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Publié par Patrick Granet

Et si le commerce et l’échange étaient indissociables de la création de véritables espaces de résistance ? Autant de niches d’expérimentation d’une société future – meilleure à l’évidence – que l’on retrouverait aux quatre coins du monde : des Cartoneros argentins inventant leur propre économie aux Diggers de San Francisco testant la gratuité, en passant par le trabendo des quartiers marseillais qui se joue de frontières cadenassées, sans oublier les utopistes anarchistes du XIXe siècle qui posèrent les prémices des coopératives ouvrières. Partout, on échange, on troque, on donne et on rend, on partage… bref, on résiste collectivement à une société capitaliste qui souhaite réduire le commerce à une simple accumulation de capitaux, avec comme seul médiateur l’argent.

Le rejet du commerce par l’extrême gauche, de manière générale, est empreint de cette confusion entre capitalisme et commerce. Il est vrai que dans un pays où six centrales d’achat traitent les échanges entre 60 millions de consommateurs et 400 000 agriculteurs-trices, il est difficile de penser le contraire ! Et Wal-Mart, multinationale de distri­bu­tion basée aux États-Unis, est désormais la plus grosse entreprise au monde, devant les firmes pétrolières.

On ne peut pas abandonner pour autant le commerce aux seuls trafiquants de profits. Comme aime à le rappeler Michel Besson, de l’association Minga, « il y a toujours eu des hommes et des femmes qui ont voulu échanger de manière respectueuse et sereine, tout simplement parce que c’est beaucoup plus agréable pour tout le monde de vivre sans se concurrencer, sans s’exploiter, s’arnaquer. L’équité dans les échanges fait partie de la culture de nombreuses sociétés à travers le monde ». Et c’est pour ça qu’aujourd’hui, au-delà du concept marketing du commerce équitable, il existe à travers le monde un foisonnement d’alternatives commerciales. Toutes plus étonnantes les unes que les autres, chacune avec ses limites, puisque composant avec la société capitaliste, elles proposent une autre manière de vivre ensemble. Parfois, ces alternatives échappent aux États centralisés, soucieux que rien ne subsiste hors de leur sphère de contrôle, et qui honnissent donc ces échanges « au noir », « informels », clandestins – qui ne comptent même pas dans le PIB ! Pourtant, et fort heureusement, ces expériences nous rappellent que le commerce, avant d’être un échange de marchandises, est aussi un échange humain, un mode de relation entre des personnes. Un échange d’où peut naître l’émancipation…

– Un commerce équitable est-il possible ?
– La mondialisation près de chez nous
– Exploitation à tous les rayons
– Le café équitable est bien soluble dans le capitalisme
– Les chemins sinueux de l’alternative
– Commerce et justice sociale ?
– De la récup’ individuelle à la coopérative
– Les free stores
– Le don, échange anti-économique
– Les magasins du temps

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