comme par exemple celles-ci [à décrire] :

Pour beaucoup, ces images, en raison de l'association du "A" de l'anarchie à la fois au soleil et à l'horizon, ont une évocation religieuse : celle du paradis qui, terrestre ou autre, serait celui de l'anarchie. C'est fort possible quand on sait l'influence religieuse (aussi bien judéo-chrétienne qu'orientale) de nombreux mouvements populistes, improprement qualifiés d'anarchiques comme, par exemple, en Russie, les narodniks (populistes), qui soutinrent une révolte paysanne dans les années 1870, le mouvement Narodnaïa Volia (liberté du peuple) et le courant chrétien des tolstoïens.

Mais, d'autres influences se retrouvent dans ces illustrations : celles des "Illuminés de Bavière" (ou, plus exactement, de l'"Ordre Secret des Illuminés Germaniques"), de la "Société des familles", la "Societa Dei veri Italiani", la "Charbonnerie Démocratique Universelle", la "Société secrète des Saisons, les " Bons Cousins Charbonniers"…. qui, prolongeant souvent le babouvisme, avaient des liens forts étroits avec la F...M... Dans ce contexte, la symbolique du "A" associé au soleil et à l'horizon renvoie à ce paradis, éminemment terrestre, que sera une société fraternelle, une société à l'avènement de laquelle il convient de travailler(d'où la présence récurrente d'outils dans ces gravures).

Mais il existe de nombreuses représentations du "A", cerclé ou non, d'une facture indéniablement maçonnique [à décrire] :

[NB. Cette planche a été faite par un maçon anarchiste qui a connu les camps de concentration nazis, étant précisé que je n'ai pu savoir s'il en avait survécu ou pas ; c'est pourquoi, elle est sombre, non à l'image du drapeau noir de l'anarchisme mais de l'obscurité que les nazis firent régner et que, bien entendu, le mirador et les barbelés sont une représentation explicite d'un tel camp).

L'influence maçonnique se caractérise par la présence de symboles… maçonniques : le delta lumineux (ou, sous une forme plus élémentaire, le triangle), des outils (les ciseaux, le compas, l'équerre, la règle…), l'œil, la chaîne d'union, la clé, le damier, le soleil, la lune, le labyrinthe, la lettre G, les colonnes…

Il n'est pas dans mon propos, ce midi, d'avoir l'outrecuidance de me pencher sur les symboles maçonniques associés au "A cerclé" puisque, au mieux (et encore !), je ne pourrais que… en épeler les noms et que, à vouloir trop me pencher dessus, je risquerais fort de… chuter mais, plus modestement, en ne m'attachant [bien sûr, il s'agit d'une… image !] qu'au seul "A cerclé" de suggérer la possibilité d'une lecture maçonnique de cet emblème anarchiste.

Le A et le cercle donc. Ou, plus exactement, le A dans un cercle et, parfois, sur un cercle. Une confusion abusive est régulièrement faite entre anarchisme et individualisme en ce que l'anarchisme serait la revendication de la liberté absolue de l'Un, fusse au prix, aux dépens de l'Autre. Sans revenir sur les longs développements que Stirner a faits sur "L'unique et sa propriété", développements qui remettent les pendules à l'heure en ce qui concerne la conception anarchiste de l'égoïsme, je dirai simplement que cette réduction est le fait des libertariens et non des anarchistes.

J'ai rappelé précédemment que le "A cerclé" avait été inventé en raison de la facilité avec laquelle il peut être tracé et reproduit. A l'évidence, il eût été plus simple de se contenter d'un simple "A". Pourquoi, diable, un cercle, sachant que à y regarder de plus près, l'inscription du "A" dans un cercle implique une césure gestuelle, que le "A cerclé" ne peut se tracer d'un seul trait et que, par conséquent, la facilité recherchée n'est pas véritablement atteinte. Pourquoi donc le "A" Et le cercle ?

Si je n'ai pas retrouvé le "A", du moins dans sa forme de lettre ou lettrine isolée), dans la symbolique, en revanche, j'a pu constaté qu'il peut facilement se construire, se déduire à partir du triangle ou de la lettre G. En soi, cela n'a sans doute aucune signification, sauf qu'une telle construction ne doit pas manquer d'être un clin d'œil – un… signe – que le maçon anarchiste fait à ses FF... et SS... ! Aussi, et faute de pouvoir avancer plus loin, je me conterai de prendre le "A" pour ce qu'il est : la première lettre du mot "anarchie".

Le cercle, notamment par son association avec le soleil et/ou la lune, est en revanche bien présent dans la symbolique maçonnique. Mais il l'est aussi dans de nombreuses symboliques religieuses et, surtout, dans els cosmogonies dites primitives. Il est l'image du "tout", de l'"ensemble" mais également de l'équilibre, de l'harmonie et, selon, du perpétuel recommencement ou de la continuité.

Or, le cercle du "A cerclé", sauf déraillement du trait, est toujours fermé même si, en raison de la maladresse, de la précipitation de la personne qui le trace il peut ne pas être parfaitement circulaire (rond). Ainsi, qu'il soit dans ou dessus, le "A" ne coupe jamais le cercle au point de le faire éclater en arcs : représentée par le "A", l'anarchie ne brise donc ni la perfection, ni la totalité que le cercle symbolise !

J'en déduis deux idées, deux hypothèses :

  • alors même que l'anarchisme revendique pour l'Un une liberté absolue mais partagée, en égalité et en fraternité, avec l'Autre, le cercle du "A cerclé", parce qu'il n'est justement pas brisé par le "A", ne peut être la représentation d'un enfermement dont il conviendrait de se libérer pour accéder pleinement à son humanité. A contrario, s'il ne représente pas un état-prison duquel il importe de se libérer, le cercle peut être un complément dont le "A" de l'anarchisme a besoin pour réaliser son projet, celui de l'anarchie. Dès lors, le cercle ne peut-il être la représentation de l'Autre dans la mesure où l'Un ne peut être libre que dans et par la liberté de l'Autre ? Et le "A cerclé" n'est-il pas autant le signe de reconnaissance de l'anarchisme et des anarchistes que le symbole de la société recherchée, espérée, à construire ?
  • la symbolique maçonnique n'est pas forcément statique ; elle est aussi progressive. C'est le cas, en particulier, de l'équerre et du compas qui, de la première sur le second passent aux deux enchevêtrés et, enfin, au second au-dessus de la première en fonction de l'élévation du maçon du grade d'apprenti à celui de maître, de la progression du maçon dans son cheminement. A moins d'user de la technique du relief ou de couleurs différentes, il est difficile de situer la position du "A" relativement au cercle : dessous ? imbriqué ? dessus ? Lorsqu'ils se puisent directement dans la symbolique maçonnique, les "A" sont généralement dépourvus de cercle ; non moins généralement, les "A cerclés" tracés par les maçons anarchistes sont entremêlés au point que, lorsque le trait est épais, ils fusionnent en quelque sorte pour ne faire qu'un seul signe : est-ce seulement le fruit du hasard ? ou bien est-ce intentionnel pour signifier que l'Un ne peut être sans l'Autre, que l'Un est dans l'Autre et réciproquement en raison de leur essence commune, l'humanité, qui gomme leurs différences tout en respectant leurs particularités, leurs unicités ?

I

Élisée reclus, Illustre géographe, fondateur, d'ailleurs, de la géographie humaine, et non moins illustre maçon et… anarchiste, avait coutume de dire que "l'anarchie est la plus haute expression de l'ordre", ce que à quoi, régulièrement, je rajoute "car elle est l'ordre dans le pouvoir". Les F\ M\ considèrent, notamment au R E A A que "Ordo ab chao", c'est-à-dire que le "travail" maçonnique consiste à - transformer le chaos en ordre, extraire l'ordre du chaos. Ce double rapprochement a donné un autre A, il est vrai, non cerclé, froém du compas et du… levier :

Il n'a pas été de mon propos, ni de mes capacités, de faire une lecture maçonnique d'un signe particulier, à valeur ou pas de symbole, en l'occurrence le "A cerclé". Il s'est agi simplement pour moi de vous faire part de mon questionnement :

  • n'y a-t-il pas des aller-retour entre le temple et le monde profane, en particulier au niveau de la symbolique ?
  • n'y a-t-il pas des traductions profanes de symboles maçonniques ?
  • dans une société qui est de plus en plus de l'image et non des mots, de la déraison et non plus de la raison, de la haine et non plus du cœur, de la harangue et non plus du discours…, maçons, ne devons-nous pas nous interroger sur les messages que, à son avantage ou à ses dépens, la F...M... fait, délibérément ou involontairement, passer dans le monde profane ? et, sans vouloir et même seulement pouvoir prétendre à un droit de propriété intellectuelle, ne devons-nous pas défendre nos valeurs, nos principes lorsque ces traductions participent d'un détournement de sens à des fins justement contraires à nos valeurs, nos principes ?
  • en même temps, cette réinterprétation de nos représentations ne doit-elle pas nous interroger sur notre éventuel endormissement qui, parfois, peut faire oublier que le temple est… dans le monde et non en dehors du monde ?

NOTES

[i] "En 1872, à La Haye, la scission est officiellement consommée entre les socialistes autoritaires et les anarchistes. Au cours des années 1880 se manifeste cependant, chez les anarchistes, le besoin de se différencier des autres groupes révolutionnaires, et l'adoption du drapeau noir est, symboliquement, une étape importante, dans la naissance de l'anarchisme. En effet, le drapeau rouge était jusqu'alors le drapeau de l'Internationale, également choisi par la Commune, ainsi que par le reste du mouvement ouvrier. Or, dès 1882, les anarchistes se prononcent pour l'abandon de celui-ci, au profit du noir, celui de la révolte. Le numéro 1 du Drapeau noir du 12 août 1883 s'exprime, en effet, sur ce choix : "Les événements, les faits de tous les jours, nous ont montré clairement que le drapeau rouge, si glorieux vaincu, pourrait bien, vainqueur, couvrir de ses plis flamboyants, les rêves ambitieux de quelques intrigants de bas étages. Puisqu'il a déjà abrité un gouvernement et servi d'étendard à une autorité constituée. C'est alors que nous avons compris qu'il ne pouvait plus être pour nous, les indisciplinés de tous les jours et les révoltés de toutes les heures, qu'un embarras ou qu'un leurre". Le 18 mars, Louise Michel s'exclame salle Favié à Paris : "Plus de drapeau rouge, mouillé du sang de nos soldats. J'arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions". Louise Michel reprend le même discours à Lyon, devant une foule qui, lors de la révolte des Canuts ,avait vu, pour la première fois l'apparition du drapeau noir. Elle était encore dans les mémoires. Le drapeau noir fait ensuite une apparition "officielle" dans la manifestation des sans-travail aux Invalides à Paris, le 9 mars 1883, lors d'un meeting organisé par le syndicat des menuisiers. Louise Michel y arbore, pour la première fois, un drapeau improvisé, à partir d'un vieux jupon noir fixé sur un manche à balai. Plus tard, lors d'un de ses procès, elle affirme : "Le drapeau noir, drapeau de la misère, plutôt que celui de la Commune, doit être considéré comme le symbole des ouvriers sans travail". Quelques mois plus tard, pour la fête du 14 Juillet, les anarchistes invitent la population à manifester "un drapeau noir à la main". À cette époque, un article paru dans le Drapeau noir, rappelle que "seul celui-ci peut convenir pour représenter le combat anarchiste, la guerre de partisans et le combat des tirailleurs dispersés". En effet, comme ne manque pas de le noter Gaetano Manfredonia, dans la Chanson anarchiste en France : "Le drapeau noir signifie la distance vis-à-vis de l'héritage communard et des autres courants socialistes, à un moment où le mouvement anarchiste construit sa spécificité"." Patrick Schindler

[ii] Selon la rumeur et certains hagiographes de l'anarchisme, le "A cerclé" serait apparu lors de la Révolution espagnole, plus connue sous le nom de "Guerre civile d'Espagne". Ils se fondent sur une photographie d'époque représentant Durruti et un brigadiste de la colonne Durruti portant un casque sur lequel serait dessiné un "A cerclé". Or, l'examen attentif de cette photo et les témoignages d'anciens brigadistes démontrent qu'il ne s'agit pas d'un "A cerclé" mais… d'une cible ! Cette confusion s'explique sans aucun doute que pour de nombreux anarchistes la Révolution espagnole, outre sa valeur historique d'expérimentation d'une société anarchique, est érigée en véritable épopée.

[iii] L'Alliance ouvrière anarchiste (Alliance syndicale d'ouvrier anarchistes) affirme avoir utilisé le "A cerclé" dans sa correspondance dès la fin des années 1950; mais il ne figure dans son bulletin "L'Anarchie – Journal de l'ordre" qu'à partir de juin 1968.

[iv]

[vi]

[vii]

[viii] Curieusement, en France, en mai-juin 1968, le "A cerclé" est resté très discret (à la différence du drapeau noir).

[ix] Dessin de la revue "Agora", Toulouse, 1982 :

[x] En voici quelques exemples :

Commenter cet article